Pas de Rolex à 50 ans / la peur du Guillon

Stéphane Guillon versus Jacques Séguéla:

http://www.radiofrance.fr/franceinter/chro/lhumeurde/index.php?id=76902

La peur du Guillon se propage chez les grands, les surexposés, les parvenus rêvant du pouvoir avant d’avoir étudié tous les moyens de l’exercer honorablement. Ils ont trouvé un allié en Sarkozy, leur maître à tous, qui a pris de l’avance et s’est prémuni de l’histrion en déclarant avoir jugé « inadmissibles » les propos tenus récemment  par l’humoriste sur DSK ou Aubry.

Savoir si l’homme a de l’humour ou non n’est pas aujourd’hui la vraie question, le principal, c’est qu’il renvoie massivement et méchamment, et c’est tant mieux (la violence d’état, sous quelque forme qu’elle se manifeste, l’est toujours davantage), à leur hâblerie, à leur arrogance de parvenu les valets du pouvoir, les clowns médiatiques qui lancent leurs sentences au mépris des faibles, des humbles et de ceux qui doutent, qui n’ont  jamais eu pour vocation d’être président, manager ou général car ils ont toujours eu autre chose à penser, de plus immédiat et de nécessaire.

 

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oublié

j’ai oublié le poème

dans la boîte à gants

et

le poème s’est fait la malle

 

pour Charleville

d’où il a fugué

pour Paris

où il a été barricadé

pour Venise

où il a été noyé

pour Tanger

où il a été sablé

pour San Franciso

où il a tremblé

 

avant de revenir

par la route 66

l’Atlantique

et le dernier train

de 23 h 48

 

seul sur le quai

il m’a attendu

une année

et même plus

mais j’étais parti

pour une île de Tahiti

avec un article de journal

qui m’avait trop plu

compteur d’amis sur Facebook

Vous faites et refaites les comptes : votre quorum d’amis sur Facebook n’est plus atteint. Il en manque bien un, mais lequel? Un émissaire du réseau social le plus couru vous est aussitôt envoyé (on expérimente les possibilités de le télécharger sur votre bureau) qui épluchera vos comptes et  identifiera l’ami renégat parti, qui sait, augmenter le nombre d’amis sur un autre profil, ce qui serait regrettable. Le compteur d’amis peut, contre un supplément versé à votre opérateur, intervenir auprès du parjure pour connaître les raisons de son désistement et, s’il le faut, user de tout son poids (menace de radiation à vie du réseau, interdiction de Youtube, Myspace et autres mesures de torture mentale) pour la réintégration de l’ami retors. Décidément Facebook pense à tous.

Tanguy Viel

« Il suffisait de tirer la chaise jusqu’au mur, de se hisser dessus et de regarder. Les barreaux n’y faisaient rien, on voyait loin. Rien d’autre n’a jamais compté là que de voir loin, la région alentour si maritime, la terre qui n’en finit jamais de se jeter à l’eau. Les roches, les granits, les pointes, le sable, tout s’avance, se retire, s’use et comme on suppose chaque pas sur l’extrême pointe de la côte, un autre se profile qui défait l’impression d’aboutir. Mais de beaucoup d’endroits pour celui qui regarde, de beaucoup de fenêtres de la prison, le soleil n’atteint pas l’horizon, disparaît dans un angle ou derrière une façade, parce que la ville fait écran à la mer lointaine. Et de la ville elle-même, on oublie vite l’ombre marine qui la baigne, on retient plus facilement la construction à l’américaine, les rues droites et peu soucieuses de déjouer les vents, l’arsenal aux longs murs supportant son déclin, le port rouillé, et la campagne alentour, verte, qui surélève d’autant la grisaille humide des toits. Ni basilique, ni grand-place, ni maison à colombages, ni fontaine bienfaitrice dans cette ville, mais des enseignes lumineuses, du vent, une gare, un pont sur la mer, une prison, On ne vient pas ici, on y passe. Ou on y est. »

 

Une déclinaison du Le ciel est par-dessus le toit de Verlaine

Extrait de L’absolue perfection du crime de Tanguy Viel, Ed. de Minuit, 2001   

l’univers

c’était un poème

de la forme de l’univers

qui englobait

les poèmes de petite taille

 

les poèmes

de la forme d’une étoile

les poèmes

de la forme d’une comète

 

un jour il vit

un point grand comme un grain

qui lui fila entre les astres

 

c’était un poème

en forme d’espoir

au Carnaval

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au Carnaval

le poème porte un masque

pour cacher ses mots

 

il jette ses lettres-confettis

à la tête du gille  

 

il boit du jus d’orange

dans des sabots en bois

 

il presse ses grelots

au-dessus du feu de joie

 

rentré chez lui

il étale les brindilles de vers

pour former ce poème-ci

Épisode 11: À la trompette

 

Résumé de l’épisode précédent : Le narrateur vit avec sa psy une idylle qui les conduit sur des sites libertins mais tout cela finit par les ennuyer.


Mon travail m’avait un peu éloigné de ma psy qui, de son côté, recevait beaucoup et, à force, elle était tombée amoureuse d’un de ses patients – une manie chez elle, comme je m’en rendis compte. Elle n’arrêtait pas de me parler des problèmes de son nouveau patient, un gars qui se prenait pour Miles Davis.

– Il est trompettiste ?  

– Non !

– Il est Noir ?

– Non !

– Il ne faut pas que qu’il soit comme Miles Davis pour se croire Miles Davis, repartit-elle d’un ton sec, l’air de dire : C’est ki ka fait psycho en promotion sociale ?

Chaque fois que je plaisantais sur le gars, elle prenait la mouche. Il faut dire que j’habitais chez elle, que je l’empêchais de prolonger les séances à domicile. Même si je délogeais, de plus en plus d’ailleurs, passant la nuit chez un couple ou l’autre (quand je vidéastais pour Rosie et Michaël) ou chez un chapelain ,un historien de la chose papale (quand je vidéastais pour les bonnes œuvres). Elle s’était remise en tête de me guérir de ma bloguomanie, histoire de me faire passer pour The malade.

– Il a un blogue, ton Miles ? lui dis-je.

– Tu te fiches de moi ?

 

Un peu, il faut dire.

Un jour, je m’arrangeai pour voir l’hurluberlu. Un quart d’heure avant la séance, je me pointai dans la salle d’attente avec un disque vinyl de Miles (Kind of blue*, qui venait de ressortir). Je m’assis devant lui. Sa tête changea, il était nettement moins beau que son modèle et même pas Black. Je n’allai
pas jusqu’à lui demander un autographe, non. Je lui dis que j’étais Stan Getz et que je souhaitais qu’on joue ensemble. Puis je filai avant d’être pris d’un fou-rire. Quoique un fou-rire dans le cabinet d’un psy, ça puisse pas mal dérider l’assistance habituelle mais on ne rit jamais, il faut le savoir, chez un psy sans son consentement. Il en parla à sa psy, ma compagne, qui prit tellement la mouche, cette fois, que je lui mis la tête sur la vitre avant de décamper : j’étais devenu limite violent à force de fréquenter des plus cinglés que moi.

Un peu après, j’appris qu’elle s’était mise avec lui. Leur trip, m’avoua-t-elle plus tard, quand elle eut rompu, c’était qu’il la déguise en Juliette Gréco avant leurs ébats. C’est vrai qu’elle avait toujours eu (surtout depuis sa liposuccion et même sans s’être refait le nez) un petit air de Jujube.


* The Kind of blue sessions, 1959:

http://www.youtube.com/watch?v=ijDTS8cWI0o&feature=related