À la Une

LE RÉCAP DES CHRONIQUES LITTÉRAIRES DE JUIN sur LES BELLES PHRASES

Image associée

 

LECTURES de Philippe REMY-WILKIN et Julien-Paul REMY

Le Coup de Projo d’Édi-Phil #13 sur le monde des Lettres francophones de Belgique consacré au théâtre de Jacques DE DECKER

 

LECTURES de PHILIPPE LEUCKX

Visages vivant au fond de nous de Michel BOURÇON (Al Manar Editions)

Ces mots si clair semés de Sabine PEGLION (La Tête à l’envers)

Le silence d’entre les neiges de Sonia ELVIREANU (L’Harmattan)

Quand meurt un poète? de Bruno ROMBI (Studia)

Là d’où elle vient de Patricia RYCKEWAERT (Bleu d’Encre)

 

LECTURES de JEAN-PIERRE LEGRAND

La Bouteille à la mer – Journal 1972-1976 de Julien GREEN (Plon) 

Chemin faisant de Jacques LACARRIÈRE (Fayard)

Un été avec Homère de Sylvain TESSON (Equateurs Parallèles

 

LECTURES de DENIS BILLAMBOZ

Le modèle oublié de Pierre PERRIN (R. Laffont)

L’Origine du monde – Histoire d’un tableau de Gustave Courbet – de Thierry SAVATIER (Bartillat)

Lily sans logis de Frédérique-Sophie BRAIZE (Editions de Borée) 

Tous pour elle de Laurent MALOT (French Pulp Editions)

Hapax-2000 – L’odyssée de l’extase de MIRLI (Cactus Inébranlable éditions)

L’horizon se fait attendre de Paul LAMBDA (Cactus Inébranlable éditions)

Des écrivains imaginés de Cécile VILLAUMÉ (Le Dilettante)

Partition de Louise RAMIER (Editions Louise Bottu)

Louise d’Isabelle ALENTOUR (LansKine)

Un gratte-ciel, des gratte-ciel de Guillaume DECOURT (LansKine)

Matriochka de Philippe REMY-WILKIN (SAMSA Edition)

Le Voyageur intemporel de Salvatore GUCCIARDO (Chloé des Lys)

Le Transfert de Carine-laure DESGUIN (Chloé des Lys)

 

LECTURE d’ÉRIC ALLARD

Matriochka de Philippe REMY-WILKIN (Samsa) 

 

TOUTES LES CHRONIQUES des chroniqueurs des BELLES PHRASES sont accessibles ci-dessous (et dans la colonne de droite du blog)

Denis BILLAMBOZ, Philippe LEUCKX, Nathalie DELHAYE, Lucia SANTORO, Philippe REMY-WILKIN, Julien-Paul REMY, Jean-Pierre LEGRAND, Paul GUIOT, Daniel CHARNEUX et Éric ALLARD

 

BEL ÉTÉ DE LECTURE à TOUTES et TOUS !

 

 

 

 

 

Publicités
À la Une

À PROPOS DES CHRONIQUES LITTÉRAIRES

Les chroniqueurs(euses) du blog, par ailleurs écrivain(e)s, ont toute latitude pour rendre compte ici, dans les termes et avec le ton qu’ils souhaitent, des livres qu’ils traitent, le plus souvent avec bienveillance. Ils sont maîtres de leur propos, de leurs goûts et de leurs opinions pour autant bien sûr qu’ils ne s’en prennent pas à la personne de l’auteur(trice) ou ne tiennent pas des propos qui relèvent du droit pénal.

Par ailleurs leur avis et analyse n’ont pas nécessairement force de loi, c’est un point de vue personnel sur l’ouvrage qui peut lui-même prêter le flanc à la critique, à la discussion, par notamment, le biais du commentaire.

Précisons qu’ils sont majeurs et vaccinés, en bonne santé mentale, sans vices répréhensibles hormis ceux de la lecture et de l’écriture.

 » En somme, quelles lois pourrait-on formuler quand on parle de livres? La bataille de Waterloo  a été certainement livrée tel jour ; mais est-ce que Hamlet est une pièce de théâtre supérieure au Roi Lear? Personne ne peut dire. Chacun doit en décider pour soi-même. Admettre dans nos bibliothèques des autorités , si lourdement fourrées, et enrobées qu’elle soient, c’est détruire l’esprit de liberté qui est la vie même de ces sanctuaires. Partout ailleurs nous pouvons être liés par des lois et des conventions ; ici nous n’en avons aucune.  »

Virginia Woolf, Comment lire un livre ?

Résultat de recherche d'images pour "écrivain gif"

 

LES BELLES PHRASES ont DIX ANS !

À la Une

Image associée

J’ai dix ans 
Je sais que c’est pas vrai 
Mais j’ai dix ans 
Laissez-moi rêver 
Que j’ai dix ans 
(…)
Ça parait bizarre mais 
Si tu m’crois pas hé 
Tar’ ta gueule à la récré

Résultat de recherche d'images pour "mot écrir gif animé encre"

Créé le 22 décembre 2008, le blog a diffusé quelque 4000 posts et enregistré quelque 700 000 visites.

MILLE MERCIS aux amis Denis BILLAMBOZ, Philippe LEUCKX, Nathalie DELHAYE, Lucia SANTORO, Philippe REMY-WILKIN, JULIEN-PAUL REMY, Jean-PIERRE LEGRAND, Paul GUIOT et Daniel CHARNEUX d’avoir rehaussé de leurs critiques (littéraires, cinématographiques ou théâtrales) et de leurs lumières ce blog. Sans oublier les sympathisants, auteurs invités et relayeurs tout au long de ces années…

LIEN vers la page Facebook des BELLES PHRASES 

LES ANNÉES DIFFICILES de HENRY BAUCHAU (Actes Sud) / Une lecture de Jean-Pierre Legrand

Résultat de recherche d'images pour "jean pierre legrand"
JEAN-PIERRE LEGRAND

 

Madame de Rémusat estimait que les écrivains se montrent dans leur correspondance avec un vêtement de moins. J’estime qu’on peut étendre la maxime à leurs journaux et c’est pourquoi je les aime tout particulièrement. Dans ce registre, l’écrivain belge Henry Bauchau m’est très cher. J’aime son œuvre et j’ai eu le plaisir de l’apercevoir plusieurs fois au café Métropole à Bruxelles où j’avais mes habitudes. Très émacié par l’âge et la maladie, il avait une  manière de physionomie de « chevalier à la triste figure ». Sur ses lèvres,  on devinait toutefois l’ombre d’un très beau sourire et dans son regard un mélange d’extrême fatigue et d’intelligence attentive. Il avait l’élégance aristocratique de ceux qui ne paraissent pas se soucier de leur mise. L’ensemble de son journal est maintenant publié en plusieurs volumes chez Acte Sud. J’ai commencé leur lecture par les volumes consacrés à la fin de sa vie  pour aboutir aujourd’hui  à ces « Années difficiles ».

Image associée

« Les années difficiles » couvrent les années 1972 -1983. Ces pages m’émeuvent beaucoup car de manière tout à fait fortuite, elles multiplient les résonances avec ma propre vie.

A l’entame de ce volume, Bauchau fête ses soixante ans. Il a déjà toute une œuvre à son actif – surtout de poète – mais la reconnaissance du public tarde. Il vit à Gstaad et s’est dispersé dans diverses activités lucratives qui tournent mal : au bord de la ruine, il aspire à se consacrer à son œuvre qu’il pressent en devenir.

« Je sens, dit-il, que je traverse ce mois-ci  une épreuve décisive. Ou je parviendrai à aller de l’avant, et L. avec moi, je ne sais pas encore où mais en tout cas vers une dimension plus exacte de moi-même et une relation plus juste avec l’ensemble, ou bien je n’aurai plus de raison de demeurer plus longtemps sur terre  n’ayant pas répondu à l’attente qui est derrière l’épreuve ».

Ces lignes me touchent beaucoup car mes soixante ans viennent eux-aussi de sonner l’heure d’une angoissante interrogation sur moi-même.

Sautons directement à la dernière page. Bauchau écrit :

« Le Roi Léopold III vient de mourir dans son grand âge à plus de quatre-vingt-deux ans, lui que j’ai vu de près et si beau lors de son couronnement quand il devait avoir trente-trois ans. J’étais soldat alors et sur un cheval noir, je faisais partie des cavaliers qui encadraient le carrosse de la jeune reine. Il est mort et il me semble qu’avec lui une part de ma vie est morte ».

Il se trouve qu’au moment du décès de Léopold III en 1983, je faisais mon service militaire et à ce titre, je fus des fantassins qui rendirent les honneurs au défunt roi, le long du cortège funèbre. Une partie de la vie de Bauchau s’évanouissait dans l’ombre sépulcrale de ce roi contesté tandis, qu’au contraire, ma vie d’adulte ne faisait que commencer. J’ignorais encore par quel drame il me faudrait passer.

Entre la première et la dernière page, dix années s’étirent donc, marquées par la lente entrée dans la vieillesse mais paradoxalement éclairées par une profonde remise en question, prélude d’un renouveau créatif qui fera de Bauchau un auteur enfin reconnu à sa juste mesure.

Henri Bauchau est un être complexe, torturé, sujet aux dépressions. Croyant – ou désirant croire – il s’est éloigné du christianisme, n’imaginant pas que l’adhésion au Christ soit possible sans cette conversion qu’il imagine illuminante. Il se trouve spectateur d’un catholicisme qui manque d’élan et se trouve pour l’heure, dépourvu d’un véritable pasteur. Imaginons, écrit-il, la rencontre de Rimbaud et de Paul VI ? Qu’en pourrait-il résulter ? « Mais la rencontre de Rimbaud et de Saint François ?». Au fil des pages, perce le besoin d’un maître spirituel, voire d’un gourou. Un temps, Il croit trouver cette figure tutélaire en Simone Weil dont il goûte à la fois l’obéissance à une réalité incontournable et son attention qui se confond avec une disponibilité complète et constante. Il s’en éloigne pourtant : son dolorisme exacerbé de la philosophe le rebute et cette volonté de ne plus être , qui culmine dans ses dernières années interpellent le psychothérapeute qu’il est devenu entre-temps. Accepter ce qui arrive et lui être attentif suffit à Bauchau : le « non du renoncement n’est pas nécessaire ».

Résultat de recherche d'images pour "henry bauchau"

Il s’intéresse alors à Mao auquel il consacre huit ans de sa vie, rédigeant une monumentale biographie qui sera un désastre éditorial. À nouveau c’est l’image d’un père puissant qui étend son ombre sur l’œuvre de l’écrivain ( Il avait déjà consacré une pièce à Gengis Khan ). Mais cette fois, il a compris qu’il s’agit pour lui d’une « œuvre obstacle », d’une muraille qu’il doit gravir ou renverser pour libérer ses forces créatrices.

« La beauté de ce travail c’est que tout en m’apprenant comment on libère un peuple (sic) il est une œuvre de libération personnelle. C’est à nouveau un barrage qu’il faut franchir pour que la voie s’ouvre à de nouvelles œuvres et à de nouvelles perspectives ».

Tout ce travail consacré à cette figure de « père puissant » témoigne d’une peur de poursuivre à son terme l’accomplissement de soi et constitue en même temps  l’ultime épreuve de force qui ouvre l’être profond  à sa libération : « Il (le livre sur Mao) a été peut-être une résistance à la grande œuvre romanesque que j’imagine porter encore en moi ». Mao prend donc l’allure insolite de l’instrument d’une autoanalyse qui permet enfin à Bauchau de se défaire du mythe, du chef, du sauveur. « Piocher mon propre sol, voilà les mots qui désormais montent en moi ».

Au terme (temporaire) du cheminement que nous donne à voir ce très beau livre, nous découvrons un Bauchau finalement très proche de Simone Weil mais débarrassé de son désir de sainteté. En somme, il se détend : il est enfin capable de ne plus s’opposer.

Acceptation et attention sous-tendent désormais une manière de voir le monde et d’en modifier le spectacle simplement en changeant « la focale ». Une page magnifique fera mieux comprendre.
« Je suis dans le bureau d’Ariane. En face de moi, la Seine couleur charbon, l’île qui pourrait être belle mais qui ressemble à un terrain vague, plus loin l’usine à gaz, les maisons de Rueil et le mont Valérien. Espace désolé par l’homme où survit en quelques points une sorte de beauté maigre et résignée. La grâce est là aussi, celle qui suffit.
Changer l’angle de vision. Je me penche à la fenêtre, je vois dans les jardins les pruniers et les cytises en fleurs, impression d’allégresse ; sur la Seine, trois chalands descendent le courant. Sentiment de beauté, de présence irrépressible du printemps. »

La période qui suivra ces années difficiles sera particulièrement féconde. Comme une « floraison tardive sur un arbre pourtant déjà largement dépouillé ».

Le livre sur le site d’Actes Sud

 

À LIRE AUSSI

LE PRÉSENT D’INCERTITUDE de Henry Bauchau, lu par Jean-Pierre Legrand 

Résultat de recherche d'images pour "le présent d'incertitude henry bauchau babel"

DERNIER JOURNAL de Henry Bauchau, lu par Jean-Pierre Legrand 

Résultat de recherche d'images pour "dernier journal henry bauchau"

HENRY BAUCHAU chez Actes-Sud

Résultat de recherche d'images pour "henry bauchau"

2019 – LECTURES FRAÎCHEUR : PAROLES DE SAGES

Résultat de recherche d'images pour "denis billamboz"
Denis BILLAMBOZ

Quoi de plus rafraîchissant par ces températures caniculaires qu’une belle page de lecture à l’arbre d’un grand arbre au feuillage bien touffu avec une boisson bien fraîche à portée de la main ? Pour vous encourager, je vous ai préparé quelques chroniques qui, j’en suis convaincu, vous inciteront à la lecture plutôt qu’aux exercices épuisants. Je me suis tourné vers deux sages qui ont su l’un cultiver son jardin en ne recherchant pas la quantité de légumes produits mais leur qualité et le plaisir de les cultiver, l’autre raconter un élan de spiritualité qui a traversé sa jeunesse l’incitant à une réflexion approfondie sur la vie et son après. Deux moments de réflexions et de sagesse qui trouveront les conditions idéales de vous interroger sous l’ombrage que vous aurez choisi.

 

Diogène ou la tête entre les genoux

Louis DUBOST

La Mèche lente

Résultat de recherche d'images pour "diogène ou la tête entre les genoux dubost la mèche lente"

Après avoir décrit dans « Bestiolerie potagère » le petit monde qui peuple son jardin, Louis Dubost, le poète jardinier, dresse un abécédaire de son potager dans lequel il regroupe les plantes qu’il cultive, celle dont il voudrait bien se séparer à jamais, les petites bêtes indispensables à une bonne récolte, d’autres plutôt nuisibles, et d’autres choses encore qui font partie de la vie d’une jardinier assidu et attentif à son carré de terre nourricière. Diogène, c’est Louis Dubost dont Georges Cathalo, le préfacier de « Bestiolerie potagère », dévoile qu’il fut « éditeur à temps plein, poète à temps partiel, professeur à temps professionnel, philosophe à temps perdu, élu local à temps difficile… ». Pour compléter ce portrait, je me réfère à sa descendance, ses merlottes et ses merlots, qui voudrait le dessiner avec les produits de son potager :

« une tomate pour le nez « rouge et long, une andine fera l’affaire » …, la bouche sera une cosse de petit pois entrouverte « avec les grains pour les dents » …, les cheveux avec des poireaux aux racines coupés à trois centimètres, etc… »

Si Diogène raconte son jardin, ses légumes, ses travaux de jardinage et toutes les petites bêtes qui le peuplent pour le plus grand bien de ses cultures ou le malheur de son potager, il glisse aussi dans ses textes de nombreuses allusions démontrant sa vaste culture. Il connait manifestement la littérature, surtout classique, mais aussi les arts en général, la politique, le sport, le cinéma et bien d’autres choses encore. Son écriture pleine de verve, lance des piques acérées en direction de ceux qui détiennent le pouvoir sans en user à bon escient et tous ceux qui ne respectent pas dame nature comme elle le mérite, au risque d’encourir ses foudres. Ces pointes d’impertinence habilement distillées assaisonnent délicieusement son texte et tous les légumes qu’il contient.

Résultat de recherche d'images pour "louis dubost"
Louis Dubost 

Son texte enchanteur chante à l’oreille quand il conspue toute une liste de petites bêtes, « ces saloperies de bestioleries », qui « sucent la sève, le sang, l’élan vital … » de ses plantations mais il est aussi un rien sentencieux quand il évoque avec ironie, dérision, moquerie narquoise, la politique, ceux qui la font, les errements de la société avec leurs responsables, la littérature et ses poètes prétentieux mais peu talentueux, le cinéma, la chanson, et parfois en rendant hommage à ceux qui ont véritablement du talent. Son potager n’est pas qu’un carré de terre, c’est aussi le monde dans lequel il vit.

De la pure poésie en prose, le bonheur est peut-être dans le pré mais il est peut-être aussi au potager quand le jardinier ne pense pas qu’à sa récolte.

 La poésie ne distrait pas, n’abstrait rien, elle extrait l’essentiel. Ecrire le jardin comme on sème les mots d’une poésie ».

De la poésie qui laisse sourdre un joli trait d’émotion quand le poète évoque son père. Mon père « Qui m’a laissé en héritage sa bêche à dents et son goût pour les livres. Depuis lors, …, je m’exerce avec entrain à casser les mottes et à bêcher le langage d’un potager de mots ». et, pour conclure je dirais au poète que j’abonde vivement dans son sens quand il écrit que : « La friche politique devrait en prendre de la graine : plutôt qu’à un énarque, il serait davantage pertinent de confier la gestion de l’Etat à un jardinier ». J’en suis intimement convaincu. Il ne me reste que quelques paragraphes à biner, quelques sillons à butter avant d’attendre que mes lecteurs récoltent mes mots avec mansuétude et gourmandise.

Le livre sur le site de La Mèche lente

Louis DUBOST sur Babelio

+

Une saison avec Dieu

Jean-Jacques NUEL

Le Pont du change

Nuel unesaison 1ecouv2

Bien étrange histoire que celle que raconte Jean-Jacques Nuel dans ce récit qui évoque sa première année à la faculté de Lyon (il ne le précise jamais, mais on peut le penser puisqu’il est originaire de cette ville et que le indices géographiques concordent avec cette hypothèse). L’hiver qu’il aurait vécu avec un colocataire bien étrange, surnaturel même. Pour meubler le grand appartement qu’il louait et pour réduire le coût de son loyer, il a recherché un colocataire qui s’est présenté en disant s’appeler Dieu, ce que l’auteur a trouvé suffisant, ne lui demandant aucune autre précision. Avec ce jeune homme, il a vécu un hiver, l’hiver 1974, particulièrement troublant, intriguant mais finalement paisible, agréable, enrichissant. Une compagnie qui ne serait pas étrange à sa réussite scolaire de l’année.

Dieu savait tout, savait tout faire, avait tous les talents, tous les dons, même celui de prédiction, c’était un véritable ange gardien, il veillait sur son colocataire en toutes circonstances surtout quand celui-ci commettait les abus que tous les étudiants finissent par commettre un jour ou l’autre. Il avait la sagesse de Bouddha, la force d’un athlète, l’intelligence d’un philosophe, l’amabilité et la convivialité du meilleur ami. Mais un jour il s’est évaporé dans la nature, a-t-il été ? rêvé ? fantasmé ? construit à partir de plusieurs autres personnages, bien difficile à dire sans avoir parlé avec l’auteur. Mais à mon avis là n’est pas la question, qu’il soit de chair et d’os ou seulement vue de l’esprit, cet être a existé et existe encore dans l’esprit de l’auteur et l’incline à une certaine spiritualité.

Résultat de recherche d'images pour "jean jacques nuel"
Jean-Jacques Nuel

J’ai connu cette époque, j’ai quitté la faculté quand l’auteur y est arrivé et je voudrais qu’il m’excuse de l’avoir laissée dans l’état où il l’a trouvée mais je n’ai rien fait pour qu’elle devienne ce qu’elle est devenue.

« Dans les années 70, l’université était un merdier indescriptible. Une pétaudière. Une chienlit, pour reprendre le mot du général de Gaulle ».

Dans cette pétaudière, on ne parlait ni de Dieu ni de religion, ceux qui croyait en une religion quelconque ne s’en vantait surtout pas. A cette époque les diverses factions de gauchistes, communistes, socialiste plus ou moins progressistes s’étripaient pour démontrer que chacune d’elles était plus révolutionnaire que les autres, pour imposer leur vision de la révolution et du monde nouveau qu’il fallait créer.

C’est seulement en entrant dans la huitième décennie de sa vie que l’auteur a raconté cette histoire, en prétextant une certaine fatigue, une certaine usure, une certaine lassitude, toutes les altérations annonciatrices de l’approche de la fin. Je proteste un peu tout de même, l’auteur est plus jeune que moi et, si la maladie n’altère pas trop sa santé, il a encore de beaux textes à écrire, du moins je l’espère, avant de fermer définitivement ses livres ! On sent dans son texte, une volonté de donner une autre dimension à sa vie spirituelle avant d’affronter le versant inconnu de ce qui serait l’après.

Histoire extraordinaire, illusion spirituelle, révélation divine … ? Nous ne saurons jamais mais nous avons tous compris le message de Jean-Jacques Nuel, la vie n’est pas qu’une aire de lutte pour la possession des biens matériels, la vie c’est aussi un espace spirituel qui, peut-être, dépasse l’espace temporel qui nous est confié le temps de construire et consumer notre existence. On peut lire ce petit récit comme un évangile qui raconterait la vie d’une incarnation de Dieu auquel l’auteur croit de plus en plus fort. Chacun mesurera ses arguments à l’aune de sa propre croyance, moi je retiendrai avant tout sa grande sagesse et son désir de voir un monde plus ouvert à la spiritualité.

Je laisserai cette citation comme conclusion à cette chronique :

« Depuis la nuit des temps l’homme erre dans les ténèbres, sans savoir où il va. Les plantes sont moins sottes, qui se tournent vers le soleil. »

Le livre sur le site du Pont du Change

Le site de Jean-Jacques NUEL

KASPAR HAUSER de VÉRONIQUE BERGEN (Espace Nord) / Une lecture de Jean-Pierre Legrand

Le TOP 5 de JEAN-PIERRE LEGRAND
Jean-Pierre LEGRAND

La quatrième de couverture nous dit de Véronique Bergen, qu’elle est romancière, philosophe et poète. Publié une première fois en 2006 et réédité cette année, Kaspar Hauser ne fait pas mentir cette présentation : alliant un naturel rare au souci constant de la forme, le roman convoque, dans un même élan, souffle romanesque, visée philosophique et redécouverte du langage. Le style, éblouissant mais sans jamais rien de sur-écrit, donne envie, presque à chaque page, de lever les yeux un court instant, de songer, en le savourant, à ce qui vient d’être lu.

 

 

Comme certains opéras, le roman s’ouvre sur un court prologue qui nous dit en une page l’essentiel de ce que nous devons savoir.

« En septembre 1812, quelques mois après sa naissance, le fils du grand-duc Charles de Bade et de Stéphanie de Beauharnais est enlevé dans un lieu secret . (…) 1828, un jeune homme à la démarche malhabile débarque sur une place de Nuremberg en répétant « je voudrais devenir cavalier comme mon père l’a été ».

Météore surgi de nulle part, d’un monde hors autrui et hors langage, le jeune homme du nom de Kaspar Hauser se retrouve d’un coup projeté sur la scène des hommes et des mots ».

C’est la course de cette météore et sa tentative, au sortir de la nuit de sa geôle, d’entrer dans le monde des hommes que scrute ce beau roman. Pour y parvenir il donne la parole aux différents personnages qui ont (dé)jalonné son existence. C’est un roman polyphonique dont les différentes voix s’éclairent mutuellement. Le procédé n’est pas rare mais moins fréquente est sa totale réussite.  Chaque voix possède ici sa singularité propre et on n’a pas cette impression si fréquente qu’un même personnage s’exprime sous différents patronymes.

On retrouve aussi, dans les propos prêtés au narrateur et transposés dans la narration, un écho du Traité des couleurs de Goethe selon lequel les différentes teintes dont se pare le monde naissent de la médiation de la lumière et de l’ombre.

Image associée
Kaspar Hauser (1812-1833)

Dès avant sa naissance le monde de Kaspar tourne sur un axe que le doigt du destin a dangereusement incliné : à l’un des pôles, sa mère, Stéphanie de Beauharnais ; à l’autre, la comtesse de H, marâtre de Charles de Bade, obsédée par l’anéantissement de celui-ci et de sa lignée. C’est elle qui peu après sa naissance fait enlever et séquestrer le petit Kaspar.

L’entrée de la jeune Stéphanie dans la famille de Bade est placée sous le signe de l’ombre :

« Mes noces qu’enfant j’imaginais solaires, consacrèrent explicitement mon union avec une lune pâle et morose – Charles – tandis qu’implicitement elles me liaient à une lune noire de ressentiment et de scélératesse – la comtesse de H ».

À son arrivée sur les terres de la Comtesse, la jeune épousée est saisie d’une étrange vision :

« Je vis l’ensemble du décor – ciel, jardin, sculptures, forêts environnantes  – virer à l’anthracite à l’instant même où Charles posa le pied sur cette terre, comme si une souillure s’épandait jusqu’à contaminer tout le paysage ».

Source obscure qui tarit la lumière, Charles est lui-même le jouet de la comtesse de H, incarnation du mal absolu, plus Iago dans sa logique infernale que lady Macbeth dans son tourment final. En effet, nul remord chez cette esthète du mal.

« J’éprouve, dit-elle, une joie insigne à démasquer la fausse rigidité qui n’est qu’une somme de déficiences et d’infirmités. Je commence par saper l’un des piliers de base de l’édifice psychique : attenter à un fondement garantit l’ébranlement de toute l’architecture. Coupant l’ancre du bateau, je l’ampute de ses voiles, mets ses pavillons en berne et ralentis sa vitesse avant de l’amener à sacrifier son cap pour le mien ».

La relation entre la comtesse de H et celle qui d’emblée sera sa victime dépasse de très loin la banale dialectique du bien et du mal, de la pureté et de la corruption. Taraudée par un désir d’absolu, fille de l’homme et fille de Dieu, cadenassant ses désirs de peur de « chavirer dans une seule dimension », Stéphanie se réfugie dans un mysticisme enfantin qui la convainc qu’elle doit faire vivre en elle « l’Alliance que le Créateur avait passé avec nous ses élus (…) Moi Stéphanie de Beauharnais, j’étais née d’un passage de Dieu dans l’axe de le terre. Je savais d’un savoir immémorial, qu’un Beauharnais que ne visitait plus le souffle de Dieu chutait hors de sa condition d’exception léguée à la naissance  ».

Cette certitude dérive vers un dolorisme hautain enté sur un puissant orgueil que l’âcre comtesse finit par débusquer :

« Au début, je ne me m’aperçus point de l’immense orgueil qu’elle retirait du piétinement de toute fierté. Par la suite, je me rendis compte que je devais sans cesse resserrer les mailles, inventer de nouveaux cachots et donjons pour la maintenir prisonnière. Sans moi, je la savais perdue ; avec moi, je la savais esclave. Personne dans notre entourage ne comprit ni la nature ni l’intensité du pacte qui nous nouait l’une à l’autre ».  

On peut se demander d’ailleurs si ce n’est pas tout autant l’orgueil de celle qui ne peut admettre le désaveu implicite de son Élection que le sentiment d’une écrasante culpabilité qui amène progressivement Stéphanie à refuser tout lien maternel avec Kaspar.

Kaspar : cet îlot de lumière sur lequel l’ombre semble se ruer… Son geôlier nous le décrit dans la nuit de son cachot :

« C’est qu’il voyait dans le noir ce gamin, c’est qu’il nageait dans le noir comme un poisson dans l’eau. La nuit ou le jour, ses yeux pouvaient pas faire la différence. Il se balançait d’avant en arrière, rampait au sol comme une chenille ».

Résultat de recherche d'images pour "véronique bergen"
Véronique Bergen

Cette oscillation autistique se retrouve dans le discours que V. Bergen prête à Kaspar où prolifèrent anaphores et répétitions (« Dans mon trou, le temps ne trichait pas (…), , dans mon trou mon non-soleil me traitait mieux que le soleil (…), dans mon trou rien ne se passait (…).)

Le plus captivant chez Kaspar est sa chute brutale dans le langage. Sa « voix » qui rythme le récit et le témoignage du docteur Feuerbach qui l’examine, nourrissent une réflexion sur l’origine du langage et l’arrachement à l’immédiateté du monde qu’implique le surgissement du mot flanqué de son pouvoir de représentation. Dès ses premiers entretiens avec Kaspar, Feurbach est frappé par son animisme radical et par le fait qu’il identifie les éléments de la réalité davantage par le biais de la couleur que par celui des formes. La première fois qu’il a vu de la neige, Kaspar l’a associée à la couleur blanche, et a ensuite appelé « neige » tout ce qui était blanc – les oies, les robes de mariée, le lait et les chevaux.  Tout ceci nous rappelle le Rousseau de L’Origine des langues :

« (…) le langage figuré fut le premier à naître, le sens propre fut trouvé le dernier. (…) D’abord on ne parla qu’en poésie ; on ne s’avisa de raisonner que longtemps après ».

Le langage de Kaspar se diffracte encore davantage en images sous l’effet de l’élan qui le pousse vers Eléonore sa jeune voisine, confirmant en cela que l’irruption du langage et de la poésie manifestent le franchissement d’un seuil affectif. Kaspar est une métaphore du poète.

Même chose pour le sens moral : Feuerbach identifie chez son patient « la nature a priori d’une conscience morale transcendant toutes les variables empiriques ». Artificiellement proche d’un état de nature Kaspar entend encore cette voix devenue pour nous lointaine et délaissée que nous avons remplacée par la « loi positive » faite de règles et de conventions générées par l’institution sociale.

En faisant s’exprimer Kaspar dans cette sorte de langue première qui est la sienne puis et en décrivant son apprentissage à marche forcée du langage institutionnalisé et formel des hommes sociabilisés, Véronique Bergen souligne avec maestria l’effet d’arrachement et d’appauvrissement que cela entraîne. Comme Starobinski l’a mis en évidence dans ses commentaires sur Rousseau, nous voyons les qualités instrumentales l’emporter sur les valeurs expressives du langage.

« La parole ne renvoie plus à la vérité du sujet ; bien au contraire, elle entraîne celui-ci hors de lui-même pour le vouer à l’impersonnalité du concept ».

C’est exactement ce qui se produit chez Kaspar. Laissons le témoigner :

« Je pleure le mot qui ne me rend pas la chose (…). Je pleure parce qu’on a pris mes non-mots d’avant et lorsque j’essaie de les retrouver dans mes larmes, je sais que les phrases des hommes décapitent mon ancien royaume. J’ai perdu ce que j’avais en partage avec la nuit, j’ai perdu l’unité qui ne se divise pas, la saison qui les englobe toutes ».

Si proche de  l’origine, Kaspar ne peut que se perdre sur les chemins où on le jette.

« Tous les trajets se perdent dans les sables. »

Le livre sur le site d’Espace Nord

 

L’AMOUR DU SAVON

Image associée

 

Plus d’une fois, il s’était demandé pourquoi il aimait tant savonner les hommes et les femmes. Quand il comprit que ce qu’il appréciait, c’était moins le contact avec la chair humaine qu’avec le savon, ce fut la révélation : il put se consacrer tout entier à sa passion. Car c’était un sentiment inavouable, même in petto, car on peut à la rigueur aimer sa peau, son odeur mais pas le savon seul, le savon pour le savon.

Dans son amour désormais sans honte, il ne se dissipe plus en vains lavages, en admirations équivoques ; il se consacre corps et âme à un pain après l’autre. Il le chérit, à sec et humide : chacun des états du savon le ravit, le plonge dans une extase qu’il peine à formuler en mots, ce n’est pas un poète.

Il trouvait que le pain trempé dans divers liquides (alcool, coca, vinaigre, sang, urine…) ne donnait son meilleur relief et tout son luisant que dans la seule eau pure non minéralisée (à la température de quarante degrés). Il aimait le savon dur, le savon mou, le savon noir, le savon blanc, le savon arc-en-ciel, le savon aux arêtes coupantes, le savon en forme de galet, celui qui glisse sur la peau, s’infiltre dans les plis, imprime son vernis sans fondre de suite, le savon qui perd de son volume, certes, mais en s’affinant, en approchant la ligne claire du fil de soie, du croissant de la rognure d’ongle. Il n’était toutefois pas fou du savon liquide, ce fut la seule restriction à son amour. Il préférait aussi le contact direct du savon, sans l’intermédiaire de l’éponge ou des gants de toilette imprégnés de sa substance et non de sa forme.

Il ne chérit pas la savonnette au point de le mâcher ou de la déglutir, non. Qui d’ailleurs va jusqu’à dévorer sa femme ou son homme, son amant ou sa maîtresse, son fils ou sa fille bien aimée ? Mais il lui arrivait de la mordre du bout des canines, de goûter son amertume, d’éprouver sa texture, puis de la recracher… Tous les grands amoureux, les vraies amoureuses ne vont pas jusqu’à l’avalement, ils crachent l’objet de leur dévotion après l’avoir fait jouer dans l’espace de leur bouche, contre leur palais, après l’avoir mélangée à leur salive, après l’avoir fait glisser jusqu’à la glotte, après s’en être gargarisé peut-être… Au-delà, les spécialistes savent qu’on ne répond plus de rien, c’est l’abîme de la disparition ; tout recours aux préceptes savons de Spinoza, Descartes ou Leibniz n’est plus d’aucun secours.

Il faisait durer le pain pendant des jours, ralentissant des heures durant le moment de la séparation, de l’extinction, chouchoutant la séquelle, le reliquat gras, ménageant à sa fin le meilleur de lui-même. Quand, enfin, il n’y avait plus trace du pain, c’était comme un arrachement. Il notait à mesure dans un carnet ses impressions, détaillant toutes les phases du deuil, allant juqu’à attribuer des notes, jamais moins que 5 ou 6 (sur dix, il va sans dire) : même le moins bon savon lui donnait de la joie, du rêve, de l’esprit (à lui qui en possédait d’ordinaire si peu).

Son amour du savon avait commencé par lui conférer une meilleure image aux yeux de son entourage. Lui qu’on connaissait passablement négligé, fleurant le vieux mâle, était devenu net, sentant toujours bon l’un ou l’autre parfum végétal. Mais quand ses proches peu à peu réalisèrent les effets de son addiction, ils prirent son excès de propreté pour un signe de saleté intérieure. Son amour du savon finit par devenir un repoussoir, comme, pour d’autres, une liaison avec une agrafe, une passion pour une Chips, l’amour des élastiques ou encore la maladie de la poésie.

Il eut même sa période savon de Marseille, savon d’Alep, le pavé de savon brut, sans parfum particulier, brut de décoffrage, sans atours ni finauderie. Elle dura dix ans. Ce fut sa dernière période. À la fin de sa vie, il réclamait aux aides-soignantes chargée de ses soins qu’on le lavât sans cesse ; jamais il n’avoua sa passion pour le savon en tant que savon : peu importait la savonnée, la mousse de savon, ce n’était qu’un attribut comme un autre, des stades du savon, certes, mais pas son essence qui, comme chacun sait, est composée d’un corps gras et d’une base forte, mais pas que.

Personne comme Ponge et lui ne surent chanter les charmes comme les vertus du savon. À l’instar de ce qui se passa pour Pessoa (qui n’est pas une marque de savon), on a retrouvé des milliers de pages de ses écrits consacrés à ce produit dans une caisse à savon. Un éditeur, qui à la lecture de ses feuillets, s’est découvert une attirance pour le même objet, une passion simple, abrupte, sauvage a décidé de tout publier. Cela pourra durer des décennies, a-t-il déclaré à l’association des écrivains de sa région, à l’occasion d’une soirée spéciale où il avait apporté des échantillons de savons du monde entier, mais tous les écrits seront publiés, dût-il, dit-il (ductile ?), sacrifier les plus beaux jours du reste de sa vie à cette tâche. Pas à cette tache, précisa-t-il en enlevant son chapeau (un Stetson), pour faire un bon mot doublé d’un beau geste, comme il en avait l’habitude.

L’amour du savon est une inclination particulière, peu étudiée dans les instituts psychiatriques, même si c’est un penchant nécessitant une renoncement complet au monde et à soi… On connaît nombre de protecteurs du savon qui recueillent les pains abandonnés, surtout à l’approche des départs en vacances vers les piscines bleu azur et les mers de plastique… Sachez-le quand vous vous lavez ou lavez un proche, et repensez au fou du savon dont on ne sait ce qu’il est devenu. Car ce texte est l’ultime témoignage qu’on a pu recueillir. L’éditeur s’est, lui, jeté dans le container d’un camion-poubelle après la faillite de son entreprise vouée, il fallait s’en douter, à l’échec: les gens lisent des romans sur l’amour des gens, pas sur l’amour des sens. Il est mort broyé parmi les ordures ménagères avec tous les écrits de son auteur fétichiste. Pas la moindre mention ne fut faite de sa disparition dans le bulletin de l’association d’écrivains dont il était membre d’honneur. Une honte, une de plus, qui ne grandit pas la profession.

 

Résultat de recherche d'images pour "savon gif animé"

 

 

 

LE PREMIER GÉNÉRATEUR AUTOMATIQUE DE CRITIQUE LITTÉRAIRE

Résultat de recherche d'images pour "homme et livre"

 

Les acteurs du livre (auteur, éditeur, libraire…) ne sont jamais pleinement satisfaits de la critique littéraire. Même dans une critique élogieuse, à la gloire de l’auteur, il n’est pas rare de trouver une remarque désobligeante, la griffe, le crapaud qui portent atteinte à la beauté comme à la réputation de l’ouvrage. Ce générateur de critique à la demande permet de battre en brèche tous ces écueils et de donner à lire la recension idéale, simple et efficace, celle qui sera partagée sans réserve et sans façon, suscitant, on n’en doute pas, de nombreux désirs de lecture.

 

1. INTRODUCTION

(1) qui paraît à (2) est le (3) ème ouvrage de (4), l’auteur(e) du très remarqué (5). 

Un ouvrage (6) qui rappelle à bien des égards l’œuvre d’un(e) (5).

(1) Titre de ton ouvrage : ……………………………………………..

(2) Nom de la maison d’édition : ………………………………………….

(3) Quantième publication : ………………………………………..

(4) Tes nom et prénom d’auteur(e) (+ ton genre actuel) : ……………………..

(5) Titre marquant de ta bibliographie + maison d’édition (on sait, le choix est difficile !) : ……………………………………………….

(6)  Qualificatif employé : remarquable, extraordinaire, singulier, intéressant, novateur, superfétatoire, révolutionnaire, passable, dans la moyenne de la production du genre,  innommable, sans intérêt, à chier…

(7) Auteur.trice illustre – ou non – que tu as lu – ou non – (vérifie toutefois l’orthographe sur Wikipedia ou Facebook), auquel/à laquelle tu souhaites être comparé(e) : …………………………………….

 

2. EXTRAITS

Cite 3 extraits (pour un maximum de 600 signes) que tu veux voir figurer ainsi qu’un mot-clé par extrait autour duquel le logiciel brodera une espèce de commentaire.

EXTRAIT 1

………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………..

mot clé :  ……………………………..

EXTRAIT 2

………………………………………………………………………………………………………

………………………………………………………………………………………………………

mot clé : ………………………………..

EXTRAIT 3

…………………………………………………………………………………………………….

…………………………………………………………………………………………………….

mot clé : ………………………………..

 

3. CONCLUSION

En conclusion, il s’agit là d’un nouveau livre (8) de (1) !

 Un article signé (9)

 

(8) Qualificatif employé : remarquable, extraordinaire, singulier, intéressant, novateur, superfétatoire, révolutionnaire, passable, dans la moyenne de la production du genre,  innommable, sans intérêt, à chier…

Attention!  Tu auras remarqué que, par deux fois, on te demande de qualifier (6 et ) ton ouvrage. Fais gaffe toutefois à ne pas indiquer deux fois le même terme. Si tu emploies remarquable dans l’introduction, tu préféreras exceptionnel ou un terme tout aussi fort pour conclure.

(9) Nom fictif du critique : si tu n’es que poète et n’a donc pas d’imagination, tu peux te servir d’un bottin, neuf ou ancien, d’un nom rencontré à la faveur du générique de ta série préférée, d’un dico de noms propres délavés etc. Prendre garde à ne jamais mentionner ici les noms de critiques qui font un travail soigné, créatif et pertinent.

SPÉCIFICITÉ
L’utilisateur du présent logiciel aura remarqué qu’il peut faire employer au générateur des termes dépréciateurs pour qualifier son ouvrage. C’est un service supplémentaire qu’offre l’outil. Car il n’est pas à exclure que l’auteur, une fois qu’il a été poussé par son ego, une mère libraire, un père slameur, un(e) partenaire avide d’admiration, un vécu personnel, sentimental ou professionnel compliqués, un ami éditeur complaisant… dans le cercle infernal de la production littéraire. Cette recension pourra dès lors contribuer à le sortir de l’engrenage par, notamment, l’effet de résonance que cette note de merde aura sur les quelques rares chroniqueurs indépendants, surchargés de travail et non encore automatisés qui demeurent actifs sur le marché de la critique.

Envoie le tout complété à premiergénérateurautomatiquedecritiquelittéraire@gmail.com et tu recevras la note de lecture personnalisée par retour du courriel (l’opération peut prendre quelques semaines même si nous visons, à long terme, l’immédiateté du processus).

MERCI d’avoir contribué à ce nouveau service automatisé du net, fruit de l’inintelligence artificielle qui, nous en sommes certains, contribuera grandement à la décroissance, à la réduction de l’empreinte carbone, et diminuera en conséquence le nombre d’envois de services de presse comme il  retardera sensiblement le réchauffement de la planète à défaut, il est vrai, de faire beaucoup avancer la chose littéraire !

OFFRE EXCEPTIONNELLE POUR UNE RECENSION GRATUITE PENDANT LE MOIS DE LANCEMENT DU LOGICIEL !

Image associée

PREMIÈRE CRITIQUE PERSONNALISÉE

ÉPINES DE PROSE de ANNE-ANGE LECHEVALET paru à L’Azalée de Zoé, 2019.

Epines de prose qui paraît à L’Azalée de Zoé et le 132ème ouvrage de Anne-Ange Lechevalet*, l’auteure du très remarqué Bains pubis paru à L’Eau de Laure en 1937.

Un ouvrage comment dire… qui rappelle à bien des égards l’œuvre d’un Marcel Amont.

Quand l’aube affole la lumière à la tige de la nuit, je me couvre d’ail, de poivre et de sel pour attirer les mouches à vinaigre et les mains des hommes-araignées.

Anne-Ange Lechevalet dresse la tige de la phrase jusqu’à des hauteurs insoupçonnées en entraînant son lecteur dans les nuages de sa prose.

Martelée comme une sauvage par une aubépine qui n’avait pas eu sa rose, ma peau fleurait, par un de ces miracles banals dont nous gratifie le quotidien au sortir des songes, le santal et la lavande, l’huile de foie de morue et le lait de chèvre caillé.

Avec ces épines de prose, Anne-Ange délivre des miracles de poésie qui nous font voyager dans les méandres de la psyché humaine.

Au loin, derrière le mont chauve, le souffle de l’ogre aveugle m’appelle et je cours vers sa bouche grande ouverte, visant ses dents avec ma nudité, de peur que, par mégarde il ne transperce ma dent de sagesse.       

Ici, Lechevalet évoque le souffle de l’existence amère qui anime nos âmes avides d’animalité et, de transe en danse, avec la seule ancre de son coeur, elle arrime l’être de l’écriture au ventre de l’encrier.

En conclusion, il s’agit là d’un nouveau livre piteux d’Anne-Ange Lechevalet.

Un article de Marc-Antoine Cléopâtre  

 

BIO EXPRESS

*Anne-Ange Lechevalet est née le 24 décembre 1919 à Ixelles. Elle publie Bains pubis en 1937, l’ouvrage sera salué par Richard Lion, son confesseur et petit ami. Elle obtient sa première et unique recension d’un de ses (nombreux) ouvrages dans un entrefilet du journal Le Soir du 12 juin 1977 de la plume d’un journaliste stagiaire, Jean-Claude Vantroyen, pour son premier roman, La Flemme du dimanche soir. En 2012, elle obtient le prix Marie-Pierre Mertens du plus grand nombre de publications (131) à l’actif d’un auteur belge vivant et écrivant dans un français correct, battant sur le fil Marcel Poivre d’Hamoir (112) et Alexandre Dumasson (107). Depuis ce prix, accablée sans doute par la reconnaissance tardive, elle n’avait plus rien publié et le monde littéraire francophone belge semblait presque avoir fait son deuil de son oeuvre.

LES PREMIÈRES RÉACTIONS DE LA PRESSE

« Ce logiciel est une aberration littéraire, une honte pour la littérature. A fuir! » Jérôme Garcin, Le Nouvel Obs à Moelle

« Aujourd’hui, c’est gratuit. Demain, ça coûtera bonbon! » L’Echo des Lettres

« Cela ne vaudra jamais la rigueur des critiques du Soir fanzine! » Marc Partager

« Le hasard n’a jamais donné rien de bon en littérature! » Le Cornet à dés et les jeux

« Anne-Ange Lechevalet est une écrivaine de troisième ordre, pfff ! » Le Matricule des Anne-Ange.

« Bains pubis de Lechevalet est une pâle resucée du Con d’Irène d’Aragon. » La Gazette des plagiats

« Le prix Marie-Pierre Mertens, je n’y crois pas une seconde! » Vincent Flibustier de NordPresse

« Lechevalet a mis sur le pavé pas moins de cinquante-sept maisons d’édition qui avaient pignon sur rue. » La Maison du Livre

« Qui s’est jamais préoccupé de la critique littéraire? » Christine Angot d’On n’est pas touché

« Un rythme effréné de publication n’est pas un gage de qualité! » La Course littéraire

« De la si belle poésie résumée aussi platement! » Les Amis des vers

 

Résultat de recherche d'images pour "livre gif animé"

LES TULIPES DU JAPON d’ISABELLE BIELECKI (M.E.O.) / Une lecture de Philippe Leuckx

Résultat de recherche d'images pour "philippe leuckx"
Philippe LEUCKX

Au-delà de l’intrigue échevelée, tumultueuse, complexe, le roman de la poète Isabelle Bielecki est avant tout un cri romanesque sinon autobiographique pour dire « je vis », « je résiste », « je suis fille de », « j’assume ma filiation » etc. On sent, à lire ce roman/récit mené avec une belle maîtrise (quelles que soient quelques préciosités chronologiques), avec en tête le personnage-moteur d’Elisabeth (presque anagramme d’Isabelle), que la narration de soi a un pouvoir insigne pour délester le réel d’un poids effroyable.

Les tulipes du Japon

Après le beau  doux, gentil Miura, pour lequel une passion offre à Elisabeth d’alléger sa profession (courtière en assurances dans une entreprise japonaise), la voilà aux affres, aux chaînes d’un Japonais atterri dans son service, mis là pour l’assujettir, pour la harceler…

Elisabeth n’a pas eu un parcours facile : des parents marqués au sceau de la déportation (Victor, le père, Russe; la mère, son « bourreau » familier, d’origine polonaise); le mari d’Elisabeth la comprend-il? Reste sa fille, chérie, Ania. Au départ, Elisabeth ne souhaitait pas d’enfant. Le milieu d’affaires est oppressant : les patrons, les clients, les proches. Combien d’amitiés ravalées à cause de l’usure (Irène) !

Abe, le tortionnaire japonais, est « un sale type ». L’âge venant, la fissure se fait sentir : le corps cède à la fatigue et cette belle femme sent que le temps lui échappe.

Résultat de recherche d'images pour "isabelle bielecki"
Isabelle Bielecki

D’une écriture réaliste, précise, non exempte de poésie (il suffit de se reporter aux belles descriptions psychologiques des errements), le roman de Bielecki dénonce le sort régulier de nombre de femmes que l’Entreprise néglige, obsède ou harcèle comme la fragilité imposée dans notre société par le désir de durer et de plaire (Gaby, son ex-ennemie, ne joue-t-elle pas ces faux semblants?).

Bielecki a sûrement mis beaucoup d’elle-même (sa profession) dans ce roman qui égratigne le milieu des affaires comme celui des rencontres amicales (le personnage de Christian et de sa garçonnière); l’âpreté du récit reste longtemps dans l’ombre du lecteur, comme un gage d’authenticité, certes.

La maturité de l’auteure donne aux « Tulipes du Japon » son poids de réalisme psycho-social. Beaucoup de lecteurs s’y reconnaîtront.

Isabelle BIELECKI, Les tulipes du Japon, M.E.O., 2018, 240p., 18€.

Le livre sur le site de l’éditeur

Isabelle Bielecki sur le site de l’AEB

 

 

LE COUP DE PROJO d’EDI-PHIL SUR LE MONDE DES LETTRES BELGES FRANCOPHONES #14

4cce3-image
Philippe REMY-WILKIN (par Pablo Garrigos Cucarella)

Les Lectures d’Edi-Phil

Numéro 14 (juillet 2019)

Coup de projo sur le monde des Lettres belges francophones

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…

 

À l’affiche :

Suite et fin des feuilletons Jacques De Decker (4 épisodes) et Véronique Bergen/Kaspar Hauser (3 épisodes), deux romans (Georges Simenon et Aly Deminne), un témoignage (Thierry Grisar), deux essais (Christian Libens et Jean Jauniaux) ; les maisons d’édition La Muette, Les Impressions Nouvelles/Espace Nord, Le Soir et Weyrich/Corbeau Noir, Banc d’Arguin, Flammarion….

et une émission radiophonique !

 

(1)

Fin du feuilleton Jacques De Decker !

En son quatrième épisode.

Résultat de recherche d'images pour "jacques de decker"

« Peu de science écarte de Dieu, beaucoup y ramène. » Qui disait plus ou moins cela ? Eh bien, je ressens cette sensation. Mon projet m’a amené à repousser ce que Jean Jauniaux, dans son essai La Faculté des Lettres, a qualifiés d’éparpillements, soit l’immensité des champs d’action de notre auteur, pour dégager le trésor d’une œuvre romanesque majeure. Mais. Au terme de mes modestes investigations (loin de moi de lire l’ensemble d’une production), j’ai encaissé un choc en retour. Qui initiait l’envie de réintégrer d’autres pans de la création de notre sujet. Car. Si tout le monde, dans notre microcosme, connaît l’apport critique éblouissant, au point de faire œuvre, si j’espère avoir démontré la réussite romanesque, il est clair pour moi désormais que Jacques De Decker a été éclairer de son talent (ou de son génie ?) bien des genres. On n’a pas aimé mais adoré ses Tranches de dimanche, une pièce. Et si on revenait sur quelques fulgurances… ?

 

Mais avant…

Je cite plusieurs fois l’essai de Jean Jauniaux. Donc, un mot à son propos. C’est un livre (Le Banc d’Arguin, Neuville-sur-Oise, 2010, 257 pages) très intéressant mais très particulier aussi : il est partiel (des tomes II et III sont annoncés mais n’ont pas vu le jour), alterne les registres (citations de discours importants, interviews de JDD, etc.) et revendique un statut d’éparpillements monographiques.

Jean Jauniaux connaît JDD depuis les bancs d’école, ayant été son élève, ce qui nous permet une foultitude de détails et d’informations du meilleur acabit, qui plus est distillés de la manière la plus vivante, agréable, ce qui ne surprend pas, JDD et JJ étant tous deux d’excellents orateurs. Le terme éparpillements, qui tente de cerner une réalité complexe, me semble toutefois rester en deçà de la perception qui le guide, de par ses connotations… bien que je confesse l’extrême difficulté de lui trouver un substitut (le mot brassages me passe par la tête mais ne me convainc pas pour… embrasser ce que je tenterai de décrire plus bas).

Dans Modèles réduits (La Muette, Bruxelles, 2010, 207 pages) sont rassemblées vingt-trois nouvelles, dont j’ai croisé certaines dans d’autres recueils, qui déclinent une large variété de tons et de gabarits.

Prenons les trois premières, qui ne font que trois, quatre ou cinq pages. Des modèles bien réduits ! Des nouvelles ? Enthousiasmé par ma découverte de JDD, j’assénerais bien qu’il y invente un nouveau genre, j’exagère sans doute. Mais. On a affaire à des esquisses, comme chez un Guy Gilsoul*, la narration attendue après la mise en place est évacuée, on songera à un coup de crayon. Mais. Ici, il y a autre chose. Ce qui est signifié touche à la psychologie, l’enjeu s’avère l’expression, le surgissement d’une idée, d’une observation sur la communication, le rapport à l’autre (l’envie d’en être débarrassé mais de pouvoir y recourir pourtant) ou à soi (vouloir être oublié mais remarqué aussi). Ces textes laissent filtrer à chaque fois un contrepoint, notion dont je cultive la religion, un grain de sable vient contester le système mis en avant par un/des protagoniste(s).

Résultat de recherche d'images pour "ibsen jacques de decker"

Dans Ibsen, l’une des deux biographies de notre prolifique auteur (avec un Wagner), on lit avec intérêt un récit très adroitement construit, étonnamment construit même, qui semble à la fois complet et court, qui s’avère dynamique et compact. Retrouvons le regard de Jean Jauniaux :

« On dirait que JDD a appliqué à son personnage central Ibsen, aux personnages constituant son entourage (…) aux personnages fictifs de ses pièces (…) les mécanismes de construction dramatique qu’il analyse et qu’il dévoile chez le dramaturge Ibsen. »

Fascinant ! A tel point qu’on se trouve ébloui lorsque JDD évoque la rencontre d’Ibsen et de sa future épouse, élisant des passages du poème A l’Unique :

« Son œil révèle une douleur secrète, j’y lis le chagrin et l’ennui, j’y lis maintes pensées de rêve qui se balancent haut et bas, un cœur qui bat avec ardeur, à qui la vie n’a pas donné la paix. »

La reconnaissance de l’âme sœur ! Sublime déclaration :

« Oh toi, jeune énigme rêveuse, oserais-je t’approfondir, oserais-je hardiment te choisir pour fiancée de mes pensées ? »

Résultat de recherche d'images pour "jacques de decker bruxelles guide intime editions autrement"

Et on en vient à un micro-essai, Bruxelles, Guide intime (Autrement, Paris, 1987, 55 pages).

Une commande, du contingent, pensera-t-on de prime abord. Or Jean Jauniaux, avec beaucoup d’intuition, y a vu tout autre chose :

« Même si vous vous prétendez insaisissable, il existe déjà un livre qui dresse de vous un portrait à la fois sensible et vrai, même si ce n’était pas son objet. »

Pour Jean Jauniaux, en décrivant Bruxelles, la Grand-Place, notre auteur se serait inconsciemment décrit :

« La Grand-Place est un miracle de la démocratie architecturale, c’est un assemblage de façades qui ont le charme de l’harmonie insoupçonnée du fortuit. »

Il est vrai que JDD a transcendé la commande. On y trouve bien sûr un défilé de sites remarquables ou de personnages incontournables, de bonnes adresses et d’anecdotes, des citations d’auteurs sur la capitale belge, etc. MAIS. JDD va infiniment plus loin, nous offrant une évocation de SA ville qui court sur plusieurs pages qui font à nouveau pleinement œuvre. Je voudrais les citer toutes mais me contenterai d’effleurements :

« Bruxelles a une chance rare : elle n’est pas – encore – une ville légendaire. Elle est une ville de passage, un relais (…) Bruxelles n’est pas un mythe, ou si peu… (…) Ville ignorée, qui ne se livre pas au premier venu, qui ne se donne qu’après une cour assidue, ville aux mystères d’autant mieux gardés qu’ils ne dérangent personne, ville de tolérance (…) Bruxelles confronte les cultures, les ethnies, les curiosités et les époques dans une espèce de propension naturelle à la complexité. (…) Le bonheur, à Bruxelles, tient à cette fluidité, à cette ductibilité, à cette disponibilité. On est à l’écoute et à la disposition de tout le monde quand on ne sait pas très bien qui on est, et qu’on ne se pose, tout compte fait, pas même la question. »

Ces pages, magnifiques, brouillent une fois encore notre ambition de mieux cerner l’auteur, voire de redéfinir une perspective sur son œuvre. JDD, des allures de Midas, ne sème-t-il pas l’or au gré de ses pérégrinations en mille registres ? Ce qui relève du talent, certes, mais d’une mentalité aussi, l’auteur pratiquant le respect du lecteur et des autres en général (et de lui-même, par corollaire) à un tel point qu’il appose intensité/investissement/approfondissement à ses entreprises… tout en se dispensant d’un sérieux granitique de façade, lui préférant un sourire coulé dans un second degré british.

 

Au sortir de ce feuilleton, je pense avoir rencontré l’auteur belge qui me touche le plus, le modèle (non pas réduit mais géant plutôt !) que tout jeune auteur espère percevoir à l’horizon (et que je croise donc un peu tard, n’ayant plus vingt ans ni même trente), un auteur qui parle à la fois à l’esprit et au cœur, à l’âme donc, ce mot qui fait si peur aux trop nombreux pusillanimes.

 

(2)

Georges SIMENON, Le Chat, roman, La Bibliothèque du Soir, Bruxelles, pas de date d’édition (mais première édition, ailleurs, en 1967), 158 pages.

Résultat de recherche d'images pour "le chat simenon"

Simenon ! L’auteur belge francophone le plus lu ? Décrié et adulé ! Parvenu en Pléiade pourtant. Je ne l’ai jamais beaucoup fréquenté. Presque pas lu. Des bribes à droite ou à gauche. Evidemment, j’ai visionné de nombreuses adaptations ciné ou télé. Jean Gabin, Jean Richard… Sans aucune exaltation. L’homme ne m’attire guère (ses tendances antisémites) mais l’œuvre ne me parle pas a priori, question de tempérament, elle progresse à vitesse trop réduite pour mon rythme personnel, elle manque de couleurs (le gris pour un baroque !).

Pourtant. A force de lire des réflexions très laudatives venant de personnalités estimées (Baronian, Libens…), ou à force de creuser le sillon de notre édition, ou en vieillissant, ou en évoluant lentement, je me suis senti obligé ou poussé par un appétit nouveau. Extirpé un roman qui dormait depuis des décennies au sein de mes étagères.

Or donc ?

 

Au premier contact, balayons le cliché de l’auteur populaire (étiquette qui sous-entend une histoire enlevée et une écriture rudimentaire ?) : il écrit bien, clair mais bien. Il possède un rythme et donc une musique toute personnelle. C’est un auteur.

 

Au deuxième palier de la lecture, le récit m’ennuie. Le Chat doit appartenir à un volet plus littéraire de son œuvre. Un non-Maigret, comme certains disent.

Le pitch ? Deux personnes âgées, retraitées et largement plus de soixante ans, vivent en couple, de secondes noces pour chacun, mais n’ont plus rien à se dire, passent leur temps à s’espionner, se juger, se mettre des bâtons dans les roues d’une vie quotidienne atrocement terne, d’un gris abyssal. Jusqu’à entreprendre une guerre d’usure ou même de rupture par animaux domestiques interposés (le chat de l’un, le perroquet de l’autre). Tout cela à un rythme assez lent, à coup de notations infinitésimales :

« Il vivait dans un monde fantomatique, à la fois précis et inconsistant. Il connaissait les moindres fleurs du papier peint du salon, les taches faites du temps du Charmois, les photographies, la marche de l’escalier qui gémissait et la craquelure dans la rampe. »

Il y a un parfum policier, tout de même. Il y a crime ou crimes… contre des animaux, et on sent poindre une menace d’un tout autre acabit. N’empêche. Je pense à Eugénie Grandet (Balzac), qui décrivait la vie d’une vieille fille en province, je me dis qu’il serait criminel d’imposer cette lecture à des adolescents, des adultes amateurs de séries télé souhaitant soudain s’ouvrir à la littérature.

 

Dans un troisième temps, ma perception globale mute. Considérablement. Tout est affaire de perspective, somme toute. Si l’on croit découvrir un roman policier, un roman à action et péripéties, un roman pur et dur, on est déçu. Mais, si on appréhende l’opus comme roman littéraire, comme étude de mœurs, roman psychologique, il faut en convenir : le livre possède une belle envergure. Et j’avoue m’être soudain passionné pour les descriptions des rapports complexes unissant les personnages. Ce qui les arrime l’un à l’autre. Ce qui les écarte. Le retour sur les vies passées, ratées. La manière dont on meuble un vide en conférant du sens à des riens ou à des hostilités :

« Elle regardait durement son mari, une petite étincelle de triomphe dans les yeux. Elle avait découvert une nouvelle façon de se venger. Demain, après-demain, cette Mme Martin allait répéter l’histoire dans toutes les boutiques de la rue Saint-Jacques et on le regarderait avec une réprobation mêlée de pitié. »

Le besoin de haïr, peut-être, qui serait plus fort que celui d’aimer (ce qu’exprimait la comtesse tortionnaire de Véronique Bergen, dans Kaspar Hauser) ? In fine, on débouche sur une étude raffinée et pointilliste de la condition humaine. Où le vieillissement et l’approche de la mort, la réussite et l’échec, la joie et le bonheur, la communication, le regard de l’autre ou de la société, tous ces thèmes, et d’autres sans doute, sont interrogés et nous interrogent, nous bousculent.

 

Un très bon livre !

 

(3)

 Christian LIBENS, Une petite histoire du roman policier, Weyrich/Noir Corbeau, Neufchâteau, 2019, 99 pages.

Résultat de recherche d'images pour "christian libens une petite histoire du roman policier"

Un très plaisant opuscule ! Que je suis heureux d’intégrer à cette édition de la mini-revue après la recension dédiée à l’une des références de l’auteur et du livre : Georges Simenon. J’y ai consacré un article très enthousiaste, paru fin juin dans Le Carnet :

 https://le-carnet-et-les-instants.net/2019/06/23/libens-une-petite-histoire-du-roman-policier-belge/

 

(4)

Thierry GRISAR, Mai 68 amon nos-ôtes, Editions du Cerisier, Mons, 2019, 117 pages.

Un témoignage sur Mai 68, tel que vécu à Liège, auquel Julien-Paul Remy (pour les 4/5e) et moi avons consacré un article dans Le Carnet, paru en… mai :

https://le-carnet-et-les-instants.net/2019/05/01/grisar-mai-68-amon-nos-otes/

 

(5)

Le coup de gueule du mois !

Une nouvelle rubrique ou un one-shot ?

Aly DEMINNE, Les Bâtisseurs du vent, Flammarion, Paris, 2019, 284 pages.

Résultat de recherche d'images pour "Al y deminne les batisseurs du vent flammarion"

Je me souviens d’un précédent. Une autrice installée à l’étranger, que j’avais soutenue de mes conseils pour la rénovation de son site… Elle me sollicite pour présenter son livre, j’accepte a priori, je reçois une horreur. Dès la couverture… Et j’aurais dû me méfier de l’éditeur (très controversé). Non, je ne citerai aucun nom. Mais l’un ou l’autre passage ? Oui !

Voici l’uppercut encaissé dès la deuxième page :

« L’endroit semblait être encore inconnu des paléontologues et c’était bien ainsi car en quelques semaines ils auraient, avec leurs drôles d’instruments grâce auxquels ils se livraient à toutes sortes d’études, fait disparaître toute la poésie d’un temple encore secret. »

Encore :

« (…) et deux hommes arrivés par elle ne comprenait pas où en franchirent le seuil. »

Oui, rassurez-vous, j’ai laissé tomber le livre et renvoyé l’autrice à ses études.

 

A méditer ! D’un côté, il est extrêmement difficile d’être publié (par un véritable éditeur, qui ne vous fait pas payer pour sortir un opus flattant votre ego) et je croise régulièrement des auteurs/autrices de talent désabusés ; de l’autre, des bouquins fort inconsistants (forme ou fond, ou les deux) sortent régulièrement, même chez les Grands Parisiens. Cherchez l’erreur !

J’ai repensé à cette consœur en découvrant le livre d’Aly Deminne. Du moins après quelques pages. Les deux autrices étant toutes deux traductrices de formation. Un métier qui, pourtant, enseigne l’excellence littéraire.

Une fois encore, tout étant dans tout, j’eusse dû me mettre en alerte au plus vite. Dès les deux premières pages, les héros venaient d’Union soviétique tout en étant polonais avant, un peu plus loin, de devenir ukrainiens. Une mobilité identitaire qui arrangerait bien les affaires belges, soit dit en passant.

Mais. Mesquinerie ! Je poursuivais plein d’appétit. Le titre ? La photo de l’autrice ? La réputation de l’éditeur ?

Après quatre pages, l’alerte se déclenchait. Une foultitude d’interversions singulières :

« (…) ces résidences secondaires que se font construire les riches gens (…). »

Soudain, une perle :

« Le travailleur venant d’un autre pays qui n’était pas le sien s’en alla vers un nouvel horizon. »

En principe, remarquez, le lecteur aussi, à cet instant, non ?

La suite ? Aly tire à la mitraillette et au lance-flammes sur tout ce qui lui rappelle la langue française :

« Il souffrait de la chaleur ; de celle qui berçait son petit monde et qui posait l’état « canicule », et de celle crachée par le feu du salon. »

Ou encore :

« Dans l’éboulement (NDLA : de nos illusions littéraires ?), des tintements métalliques abattaient même le soupçon. »

Et le pauvre chroniqueur littéraire ? On achève bien les chevaux :

« Les cimetières lui avaient toujours provoqué malaise. »

La philosophie n’est pas épargnée :

« Au nécessaire le nécessaire, au secondaire les belles résidences. »

Au moins aurai-je, grâce à Aly, perçu les limites de mon entendement ou la pauvreté de mon bagage stylistique. Mais. Terminons par deux touches toutes en sensualité :

« (…) déjà l’ambiance se moitait. »

La deuxième va, disons, plus loin :

« Et le mestre, en tête, pénétra l’édifice vacillant (…). »

A ce stade, on conseillera à l’autrice de se remettre à la lecture des grands auteurs et d’élargir son regard sur le monde aussi, car j’en oublierais presque l’essentiel : son texte faufile une vision du monde d’une naïveté abyssale. Et terrifiante, tant tout y est noir ou blanc, tant y flotte un binaire d’échafaud.

 

REBONDISSEMENT !

Je n’ai rien compris ! Les premiers chapitres s’apparentaient à un leurre et j’ai eu tort de laisser tomber après quelques dizaines de pages ?

Une émission culturelle nous assène qu’il s’agit in fine d’un livre foooooooooormidable :

https://www.rtbf.be/auvio/detail_lulutterature-les-batisseurs-du-vent-d-aly-deminne?id=2492116

 Des avis, sur Babelio, vont dans le même sens. Je vous laisse le soin d’interpréter la distorsion. Ou d’aller y voir de près. Why not ? L’histoire, somme toute, est sympathique.

 

(6)

Fin du feuilleton Kaspar Hauser/Véronique Bergen !

Résultat de recherche d'images pour "kaspar hauser véronique bergen"

Pour rappel, j’ai suspendu ma rubrique poésie, considérant la charge poétique exceptionnelle de cette autrice/magicienne. J’en suis tombé de mon fauteuil ergonomique et pas encore remis. Pour contextualisation, je renvoie aux deux précédents épisodes. Loin de toute analyse, je veux donner à entendre/ressentir ces mots/phrases qui coupent le souffle (ou l’emportent).

 

La voix de la mère (de Kaspar).

Écoutons cette autre victime de l’abominable comtesse de H. :

« En arrivant au château de…, j’eus l’impression d’être un navire à qui on avait interdit l’accès à la mer. Ayant évalué qu’il était impossible de le couler, l’adversaire avait choisi de l’ensabler. » ;

« Tandis que je vacille, j’aménage déjà mes éboulements intérieurs. Je m’épargne peu d’émotions extrêmes et violentes mais, très vite, je danse sur leur crête. » ;

« (…) je sentais les eaux monter comme des murailles d’écume noire, les oiseaux de proie tournoyer en une danse macabre (…). » ;

« Souvent, mon âme hurle, se refusant d’avoir été, fût-ce le plus indirectement possible, de la façon la plus ténue, complice du crime qui se préparait. »

 

La voix du narrateur (moderne, 2003).

Véronique Bergen s’aligne sur une tradition séculaire (d’Ossian à Clara Gazul, etc.), celle de la supercherie littéraire et du document découvert miraculeusement, pour offrir une mise en abyme de son projet :

« (…) je détenais le journal intime de Stéphanie de Beauharnais, la mère putative de celui que toute l’Europe avait nommé Kaspar Hauser. » ;

« (…) le projet (…) : fondre dans un récit ce document en l’alliant aux voix de divers protagonistes à qui je rendrais la vie. » ;

« Avec Kaspar, je me mis à rire mots galets, à manger mots marins, à rêver mots rubans, à courir mots hirondelles. Je me réinstallais à l’intérieur des mots, tout près de leur matière incandescente, là où les toucher équivalait à se toucher soi-même. » ;

« Sachez simplement que l’éclairage mutuel que s’apportent les voix vise à pénétrer ce que Goethe conçoit comme le creuset de toutes les couleurs, ce que je perçois comme l’ombilic de l’existence : le rouge incandescent qui rend possible tout ce qui est. Kaspar est ce qui, en nous, sommeille tant que nous faisons corps avec le monde. Kaspar est celui qui s’est tenu dans l’œil de ce cyclone pourpre. »

 

(7)

Les Rencontres Littéraires de Radio Air-Libre !

Résultat de recherche d'images pour "radio air libre"

Oyez, bonnes gens ! Guy Stuckens, un héraut radiophonique des Lettres belges (et de l’Art en général), m’a sollicité pour devenir chroniqueur culturel une fois par mois dans son émission du lundi soir (18h30-19h30/45, 87,7 MHz en FM). Qui plus est, il m’a laissé beaucoup d’espace d’expression, et j’en profite pour évoquer mes coups de cœur en musique, cinéma ou littérature (surtout). Une belle suite à cette mini-revue.

Dans l’émission de mai, j’évoquais, dans le prolongement des Belles Phrases, Emile Bravo et son Spirou, Claude Donnay, A.M. Hamesse, R. Rosi, J.M. Rigaux et E. Wilwerth :

https://l.facebook.com/l.php?u=https%3A%2F%2Fchirb.it%2Fg6JrtO%3Ffbclid%3DIwAR0xGQdQOXbhQsz-xCIE2m5eFmsEkUCrakhiu–0CakbQOc1STSf3bRlZIc&h=AT2vDYZwpjUuHDxpqXmVRovlgdfR6n1qqYnvsKV8lbpgeTG7P6TgXKE2krT-lupqdpBU6335lHbbkjKexBEDbG_ksMV8QtFnP78WSq7rvoH4u9dNgg-zGhaR1VPI920eiqLUxXFiIGEXeb3qjb0

Dans celle de juin, en duo avec Daniel Simon (un homme-orchestre qui sait tout faire : mettre en scène, réciter, écrire, éditer, analyser…), on a revisité mon feuilleton sur Jacques De Decker, dans une volonté de synthèse, avec de nouveaux éclairages (Daniel le connaît très bien et depuis longtemps) et de magnifiques lectures d’extraits (Daniel !) :

https://soundcloud.com/user-279630699-605704682/tracks?fbclid=IwAR1QUDf8G2jU_RasDbDCnywj3yxa-GY5PkAH9hCoWxKzAmxrbgj2HMZKGwg

 

Edi -Phil RW

 

* Voir article paru dans Les Belles Phrases :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2018/06/13/le-coup-de-projo-dedi-phil-rw-sur-le-monde-des-lettres-belges-francophones-2/