LES BELLES PHRASES ont DIX ANS !

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J’ai dix ans 
Je sais que c’est pas vrai 
Mais j’ai dix ans 
Laissez-moi rêver 
Que j’ai dix ans 
(…)
Ça parait bizarre mais 
Si tu m’crois pas hé 
Tar’ ta gueule à la récré

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Créé le 22 décembre 2008, le blog a diffusé quelque 4000 posts et enregistré quelque 700 000 visites.

MILLE MERCIS aux amis Denis BILLAMBOZ, Philippe LEUCKX, Nathalie DELHAYE, Lucia SANTORO, Philippe REMY-WILKIN, JULIEN-PAUL REMY et Jean-PIERRE LEGRAND d’avoir rehaussé de leurs critiques (littéraires, cinématographiques ou théâtrales) et de leurs lumières ce blog. Sans oublier les sympathisants, auteurs invités et relayeurs tout au long de ces années…

LIEN vers la page Facebook des BELLES PHRASES 

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SORTIE de LE VOYAGEUR INTEMPOREL de SALVATORE GUCCIARDO à la BMY de MARCHIENNE-AU-PONT

Présentation du livre: LE VOYAGEUR INTEMPOREL de Salvatore GUCCIARDO le SAMEDI 23 MARS à 17 heures à la Bibliothèque Marguerite Yourcenar, Château Bilquin-de Cartier, à MARCHIENNE (Charleroi) Belgique. Place du Perron, 38 à Marchienne – 071/86.56.27- bibliothequeyourcenar@gmail.com

Présentation: Éric Allard
Modérateur: Serge Budahazi, bibliothécaire responsable

Entrée gratuite.

L’exposition L’Intemporalité, réunissant des oeuvres de Concetta Masciullo, Geneviève Vanstrade, Derry Turla et Salvatore Gucciardo, sera visible sur les lieux.

L’image contient peut-être : texte

La page Facebook consacrée à la rencontre 

La critique du livre de Salvatore Gucciardo par Martine Rouhart sur le site de l’AREAW

La critique du livre par Jean-Pierre Legrand, reprise sur le site SudInfo Charleroi

Le site de Salvatore Gucciardo

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Le Château Bilquin de Cartier

MONA OZOUF, PORTRAIT D’UNE HISTORIENNE – Une lecture de Jean-Pierre Legrand

Le TOP 5 de JEAN-PIERRE LEGRAND
Jean-Pierre LEGRAND

Depuis plusieurs années, la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs, dirigée par le romancier Patrick Deville, organise à l’abbaye de Fontevraud des Rencontres internationales consacrées chaque fois à une œuvre importante. C’est l’occasion de rassembler universitaires,  témoins ou familiers d’un auteur. Du 17 au 19 juin 2016, l’invitée fut Mona Ozouf. Cette rencontre a été l’occasion d’un livre, « Mona Ozouf, portrait d’une historienne » qui vient de paraître.

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Précédé du pertinent « Y-a-il une crise du sentiment national », l’ouvrage aborde les différentes facettes du travail protéiforme de Mona Ozouf. L’exercice a bien entendu ses limites : les témoins ici convoqués sont bien souvent des inconditionnels ; la louange répétée finit par confiner à ce « Lèche botte blues » si bien chanté par Monsieur Eddy…

Il n’empêche ce Portrait d’une historienne reste passionnant. Son premier chapitre est consacré à l’amitié. Cela peut surprendre mais dans le parcours de Mona Ozouf, une jeunesse un peu triste (elle perd très tôt son père) et isolée a rendu précieux le don de soi et l’échange intellectuel au sein d’une société d’amis choisis pour la vie. Ce besoin d’une communauté d’esprit renforcée par la nécessité d’une lutte est pour beaucoup dans l’engagement de la jeune Mona au sein des rangs communistes en compagnie de ceux, qui comme François Furet ou encore Emmanuel Le Roy Ladurie, lui resteront liés jusqu’à la fin.

Mona Ozouf s’interroge sur la fascination exercée à l’époque par le Parti communiste sur toute une frange de la jeunesse intellectuelle. Dans cet engagement massif, elle voit rétrospectivement quelque chose qui ressemble à une expiation collective. Trop jeunes pour faire la guerre mais assez vieux pour y perdre une part de leur innocence, tous ces jeunes gens sont, par la force des choses, demeurés au bord de l’événement, en spectateurs. Ils ont le sentiment d’être passé à côté d’une époque héroïque. Le combat communiste est une manière de continuer la guerre sans l’avoir faite. Dans la vie intellectuelle de Mona Ozouf, cette aventure a les vertus formatrices d’un aveuglement finalement fécond : il va orienter une bonne part de ses recherches. Ce que la jeune femme a éprouvé dans ces années de fébrilité idéologique, elle le retrouve  dans la Révolution française.

« Dans la Révolution française comme dans l’engagement militant, écrit-elle, l’allégresse des premiers jours se mue en peur puis en épouvante ; dans l’une comme dans l’autre on s’évertue à camoufler cet écart vertigineux. Tantôt on invoque la citadelle assiégée et les formidables ennemis qui rendent nécessaire le recours à la terreur. Tantôt on use libéralement de l’oxymore : pour faire advenir la société réconciliée, le bonheur et la paix (…) force est bien de recourir au despotisme de la liberté ».

Le dégrisement viendra  au fil de l’envahissement progressif des paradis promis, par les prisons, les camps et les gibets…

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Mona OZOUF

Au fond, que ce soit par le biais de son appartenance bretonne ou de ses illusions communistes, Mona Ozouf est très tôt confrontées à des conflits de fidélités, entre l’universel et le particulier, les attaches et la liberté. Ce sentiment ne peut que la conduire à s’intéresser à la Grande Révolution qui, dans sa dérive terroriste soupçonne une volonté criminelle de séparation derrière toute  expression individuelle. L’historienne (au départ philosophe de formation) est aussi une furieuse amatrice des lettres. C’est sans doute ce qu’elle pardonne le moins aux Jacobins (d’où son faible, plus guère de saison, pour les Girondins) : ils ont bâillonné toute libre expression littéraire.

« Les Jacobins ont professé que le patriotisme devait occuper la vie entière et qu’ils pouvaient légitimement réclamer le sacrifice des liens privés au bien public. (…) Ils ont demandé aux citoyens l’obéissance, mais pis encore, le consentement intérieur (…). Or les lettres foncièrement anti-tyranniques ne vivent que du libre-choix des sentiments et de la saveur de la vie individuelle ».

Cette Révolution, l’ouvrage commenté y revient encore en abordant la question des festivités du bicentenaire. J’avais tout juste trente ans et je me souviens très bien  de discussions enflammées dont on a plus idée aujourd’hui sur de tels sujets (D’autres les ont remplacé entre-temps…). Très tôt, Mona Ozouf a déclenché la polémique avec son article célèbre « Peut-on commémorer la Révolution française ? » Elle y abordait la difficulté d’une unité commémorative autour d’un événement fait d’éclatements et de divisions. Elle soulignait aussi avec beaucoup de justesse l’opposition entre mémoire et histoire ; l’écart entre la fidélité à un héritage et l’objectivité d’un savoir et d’une connaissance distancés.

L’ouvrage aborde d’autres sujets polémiques qui sont autant de jalons dans la carrière de Mona Ozouf, comme le « féminisme à la française », la laïcité et la trace de Jules Ferry dans l’histoire de France. Il se termine sur une facette moins connue de cette femme brillante : la critique littéraire. Pendant près de quarante ans, Mona Ozouf a tenu une chronique dans Le Nouvel Observateur. Ses articles ont été réunis dans un précieux ouvrage intitulé « La cause des livres ». Son amie Christine Jordis témoigne avec finesse de l’orientation critique choisie :

« Comme bien des personnages qu’elle décrit, Mona Ozouf est ennemie de la critique justicière ; elle fait aux œuvres étudiées l’amitié courtoise mais néanmoins lucide d’une visite infiniment civilisée. Elle procède en premier lieu par la compréhension, par l’empathie et par esprit de tolérance »

Ce penchant qui incline Mona Ozouf à partager ses enthousiasmes plutôt que ses aigreurs n’exclut pas, à l’occasion, le coup de griffe. Comme à l’égard de Simone de Beauvoir qu’elle appelle malicieusement tante Simone et dont on sent bien qu’elle l’agace :

« Pauvre tante Simone ! Elle qui n’était pas née femme, avait tout fait pour ne pas le devenir, si vite rassurée par la chanson vulgaire et douce dont on berce l’éternel féminin : avec toi ce n’est pas la même chose. »

Que retenir de Mona Ozouf ?
A mes yeux une femme curieuse de tout, indépendante et audacieuse, qui pratique l’histoire avec le plaisir gourmand du style : un style incarné et dense à mille lieux de l’écriture sèchement administrative de tant d’historiens dont le propos peut être intéressant mais qui est totalement dépourvu de ce plaisir du texte sans lequel toute lecture m’est un pensum.
Je retiens aussi une belle profession de foi. Celle qu’elle prononce lors de l’inauguration du Collège François Furet d’Antony, sous le couvert de l’hommage qu’elle rend à son ami décédé quelques années plus tôt :

« François Furet appartenait à une génération qui vivait dans la foi, alors canonique, de l’engendrement de l’homme par l’histoire. Il l’avait définitivement abjurée après sa rupture avec le Parti communiste, rupture sans lendemain ni regrets, après laquelle il n’acceptera plus jamais de se loger dans aucun déterminisme, ni structuralisme (Lévi-Strauss), ni géographique (Braudel), ni sociologique (Bourdieu). Il a alors répudié l’idée que l’homme est le produit de structures et le déterminent et ne lui offrent au mieux qu’une illusion de liberté ».

Le livre sur le site de Flammarion 

TOUR DU MONDE, un ALBUM de CHANSONS d’HÉLÈNE PIRIS – Une écoute de Paul Guiot

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Paul GUIOT

TOUR DU MONDE, un album de chansons d’Hélène Piris, la p’tite bête de scène qui monte qui monte qui monte !

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Auteure, compositrice, interprète, multi-instrumentiste, arrangeuse un rien dérangée … Hélène Piris a plus d’un tour dans son monde. Son dernier album ? Un bijou, un cadeau de cette bonne dame (très) nature. Avec cet opus copieux, la jeune artiste lyonnaise nous offre un ticket pour un Tour du Monde sans kérozène, rien de moins !

Les textes développent les thèmes de l’appartenance à la terre (Belle Phocéene, Tu reverras ton pays, Les montagnes de l’Atlas…). Qu’il soit de pierre, d’argile ou de sable, Hélène regarde le monde à travers ses beaux yeux rieurs : … quand j’dis que l’monde est beau / alors que toi tu crois / que l’monde est aussi laid que toi…  Dans la chanson « Tour du monde », elle pressent la vanité qu’il y a à vouloir fouler chaque cm² de notre planète meurtrie : Qu’est-ce qu’on fait / qu’est-ce qu’on fait après / quand on en a fait le tour

Pas naïve et un brin nostalgique, la donzelle, quand elle chante « Tu reverras ton pays », la chanson qui m’a semblé être le bijou, la cerise sur le gâteau de son univers musical : Mon pays / Où es-tu / Vestiges d’un royaume perdu / Je ne sais plus qui tu es / As-tu jamais existé / Es-tu encore mon pays ?

Préférant les percussions aux batteries électroniques, Hélène privilégie les instruments acoustiques – et quel bonheur ! Parfaitement à l’aise dans tous les styles musicaux – que ce soit le folk le jazz ou la java -, Hélène, avec ou sans sabots, est la digne descendante des Brassens, des Nougaro… Rien de moins !

Il faut la voir sur scène ! Qu’elle soit accompagnée de ses amis musiciens ou enfourchant son violoncelle en solo, Hélène vous offre sa pêche, sa voix fraîche et azurée, son talent d’interprète, le tout saupoudré d’une pointe humour malicieux.

La vie d’Hélène est faite d’échanges. Elle accompagne d’autres artistes, comme son cœur de chanteur, Frédéric Bobin, qui a lui-même prêté sa voix et sa guitare à l’album.

Cette année, elle passait en première partie d’artistes comme Liane Foly ou Sanseverino. Son agenda ne désemplit pas… Suivez-la via sa page Facebook ou son site internet et essayez d’aller à sa rencontre, vous ne le regretterez pas.

Dans sa dernière chanson en date, Ma chérie, Hélène évoque avec beaucoup de douceur une pratique barbare tristement célèbre, l’excision :

Belle Phocéenne 

Les montagnes de l’Atlas

Film « ambiance studio d’enregistrement » 

La page Facebook d’HÉLÈNE PIRIS

Le site d’HÉLÈNE PIRIS

 

VIVRE de JEAN-JACQUES RICHARD (Acrodacrolivres) – Une lecture d’Éric Allard

Un beau mais grave petit (par le format) livre qui rend compte, il semble, d’une expérience personnelle de l’auteur, Jean-Jacques Richard, photographe et poète sensibles, être pétri d’humanité et au sourire désarmant.

Dans Vivre, le narrateur apprend la récidive de son cancer de la prostate et la nécessité d’une délicate opération qui, étant donné qu’il est cardiaque, ne lui donne que peu de chance de survivre à l’anesthésie.

Si l’opération – qui aura duré cinq heures – est un succès, elle va générer chez lui toute une année de douleurs, de complications et d’un rétablissement progressif pour pouvoir revenir à une vie normale.

Au plus fort de l’épreuve, le narrateur tire cette leçon de ce que peut un corps, comme l’écrivait Spinoza.

Pendant toute une période, j’avais été dans l’impossibilité de me concentrer sur quoi que ce soit. Je vivotais plus que je ne vivais réellement. En cas de danger, le corps a cette faculté incroyable de préserver l’essentiel de notre énergie pour les fonctions vitales majeures. Il sélectionne les plus importantes et met le reste en veilleuse. Mon corps a concentré tous ses efforts pour me permettre d’endurer la douleur.  

L’homme prend dès avant l’opération le parti de régler ses affaires et d’en aviser ses proches comme on tire un trait au-dessous d’un travail bien fait, puis de ne vivre que le moment présent sans s’embarrasser de regrets ni remords car il est inutile de s’en faire pour les choses sur lesquelles on n’a pas d’emprise.

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Jean-Jacques RICHARD

La relation la plus touchante du livre est celle qu’entretient le narrateur avec ses petits-enfants auxquels il démontre qu’il sera toujours vivant pour eux tant qu’ils auront des souvenirs de moments heureux vécus ensemble. Il suffira qu’ils ferment les yeux pour se rappeler…

C’est pour finir ceux qu’on voudrait le plus protéger  qui sont les plus perspicaces.  Je veux parler des enfants bien sûr.  Dès qu’on essaie de leur cacher quelque  chose, ils ont comme un radar (…)

Mais c’est d’eux aussi qu’on retire le meilleur soutien. D’un geste, d’une parole, d’un sourire, ils nous réconfortent de la manière la plus juste et la plus chaude qui soit. Un câlin, un bisou, une présence..

Un livre à lire pour quand la vie se réduit à un fil d’existence. Un livre fort dans le sens où il peut apporter soutien et réconfort dans ces périodes où vivre s’éprouve comme un cadeau, un bonheur de chaque instant.

Mais laissons à Jean-Jacques Richard le mot de la fin de son ouvrage qui est un message d’espoir.

Vivre avec l’insouciance d’un enfant, l’insolence d’un adolescent et le savoir d’un adulte. Et même si le physique ne suit plus, c’est avec la tête qu’on voyage.

C’est paru dans la collection Livre au carré de chez Acrodacrolivres.

Le livre sur le site de Jean-Jacques RICHARD

La collection Livres au carré chez Acrodacrolivres

Le site de Jean-Jacques RICHARD

LE COUP DE PROJO d’ÉDI-PHIL sur LE MONDE DES LETTRES FRANCOPHONES BELGES #10

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Philippe REMY-WILKIN (par Pablo Garrigos Cucarella)

Les Lectures d’Edi-Phil

Numéro 10 (mars 2019)

Coup de projo sur le monde des Lettres belges francophones

sans tabou ni totem, bienveillant mais piquant…

 

À l’affiche :

le lancement de deux feuilletons, consacrés à deux grands coups de cœur : Jacques De Decker et Kaspar Hauser (un roman de Véronique Bergen), deux romans (Carino Bucciarelli et Nadine Monfils), un recueil de poésies (Carino Bucciarelli) ; les maisons d’édition M.E.O., Espace Nord/Les Impressions Nouvelles, L’Arbre à paroles.

 

(1)

Jacques De Decker.

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JDD ! Comme beaucoup, j’ai longtemps pratiqué JDD en tant que critique littéraire du Soir. Il m’épatait par son écriture, sa culture, ses facultés d’analyse. Puis, au fil des années, sans le côtoyer, plus ou moins inconsciemment, je lui ai attribué un smoking de statue du Commandeur. Il était devenu Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Lettres belges, son frère occupait de hautes fonctions politiques ; qui plus est, il ne devise pas sur Facebook, il ne répond pas aux mails, écrivant encore à l’ancienne, sur du vrai papier, etc. En clair ? Il avait quitté le monde du Réel pour celui de l’Idée, j’apercevais au loin une institution et non plus un homme, un auteur, un collègue.

 

Puis. Deux soirées ont renversé ma perception.

L’une consacrée à Henri Vernes, l’auteur de Bob Morane, un auteur populaire donc, mis à l’honneur entre les murs de l’Académie, par une bande d’institutionnalisés (Baronian, De Decker, Jauniaux, Vantroyen) redevenus soudain des adolescents sculptés par la plus saine candeur, l’imaginaire, le grand large et l’aventure. Ces mousquetaires-là me sont illico devenus proches, « aimables » au sens le plus fort.

La deuxième était en l’honneur de JDD lui-même, orchestrée par son complice de la revue (de nouvelles) Marginales Jean Jauniaux. Il y avait beaucoup de beau linge pour fêter vingt années d’entretiens présentés sur le coup de midi aux Riches Claires, mais des personnalités de toute nature, de toutes générations unies dans une communion sincère. La Pentecôte ? A l’improviste et sans filet. Ou le Chemin de Damas ? L’homme se révélait soudain à mes yeux le pilier sinon l’âme du microcosme des Lettres belges. Un géant, qui a exploré mille voies, offert une part immense de son temps, de son énergie, de ses talents au service des auteurs/autrices d’hier et d’aujourd’hui au point d’en masquer lui-même un peu/beaucoup sa propre création. La si brève, si pudique allusion à un regret concernant la réception d’un de ses romans m’a précipité dans la nécessité et l’urgence d’aller y voir de plus près.

 

Je n’ai pas réussi à happer le roman évoqué mais un autre, Le Ventre de la Baleine, dont le nom m’était familier, lié à l’affaire Cools, qui a tant et tant défrayé la chronique. Et… j’ai A-DO-RE ! J’ai plongé plus avant. Il me fallait une idée globale plus affinée de l’auteur. J’ai relu des articles du critique, découpés au fil des décennies, redécouvert un opus consacré à Bruxelles, dévoré trois pièces de théâtre, une partie de sa biographie d’Ibsen, quelques nouvelles… Et tout laissé tomber. Non que… Non, tout me parlait. Tout était excellement écrit, et vivant, et engagé, arcbouté au sens, qui est l’indice du supplément d’âme. Mais j’étais submergé et mon temps mesuré. J’avais acquis un background, enrichi par deux rencontres avec l’auteur, un homme généreux et passionnant. Il me fallait revenir à mon idée de départ, lire le roman évoqué durant la soirée des Riches Claires. Parades amoureuses. J’ai acquis, lu… et beaucoup aimé. Le projet entrevu se confirmait, j’allais consacrer un numéro spécial de ma mini-revue aux (trois) romans de JDD. Exclusivement. Une micro-thèse, somme toute, à tout le moins en filigrane, qui dirait « Oubliez les mille et un travaux du polygraphe, du polyglotte, du poly…, et ne voyez que le romancier, savourez-le, resituez-le, découvrez sa valeur, son importance. »

 

L’orchestration du projet ? Hic et nunc. Dans ma mini-revue. L’annonce du projet, une mise en bouche où on revisite une trajectoire ébouriffante, l’ouverture d’un feuilleton en trois temps, une introduction dans ce numéro 10 suivie de deux numéros spéciaux (les romans et les pièces de JDD).

Mon objectif est clair : mettre en valeur une œuvre romanesque passionnante et importante. Mais. On ne peut comprendre la nature de l’art romanesque de JDD sans intégrer la profonde interaction de l’auteur, de l’homme avec la scène, en ses diverses composantes. On ne peut comprendre les mérites de son art sans un détour par la carrière globale.

 

La trajectoire ?

Elle débute dès l’enfance : des imitations des romans de Bob Morane, etc. Mais. Dès 18 ans, JDD est déjà entré dans l’Histoire, en fondant avec son ami Albert-André Lheureux le Théâtre de l’Esprit Frappeur**, qui va marquer une époque. Le sillon théâtre n’aura de cesse de s’approfondir, JDD étant tour à tour comédien, metteur en scène, adaptateur et traducteur, dramaturge enfin, et même historien du genre, professeur de l’histoire du genre.

Le théâtre, donc, mais les langues (germaniste, il maîtrise les trois langues nationales) et l’enseignement supérieur (de l’école de traduction de Mons au Conservatoire de Bruxelles, en passant par l’INSAS, dévolu aux arts du spectacle).

A 26 ans, il publie son premier livre, un mémoire consacré à Hugo Claus. A Anvers. En néerlandais. La même année, il entame sa carrière de critique au Soir et porte cette activité à une telle hauteur de fond et de forme, de don qu’on peut parler d’une œuvre en soi, d’un art. Divers recueils s’ensuivront, d’ailleurs, qui récapitulent notre histoire littéraire. Ce sillon-là, qui l’institue caisse de résonnance de notre création littéraire, le voit se démultiplier en préfaces, introductions, entretiens, collaborations diverses à des ouvrages collectifs. Avec ce (faux ?) paradoxe qu’il échappe au confinement trop répandu en nos Lettres (et en francophonie, plus largement ?), demeurant un homme du monde forgé par la pratique des plus grands auteurs universels (de Shakespeare à Brecht, en passant par Goethe, Tchekhov, Strindberg, etc.), dont le regard porte tellement au-delà des frontières de l’espace et du temps.

Il entre à l’Académie Royale, il en devient un jour le Secrétaire perpétuel, il ressuscite la revue Marginales… Etc. Etc.

 

Précocité et durée, dons multiples et engagement, intensité/intégrité des engagements.

Je me propose, je vous propose… d’oublier tout ça. Et de découvrir prochainement un grand romancier. Puis un dramaturge irrésistible.

 

(2)

Carino BUCCIARELLI, Poussière, recueil de poésies, L’Arbre à paroles, Amay, 2019, 114 pages.

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L’univers de Carino Bucciarelli ! L’insolite plane et se faufile, qu’il s’agisse de nouvelles, de romans, de poésies :

« Des fourrures de dames

se promènent seules sur le trottoir.

Boutonnées, elles se déplacent, verticales,

à hauteur d’épaule,

Ni jambe, ni bras, ni tête

n’en sortent. »

 

La quatrième de couverture est si réussie qu’on y renvoie pour une présentation globale du recueil :

http://maisondelapoesie.com/index.php?page=poussiere—carino-bucciarelli

 

Qu’est-ce à dire ? Il y a du cartooniste fou, du rêveur halluciné dans cette cavalcade de scènes et d’images.

« Sautillante apparition dans ma cuisine :

un mort bien mort trottine, lutin coloré,

autour de la table. »

Ou :

« Vue du dessus, ma casserole,

avec ses deux poignées,

ressemble à la bouche ronde d’un enfant

flanquée de deux oreilles brillantes.

Qu’a-t-elle à s’étonner ainsi de mon attention ? »

 

L’onirisme, le magique, le décalé. L’humour et la dérision, qui rappellent un Éric Allard :

« Mes deux compagnons, Grégoire et Grégoire, ont choisi de porter le même prénom. Notre vie commune s’en trouve ainsi possible ; j’ai si mauvaise mémoire. L’un s’occupe de l’intendance de la maison ; l’autre répond au courrier, décroche le téléphone. Comme cela, quand j’écris mes poèmes, jamais je ne dois réfléchir au prénom pour obtenir satisfaction : « Grégoire, éteins donc cette stupide radio ! Grégoire, as-tu posté la lettre d’insulte à ce critique discourtois ? » Chaque fois, la personne concernée réagit.

Croyez-moi, la vie est plus belle débarrassée de ce genre de contrainte. »

 

Mais. Au-delà du jeu. Ou de sa sensation. Une interrogation sur le Réel ? Sur sa perception ? Un doute ? Sur ce qui est, ce qui se passe ? Ou la capacité à isoler et amplifier des impressions ?

Nous éprouvons une empathie particulière pour l’un des sous-ensembles du recueil, Retour à la poussière (en trois tableaux), qui semble attester, avec une finesse irrésistible, de la distorsion de nos pensées face à des événements marquants comme le deuil :

« (…)

Un homme piétine, les yeux baissés,

un pavé mal fixé.

On ne sait dire

s’il se trouve devant ou derrière le mur.

Derrière, croit-on, on ne le verrait pas,

mais personne en ce jour n’oserait le jurer.

 

La couleur de ses vêtements

non plus ne peut se distinguer ;

il ne se tient pourtant pas à plus de dix mètres.

 

Mon Dieu, la voix de mon père n’est plus là. »

 

On a tous vécu cette situation. L’infiltration de flux de pensées dérisoires, parasites, laissant en creux, paradoxalement, une situation forte, trop douloureuse ou d’appréhension complexe. A moins que n’explose en gerbe l’absurde la condition humaine ? L’absurde et l’émotion, sur les deux plateaux de la balance identitaire :

 « Le monticule de poussière de l’autre côté du parc,

que le vent amenuise de seconde en seconde,

c’est lui,

j’en suis maintenant certain.

Je devrais bien me résoudre à quitter ce banc

afin d’aller protéger les restes de mon père

de mes deux mains

et rester dans cette position

jusqu’au retour du beau temps.

(…) »

Carino Bucciarelli

(3)

Carino BUCCIARELLI, Mon hôte s’appelait Mal Waldron, roman, M.E.O., Bruxelles, 2019, 128 pages.

Mal Waldron

Je ne connaissais pas ce Mal(colm) Waldron ; or cet immense jazzman américain, qui a accompagné la légendaire Billie Holliday (la voix du siècle ?), a vécu à Uccle, pas loin de chez moi, est mort oublié à Bruxelles. Je songe à Marvin Gaye, soudain, qui s’est réfugié un temps à Ostende.

Belle idée de ressusciter un talent tombé dans les limbes, qui fait écho au feuilleton qui clôt notre numéro. L’Art peut-il sauver, redonner chance et voix et vie ? Mais n’allez pas croire que Bucciarelli nous offre une biographie classique, il part d’une figure qui lui parle intensément et la dépose au cœur d’un livre décapant.

 

Le récit débute comme un thriller :

« Aucune voix ne m’invite à entrer. Je tourne doucement la poignée. La porte cède. Le bref espoir de trouver une maison fermée et mettre un terme à cette folie vient de s’éteindre.

Moi qui pensais pénétrer dans un lieu sombre, je suis surpris par l’étonnante clarté de l’endroit. L’autre attend, assis dans un fauteuil en osier, le maintien rigide, la main posée sur la tête d’un chien appuyé contre sa jambe.

– Malcolm ? dis-je en prononçant ce prénom de façon bien sonore. »

 

Le suspense dérive illico vers un Ailleurs difficile à cerner. Le pitch ? Il échappe aux codes. Alors ? Essayons de baliser le chemin du lecteur, d’esquisser le mirage qui se tend sous nos yeux humides. Quid ? Simon, le narrateur, pénètre dans une maison, est impliqué dans une scène qui se recompose dans la foulée : personne sur le siège. Que se passe-t-il ? Simon est dans un livre, un livre qu’il écrit, et va à la rencontre de son personnage principal, Mal Waldron. Qui apparaît, disparaît. Dans d’autres décors. Comme si le livre épousait en direct la création de Simon, ses essais pour trouver les meilleures perspectives. La narration se complexifie, se ramifie, le narrateur se trouvant happé par d’autres personnages, qui ont compté pour le musicien ou qui correspondent à ses propres fantasmes (avoir une fille, par exemple).

Mais. Ce narrateur/créateur, qui ne sait plus trop où il en est, existe-t-il ou est-il une émanation de Mal Waldron, du temps où, fauché par une overdose et privé de mémoire, il devait se recréer, réapprendre à jouer (en écoutant ses propres disques) ? La biographie que lui prête Simon, avec une enfance heureuse, est-elle consignée sur une fiche Wikipédia ou une réparation opérée par l’imaginaire (sur le modèle des sensations positives souvent décrites en Near Death Experience ?). Qui invente qui ?

L’entreprise de Bucciarelli étonne et déstabilise (le propre de l’Art ?). Le lecteur voyage halluciné entre des jeux de miroirs et y perd ses repères. Mais. Est-on dans la farce, le burlesque ou dans la mise en doute du réel, du monde ? On songe souvent à notre cher Rossano Rosi, qui a transposé l’ère du soupçon en nos Lettres avec une maestria confondante.

Pour faciliter la route, un style fluide, agréable, une narration vivante, quelques fragments qui valent indépendamment du Grand Tout :

« Les notes s’égrènent sous mes doigts. Je ne pense plus. Je suis le piano. Mon jeu se détache. (…) Une note doit arriver, une autre se fait entendre à sa place. (…) Je n’arrive pas au bout d’une idée, une nouvelle combinaison de notes supplante la précédente. Je ne décide plus, le piano parle (…). »

Ce qui se dit ici du piano peut se dire d’un autre clavier, celui de l’écrivain. Il est bien question du Grand Œuvre de la Création, ce miracle qui dépasse toujours son créateur.

Le livre sur le site de M.E.O.

 

(4)

Nadine MONFILS, Crimes dans les Marolles (Nouvelles enquêtes de Nestor Burma), French Pulp éditions, Paris, 2019, 176 pages.

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Voir mon article récent sur un autre support :

https://le-carnet-et-les-instants.net/2019/03/01/monfils-crimes-dans-les-marolles/

 

(5)

Véronique BERGEN, Kaspar Hauser (ou la phrase préférée du vent), roman, Espaces Nord/Les Impressions Nouvelles, Bruxelles, 2019, 301 pages.

Si j’ai évoqué (voir supra) le recueil de Carino Bucciarelli, je compte faire l’impasse sur ma rubrique poésie dans les prochains numéros de ma mini-revue, la remplaçant par un feuilleton consacré au Kaspar Hauser de Véronique Bergen. Pourquoi ? Parce que le présent roman n’est pas tout à fait un roman. Qu’à défaut de pouvoir le définir clairement et définitivement, il m’éclate au visage ou au cerveau plutôt (ou au cœur ?) que son écriture, sa langue sont d’une intensité, d’une richesse telles que la plupart des recueils de poésies, adossés, y perdraient leurs couleurs. Un roman ? Mais. Tout ici est poésie. Poésie incandescente.

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Véronique Bergen

Le pitch ?

Historique ! Une énigme. Dans la note de ces disparitions et réapparitions polémiques : tel enfant d’Edward d’Angleterre, Anastasia, Jeanne d’Arc… En l’occurrence, en 1812, le fils (et héritier) du grand-duc Charles de Bade et de Stéphanie de Beauharnais décède peu après sa naissance.  De manière impromptue. Et opportune pour certaines ambitions. A moins que…

En mai 1828, un jeune homme surgit du néant sur une place de Nuremberg, l’air hagard, des allures d’enfant sauvage élevé hors du monde. Il se nommerait Kaspar Hauser, il aurait été longtemps séquestré. Par qui ? Pourquoi ? Comment ?

Se distille bientôt une théorie sulfureuse : il serait le petit prince prétendument décédé, objet d’une substitution, d’un rapt. Quoi qu’il en soit, l’épopée de celui qui sera surnommé « l’orphelin de l’Europe », sera courte. Il meurt assassiné. Mystérieusement. Et restent divers témoignages, qui encouragent à reconstruire un puzzle. Des pièces qui ont interpellé maints historiens et artistes.

 

Véronique Bergen, qui a le chic pour élire des personnalités chargées (Hélène Cixous, Marilyn Monroe…), et y adosser la matière de ses ouvrages, nous livre ici non pas un roman historique ou un récit policier mais un cri, déchirant, digne de Munch, celui de Kaspar, qui jaillit du néant où l’on a voulu le confiner de son vivant ou après sa mort. Un cri. Qui tient du romantisme mais d’une littérature engagée aussi, Kaspar métaphorisant tous les dépossédés.

Un cri. Qui s’exhale et flotte par-delà l’orchestration polyphonique du roman, où prennent la parole Kaspar, certes, mais sa mère aussi, un narrateur contemporain, la comtesse de H. (l’ennemi déclaré, le Mal incarné, le fanatisme qui s’autorise toutes les perversions sous couvert d’objectifs incompréhensibles au commun des mortels), le géôlier, l’assassin, un docteur qui a recueilli Kaspar et… un cheval.

 

Véronique Bergen possède une écriture habitée, dont elle maintient le cap dans la durée, la longueur. Un feuilleton s’impose, distiller au fil des mois quelques fragments d’un alcool fort.

 

Kaspar :

« Avant l’après, lorsque le vent soufflait, je lui hurlais « où sont tes phrases, tes phrases de vent qui me sifflent dans l’oreille, tes phrases de rage qui essaient de me jeter au sol ? ». Je criais, il ne répondait pas. Maintenant que j’ai couru dans beaucoup de familles de phrases, je sais que le vent n’est pas l’ami des phrases, pas plus que la boue, l’eau ou le feu : quand je leur prête les miennes, ils les laissent dans leur écuelle et n’y touchent pas. J’aurais pourtant voulu être la phrase préférée du vent, celle qu’il emporte avec lui sur son cheval blanc. La plupart des gens utilisent des phrases qui tombent comme de la neige, c’est pourquoi ils ne comprennent rien à la liberté du vent. »

Ou :

 « Si je parle pour dire l’inverse de ce que je pense, je pense mieux que je ne parle, je pense vrai et je parle faux, je pense que je sais penser en arrière de mots qui courent dans le n’importe quoi, je pense cheval et je parle arbre, je pense que mes vrais mots sont hors des mots qu’on m’a appris, que le lieu d’où je viens ne s’atteint par aucune échelle. Je tire l’échelle des phrases car ma pensée est trop haute pour elles. »

Le livre sur le site d’Espace Nord

Edi-Phil RW.

 

* Relativement : en France, les deux premiers romans de JDD ont été retenus dans les présélections du Goncourt (Parades amoureuses) et du Renaudot (Le Ventre de la baleine).

** Une épopée de L’Esprit frappeur évoquée dans Les Belles Phrases :

https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2017/10/20/lesprit-frappeur-quete-dune-mythologie-theatrale/

 

 

 

 

LE VOYAGEUR INTEMPOREL de SALVATORE GUCCIARDO (Chloé des Lys) – Une lecture de Jean-Pierre Legrand

ÇA RACONTE SARAH de PAULINE DELABROY-ALLARD, une chronique de Jean-Pierre Legrand
Jean-Pierre LEGRAND

Cela commence à la manière d’Alice au pays des merveilles, versant cauchemar : la même manière d’être happé, là dans un fantasmagorique terrier de lapin, ici dans le tourbillon « couleur nuit » du gouffre de l’inconscient.

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Absorbé dans la contemplation d’un étrange tableau, Renato Busso est pris d’un malaise et se trouve aspiré au plus profond d’un monde déserté des points de repère habituels : nous sommes dans une sorte d’extravagante théocratie vouée au Tout Grand Ouros dont le consubstantiel fils est un poulpe à forme humaine flanqué d’une épouse-grande prêtresse, à l’ondulante lascivité. C’est Era, fille du Soleil et de la Lune. Image en miroir de l’œuvre peinte, ce monde offre à voir dans ce tableau le point de passage entre deux réalités fermées l’une à l’autre mais dont l’art permet de transgresser les frontières.

La géographie du lieu est insolite : plongés dans un espace ne s’inscrivant dans aucun temps, nous sommes  dans un monde où plusieurs plan s’interpénètrent, coupés de forêts voraces et labyrinthiques, de mers reptiliennes, borné par l’infini d’un océan d’étoiles que berce la musique des sphères et d’où surgissent formes et couleurs.

Renato – rebaptisé Ini – est un élu : il lui est donné de parvenir à la Connaissance et de subir l’Epreuve initiatique du Savoir. Cette spiritualité n’est pas une gnose manichéenne : « la connaissance se trouve dans le bien et dans le mal ! Ils ont inséparables ! Si on ôte l’un, l’autre meurt. Le jour où l’homme les divisera, ce sera sa fin ». Dans les grottes de son âme « où est immense l’inconnu – minime l’esprit », Renato vient déjà de faire une découverte importante : c’est dans les ténèbres que se trouve la lumière, le bien ne peut prospérer que dans l’ombre portée du mal ; les disjoindre revient à les absolutiser l’un et l’autre en un combat fatal.

Ce monde des profondeurs aussi bien que des infinités galactiques ne s’éprouve donc pas dans la dualité du bien et du mal mais est néanmoins animé d’une forme d’élan, de pulsation primordiale  qui, sans nier la matière, aspire à, sinon s’en affranchir totalement, du moins à en être moins lourdement lesté. Le voyage initiatique qu’entreprend Renato commence en un curieux  pandémonium, comme on le sait capitale de l‘enfer, mais ici point de départ paradoxal d’une conquête de la sagesse. L’auteur décrit ces lieux infernaux avec maestria : « les sons fiévreux des flûtes et des tambours se mélangeaient dans le fatras  des esclaffements jusqu’à former une pyramide de cacophonie (…). Les convives s’embrassaient avidement en faisant des gestes obscènes. Ils étaient prisonniers dans le creux de l’arbre de l’inconscience (…). Ils se débattaient farouchement non pas contre la faucille du néant mais en vue d’un épanouissement profond ».

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Salvatore GUCCIARDO dans son atelier

On franchit encore d’autres lieux, croise d’autres créatures gémissantes puis, c’est l’ascension, l’aspiration soudaine vers les hauteurs : les rires hennissants des déments se sont tus ; plus de stridence. « Nulle plainte, nul sifflement. Le silence ! Le merveilleux silence ! L’inaccessible silence ! Celui qui entoure le sacré, le divin ! ». C’est ici que Renato doit subir l’Epreuve du savoir.

Premier roman en forme de conte philosophique, Le voyageur intemporel tient les promesses que laissaient augurer l’art que déploie l’auteur dans ses tableaux. On retrouve avec bonheur un univers très personnel. L’écriture poétique dessine les métaphores, suggère les symboles en évitant de se surcharger d’une profusion absconse.
Renato-Ini s’est dépouillé des hardes du « vieil homme » : accédant à la Connaissance puis à la Sagesse, son chemin est celui de la renaissance à lui-même et au monde. Mais quelle est la nature de cette sagesse : sans doute une forme de connaissance agie dans la plénitude de l’acte, une recréation de soi.

Ce court roman – remarquablement préfacé par Éric Allard – se termine sur l’« ouvert ». Entrevoyant Renato réinvestissant sa vie, je me plais à m’imaginer qu’il commence à peindre ou à écrire. Ou les deux.

Le livre sera présenté à la Bibliothèque M. Yourcenar de Marchienne-au-Pont le samedi 23 mars 2019 à 17 heures: en savoir plus via la page Facebook de la manifestation.

Le site de Salvatore Gucciardo

Le site de Chloé des Lys

DERRIÈRE L’ENVERS DU DÉCOR de JOAQUIM CAUQUERAUMONT (Cactus Inébranlable) – Une lecture de Paul Guiot

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Paul GUIOT

« Derrière l’envers du décor », le 50ème petit Cactus, est signé par Joaquim Cauqueraumont.

Couverture derriere l envers du decor

Bien au chaud sous sa couverture rouge, « Derrière l’envers du décor » est sorti de presse au début de cette année. Son auteur, Joaquim Cauqueraumont, est un être furieusement curieux mais pas de tout, non ! Il est surtout curieux de curiosités… qu’elles soient studieusement culturelles, mondialement sonores, fugueusement géographiques ou tout houblonnement gastronomiques.

Vous ne serez donc pas étonnés de découvrir dans les phrasques de ce jeune auteur hennuyer un fatras composé de bric, de broc, de briques, de breloques…  Comme dans tous les recueils d’aphorismes, qu’ils soient de Chavée, de Scutenaire ou de tout autre écrivain moins connu, certaines phrases de Joaquim ne m’ont pas adressé la parole – les impolies ! – alors que d’autres m’ont enivré dès le premier vers ! Cela est peut-être dû à la loi du genre, qui plus est quand ce genre est malmené par un individu aussi peu scrupuleux des us sages ! Une chose est sûre : l’ouvrage gagne à être lu de A à Z car j’ai eu la nette impression qu’il s’améliorait au fur et à mesure que les pages défilaient.

L’auteur n’hésite pas à citer ses influences, à dédier certaines phrases à ses amis, auteurs, éditeur, musiciens qui ont fait de lui ce qu’il est : un joyeux melting pot pluri-indisciplinaire auto-revendiqué.

« Bon esprit, bon esprit ! » aurait dit Norge… « Bonnes mœurs », c’est moins sûr… et ouf ! on préfère. Une chose est sûre, l’auteur ne se prend pas la tête, si ce n’est entre ses deux mains, pour la secouer jusqu’à en faire sortir des idées saugrenues.

Avec jo et chouchou fayt 04 10 2015
Joaquim Cauqueraumont, au centre, en compagnie de ses éditeurs, Styvie Bourgeois et Jean-Philippe Querton

Mention spéciale pour les illustrations de Gwen Guégan qui donnent des ailes à cet ouvrage original !

Il brisa un tabou et se mit du silence plein les mains.

 

La cambrure de ton dos est une piste à caresses.

 

Trompettiste de qualité, il dut parcourir quelques Miles pour en arriver là.

 

– Combien coûte un sabre de Samouraï ?
– Je ne sais pas mais sepukku d’argent.

 

Sourire à la vie et découvrir toutes ses caries.

 

À trop vouloir théoriser on en oublie l’insolence.

 

Faire des choses à tout bout de champ, c’est risqué de tomber dans le fossé.

 

Maintenant on veut le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière, mais tout ça sans lactose.

 

L’hommage est une masturbation du souvenir.

 

Le livre sur le site de l’éditeur

DES MOTS EN PASSAGE, Le remarquable blog de JOAQUIM CAUQUERAUMONT

Le site de GWEN GUÉGAN