Philippe Delerm / Il faut le voir sur scène

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On imagine bien à qui est destiné ce jugement que j’entends pleuvoir autour de moi depuis quelques années.  Je l’ai prononcé pour ma part de temps à autre, avec une conviction légèrement différente, car si j’éprouve un grand bonheur à voir le personnage concerné à la Cigale ou à l’Olympia, je l’apprécie autant sur d’autres scènes plus intimes de la vie.

Mais à force de récurrences, « il faut le voir sur scène » a fini par s’extraire de son contexte originel pour prendre une valeur absolue. Il y a là une forme de vérité imparable, qui me semble s’adresser à chacun. Bien sûr, c’est plus patent pour ceux qui ont des spectateurs dans l’exercice de leur métier. Je pense à telle collègue professeur de lettres, peu chanceuse dans sa vie familiale, embarrassée par un asthme chronique, mais dont j’entendais la voix derrière la cloison quad j’enseignais moi-même. Tout d’un coup, la passion l’animait,, qu’elle fût vouée à l’œuvre de Boris Vian ou à l’exaltation de la subordonnée relative, et je sentais que ça passait, que le public était conquis. Il fallait la voir sur scène.

Je dirais la même chose de mon boucher, qui a pris sa retraite, et que je croise quelquefois, étonnamment taciturne, lui qui savait distiller des petites phrases d’une sagesse liée au découpage de la bavette ou de l’entrecôte. Plus que la commande de ses clients, il maîtrisait alors le monde, entre le glaive et la balance.

D’autres scènes sont plus confidentielles encore, un jardin pour greffer des pruniers, une berge pour pêcher à la ligne, un lit pour faire l’amour. Parfois il n’y a pas de spectateurs du tout, parce que le talent de celle-ci, de celui-là réside dans la rêverie mélancolique, la lecture de Jules Renard sous lampe basse en fin d’après-midi, l’écriture d’un roman qui ne trouvera pas d’éditeur, la confection d’un clafoutis quand tout le monde dort encore. Qu’importe le public. Chacun a son théâtre, où il est en accord avec la mise en scène. Et chacun se dédouble alors, conscient d’être au plus près. Certains sont exposés, d’autres seront surpris d’être attendus, un jour. Beaucoup resteront solitaires. Pourtant, il faut les voir sur scène.

 

Philippe Delerm

 

extrait de Ma grand-mère avait les mêmes (Les dessous affriolants des petites phrases), éd. Points Seuil

Éric Dejaeger / Le seigneur des ânes

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Ce livre est publié à l’occasion du maelstrÖm reEvolution fiEstival nOmade #4 de bruxelles du 6 au 8 mai 2010

«…et ces applaudissements sont en fait une manière d’encourager les professeurs : pendant l’interruption de la retransmission, après deux ajournements et une attestation C, sept élèves de suite viennent d’obtenir une attestation A ! Je résume la situation pour les téléspectateurs qui prendraient le reportage en marche : sur 17 élèves délibérés jusqu’ici, on compte dix attestations A, une B, deux C et quatre ajournements, ce qui, finalement, n’est pas mal du tout. Mais ce n’est pas fini puisqu’il reste encore une dizaine de cas à traiter. Comme le suivant qui risque de poser un problème puisque l’élève est soupçonné d’être un dealer…»

Qui est ce Seigneur des Ânes ? Ronny Serpin, l’élève le plus épouvantable que l’enseignement ait connu et qui se targue d’avoir mis une dizaine de professeurs en dépression ? Charles Dumortier, enseignant retraité qui n’arrive pas vraiment à se dépêtrer de ses trente-sept de tableau noir ? Henri Gelker, qui traîne son feu sacré d’école en école sans vraiment arriver à l’y mettre, le feu ? À moins qu’il ne s’agisse d’une maîtresse des ânes, comme Amélie Dumortier qui doit en faire des vertes et des pas mûres devant ses élèves…

Après La cité des fleurs fanées et ses gentils héros, Éric Dejaeger revisite ce qu’il reste de l’école, un endroit où tout peut arriver, où le lendemain n’est jamais la prolongation de l’aujourd’hui. L’école, cette entité qui fait fuir la moitié des jeunes enseignants durant leurs cinq premières années de carrière. Il ne faut pas s’enfoncer la tête dans la boîte de craies : durant ces quinze dernières années, le métier de professeur est devenu de plus en plus difficile. L’auteur ne nous raconte pas ici ce qu’il en est aujourd’hui mais bien ce qu’il en sera si les dérives (appelées sournoisement «réformes») telles que les enseignants les connaissent à répétition depuis les dernières grandes grèves de 1995 continuent. Il lui semble d’ailleurs que le futur qu’il décrit dans ce livre se rapproche beaucoup plus vite qu’il l’ait prévu.

Professeur, le plus beau métier du monde ?

Pages: 112 pp.
ISBN Maelström: 978-2-87505-046-5
Format: 14×21 cm
Genre: Roman

Prix: 12 €

Le site des éditions Maeltröm

http://www.maelstromreevolution.org/pages/FRA/home.asp

Le blog d’Eric Dejaeger

http://courttoujours.hautetfort.com/

Philippe Leuckx / Le beau livre des visages

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Bookleg #67 LE BEAU LIVRE DES VISAGES de Philippe Leuckx Prix: 3,00 €

«Ouvrons le livre des visages tenus au bout des larmes
Flammes du père de feu mon père
Lorsque l’alarme sonnait au coeur
Et que pour franchir la frontière
Il lui fallait en quarante un vélopasseur
Ô vous mon père ô vous
De tous vos visages je prends la triste
Mesure
Vos rides me sont entrées toutes
Au coeur comme blessures»

http://www.maelstromreevolution.org/pages/FRA/prodotto.asp?ProdottoID=192&FamigliaID=0

Mais aussi:

Selon le fleuve et la lumière, poésie, Editions Le Coudrier, Mont-Saint-Guibert, 2010

 


Chronique de Philippe Leuckx: SUR MA MÈRE de Tahar Ben Jelloun

SUR MA MERE DE TAHAR BEN JELLOUN

 

Tahar Ben Jelloun, né à Fez en 1944, prix Goncourt, académicien Goncourt. Poète, essayiste, romancier, propose sa vision de la mère avec cet ouvrage, au titre éloquent « Sur ma mère ».

 

Un fils et sa mère. Un fils attentif au devenir de la vieille dame qui, plus qu’il ne faut, confond présent, passé, se figure être toujours à Fès, alors qu’elle vit depuis si longtemps à Tanger. La vieillesse joue de ces tours!
Avec une émotion, qui ne verse jamais dans le pathos, Tahar relate les derniers mois d’une mère, entourée, qui succombe aux excès de suspicion ménagère, se croit volée, dépouillée de ses biens, maltraitée…
L’écrivain a les mots justes pour décrire cette fatalité qui nous attend tous, cette lente descente en décrépitude, sans qu’aucun jugement moral n’assène l’exposé lyrique. Le poète voit tout, sent tout, use d’une élégance rare pour remuer les parfums du passé.
Le livre, entre roman et récit, consent à la pure beauté : quel romancier, il est vrai, ose aujourd’hui en tant de pages – nécessaires -, évoquer des matières si intimes sans tomber dans le déballage qui sévit sous tant de plumes?
Nous sommes ici dans le registre de l’exigence, de la phrase qui restitue une vie, sans les ambages de la préciosité, en une coulée sûre, partageable.
Ce sont toutes les mères et tous les fils qui sont là, dans cette fiction nourrie d’une réalité pesée, émue.
Merci, Tahar.
Ed.Gallimard, 2008.

 

Philippe Leuckx

 

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