BAISER – BANDER – CORPS – DÉSIR – ORGASME – ROSE

BAISER : Plus une chose touche au corps, plus elle s’oublie. Ce goût de sel sur une bouche ou un sexe n’existe pas plus que l’endormissement qui suit l’amour. (…) Les caresses, les étreintes, il n’en reste qu’un sentiment de moiteur glacée. Je retiens seulement l’inclinaison d’un visage qui s’offre, un geste d’enlacement, les lèvres qui s’entrouvrent et cette humidité sur les fibres d’orange sanguine, cette fraîcheur bientôt brûlée de l’instant qui s’offre.

BANDER: Les rustres prennent leur verge pour une sorte de biceps à raidir alors que l’érection est tout le contraire, une décontraction après le relâchement d’un muscle constricteur qui permet l’afflux de sang dans les corps caverneux, une sorte d’hémorragie limitée en somme. La virilité, cette catastrophe naturelle en grande partie responsable des viols et des charniers, en raison des preuves que le mâle s’oblige à donner de sa puissance, devrait être présentée aux impétrants comme le plus féminin, le plus pacifique des attributs. On devrait l’associer à la danse et au chant, le parer de plumes et de dentelles. La violence révélerait sa vraie nature de fiasco. Et la douceur deviendrait joliment priapique.

CORPS : Rien de plus mystérieux qu’un corps désiré, qu’on puisse vouloir possèder un corps pour toucher le fond de l’altérité ; pénétrer une âme ventre contre ventre. Même le nécrophile s’empare de l’enveloppe charnelle dans la fascination du mouvement qui l’habitait. L’objet sexuel offre une résistance pondérable, un monde qui se creuse et s’abandonne. J’ai aimé des femmes, je me suis baigné de leur intimité, mais dans une distance muette, sans comprendre la nature de ce rapprochement. Une impression saugrenue comme si elles étaient fausses, m’interdisait le relâchement tendre qui fait tout le charme de l’amour charnel. (…)

DÉSIR : Desiderare ! La langue augurale dérive du mot astre (sidus, sideris) pour dire désirer. Qu’on regrette ou non son absence, on ne désire jamais qu’un astre. Le travail et ses multiples perversions ne sont d’ailleurs qu’une forme dégradée du désir. Du corps de l’insecte, de son appétence déviée, est née un jour la fourmilière avec toutes ses fonctions asexuées. Le désir cache une sorte de dieu ; il est l’espace vital, le fond libre de l’instinct. On imagine mal l’intérêt que prendrait quiconque en serait privé – au coït distrait, à la prédation, à l’or, au retrait même !(…)

ORGASME : Du grec orgasmos, orgân, avoir le sang en mouvement. Ce n’est rien qu’un tic de souris qui se croisent, un constat répété d’incontinence, à peine une épilepsie locale, une crise de promiscuité minuscule et fugace. Ceux qui parlent de petite mort n’ont jamais risqué leur vie. Soma, breuvages mystiques et orgies sacrées ne mettent que les reins en mouvement. Le seul orgasme qui fasse exécuter un tour complet n’a guère de postérité. On ne jouit pas deux fois de la vérité.

ROSE : Gustav Theodor Kechner étudia avec tout le sérieux de la psychophysique la vie mentale des fleurs, la vulnérabilité aux maladies des roses placées en condition de stress. Un stress de rose n’est-il pas déjà un état d’âme?

extraits de L’Univers de Hubert Haddad

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