Les parenthèses

( Les parenthèses m’attirent depuis toujours. Leur forme en arc de cercle sont comme des bras accueillants. Je suis à l’affût de la moindre brèche dans l’enceinte et, quand je l’ai repérée, je m’immisce, j’annihile l’occupant ou je l’éjecte, je fais mon trou, je m’installe dans ses pénates en Bernard l’ermite du langage. Personne n’y voit rien. Ah! le bonheur de se sentir au sein d’une phrase, tel un corps étranger dans les entrailles d’un mastodonte, protégé du remous littéraire ambiant, sans risque qu’on vous rejette par delà la frontière au motif que vous n’êtes pas indispensable à la construction du sens. On lit sans me voir le texte pareil à une voie de communication rapide traversant un quartier voué à la démolition. Parfois, des grammairiens avisés, ces policiers de la langue, me remarquent, font état de ma situation irrégulière et me poussent à l’expulsion. Je compte alors sur les associations d’auteurs compatissants, auprès desquels j’ai pu défendre ma cause, pour qu’ils me gardent dans leurs murs. Je promets d’aider au démarquage de leur oeuvre, je leur fais valoir que seule la matière isolée retiendra l’attention de la critique et, fort de cette espérance, ils me tolèrent au milieu de leurs mots.)

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