Comme un parfum de chair grillée (5/5)

 

Quand il était arrivé devant chez elle ce matin-là, c’était le premier jour de l’été. Une brise un peu fraîche nettoyait l’air des lambeaux roses de l’aube. Il était resté un moment près de sa voiture puis avait rejoint l’orée du bois voisin, à une vingtaine de mètres. L’heure approchait, très matinale, où elle sortait de chez elle, démarrait, partait rejoindre [la multinationale où elle s’était rendue indispensable.]

Elle était sortie, s’était approchée de la voiture rouge, féminine et bourgeoise. Il était sorti du bois, avait appelé : « Aude ! »

Elle s’était retournée, surprise, avait regardé dans sa direction, avait hésité un peu avant de le reconnaître, il en était sûr à ce moment, il se souviendrait toujours de ce regard où se mêlaient un peu de pitié, un peu de peur.

Dans le matin dilaté de silence, c’est à peine s’il avait dû élever la voix malgré la distance :

« Aude ! laisse-moi te parler, laisse-moi t’approcher. Tout n’est pas perdu, tu sais. Il faut oublier, tout peut s’oublier, oublier le temps des malentendus et le temps perdu… »

Elle avait souri, avait eu un léger mouvement de tête comme un va-et-vient de gauche à droite, comme une hésitation, peut-être, et il avait fait un pas en avant. Alors, elle avait ouvert la portière, elle s’était préparée à entrer. Il avait crié : « Aude ! attends ! » Elle avait tourné la clef dans le démarreur.

La belle voiture rouge était devenue boule de feu tandis que la brise du matin lui apportait des volutes de fumée noire et une discrète odeur de chair grillée.

 

« Pratiques, ces kits voiture piégée à saisir sur Internet », avait-il songé avant de s’éloigner, sur la route de campagne bien dégagée, en fredonnant « Burn Baby Burn »…

 

Daniel Charneux & Éric Allard

 

Le site de Daniel Charneux:

http://www.gensheureux.be/site/

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