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MAISON MÈRE de PHILIPPE COLMANT (Bleu d’Encre) / Une lecture d’Eric ALLARD


L’enfance retrouvée

Le titre du recueil de Philippe Colmant m’a fait penser à Maisons habitées de Philipe Leuckx (chez le même éditeur) qui signe d’ailleurs la préface du présent ouvrage écrit en vers hexamètres, ce qui assure un cadre souple au poète pour lui venir ciseler ses images.

La maison mère, c’est celle de l’enfance, une maison entre les murs desquels la nostalgie vient trouver refuge, faire provision de souvenirs, se révélant une source permanente, jamais tarie, qui autorise à poursuivre le cours d’une existence.

Cela commence par la naissance à une « vie en noir et blanc », « sur le tard / tombé avec la neige », un dimanche soir d’hiver,

Au départ, tout était
Musique sans paroles.
Puis sont venus les mots
Jusqu’à la rhétorique.

J’ai mesuré plus tard
L’urgence du silence.

Guère d’épanchement toutefois, d’anecdotes saillantes ; les parents, la grande soeur sont évoqués, telles des âmes bienveillantes destinées à ne jamais disparaître d’entre les murs de la demeure familiale.  

Le feu qui craque, le grincement de la porte du grenier, le crépitement de la pluie sous la tabatière composent un  « douillet vacarme », que tout le monde entend, a perçu un jour… On le voit ici, le poète est celui qui sait trouver les mots pour universaliser une expérience personnelle, un affect, la faire résonner comme jamais encore.

Au fil de la lecture, on lit que « la maison a vécu / et embarqué pour l’ombre […] Elle s’est effondrée ».

Pas « le puits et sa margelle / pris de mousse et d’ennui ».

Pas l’enfance qu’elle abritait qui fait une musique au cœur du poète, innerve sa vie et « retrousse sa mémoire ».

En lisant, si justement formulé, que  « l’enfance / n’est jamais loin / à vol d’oiseau », on comprend qu’il suffit de quelques battement d’ailes dans la bonne direction du temps pour regagner son nid, avec, certes, dans son bagage, une poésie aussi sensible aux vibrations de l’être que celle-ci.


Philippe Colmant, Maison mère, Bleu d’encre, préface de Philippe Leuckx, 64 p., 12 €.

Le recueil sur le site d’Objectif Plumes


L’ARTICLE de NAUSICAA DEWEZ consacré à AMÉLIE NOTHOMB (Lamiroy) / La lecture de GAËTAN FAUCER


On retrouve dans ce récit, une agréable façon, guidée par Nausicaa Dewez, de nous embarquer à bord d’un vaisseau tout à fait original. Une aventure bien à elle à travers un prisme atypique qui nous fait découvrir autrement l’auteur de « L’hygiène de l’assassin ».

En effet, la vision proposée ici est à l’image des aventures des « Contes des mille et une nuits » : truffées d’histoires invraisemblables, d’aventures rocambolesques et de personnages aux allures tantôt grotesques, tantôt gracieuses… 

Là se situe tout le paradoxe de l’œuvre à la Dame au chapeau.

Le voyage est plaisant, on y découvre de nouvelles pistes, de nouveaux angles jusque-là noyés dans les divers «contes» de notre Shéhérazade moderne. 

Lors de cette excursion, Nausicaa incarne en même temps une excellente capitaine de bord et un guide ; le tout pour honorer une auteure tellement prolifique…

Un Article agréable et intéressant à lire (ou à dévorer). C’est beau quand une femme raconte une femme.


Nausicaa Dewez, Amélie Nothomb : Shéhérazade Père et Fille, Ed. Lamiroy, coll. L’Article, Illustration : Hugues Hausman, 4€ en version papier / 2€ en version numérique

Sur le site de l’éditeur (avec l’Editorial de Maxime Lamiroy)


2022 – FLEURS DE TEXTES : L’AMOUR PLUS FORT QUE TOUT / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Dans cette rubrique, j’ai réuni deux textes qui démontrent que l’amour peut triompher de tous les problèmes s’il remplace la haine, la colère, la violence, la jalousie et tout ce qui peut générer de violents conflits. Myette RONDAY raconte une histoire qui a peut-être été inspirée par des faits réels, l’histoire d’une femme française amoureuse d’un soldat allemand pendant la dernière guerre. Robert MASSART a, lui, décrit les débats d’un groupe hétéroclite contre l’administration et les malfrats qui s’en sort, malgré les différence entre ses membres, grâce aux relations d’amour qui les soudent.


Un héritage d’amour

Myette Ronday

Editions complicités


Agnès, la fille que Mathilde a conçue avec Leni, un soldat allemand dont elle est tombée amoureuse en 1942, inventorie, en 1996, la maison laissée par sa mère après son décès alors que des promeneurs découvrent dans l’estive dont elle a hérité dans les Pyrénées, les restes d’un cadavre. La découverte des ossements et leur identification bousculent les plans ourdis par les quelques personnes concernées par cette affaire. Dans la maison de sa mère, Agnès découvre ses origines et son enfance à travers les cartes postales que son père lui a adressées et que sa mère ne lui a jamais remises, les lettres que sa mère a écrites à son père sans jamais les lui envoyer et enfin, dans les confidences d’un homme encore très jeune à l’époque, un témoignage sur la vie que le jeune couple a mené à l’estive.

Le père de Mathilde, chef dans la Résistance, avait conduit le jeune couple dans une cabane très sommaire sur son estive, le temps que la jeune femme assure sa grossesse. La guerre finie, le jeune couple, avec son bébé, a rejoint la vallée où le papa allemand a été traité comme un prisonnier de guerre mais dans les meilleures conditions tout de même, à proximité de sa femme et de son enfant. Bientôt, Leni doit rentrer à la maison en forêt Noire pour redresser l’entreprise familiale en déroute, il propose à Mathilde de le rejoindre mais elle refuse, elle a placé sa fille dans des internats pour qu’elle soit à l’abri des quolibets et maltraitances de la part des enfants du village. La relation entre la mère et la fille n’en n’est nullement renforcée, d’autant plus que la mère n’évoque jamais les origines de jeune fille, allant même jusqu’à lui donner un père qu’elle épouse pour sauver la face. En grandissant, Heide, désormais Adèle, se pose des questions et commence à comprendre certaines choses qui l’incitent à chercher ses véritables origines…

Cette histoire pourrait faire partie de la constellation des dégâts collatéraux qui ont détruit de très nombreuses familles et communautés pendant et après la dernière guerre. Myette raconte les malheurs de Mathilde et la quête d’Agnès avec beaucoup de sensibilité et d’émotion, de douceur et de tendresse, malgré tous les arias qui encombrent le chemin de cette famille cherchant un avenir possible, un amour familial et même une relation sentimentale en ce qui concerne Mathilde. L’écriture très poétique de Myette apporte encore plus de douceurs et de tendresse dans le monde de violence où évolue cette famille détruite, cet amour éventé, cet avenir en pointillé…

Myette connait aussi très bien la nature où elle a conduit ses personnages, la flore, notamment les plantes sauvages, est son royaume, elle les connaît toutes comme aucun paysan ne les connait pas, elle sait les nommer, désigner leur propriétés, … Ainsi, elle a su mettre de l’amour et de la tendresse dans les prés de l’estive et de la vallée. Nous avons, aujourd’hui, tellement besoin de tendresse et d’amour qu’il faudrait que Myette nous enseigne la poésie et la botanique pour calmer les ardeurs des va-t’en guerre qui peuplent la planète en l’enflammant.

Un petit post scriptum pour dire que j’ai bien apprécié son art de l’utilisation des mots que certains croient désuets et qui sont pourtant tellement savoureux et si expressifs.

Le roman sur le site de l’éditeur


La déclaration

Robert Massart

M.E.O.


Sylvain, un bon bougre bruxellois, se laisse convaincre d’accepter la présidence d’une association à but non lucratif, juste pour rendre service à un ami trop empressé. Cette association a pour objet de défendre l’enseignement de la langue française mais elle n’a aucun moyen ni ressources. Etant vite réduite à l’incapacité d’agir, le nouveau président décide de la dissoudre, les nombreuses démarches effectuées, il se sent soulagé et libéré de cette charge inutile. Mais, il se leurre car l’administration fiscale décide de mettre son nez, qu’elle a très pointu, dans ce dossier. Elle rappelle au président liquidateur qu’il n’a pas effectué toutes les démarches nécessaires alors que l’association était encore en activité. Sûr de son bon droit et d’avoir accompli toutes les démarches légales, il décide de passer outre aux injonctions de l’administration. Mais, comme chacun le sait, l’administration est tenace, surtout lorsqu’elle tient dans ses serres un brave citoyen peu rompu aux arcanes du droit administratif, En l’occurrence, elle s’acharne sur le brave ex-président s’entêtant dans son immobilisme qu’il juge de bon droit.

Le conflit devient de plus en plus aigu, Sylvain est au bord de la rupture, au point d’inquiéter sa nouvelle aide-ménagère, Line, une ancienne étudiante qui n’a pas eu les moyens de financer la fin de ses études. Elle l’assiste dans ses démarches et l’initie à l’utilisation des outils informatiques et des téléprocédures. La représentante de l’administration ne lâche rien, alors, pris de colère, Sylvain envisage de menacer, par personne interposée, la fonctionnaire tenace. Line lui propose de demander l’assistance de son mari cubain, Fran, qui connait de petits voyous capables d’exécuteur cette mission. Mais, rien ne se déroule comme prévu, une femme est violentée dans son quartier, la fonctionnaire est victime de deux accidents, son bureau est pollué par des grigris inquiétants, … Sylvain culpabilise et craint le pire qu’il essaie de prévenir.

Ce différend entre l’administration et l’un de ses administrés sent trop le vécu pour ne pas avoir un fondement quelconque. Ayant été moi-même président de nombreuses associations, j’ai connu de nombreux démêlés avec divers services de l’Etat et des collectivités territoriales . Ce roman me semble donc posé, une nouvelle fois, le délicat problème de la relation des pouvoirs publics avec leurs administrés. Robert Massart n’est pas un violent, il prône le dialogue, l’empathie, l’entente cordiale, … tout ce qui peut rendre la vie plus facile et plus heureuse. Il faudrait que nos dirigeants et les fonctionnaires à leur service lisent ce livre, ils amélioreraient sans doute leurs relations avec leurs administrés…

Le roman sur le nouveau site des Editions M.E.O.


LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 123. PENCHEUR


Là où le penseur réfléchit, le pencheur fléchit.

Tout lui est bon pour courber l’échine, tout lui est prétexte à baisser la tête, à vaciller sur son axe, à flirter avec le déséquilibre, à manquer tomber à la renverse ou bien tête la première dans les pommes ou le compost.

À quoi sert le pencheur dans la vie d’aujourd’hui ?

1) à fabriquer de l’énergie.

Que serait l’homme de l’automne 2022 sans la dive énergie ? Un démonteur d’éoliennes, un déplaceur de panneaux photovoltaïques, un dynamomètreur sur deux jambes instables et robotatives.
Justement, en basculant comme un cheval de bois, en se mouvant dans tous les sens, tel un épileptique au climax de sa transe, un parkinsonien au sommet de son art, s’il est bien relié à un transformateur adéquat, le pencheur de Pise ou d’ailleurs transformera sa folle mécanique en de l’électricité pour les portables des ménages et les pécés fixes des boomers, ceux qui ont vu les mails apparaître et disparaître au profit des textos, bien plus rapides pour exprimer ce qu’il vaut seulement la peine d’être raccourci.

Bref, le pencheur est une pile énergétique.

2) à produire des ondes positives…

… chez les consommateurs de développement personnel et autres pratiques ésotériques assises, accroupies ou couchées.

L’homme qui fléchit et ne tombe pas, l’homme qui s’abaisse mais ne s’allonge pas, l’homme qui lèche les culs mais ne se fait pas chier dessus est un modèle de résilience, de force de caractère, un être de lumière; franc comme le maçon sur le mur qu’il a édifié de ses mains pleines de mortier, qui guidera les moyens portants et les à demi démolis vers toujours plus de portance voire vers l’élévation de l’axe de rotation de ses idées fixes vers les idées essentielles et forcément astrales, amstramgram, pic et pic de pollution et collagène pour dames !   

Bref, le pencheur est une mine de bien-être, une sorte de smiley rigolard en position de lotus.

(Se pencher sur le sujet relève bien sûr du tour de farce.)


LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 122. FAUCHEUR DE TOUR


Parfois les tours, allant par deux, comme qui dirait jumelles, s’érigent de façon arrogante dans un rectangle de ciel étoilé strié de bandes rouges et blanches, narguant le monde non occidental, les religions non émancipées, les futurs conspirateurs, les allergiques aux vaccins et à la science comme aux films catastrophes des années septante, ne supportant pas les caricatures de leur gourou, et l’envie bien légitime de les faire s’effondrer est plus forte que toute éthique primaire.

Les faucheurs ont plus d’un tour d’avion dans leur sac de bord. Ils sont spécialistes du self control et possèdent un sens de l’organisation hors du commun des mortels.

Les faucheurs de tour produisent du spectacle haut de gamme avec des chutes vertigineuses, et de la pyrotechnie, tel qu’on a pu en cauchemarder dans nos nuits les plus rocambolesques. On ne peut qu’applaudir au spectacle de tant de haine et louer la performance technique, moins la couleur, car tout a vite viré au gris poussière. Toute entreprise du spectacle a ses aléas et ses alléluias, comme aurait dit un Debord débordé par son sujet.

Enfin des terroristes qui innovent, et non des extrémiste qui radotent, se contentant de détourner des avions sur des aires désertes, pour ensuite menacer de faire exploser l’appareil et ses passagers, ce qui conduit souvent à un fiasco : l’intervention manu militari des polices spéciales, aux effectifs super entraînés depuis leur berceau, puis, face à un tel scénario, des défections nombreuses chez leurs partisans qui résilient leur abonnement à la cause terroriste internationale et sa maison fondatrice au Moyen-Orient.

Ces actions conduisent en réponse à des réactions forcément inappropriées chez le dirigeant défait, humilié, de fond de classe maternelle, qui, en retour, frappera là où ses intérêts et ceux de sa faction et de ses industries porteuses le portent, provoquant le chaos dans le monde pour deux décennies au moins mais tout profit pour les faucheurs de tours et leurs adeptes qui se frotteront leurs mains pleines déjà du sang des sauteurs dans le vide ou des occupants de ces tours qui côtoyaient les étoiles la nuit et qui aujourd’hui sont au ras des caniveaux voie plus bas que terre.

Une fois de plus, faisant fi de la morale commune, LA FABRIQUE DES MÉTIERS, au bord du gouffre financier, sans les subsides promis par le secrétaire d’Etat à la Relance des Entreprises de formation, proposera une formation de faucheur de tours, proposant des cours de cartographie, de résistance des matériaux et d’aviation de premier biplan, en promettant maux et vermeilles aux apprenants, comme dix mille écoutes d’Angèle & Adèle (enfin, des stars aux prénoms en aile !) en récompense de leurs hauts méfaits et un statut de religion star ; quant aux autres, les derniers de classe, n’ayant pas bien appris le maniement de leur ceinture d’explosifs, ils retrouveront au centre de vils procès, confinés comme des animaux de cirque dans des box ultrasécurisés, sans le secours une assistance juridique du tonnerre, au cours de procès interminables qui se tiendront bien un jour, quelque part dans le metavers.*

_______________

*Cette phrase a concouru pour le prix de « La plus longue phrase dont on se rappelle encore le premier mot », organisé par Marcelin Proust, l’arrière petit cousin du romancier (elle a obtenu la 118ème place sur 127 participants).


BESSCHOPS OU LA LANGUE IRREGULIÈRE / Une chronique de PHILIPPE LEUCKX


Voici un recueil si mince – huit pages de textes. Et pourtant, quelle force, quelle intensité, quelle fulgurance dans ces quelques phrases qui disent à l’aune du titre « Faut-il que tout meure pour que rien ne s’achève? » (éd. L’Ane qui butine, coll. troglodyte) qu’il y a détresse à vivre.

David nous a habitués à user d’une langue personnelle qui crie, qui détrousse les banalités, qui soit l’expression d’un corps, d’une âme qui souffrent.

Le grand poète qu’il est, et qui n’est pas toujours reconnu à sa juste place, sait trouver le terrain miné des mots pour dire sa vérité.

Toute la terminologie de ce petit livre résonne de douleur : hébétude, impossible, éreintant, enfermement, vide etc.

Une hypersensibilité maîtrisée nous vaut des fulgurances comme ces « flèches jaunes » qui strient la peau.

Pour avoir tout lu de lui, je peux dire qu’on tient ici une singulière écriture d’un soi détesté, honni (« la vie étreint si mal »), disgracié.

Le silence souvent convoqué laisse encore dans les marges tant d’autres souffrances.

« L’enfance remonte à la surface » et le puits des mots est indéchiffrable.


David BESSCHOPS, Faut-il que tout meure pour que rien ne s’achève ?, L’Âne qui butine, coll. « Troglodyte », 2022, 11 €

L’ouvrage sur le site de L’âne qui butine

2022 – FLEURS DE TEXTES : LES FEMMES AU COEUR DE LA SOCIÉTÉ / La chronique de DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

La condition des femmes est un sujet qui alimente, à juste titre, encore abondamment la littérature actuelle. J’ai donc choisi de réunir deux textes qui évoquent le rôle des femmes et toutes les contraintes qu’elles subissent encore dans la société contemporaine. Un texte de Leïla ZERHOUNI évoquant la transmission de la vie et toutes les souffrances que les femmes doivent subir pour perpétuer la gent humaine et un autre Stéphane BRET qui raconte l’histoire des années folles à travers les heurs et surtout malheurs de trois jeunes femmes et d’un banquier.


Femmes empêchées

Leïla Zerhouni

M.E.O.


Dans un petit village de l’Ardenne belge, Ania, un gamine née sous x dans une clinique de Lille, est adoptée par la boulangère restée célibataire avec en fort désir d’enfant insatisfait. Quand la petite atteint sa dixième année, la boulangère décide de lui parler de ses origines en lui révélant qu’elle n’est pas sa mère biologique mais sa mère affective et nourricière.

Tout s’embrouille dans la tête de la gamine qui ne sait plus très bien qui elle est et d’où elle vient. En proie à une véritable crise identitaire, Ania se réfugie dans le rayon librairie du bazar ouvert récemment au village par une femme seule elle aussi. Cette dernière initie la jeune fille à la littérature et l’emploie pour l’assister dans le rangement des livres. C’est là qu’elle rencontre un jeune journaliste dont elle s’éprend mais qui, hélas, la quitte pour parcourir le monde et sauver ceux qui sont en danger.

Son amoureux parti vers des contrées en effervescence, Ania poursuit son voyage sédentaire dans les livres, elle devient l’héritière de la libraire et conseille tous ceux qui cherchent des livres pour élargir leur monde. Un jour, elle rencontre son presque double, une jeune fille qui essaie de voler le livre qu’elle voudrait lire mais qu’elle n’a pas les moyens de s’offrir. Ania lui offre le livre, devient de son amie et, plus tard, après des années d’amitié, la marraine de sa fille.

Leïla Zerhouni, je l’ai déjà croisée dans un recueil de poésie édité chez Bleu d’encre où elle traitait de la séparation douloureuse. Dans ce roman comportant lui aussi quelques poèmes incrustés dans le texte, elle évoque la filiation, la vie que l’on transmet avec ou sans désir, par hasard ou pour volonté de transmettre sa propre vie, de perpétuer la famille… Dans ce texte, Leïla met en scène une femme abandonnant son enfant qu’elle n’a pas désiré et qu’elle n’a pas les moyens d’élever, une femme qui n’a pas trouvé de géniteur pour lui donner l’enfant qu’elle désirait ardemment, une femme qui accouche d’enfants jumeaux, une autre qui met volontairement un terme à sa grossesse pour ne pas accoucher d’un enfant sans père. Explorant tous les aspects de la maternité, elle met aussi en scène un médecin charitable qui assiste les femmes enceintes dans le plus profond désarroi.

Elle évoque aussi dans ce roman la mixité dont elle est elle-même issue, avec toute la richesse qu’elle comporte. C’est aussi, pour elle, l’occasion d’établir un pont culturel entre l’Ardenne belge cloîtrée dans sa paisible vie campagnarde et l’Algérie des années noires où la violence et la mort régnaient sans discernement. L’Algérie où le régime avait encore sensiblement altéré la condition des femmes déjà peu reluisante auparavant. Bien que publié avant la guerre qui y règne actuellement, l’Ukraine fait une petite apparition dans ce texte comme pays où les artistes ont du mal à exister. Ainsi, Leïla pointe du doigt de nombreux problèmes de la société actuelle tout en évoquant largement la littérature qu’elle semble beaucoup apprécier. Tout au long de son récit, elle cite de nombreux auteurs que j’ai, pour la plupart lus et appréciés, mais c’est avec un plaisir particulier et une certaine surprise que j’ai vu qu’elle citait Louis Scutenaire, Achille Chavée, Jean Amrouche (même si j’aurais apprécié d’y voir aussi sa sœur Taos, une de mes idoles littéraires), de grands auteurs trop souvent ignorés et quelque peu oubliés.

La transmission de la vie est souvent un exercice un peu compliqué, il faut que deux êtres partagent le même désir, puissent le faire perdurer dans le temps, se décident ensemble et que la nature et la société ne se mettent pas en travers de leur souhait commun. La vie est un chose précieuse qu’il faut savoir choyer pour la transmettre avec amour afin que les femmes soient empêchées…

Le livre sur le site des Editions M.E.O.


Séduisantes chimères

Stéphane Bret

Books on Demand


En commençant la lecture de ce livre, j’ai eu une impression de déjà vu, je ne savais pas que ce texte était la suite du précédent roman de Stéphane Bret. J’ai mis le temps de lire quelques pages avant de me souvenir d’Aude, d’Adrienne et d’Arnaud, les trois A, les trois principaux héros de « Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? ».

Dans cet ouvrage, Stéphane raconte comment Aude, la jeune couturière, découvre le monde des travailleurs, la CGT, la SFIO, le féminisme, les suffragettes, l’homosexualité et son amante Adèle, comment Adrienne préfère le monde de la nuit, des plaisirs tarifés au bras de son client le plus assidu, comment Arnaud, banquier enrichi en investissant dans les nouvelles colonies, traversent La Belle époque avec tous les germes de la Grande guerre qu’elle comporte déjà.

Dans ce second ouvrage, les trois protagonistes, après avoir traversé la Grande guerre et la pandémie de Grippe espagnole qui l’a suivie, se lancent avec un réel plaisir mais aussi une certaine retenue, dans les Années folles pour oublier les affres des épreuves passées. Après s’être engagée dans le service chargé de la confection des uniformes de l’armée, Aude revient à son métier de couturière et intègre la célèbre maison de haute couture de Paul Poiret. Adrienne a abandonné les fastes de la maison close où elle œuvrait pour s’engager parmi les infirmières militaires et soigner les blessés puis les Gueules cassées. Arnaud siège désormais au conseil d’administration de sa banque et reste toujours assidu aux charmes des cocottes.

En faisant vivre ces trois personnages et Manon, la nouvelle amante d’Aude, Stéphane Bret jette un regard panoramique et synthétique sur les Années folles caractérisées par le besoin populaire d’oublier la guerre et l’épidémie mais aussi par la mise en place des pièces du puzzle qui constitue peu à peu la trame de ce qui conduira à l’autre guerre. Il évoque les vains efforts pour assurer une paix durable, les luttes ouvrières pour l’amélioration des conditions de travail, les innovations technologiques qui bouleversent le monde et la société, la lutte des premières féministes pour défendre la condition des femmes et quelques autres thèmes…

Ce court roman comporte tout ce que notre jeunesse devrait savoir sur ce qui a conduit, en deux décennies, le monde de la Grande guerre qui devait être « la der des der » à la suivante. Stéphane nous offrira peut-être bientôt la suite de cette analyse en projetant ses héros de la crise financière de 1929 aux abominations de la Deuxième guerre mondiale.

Le livre sur le site de la FNAC


SACHA GUITRY, L’ARTICLE de GAËTAN FAUCER (Lamiroy) / Une lecture d’Eric ALLARD


Avec le numéro 23 de L’Article, cette originale collection des Editions Lamiroy au format 10 x 14 cm consacrée à des grands noms des Lettres, Gaëtan Faucer s’inscrit à la fois dans l’air du temps où les éditeurs, surfant sur la popularité de leurs classiques, cherchent à dénicher, quand ils n’en composent pas de toutes pièces, des raretés ou inédits de leurs grands écrivains, tout autant qu’il fait signe vers les supercheries littéraires tout en questionnant sur la paternité, la propriété d’une œuvre, dans le sillage d’un Borges ou bien, comme l’indique Maxime Lamiroy dans son éditorial, de Roman Jakokbson à propos de Maïakovski.

Guitry lui-même a dit : Shakespeare n’a jamais existé, toutes ses pièces sont l’oeuvre d’un autre qui s’appelait également Shakespeare. « 

Ainsi, Faucer imagine qu’il aurait retrouvé, dans une malle, comme il se doit, une pièce inédite du grand dramaturge, et aussi cinéaste d’exception, intitulée Lhomme de la situation, « une histoire drôle et agréable à regarder » dans le milieu théâtral, avant qu’on apprenne que…

Ce texte qui joue sur les ressorts dramatiques, les trompe-l’œil et les faux semblants, se veut un hommage à un maître du théâtre mais aussi de l’aphorisme, chers à Gaëtan Faucer qui, lui-même, a écrit, dans L’année des d(i)eux : Aucune vérité ne remplace un vrai mensonge.

Le présent texte nous apprend bien des choses et des anecdotes au sujet du dramaturge qui savait se mettre scène dans la vie mondaine, avec humour et un sens de la composition. Faucer met un point d’honneur à corriger l’opinion commune sur la supposée misogynie du personnage, en posant notamment cette question : « Qui a été le premier auteur moderne à offrir la femme un premier rôle ? »

Un titre et une collection à découvrir – si ce n’était pas déjà le cas !

Cet ouvrage est déjà le troisième à titre personnel de Gaëtan Faucer aux Editions Lamiroy, après Le vin, c’est divin, une nouvelle fantastique, et, cette année, L’Année des d(i)eux, un recueil d’aphorismes à déguster jusqu’à la fin 2022 et, bien sûr, au-delà.


Gaëtan Faucer, Sacha Guitry, ça rend fou la littérature, 42 p., 4€ en version papier / 2€ en version numérique.

En savoir plus sur L’ARTICLE de Gaëtan FAUCER consacré à Sacha GUITRY

LES RESCAPÉS DE L’AUBE d’ISABELLE BIELECKI (Le Coudrier) / Une lecture d’Éric ALLARD


On connait l’Isabelle BIELECKI romancière, autrice d’une trilogie autofictionnelle remarquable, et de délicieux poèmes appelés stichous. Elle est aussi dramaturge et livre ici deux pièces historiques, relatives, plus précisément, à des icônes du XIXème siècle: Arthur Rimbaud et Camille Claudel (même si cette dernière est morte en 1943, elle a produit la majeure partie de son œuvre au siècle précédent).

Il ne s’agit pas de biopics. Les deux protagoniste sont pris à un moment de leur parcours mais proches dans le temps de l’action même si situés en des lieux très éloignés puisque Le Bateau de sable saisit Rimbaud face au désert, s’adressant à une femme voilée et à sa muse, quelques temps avant sa mort survenue en 1891 et l’action de Valse nue met en scène Camille Claudel dans son atelier en 1892, lorsque sa longue liaison avec Rodin se distend, en compagnie de quatre autres personnages. 

Outre cette proximité temporelle et un destin hors du commun, Rimbaud et Claudel sont affectés d’un problème à la jambe, qui fait boiter l’une et qui sera la cause de la mort de l’autre. Les jambes sont le symbole et le moyen du déplacement alors que les deux héros des textes de Bielecki ont surtout été des marcheurs dans leur tête qui, par volonté ou par contrainte, ont dû s’extraire de la société pour donner la pleine mesure à leur imaginaire et révolutionner les formes dans lesquelles ils ont œuvré. Il faut aussi dire que Claudel est tout entière dans ses mains, par où elle travaille la glaise – ou la chair.

J’ai des mains qui refont le monde. Pas mon ventre, mes mains, répond-elle à sa mère qui l’exhorte à devenir mère à son tour.

Ils sont donc pris à un moment où un de leurs membres inférieur les lâche, immobilisés en partie ou totalement, pour, qui plus est, Camille qui finalise sa sculpture dédiée à l’amour et à la danse.

Ce figement accidentel oblige Rimbaud à se pencher sur la différence entre la réalité, figurée par Mariam, la femme voilée, et le moteur de l’imagination poétique, personnalisée par l’Ange, la muse qui n’a cessé de le poursuivre, de le tirailler et avec laquelle il voudrait bien renouer une dernière fois avant de mourir.

Au cours de ses échanges avec sa sœur, sa mère, une amie et un apprenti de Rodin venu lui apporter du charbon (l’action se passe en hiver), Camille Claudel se dévoile dans son intimité, ses rapports aux autres et au réel, sa passion pour son art et son attachement à Rodin.

Le personnage de Nicolas, l’apprenti, est comme un Rimbaud dix ans après, happé par l’idée d’aventure, la fièvre du départ, l’évasion. Il représente l’homme d’action épris d’ailleurs, de découvertes mais aussi d’affaires commerciales, ce à quoi Camille n’aspire pas, dévouée corps et âme à son art et qui en attend une sorte de rédemption.

Les seuls enfants qu’elle s’autorise sont ses sculptures.

« Je veux créer, donner la vie partant de l’âme et non par ce trou, comme vous, dans les humeurs. Jamais. Mes mains vont me sauver ! »

Notons qu’en 1893, Octave Mirbeau, après avoir vu leurs oeuvres au Salon, écrivit : « Rodin est plus scandaleux, mais Camille Claudel est plus révolutionnaire. »

La suite de l’histoire, qui déborde du cadre de la pièce, le rapt dont elle sera victime avec l’accord de sa famille pour être internée à vie, privée de sa pratique, n’en apparaît que plus dramatique et révoltant.

A la fin de son existence, le Rimbaud de Bielecki en est revenu de la vraie vie vers laquelle il a couru : « La vraie vie, je l’ai vue, touchée, elle m’a pris une jambe. Et pas un mot en échange, pas un souvenir à raconter. »

Il veut en découdre à nouveau avec l’écriture, « écrire la plus belle phrase qui soit, à faire s’arrêter le monde », même si il reconnaît qu’ « écrire est un maladie », un asservissement. Il craint autant qu’il le redoute l’emprise de l’écriture, le feu de l’inspiration.

Par ces deux textes voués à la scène, Bielecki est parvenue, sans user de citations ou d’épisodes par trop reconnaissables ou déjà traités par ailleurs, à trouver un angle de vue tout à fait singulier et propre à pointer la nature profonde et insoupçonnée de ces deux monstres sacrés, à traiter par là au plus près la problématique et l’essence de l’artiste ou de l’écrivain en prise avec le monde et ses démons intérieurs. On peut aussi inférer que, dans la mise en situation de ces deux créateurs emblématiques, Isabelle Bielecki dit beaucoup d’elle-même, de son rapport à l’écriture et à la vie.


Isabelle Bielecki, Les rescapés de l’aube, illustrations de Pierre Moreau, 4ème de couverture de Michel Ducobu, 131 pages, 20 €.

Le livre sur le site des Editions Le Coudrier

Les livres d’Isabelle BIELECKI au Coudrier


POÈMES de MARIAN DRĂGHICI, traduits en français par SONIA ELVIREANU, en suédois par STÂNIȘOARA STÂNCEL MĂRGINEAN


moi, Marthe et Marcel

que quelqu’un me montre tous les jours voici la phrase
par laquelle on doit commencer aujourd’hui le poème
pour aller loin.

une phrase éclatante, rayonnante
ayant le pouvoir de sauver (justifier)
toutes les obscurités
que le texte aurait retenues par la suite.

quelque chose de ce genre :
je me suis enfin levé, j’ai tourné au coin de la rue,
et tout à coup a surgi devant moi
verticale
la mer.

≪ tu as frappé à toutes les portes qui ne donnent sur rien
et contre la seule par laquelle on puisse entrer
et que tu aies cherchée en vain cent ans de suite
tu te heurtes sans le savoir et elle s’ouvre ≫
(Le temps retrouvé, tome I)

Marthe : oh ! mais naturellement !
et moi j’allais perdre puisque l’heure avançait.

donc je me suis levé décidé, j’ai tourné au coin de la rue
j’y ai fait quelques pas
et soudain a surgi devant moi
la mer.

vous comprenez ? non pas un bout de mer,
ni un petit golfe quelconque avec une plage splendide,
mais la mer debout
verticale et menaçante.

il n’y avait que moi et la mer
nous mesurant des regards
(Marcel : je suis extrêmement préoccupé par
la manière dont les visages vieillissent)
dans une solitude de plus en plus étrange et accablante,
si bien que j’y suis entré habillé, je l’ai traversée
jusqu’au lendemain vers le soir
lorsque j’ai atteint l’autre bord
où voilà que je m’arrête à attendre (hallali hallali :
air de cor de chasse
d’habitude il annonce que le cerf est capturé)
assis sur un banc à trois-quatre pas d’un coin
d’une rue dont je ne me souviens plus hallali hallali.

Marthe : pendant qu’il me retenait en me regardant
de ses grands yeux tristes.

Marcel : maintenant que vous savez le chemin
j’espère que vous reviendrez
(il ne faut pas surtout regarder mon visage
car j’ai l’air d’être mort).

+

jag, Martha och Marcel

någon ska visa mig varje dag här är frasen
som man ska idag börja med
för att nå långt.

en stark fras, strålande
kapabel att skydda (motivera)
oavsett vilka oklarheter
texten vidare skulle innehåla.

något som det här:
jag reste mig äntligen, jag vände runt hörnet
och plötslig dök det upp framför mig
vertikalt,
havet.

”du har knackat på alla dörrar
som inte leder någonstans
och den enda du kan gå igenom
och som du kontinuerligt har letat efter i hundra år
du rör utan att veta och den öppnas”
(Le Temps Retrouvé, tom I)

Martha: åh, men visst!
Jag skulle också förlora så länge tiden avancerade.

så jag reste mig bestämd, jag vände runt hörnet,
bara några steg
och plötsligt dök det upp framför mig
havet.

förstår ni? det handlar inte om en del av havet,
inte någon liten vik med någon underbar strand,
utan havet som stod upp
vertikalt och hotfullt.

vi var där, jag och havet fanns,
tittande på varandra

(Marcel: jag är mycket intresserad av
hur mänskliga ansikten åldras)
i en allt mer märklig och tryckande ensamhet,
så jag gick påklädd in i havet, jag vandrade genom det
tills nästa dag på kvällen
när jag kom till andra sidan
där jag sitter och väntar (hallali, hallali:
jakthornssång
som brukar omtala att rådjuret hamnar i hörn)
väntar på en bänk tre-fyra steg från hörnet
av en gata vars namn undslipper mig hallali hallali.

Martha: medan han höll mig tillbaka genom att titta på mig
med sina stora och ledsna ögon.

Marcel : maintenant que vous savez le chemin
j’espère que vous reviendrez
(bara att du inte lägger märke till mitt ansikte
för jag ser död ut).

+

eu, Martha şi Marcel

(en roumain)

cineva să-mi arate în fiecare zi iată fraza
cu care trebuie să începi astăzi
pentru a ajunge departe.

o frază puternică, luminoasă
în stare a mântui (justifica)
oricâte obscurităţi ar conţine
în urmă textul.

ceva în genul acesta:
m-am ridicat în sfârşit, am dat colţul
şi deodată îmi apăru în faţă
verticală,
marea.

„ai bătut la toate uşile
care nu dau nicăieri
şi de singura prin care poţi intra
şi pe care ai căutat-o în zadar o sută de ani întruna
te loveşti fără să ştii şi ea se deschide”
( Le Temps Retrouvé, tom I )

Martha: oh, dar desigur!
şi eu aveam să pierd devreme ce ora înainta.

aşadar m-am ridicat decis, am dat colţul străzii
numai din câţiva paşi
şi deodată îmi apăru în faţă
marea.

înţelegeţi? nu o parte din mare,
nu un golfuleţ oarecare cu vreo splendidă plajă,
ci marea stând în picioare
verticală şi ameninţătoare.

eram, existam eu şi marea
măsurându-ne din priviri
(Marcel: mă interesează deosebit de mult
cum îmbătrânesc chipurile)
într-o singurătate din ce în ce mai stranie şi apăsătoare,
aşa că am intrat în ea îmbrăcat, am parcurs-o
până a doua zi către seară
când ajunsesem pe malul dimpotrivă
unde iată stau şi aştept (hallali hallali:
arie de corn de vânătoare
de obicei vesteşte că cerbul este încolţit)
aşezat pe o bancă la trei-patru paşi de colţul
unei străzi al cărei nume îmi scapă hallali hallali.

Martha: în timp ce el mă reţinea privindu-mă
cu ochii lui mari şi trişti.

Marcel: maintenant que vous savez le chemin
j’espère que vous reviendrez
(numai să nu-mi luaţi în seamă chipul
căci par mort).


la clarté polémique. le persiflage

(au souvenir d’un après-midi d’hiver
avec Mircea Ciobanu)

le poète comme l’abeille sidérée,
le rayon sans cesse sur sa voie
jusqu’à l’aube alluma
le mur en cire de son travail.

et encore: tous s’étaient endormis, il pleuvait
le petit verre rempli était sur la table
et le chien aboyait encore
à l’étrangère de la maison.

est-ce vraiment pour rien que l’ange a crié
dans cette clarté polémique,
dans le silence le plus éthéré :

le poète comme l’abeille sidérée
le rayon sans cesse sur sa voie
jusqu’à l’aube alluma
le mur en cire de son travail ?

+

den polemiska klarheten. skämtet

( minnet av en vintereftermiddag
med Mircea Ciobanu)

poeten som ett chockat bi,
så sa du. strålen alltid på väg
fram till dagen antände
hennes verk vaxväggen.

och alla sov fortfarande, det regnade
det lilla glaset stod fullt på bordet
och hunden fortsatte att skälla
på främlingen i huset.

har ängeln ropat förgäves
i den där polemiska klarheten,
i den välvalda tystnaden:

poeten som ett chockat bi,
strålen alltid på väg
fram till dagen antände
hennes verk vaxväggen?

+

clarul polemic. persiflarea
(en roumain)

(amintirii unei după-amiezi de iarnă
cu Mircea Ciobanu)

poetul ca albina înmărmurită,
aşa ai spus. raza mereu pe cale
până la ziuă aprinse
zidul de ceară al muncii sale.

şi încă: toţi adormiseră, ploua
păhăruţul era plin pe masă
şi câinele tot mai lătra
la străina din casă.

au de florile mărului îngerul său a strigat
în clarul acela polemic,
în liniştea cea mai aleasă:

poetul ca albina înmărmurită
raza mereu pe cale
până la ziuă aprinse
zidul de ceară al muncii sale?



le poème de la crainte

d’où jaillira l’étincelle de ce poème ?
le champ est désert, clair,
les pluies ne sont pas encore tombées,
on ne voit nulle part un bosquet,
même défeuillé.

l’homme est nu, quelqu’un
(à peine)
l’a aperçu.

mets un manteau sur tes épaules et viens,
viens en automne cueillir le raisin/
la vie sur la colline.
voilà ce qui nous y attire.
(soit, le fil de la langue s’est rompu).

rien de sentimental, l’existence continue,
cependant cette dame, je ne sais pas comment tu l’appelais,
est-elle toujours seule ?
je passerais parfois chez elle, surtout en hiver
mais est-elle vraiment seule ?

je crois qu’elle a de plus en plus de peine
à tresser seule ses cheveux, blancs,
perfides cheveux, ils cachent quelque chose
l’étincelle de ce poème ?
une asperge ? tu sais, cette plante comme un petit sapin
vert-vert
oui, oui,
cette plante qui ne sert à rien
même si parfois, lorsque j’étais enfant
je l’ai apportée dans la maison.

puisqu’elle était verte et fraîche.

et cachait quelque chose.

+

blyghetens dikt

vart ifrån kommer denna dikts skäl?
fältet är tomt som din handflata
regnet har inte fallit på länge
ingen buske ses någonstans, även om utan
blad.

människan är naken, någon har
(knappt)
sett den.

klä på dig rocken och kom
kom till hösten för att samla vinstocken/
livet på backen.
där är man lockad att gå
(visst, det lockande språket försvann).

inget sentimentalt, existensen fortsätter
åtminstone den damen, jag vet inte vad du kallade henne
är hon alltid ensam?
jag vill gärna besöka henne ibland, speciellt på vinter
men är hon verkligen ensam?
jag tror att det blir svårare och svårare för henne
att fläta helt ensam sina vita flätor
satans flätor, gömmer de något? diktens skäl?
smalbladig sparris? du vet? den där plantan som liknar granen
grön, grön,
ja, ja
den där plantan som man inte har nytta av
även om ibland, som barn
jag har tagit med den hem.

för den var grön och häftig.

och den gömde något.

+

poemul sfielii
(en roumain)

de unde va sări iepurele acestui poem?
câmpul e gol ca în palmă
ploile încă nu au căzut
nu se vede nicăieri vreun tufiş, fie şi des-
frunzit.

omul e gol, cineva
(abia)
l-a zărit.

pune-ţi pe umeri o haină şi haide
vino la toamnă să strângem via/
viaţa pe deal.
acolo ne trage pe noi tare aţa
(fie, cea a limbii s-a rupt).

nimic sentimental, existenţa continuă
totuşi doamna aceea, nu ştiu cum îi ziceai
este întotdeauna singură?
m-aş duce uneori pe la dânsa, mai ales iarna
dar este într-adevăr singură?
cred că tot mai greu îi vine
să-şi împletească fără nimeni, albe, cosiţele.
ale naibii cosiţe, ascund ele ceva. iepurele acestui poem?
umbra-iepurelui? ştii, planta aceea ca un brăduţ
verde-verde
da, da
planta aceea care nu-i bună la nimic
chiar dacă uneori, copil
am adus-o în casă.

fiindcă era verde şi răcoroasă.

şi ascundea ceva.


quelque chose de plus réel que le néant

il existe peut-être
quelque chose de plus réel que le néant monsieur Beckett,
l’amour d’une femme qui n’existe plus
(la mort ni l’oubli ne nous ont pas séparés)
et que tout d’un coup on a envie de revoir
à tel point qu’on aimerait quitter la terre,

on aimerait quitter la terre
mais il n’est pas encore temps.

il suffit de dire
je reverrai bientôt peut-être ton visage, ma bien-aimée,
comme j’ai tant de fois regardé la mort en face
ou probablement de profil
au cours des jours de coup de feu de la révolte
en flânant dans les rues
dans l’espoir de te retrouver,
oui, de te retrouver
quelque part loin le soir d’après ta mort
auprès d’un petit feu de brindilles, auprès de la source,
absolument à l’abri des hommes,
absolument à l’abri des fauves,
au seul éclair des étoiles au-dessus et dans tes mouvements
la grâce de la nudité originaire.

+

något mer konkret än evigheten

det kan ändå finnas
något mer konkret än evigheten herr Beckett
en kvinnokärlek som inte längre finns
(varken döden eller glömskan har inte separerat oss)
och som man plötsligt saknar, på ett sådant sätt
att man skulle lämna jorden,

man skulle lämna jorden
men det är inte dags än.

det räcker bara att säga
kanske snart får jag se ditt ansikte min älskade
liksom så många gånger då jag sett döden rakt framifrån
eller kanske, från sidan
de där dum-dum revolterande dagarna
jag vandrande på gåtor
med hoppet om att hitta dig.
ja, jag kommer att hitta dig
någonstans långt borta på kvällen efter döden
bredvid en liten vedeld nära källan

helt skyddad från människor,
helt skyddad från djur
bara med glimten av stjärnor ovanför och med rörelser
i den fina primära nakenheten.

+

ceva mai real decât neantul
(en roumain)

poate că totuşi există
ceva mai real decât neantul domnule Beckett
iubirea unei femei ce nu mai este
(moartea nu ne-a despărţit, nici uitarea)
şi de care deodată ţi se face dor, la modul că
ai pleca de pe pământ,

ai pleca de pe pământ
dar încă nu e timpul.

destul să spui
poate-n curând am să-ţi văd faţa iubito
cum de-atâtea ori am privit moartea în faţă
sau mă rog, din profil
în zilele cu dum-dum ale revoltei
flanând pe străzi
în speranţa că am să te regăsesc,
da, am să te regăsesc
undeva departe în seara de după moarte
lângă un foc mic de vreascuri, lângă izvor
absolut ferită de oameni,
absolut ferită de fiare,
numai cu licărul stelelor deasupra şi în mişcări
cu graţia goliciunii originare.


*Marian Drăghici, lumière, doucement. Traduction en français et postface de Sonia Elvireanu. Préface de Michel Ducobu, Paris, L’Harmattan, 2018.

Marian Draghici sur le site de Recours au Poème

Sonia Elvireanu sur le site de L’Harmattan

Stȃnișoara Stȃncel Marginean

est née en 1974 au cœur de la Transylvanie (en Roumanie), vit actuellement en Suède.

Elle a une licence et un master en langue et littérature roumaines et françaises, obtenu en Roumanie et des cours de spécialisation en littérature francophone canadienne contemporaine, en langue suédoise et en traduction littéraire, réalisés à l’Université de Stockholm. Elle a également obtenu, à la même Université, un diplôme de Superviseur pour des étudiants en pédagogie.

En ce qui concerne sa vie professionnelle, Stȃnișoara exerce, à présent, un métier didactique au niveau des langues et civilisation suédoises, françaises et roumaines, en même temps qu’elle fait des travaux de critique littéraire, linguistique et pédagogique.

Son plaisir de travailler avec les langues a éveillé en elle le désir de se lancer dans le monde de la traduction littéraire. Elle a récemment commencé un master en théorie de la traduction, à l’Université de Stockholm. Parmi les écrivains les plus consacrés, sur lesquels Stȃnișoara s’est déjà appuyée, en tant que traductrice, il y en a les suivants : Bernard Friot, Astrid Lindgren, Matei Vișniec, Sonia Elvireanu et Marian Drăghici.