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LES BELLES PHRASES SUR WORDPRESS

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Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux.  Jules Renard

Après 10 ans passés sur le réseau des Skynetblogs, près de 4000 posts et 460 000 visites au compteur, LES BELLES PHRASES ont été amenées à trouver un nouvel hébergeur pour accueillir  de nouvelles chroniques et des textes neufs.
Huit chroniqueurs, le gestionnaire de ce blog compris, composent aujourd’hui l’équipe.
Après cinq années complètes en duo, Denis BILLAMBOZ et Philippe LEUCKX ont été rejoint à la mi-2016 par Nathalie DELHAYE et Lucia SANTORO avant la venue en 2017 de Philippe REMY-WILKIN et JULIEN-PAUL REMY et, tout dernièrement, pour étrenner la nouvelle mouture, de Jean-PIERRE LEGRAND.
Les chroniques du blog ont porté sur plus de 1000 ouvrages relevant de la grande comme de la petite édition, dans les genres du roman, de l’aphorisme, de l’essai et de la poésie.

L’AVENTURE CONTINUE de plus belle dans le monde des livres et de l’écriture, si riche et si varié !

Éric ALLARD

 

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LA MALADIE DE LA POÉSIE

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L’existence de ce poète était devenue un enfer. Sans cesse, il était en proie au démon de la poésie qui le faisait écrire à toute heure du jour et de la nuit. Il avait beau publier deux plaquettes par semaine, épuisant ses amis éditeurs, qui tombaient en burn-out les uns après les autres, il n’arrivait pas à contenir le flux. Sa tête, mais aussi tout son corps, était devenu le terrain de jeu des muses du monde littéraire.

C’est alors qu’il se décida à consulter… un expert en maladie de la poésie, qui s’était répandue à la faveur du net mais plus encore des réseaux sociaux. Secrètement, l’expert, ex-malade en sursis et ancien poète transnational, était payé par un subside spécial de L’Organe officiel des Lettres pour combattre le fléau, pour conférencer de classe en classe sur le sujet afin de mettre en garde l’étudiant lambda des dangers de la poésie sortant du cadre académique et scolaire.

Mais le cas qui nous occupe était un cas d’école, attirant l’observation des maladies psychiques d’un nouveau genre de toute la planète. C’est dire si notre expert était à cran, près lui-même de rechuter. Tout d’abord, il proposa à notre poète que nous appellerons tantôt Paul Verbaud, tantôt Arthur Rimlaine (pour brouiller un minimum les pistes) d’écrire un roman au long cours, histoire d’occuper les muses sollicitées jusque là à un seul job à une espèce de travail à la chaîne mais c’étaient des muses rebelles, comme souvent chez les poètes, ce qui favorise aussi, dans les démocratures (il en va autrement dans les dictamolles où il n’est pas rare de voir le Poète épouser avec force les idées du pouvoir en place), du moins l’accueil du poète auprès de ses congénères et, accessoirement, aux membres de la commission d’aide à l’écriture (animés comme il se doit de personnes ayant le cœur sur la main quand il s’agit de dispenser l’argent public en vue toutefois d’assurer son propre avancement sur l’échiquier littéraire).

Notre expert consulta dès lors ses collègues des autres pays, toutes les ressources possibles du net, et des nouveaux fonds furent débloqués mais en vain. L’Organe des Lettres, géolocalisé poétiquement, en accord avec les plus hautes autorités de la médecine psychiatrique de ce nouveau domaine décidèrent d’isoler le poète dans un environnement idoine, ce qui nécessita de nombreux investissements. L’effort était à la mesure du péril car il s’agissait surtout d’éviter que le mal se répandît à l’étranger car vu la masse innombrable de publications de Paul Verbaud (à moins que soit Arthur Rilaine), il y avait un risque statistique non nul qu’au moins une plaquette, un poème ne fût traduit dans un idiome quelconque.

Ses facultés mentales et son appréciation du réel étant depuis longtemps dérangées, on parvint à lui ménager une réplique parfaite du monde où il vivait sans qu’il s’en aperçût en lui faisant croire que ses réseaux sociaux et éditoriaux fonctionnaient parfaitement, qu’il publiait même de plus en plus.
Certes, sa vie continuait d’être un enfer, mais à ce stade de la menace, sciences, techniques et littéraires se devaient de s’allier pour trouver une solution, il fallait éviter l’épidémie, la déperdition d’une partie des intellectuels, au risque de provoquer  une rupture complète des activités mentales de l’aliéné, mais dans ce cas cette possibilité était vue comme une aubaine.

Du fait de son isolement complet, il ne nous parvient plus rien de ce poète maudit et l’organe officiel de L’Organe des Lettres, Les Spirales du Carnet, qui joue la transparence, histoire de noyer le poisson de la maladie dans le bain du littérairement correct, ne nous livre plus rien le concernant. Fort possible par ailleurs, vu sa capacité phénoménale d’adaptation, qu’Arthur Rilaine  (à moins qu’il s’agisse de Paul Verbaud) se soit réincarné, à l’insu de son avatar virtuel, en plusieurs nouveaux poètes bien réels qui, cela dit, se démarquent déjà par leur production abondante, un rien diabolique, inquiétant les autorités administratives en charge du fléau.

TROIS RECUEILS POÉTIQUES DÉCALÉS : L’HUMOUR À L’HONNEUR, un article de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

Trois recueils poétiques décalés. L’humour à l’honneur.

Trois univers au rendez-vous : cinéma, poésie japonaise et petite linguistique poétique.

 

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1. Jean Marc Flahaut et Frédérick Houdaer, Cinéma inferno, Le pédalo ivre, juin 2018, 86p., 11€.

Dès le titre, le duo recourt à une référence d’emblée balayée par l’humour dévastateur, ce film de référence « Cinema paradiso » de Tornatore, pour nous plonger dans un univers de détournement absolu. On rit jaune noir dans « une ville livrée au chaos », celle du grand écran et des souvenirs infernaux qui le traversent.

Se moquer d’une liste de cinéma. Ou d’une blonde qui n’est pas vraiment blonde comme quand elle est brune, pas plus.

Le cinéma français; les westerns tournés dans la Sierra Nevada espagnole; le snobisme; les films aimés : tout passe à la moulinette des deux compères.

CREDO

« quand je serai grand

je ferai Tristan Corbière gérant de vidéoclub « (p.34)

L’enfer, pavé de bonnes ou de moins bonnes intentions, est un lieu où « je me perds dans un cinéma labyrinthique/ une sorte de multiplexe aux couloirs interminables » à la « Shining ».

Défilent des brutes, des blondes, des truands, de belles gueules, Bruce Lee, Harrison Ford, Jodie Foster, de quoi cibler large.

Le cinéma n’en finit pas de faire parler de lui. Les deux cinéphiles sauvages et acides l’ont bien compris.

Le recueil sur le site du PÉDALO IVRE

BRANLOIRE PÉRENNE, le blog de Frédérick HOUDAER

FROM YOUR FRIENDLY NEIGHBORHOOD, Le blog de Jean-Marc FLAHAUT

+

Cover theorie et pratique du haiku rate 04 04 2018

2. Roger Lahu & Hozan Kebo, Théorie et pratique du haïku raté, Cactus Inébranlable éditions, 2018, 78p., 10€.

Ce genre bien à la mode, haïku, haïkaï, donne des ailes à deux contempteurs magistraux de ce style d’écriture qui voudrait ramasser, si possible, les atouts culturels loin de chez nous.

Chaque haïku proposé se voit criblé d’ironie () :

52

« les vrais rockers meurent à 27 ans

les vrais poètes sont maudits

les vrais haïkus m’emmerdent »

(mais j’aime bien les koans zen

brèves de comptoir

de vieux bhikkhus bourrés au saké)

(rien que ce mot « vieux bhikkhus »/ me fait marrer) (p.40)

95

« dans une foire « aux plantes rares »

j’ai goûté un pesto à l’ail des ours

meilleur que le mien ça m’a vexé » (p.63)

48

(quelle est la fragrance

d’un haïku raté :

florale boisée orientale hespéridée fougère chyprée cuir?)

(ici et maintenant ça sent l’oignon et le lardon)

Le recueil sur le site du CACTUS INÉBRANLABLE

+

Cover le coureur

3. Eric Dejaeger, Les coureurs avaient de ces bouilles !, Cactus Inébranlable éditions, 2017, coll. Les p’tits cactus # 43, 82p., 9€.

Une linguistique, vraiment, sommeille en ces vers, aphorismes, définitions, titres détournés, jeux de préfixes, d’un humour énorme, se nourrit, se développe, sert de style de frappe pour un auteur qui se renouvelle dans le burlesque entre poésie, popoésie (coll. qu’il dirige), métaphysique des tututes, lexique bouffon, proverbes « sahélien » et « coprophile », calembredaines, calembours-ge, aphoristhmes:

« j’aurais pu être un drôle de monarque : j’eus bu, roi » (p.21)

LE PREFIXE MONO

« Mononcle : frère célibataire du papa ou de la maman »

« Mononne : religieuse ermite »

« Monotaire : officier public personnel » (p.33)

DICTON de fumeur

Glaires du matin, petit dèj’ malin.

(100% bio, et directement du producteur au consommateur.) (p.54)

Les bouilleurs avaient de ces c… !

Avec ce Dejaeger, tout est permis, et n’oubliez pas : son conseil : Contrepétez deux fois.

Le recueil sur le site du CACTUS INÉBRANLABLE

COURT TOUJOURS, le blog d’Éric DEJAEGER 

UN CRITIQUE FRIGIDE

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Il faut pourtant que la critique se mêle toujours à l’éloge, le serpent aux fleurs, l’épine aux roses et la vérole au cul. 

Gustave FLAUBERT

 

Depuis une période indéterminée, ce critique ne trouve plus plaisir à lire.
Il se rappelle ses débuts tonitruants dans la critique littéraire où il n’était pas rare qu’il connût plusieurs orgasmes de lecture pendant une même journée. De l’aube au crépuscule en mordant sur ses nuits, il prenait son pied en lisant à tel point que les attachées de presse des maisons d’édition et la direction du journal qui l’employait s’inquiétaient de sa maigreur, de son visage creusé par la fatigue. Il mangeait et buvait peu mais il lisait comme jamais. Il avalait des livres et des livres dans une joie profuse. Il rendait compte de ses bonheurs de lecture dans des articles enjoués, bien tournés qui, à leur tour, généraient des lecteurs heureux, vifs, avides de lire. L’édition roulait sur l’or et les auteurs étaient fêtés comme des princes…

Aujourd’hui, il a beau se répéter, tel un mantra de Maitre Coué, « je vais jouir je vais jouir » en ouvrant un livre, chercher le point G du texte, varier les positions de lecture, il ne l’atteint plus. Son gland reste encapuchonné, sa bite molle, ses testicules pendants entre ses jambes de lecteur assis, irrémédiablement assis.

Alors qu’il voudrait symboliquement exhiber aux yeux de son lecteur une trique de taureau, écrire avec son foutre des articles enthousiastes, sa plume lui tombe des mains, le papier flétrit, se rabougrit, et finit en boule dans la corbeille.
Parfois encore (ne caricaturons pas le monde littéraire déjà bien accablé !), lors d’impatientes lectures, il approche dans des paragraphes ou des strophes rares, d’humides touffeurs jadis rencontrées à foison, il hume l’air du sexe du livre mais, le paragraphe suivant, la ligne d’après qui déraille, le vers subséquent qui part en couille, qui n’assume pas le suspens ménagé jusque-là, tous les espoirs mis en lui, il déchante, il débande et finit par cracher par terre plutôt qu’expédier sa semence dans un puissant (é)cri(t) de contentement. C’est l’insulte plutôt qui fuse : Littérature de merde ! Écrivains de mes deux ! Éditeurs à la noix !*

Les éditions raffinées le désespèrent comme une femme aux atours somptueux, à la peau d’une rare finesse, luisante sous les lumières, naturelle ou artificielle, aux pores comme autant de minuscules sexes, aux bijoux rares et aux parfums subtils qui, au lit (tous ses charmes étant lus), se révèle un glaçon, pur joyau, cela dit, d’une banquise en voie de disparition. Il aspire plutôt à un livre-souillon, aux pages tachetées de café, brunes de sueur séchée, mouchetées de loups de nez ou de moustiques-tigres inscrits dans le tissu du papier comme autant de fossiles d’une époque révolue et qui, la petite mais magnifique salope, se donnerait à lui comme jamais, extrayant son jus de critique comme le lait d’un pis plein jaillit dans la main tripoteuse et experte de la féminité lourde et odorante des vaches. Voire des pages manuscrites vierges encore de toute lecture, de toute interprétation critique…

Lui qui passait naguère pour un passeur de livres apprécié bouchonne dans les entournures, il attend le livre-Destop qui débouchera les tuyaux encombrés de visquosité, de déchets gros comme des étrons.
Alors, il se sert de substituts, il triche, il va rechercher des livres osés, d’anciens livres flairant, malgré les années passées, toujours le neuf, la novation (comme disait Barthes), le Nouveau (comme lançait Rimbaud) et non le rance, le resservi, le périmé depuis deux siècles, et il s’aide à la façon d’un gode ou d’un anneau pénien pour parvenir à l’acmé.

Mais le mélange des genres ou plutôt des époques ne lui réussit pas. C’est un pur critique, qui n’admet pas les mixtions. Même les miscellanées bien accomodées à la sauce du jour, s’il s’en trouvaient encore, ne le tireraient pas de sa léthargie. Même un seul vers parfaitement résonant, un aphorisme tourné vers les étoiles et non vers les bas-fonds du sens, même une phrase insolite qui aurait le goût du passé et d’un avenir meilleur jamais encore figuré pourrait dans un jaillissement lui apporter le bonheur à défaut de se faire sans cesse désiré.

Il le reconnaît, il est désormais un critique frigide, un lecteur acariâtre qui en est venu à éloigner le facteur en lui envoyant à la tête des livres de la veille de peur qu’il laisse tomber dans sa boîte un nouvel arrivage de livres sans saveur, ni odeur ni piquant ni piments malgré les appellation d’origines contrôlées, les quatrième de couverture alléchants, les critiques montées en épingle (quand le livre est une réédition) ou à venir (par les mots qui vont truffer les articles de presse écrits à la lumière d’un quelconque écran).

Tout est fade, morne, clean, cynique, destiné au recyclage ; l’indigence est le nouveau goût du monde.
Alors, il baise et s’abreuve d’images (à défaut de métaphores renversantes), il se disperse et pisse de la copie ; faut bien remplir sa carcasse de liquide pour que tout à l’intérieur baigne, glisse irrémédiablement vers une fin désormais providentielle.

Le livre est triste et j’ai connu toutes les femmes, dit-il en paraphrasant Mallarmé.

Certains soirs de malsaines beuveries, il se dit qu’il pourrait écrire de la fiction ou de la poésie mais il sait qu’il ne ferait qu’ajouter du non-bandant au sans relief existant. Il a au moins ça pour lui, la lucidité. Mais comme l’a écrit Char, c’est une blessure brûlante destinée à s’évaporer à l’approche du soleil, tel Icare, ce con ailé de la mythologie.
Il allume la télé ou son portable, il ouvre les journaux, il guette toujours le volume qui le délivrerait de son impuissance. La prescience de la rentrée littéraire le fait encore un rien vibrer ; il a l’espoir chevillé au corps ; c’est un vieux romantique, un cœur farci de guimauve. Il lui reste un grain d’espoir, qu’il finit par moudre dans le moulin des activités dérisoires qui nous tiennent lieu de vie, tel un fil cassé ne pouvant se défaire de sa dernière perle.

Puis il se dit qu’il y a de plus grands malheurs dans la vie littéraire comme le refus d’un énième manuscrit par un éditeur blasé ou d’un article par la direction du journal où filtrerait trop le désenchantement et il rit, il rit… d’un grand, d’un beau rire qui se résorbe dans un sanglot long.

La veille de la rentrée littéraire, le directeur de journal l’ayant appelé en vain sur son portable craignit le malheur annoncé et prévint la police qui se rendit à son domicile. On le trouva par terre près du sofa où il aimait encore à lire, la bouche encombrée jusqu’à la glotte de papier prémâché, qu’il avait enduit d’alcool pour mieux l’incorporer et formé de pages de ses quatre ou cinq livres préférés dont il avait composé un bol livresque mortel. On ne put pas bien distinguer la page de quel ouvrage lui avait finalement été fatal. On pense même qu’il fut surpris du sort de son geste et qu’il eût voulu vivre encore, regrettant dans un dernier spasme la littérature dont, au fond de lui, il avait n’avait pas totalement désespéré.

C’était le dernier signe, indistinct, certes, qu’il livra au monde des vivants que cette mort, interprétable désormais à l’infini, comme les plus beaux textes qu’il avait lus et sur lesquels il avait écrit des pages tout aussi admirables. C’est sur un ultime appel lancé aux écrivains, les seuls vrais amis de sa vie, qu’il a si bien servis, qu’il a décidé de faire ses adieux.

 

   * Les insultes ont été revues à la baisse de façon à ne pas heurter les acteurs du monde littéraire toujours susceptibles de lire, même après sa mort, ces propos et de salir ensuite la mémoire du critique disparu.

UN IMMENSE EXPLORATEUR DE LA DOULEUR INTIME : PHILIPPE RAHMY-WOLFF, un article de Philippe Leuckx

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Philippe LEUCKX

Je découvris son premier et bouleversant témoignage littéraire pour ma chronique « Poésie panorama » du « Journal des poètes » en 2006. Le livre de Philippe venait de paraître chez Cheyne éditeur en 2005.

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Je le reprends, et la fulgurance reste celle qui me traversa : la douleur s’y écrit sans une once de pose et il m’est douleur d’en écrire puisque Philippe n’est plus là depuis un an. Le mal ne l’a guère empêché d’écrire, de vivre, de voyager, et il s’est mis au roman (Allegra), au récit (Monarques), à l’essai de voyage (Pardon pour l’Amérique). J’ai parlé des trois dans La Cause Littéraire.

Son premier opus, déchirante déclaration du mal qui le saigne, est une prose éclatée en petits segments d’aveux sans ambages :

« Le corps est un fourreau pour la seule agonie, fendu quand se cambre le long pli de la révélation du cœur, la douleur sortie de sa gangue. Assez de pleurs. » (p.26)

« Venez-moi en aide, j’ai mal. » (p.33)

« Le bord du chemin est un tesson » (p.34)

Par la fin faut-il prendre les choses, puisqu’elles en ont une, inéluctable, foncière

« La douleur accomplit sa mue, elle termine par le Verbe », p.56.

Au corps/cœur brisé par cette maladie de verre, le poète répond d’une salve de mots, puisque ce sont les seules armes qui lui restent pour vivre, pour assurer, par la fin, le mouvement de sa sublime poésie incarnée dans des mots qui ne leurrent pas, vrais jusqu’à la brisure qu’il ressentit jour après jour.

Mouvement par la fin. un portrait de la douleur, Cheyne, Grands fonds, 2005, 64p., 13,50€. Postface de Jacques Dupin

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Philippe RAHMY

Le livre sur le site de Cheyne Editeur

PHILIPPE RAHMY chez Cheyne Editeur

 

 

FRAGMENTS (5) de GÉRARD PARIS, une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

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Chaque poème est constitué de vers elliptiques, chacun ayant une portée d’aphorisme ou de réflexion cumulative, puisque le poème (et il y en a 31) se nourrit de chaque vers. Le lecteur ainsi peut à l’envi se gorger des mots, récrire les variations que chacun des poèmes propose à sa cogitation :

11

Visions internes : des tissus bariolés, fragmentés,

striés…

La lampe, le langage : interstices entre les mots, le

silence, la lumière…

(…)

Les métaphores, les consonances, les appariements de sens et d’images, les appositions forment l’essence d’une écriture qui aime jouer des allitérations, des énumérations et des signifiants :

26

Matité et mutité : couleurs et changements…

Le signe et le silence : mutisme, blancheur et

envol…

« polir le poème avec un couteau de lumière » (p.38) est une lumineuse trouvaille, qui nous enjoint à nous replonger dans ce bref recueil, qui va plus loin que le simple énoncé, dans une zone métaphysique de l’être qui se cherche. Arpenteur métaphysique, témoin des crépuscules.

Gérard PARIS, Fragments (5), Bleu d’encre, 2018, 44p., 10€. Illustrations de Laurence Izard.

Le recueil sur le site d’Espace Livres & Création

Le site des Editions BLEU D’ENCRE

SEULS LES ÉCHOS DE NOS PAS de FRANÇOISE PIRART, une lecture de Philippe LEUCKX

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Philippe LEUCKX

D’une disparition Françoise Pirart retient « Seuls les échos de nos pas ». Un roman que publie Luce Wilquin, le 18e livre de son auteur. (208 p., 19€)

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Sur le mode de l’enquête intime, plus que policière, deux proches recherchent Coline, volatilisée depuis sept longs mois.

Le frère de la disparue et la grande amie de Coline, Anaïs, mènent ces recherches en pistant les moindres indices, en fouillant jusqu’au cœur des relations qu’elle pouvait entretenir avec des personnages que le lecteur découvre peu à peu : un peintre, un Russe, un ami bruxellois, la « femme de Gilles », Sophie, et l’étrange s’installe.

De cette intrigue assez échevelée – on passe des bois profonds où réside Gilles à la région aragonaise, on évoque un ancien ami espagnol du père d’Anaïs…, on est sensible à la quête éperdue pour sauver de quelqu’un la moindre trace.

D’une écriture claire, très soignée, ménageant astucieusement les données susceptibles de guider le lecteur, la romancière belge brosse un aujourd’hui perturbé et perturbant où tout le monde peut désirer un jour couper les ponts, disparaître…

J’ai pensé en lisant ce livre de Pirart à l’Espagne d’Antonioni et à son reporter souhaitant se fondre dans une autre vie.

Des fausses pistes sont agréablement levées sur le chemin de lecture, nous ne les dévoilerons pas, comme dans tout bon roman « policier ».

La fin lyrique signe une réflexion sur la place de l’autre, le vide d’une maison sans trace personnelle.

La tenue de ce roman, road-movie proche dans l’esprit du beau premier film de la jeune et talentueuse Amélie Van Elmbt (La tête la première, 2011), est à souligner et sa charpente souple pour conquérir le lecteur et lui assigner un juste suspense.

P.L

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Françoise PIRART

Le roman sur le site des Editions LUCE WILQUIN

FRANÇOISE PIRART chez Luce Wilquin

STEPHANE PAUWELS À COEUR PERDU DANS LA POÉSIE

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Ce 4 septembre 2018 à 8 h 15, une nouvelle vie s’ouvre pour Stéphane Pauwels qui dévoile une nouvelle corde à son arc : la poésie. Son beau tweet:

N’importe qui peut t’aimer lorsque le soleil brille. C’est dans les tempêtes que tu apprends qui tient vraiment à toi

a été largement plébiscité par les amateurs de poésie des réseaux sociaux qui se sont empressés de souligner la puissance et la finesse de ces deux vers… La critique poétique francophone mondiale se tient déjà à l’affût pour rendre compte en termes flatteurs de sa future oeuvre.

Face au surgissement d’un nouveau talent poétique belge, nous avons contacté Stéphane Pauwels pour connaître son agenda littéraire des prochaines semaines.

Déjà tout un programme!

  • Alors, un Stéphane Pauwels poète, c’est assez inattendu?
  •  Oui et non, j’ai toujours pratiqué la poésie sans oser montrer mes écrits. Il a fallu un orage de la vie de plus, celui qui a fait déborder mon ciel déjà chargé pour me rendre à l’évidence : la poésie m’a toujours titillé, elle me tend les bras depuis l’enfance… Vous savez, comme disait ce matin, Antoine Wauters sur La Première, de cette RTBF que j’ai tant aimée (à part quelques enflures) : quand l’écriture vient vous prendre par la main, c’est le plus beau moment de la vie. Le ciel, en effet, s’éclaircit, les nuages disparaissent, on repousse la mer, pardon, la mort… C’est beau, c’est grand… Les mots ne sont jamais les mêmes pour exprimer ce qu’est… la poésie. C’est du Johnny, ça, vous savez.
  • Vous lisez de la poésie?
  • Oui, tous les jours sur les réseaux sociaux.
  • Vous envisagez la sortie d’une plaquette pour bientôt?
    Oui, plusieurs éditeurs m’ont déjà contacté depuis ce matin, je cherche un illustrateur. J’ai pensé à Geluck ou Kroll, ce sont les seuls que je connais… Mais je dois seulement rendre mon manuscrit dimanche soir, j’ai encore du temps devant moi, d’autant plus que je n’ai plus que ça à faire… La plaquette sortira mardi prochain, c’est l’édition d’aujourd’hui qui va aussi vite qu’un sprint de Mertens.
  • Pierre Mertens?
  • Non, Dries.
  • Vous serez présent à la prochaine Foire du livre de Bruxelles?
  • Non, je ne participerai qu’au Salon du Livre de Mouscron, ma ville natale.
  • Le roman vous intéresse-t-il?
    Oui, j’ai une idée de roman qui me trotte dans la tête depuis mon lever (c’est mon jour faste): ce sont deux enfants perdus dans une société sauvage et post-apocalyptique où l’accord du participe passé n’a plus cours et où on n’écoute plus que du Michel Sardou…
  • C’est beau, ça! Le roman paraîtra quand?
    D’ici fin septembre.
  • Votre roman sera en lice pour le Rossel?
  • C’est quoi?
  • Un prix littéraire !
  • Je ne connais que le Goncourt.
  • C’est le Goncourt belge.
  • On est trop forts, nous les Belges, on aurait d’ailleurs dû gagner la Coupe du Monde  si on n’avait pas été cherché un Espagnol qui ne parle qu’anglais pour nous coacher…