Comme un parfum de chair grillée / Daniel Charneux & Éric Allard

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Il ne s’est rien passé le 21 mai 2005 à 17 h 30. Juste deux véhicules qui se croisent sur une route de campagne. Deux amas de métal qui s’approchent, sont un bref instant parallèles, s’éloignent déjà. Les conducteurs ont échangé un regard, se sont reconnus. L’un, en tout cas, a reconnu l’autre sans savoir si c’était partagé. Il ne s’est rien passé.

Il la voit s’approcher de loin. Trois cents mètres ? Deux cents ? C’est comme une petite vallée, une cuvette. Ils descendent l’un vers l’autre. Une brève distraction de l’un ou de l’autre, un écart imperceptible, quelques degrés plus à gauche dans l’axe du volant et c’est la collision frontale. Il a reconnu la forme de la voiture, il a retrouvé la couleur. Bientôt il pourra distinguer les signes gravés sur la plaque. Il les distingue en effet, redresse aussitôt la tête, il a le temps de capter un regard dans le reflet glacé du pare-brise. Elle l’a vu. Elle l’a vu la voyant. La voiture est passée. Il ne s’est rien passé.

 

Vingt ans, une paille, comme on dit. Une paille à aspirer la poussière du passé. Sa première souffrance, oui, c’est elle qui la lui avait procurée. Aujourd’hui il ne souffrait plus, il n’était pas heureux non plus, il avait perdu l’aptitude à éprouver les sensations les plus communes. C’est comme s’il s’était réfugié au creux de lui-même, dans une vallée interdite aux autres. Une cuvette de fausse tranquillité.

Avant de la voir là, il se l’était imaginée changée, ayant peu à peu pris les traits de sa mère. Un court instant, oui, il avait pensé à l’inéluctable, à l’arrêt soudain de leurs existences dans un même temps ramassé par la vertu de cette rencontre fortuite. Personne, le lendemain, n’aurait fait le rapprochement. C’eût été un accident ordinaire arrachant deux existences ordinaires. Souvent, en voiture, il pensait à dévier de sa route, il se demandait même ce qui le faisait rouler droit, toujours. Dans la vie comme sur la chaussée. Mais non, pour la presse locale, pour le commun des mortels, pour vous comme pour moi, il ne s’était rien passé ce 21 mai 2005 à 17h 30, vingt ans après…

 

 

(à suivre)

 

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