Nouveaux métiers (26): tueur de temps

Le tueur de temps est un métier pour glandeurs et ex-fonctionnaires. Le tueur de temps se contente de rester immobile mais ce n’est pas une obligation, c’est seulement plus spectaculaire : il trucide l’air de rien et sans que jamais personne n’y trouve à redire.

Il tire profit du contexte, ennuyeux à souhait. Ainsi on verra l’assassin d’instants perpétrer ses crimes en vitrine des magasins ou sur une estrade montée dans la travée centrale des centres commerciaux. La cliente odorante d’Ici Paris XL, le promeneur de chiens de fantaisie, le préretraité de l’enseignement, le chômeur en fin de droit, le demandeur d’asile en attente d’expulsion, l’évadé de la maison de repos, l’écrivain en mal d’inspiration, le futur suicidé de France Télécom (ou Peugeot ou Thalès ou…), l’employé irradié d’Areva ou d’Electrabel, l’élect(rocut)eur déçu de Paul Magnette, le père désoeuvré de Charles Michel, l’ancien colleur d’affiches recyclables des Verts assisteront ainsi en toute impunité à l’exécution en place publique.

L’assassin peut saler ses meurtres, ne pas se contenter d’une étiration en bonne et due forme, en torturant l’instant, en prolongeant ses souffrances au-delà des convenances temporelles. Il sera rétribué par les nombreux sponsors suisses qui le soutiendront dans ses horribles séries. Enfin, il sera jugé par une cour spéciale qui siégera dans une salle en forme d’horloge. Il écopera en général d’une peine égale au nombre d’instants assassinés.

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