Spécial Halloween: DEAD MAN’S BONES / My body’s a zombie for you

 

« Le groupe, comme les cinéastes Dogma, a choisi de s’imposer un hallucinant règlement intérieur, qui donne à cette musique sa fulgurance, son instinct, son inédit : jamais plus de trois prises ; pas de guitares électriques ; pas de métronome ; obligation pour le duo de jouer tous les instruments, même si c’est la première fois ; nécessité d’une chorale d’enfants… Tout ceci, au strict service d’une beauté un peu sauvage, récalcitrante, dérangée : un sortilège dont on ressort passablement ébranlé – mais qu’il est doux d’être ainsi secoué, purifié. Car on vous le garantit : jamais vous ne passerez un Halloween aussi délicieux, aussi terrifiant qu’en compagnie de ce squelette. »   J-D Beauvallet (Les Inrocks).

 

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Les macchabées

Trouver des macchabées dans sa cave, au grenier, dans le placard à balai, derrière son canapé ou encore sous le bureau, quoi de plus normal. Mais dans le lit où on est mort, il faut vraiment avoir fait quelque chose qu’on ne devait pas. Alors elle chercha quel os intime de son squelette elle avait bien pu laisser sous la couette pour rameuter autant de zombies.

 

Nouveaux métiers (26): tueur de temps

Le tueur de temps est un métier pour glandeurs et ex-fonctionnaires. Le tueur de temps se contente de rester immobile mais ce n’est pas une obligation, c’est seulement plus spectaculaire : il trucide l’air de rien et sans que jamais personne n’y trouve à redire.

Il tire profit du contexte, ennuyeux à souhait. Ainsi on verra l’assassin d’instants perpétrer ses crimes en vitrine des magasins ou sur une estrade montée dans la travée centrale des centres commerciaux. La cliente odorante d’Ici Paris XL, le promeneur de chiens de fantaisie, le préretraité de l’enseignement, le chômeur en fin de droit, le demandeur d’asile en attente d’expulsion, l’évadé de la maison de repos, l’écrivain en mal d’inspiration, le futur suicidé de France Télécom (ou Peugeot ou Thalès ou…), l’employé irradié d’Areva ou d’Electrabel, l’élect(rocut)eur déçu de Paul Magnette, le père désoeuvré de Charles Michel, l’ancien colleur d’affiches recyclables des Verts assisteront ainsi en toute impunité à l’exécution en place publique.

L’assassin peut saler ses meurtres, ne pas se contenter d’une étiration en bonne et due forme, en torturant l’instant, en prolongeant ses souffrances au-delà des convenances temporelles. Il sera rétribué par les nombreux sponsors suisses qui le soutiendront dans ses horribles séries. Enfin, il sera jugé par une cour spéciale qui siégera dans une salle en forme d’horloge. Il écopera en général d’une peine égale au nombre d’instants assassinés.

Daniel Charneux / Tintin, les Titi…

TINTIN, LES TITI…

Je suis content que vous soyez venu. Ça fait si longtemps que je suis seul. Asseyez-vous là, quelque part, si vous trouvez une place. C’est petit, chez moi.

Au mur de sa chambre, elle a laissé ses Titi. Elle collectionnait les Titi, vous savez, ce canari de cartoon, ce canari d’un jaune à faire mal aux yeux, paraît qu’y en a qui sont allergiques à ce jaune. Elle a laissé ses Titi quand elle est partie et je reste là, seul, comme un Grosminet triste, avec mes moustaches de gros chat paisible.

Ça ne vous ennuie pas si je reste allongé sur mon lit, les doigts croisés ? Je suis si fatigué. Allongé sur mon lit, les doigts croisés, j’ai un peu l’allure d’un mort, non ? Comme quelqu’un qui rendrait son dernier souffle, qui partirait pour son dernier voyage. Pour le repos éternel, comme on dit.

Je me souviens de son premier souffle d’enfant, elle était née la nuit. Une âme neuve qui brillait parmi les étoiles. Elle était née l’hiver, la neige tombait cette nuit-là. Et je twistais sur ma chaise, dans la salle d’attente de la maternité. À cette époque, les pères n’assistaient pas à l’accouchement. Quand une infirmière est venue me la présenter, mon visage s’est éclairé. C’est comme ça qu’elle a dit, l’infirmière : votre visage s’est éclairé. Je portais la barbe, alors, pas seulement la moustache. Et les cheveux longs, comme à l’époque. Le Christ. Souvent, ils me comparaient au Christ. Un Christ un peu triste – c’est vrai, je n’étais pas riant. Mais là, face à ce souffle neuf, mon visage s’est ouvert, et j’ai souri. Comme un ange sur une cathédrale.

Et puis, pour faire court, j’ai été maladroit. Avec sa mère. Pourquoi s’emporter pour une porte qui claque, pour un verre brisé au cours d’une vaisselle, pour un tintinnabulis ?

À chaque fois elle s’énervait, pour faire court, à chaque fois, je voulais crier plus fort. Vous avez autre chose à faire que d’écouter l’histoire de ma vie. Un connard fini, mais là, LE connard fini, elle disait.

Parfois, nous sortions, tout de même, nous avons eu de bons moments. Un Perrier citron au café Randaxhe à Liège, chacun dans sa bulle. Toujours chacun dans sa bulle, et la poussette entre nous. Il est réveillé, disait la dame avec sa canne, parlant du bébé. Et la bulle se brisait. Nous repartions, poussant notre poussette. Cahin-caha.

Les années ont passé, la petite a grandi. À chaque anniversaire, je lui achetais un Titi. Pour sa collection. Et puis, elle est partie. Sa mère. Sa fille par la main. Elle a claqué la porte. J’ai senti un courant d’air frais. Tintin, les Titi.

Alors, maintenant, parfois, je viens m’allonger sur son lit. Parmi les Titi jaunes et les angelots kitsch. Et je croise les doigts. Ça porte bonheur, paraît. Oui, je croise les doigts, mon souffle dans la nuit. Quelque part entre les étoiles, il m’arrive de sourire.

Voilà, vous savez tout. Je vous l’ai dit comme ça, tout simplement, comme j’aurais parlé à un inconnu. Comme ça, tout simplement, pourquoi dire plus ? Tu es grande assez pour remplir les blancs. Tu es grande assez pour comprendre. Et si tu veux, nous pourrons prendre un peu de temps, une autre fois. Si tu as le temps.

Je suis content, vraiment, que tu sois revenue.

 

 

Daniel Charneux

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