Écrivains à New York

Un documentaire de 52′ diffusé sur Arte

« Jonathan Franzen, Jonathan Safran Foer, Nicole Krauss, Rick Moody, Marisha Pessl... Qui sont ces jeunes auteurs – en terme de date de parution plus que d’âge – qui renouvellent aujourd’hui la littérature américaine ? Pour le savoir, Nelly Kaprièlian, critique littéraire aux Inrockuptibles, s’est rendue à New York, en compagnie du réalisateur Sylvain Bergère. Car c’est ici, dans « la cocotte-minute de la culture américaine », selon les termes de l’écrivain Rick Moody, que les nouvelles générations puisent et vivent leur inspiration. À l’instar de leurs aînés Bret Easton Ellis et Jay McInerney qui, dans les années 80, ont révolutionné le roman par leur style satirique, parlé et obscur, voire dopé aux drogues. Mais comme le souligne Jay McInerney, premier invité de cette jouissive balade littéraire, si New York est toujours aussi fertile en invention, la ville a profondément changé, et ses écrivains avec. »

A voir ici: http://video.google.com/videoplay?docid=-1137366214128765497

Ou ici: http://videos.arte.tv/fr/videos/romans_made_in_new_york-4032996.html

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Southside story à Chicago, par Denis Billamboz

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Southside story à Chicago

La lecture réserve parfois bien des surprises et peut aussi provoquer des coïncidences étonnantes, ainsi après avoir lu « Un enfant de ce pays » de Richard Wright, j’ai, peu de temps après, lu « Mama Black Widow » d’Iceberg Slim, deux écrivains que je ne connaissais pas du tout avant d’avoir rencontré leur livre respectif dans les rayons d’une bibliothèque ou d’une foire aux livres. Les deux histoires racontées dans ces deux romans se déroulent à peu près dans le même quartier et parfois même dans les mêmes rues des quartiers noirs de Chicago, le Southside, du côté de la trentième rue. A la lecture, on a même parfois l’impression que les deux héros vont se croiser et partager un verre dans un des bars miteux qu’ils fréquentent. De plus, ces deux livres évoquent le même problème, la place des noirs dans la société américaine de l’entre deux guerres et le traitement qui leur est réservé. La différence vient essentiellement de l’angle de perception des deux écrivains, Wright écrit plutôt un long plaidoyer pour expliquer comment un jeune noir est devenu assassin sans le vouloir, alors que Slim se concentre plus sur la mise en scène de la vie des noirs dans ces quartiers de misère pour témoigner sans nécessairement plaider.

Une belle surprise, une coïncidence heureuse et deux lectures que je vous souhaite, un jour, de mettre bout à bout, surtout pour ceux qui s’intéressent à la question noire en Amérique avant la dernière guerre.

 

51MGD137DQL._SL500_AA300_.jpgUn enfant de ce pays

Richard Wright (1908 – 1960)

Publié huit ans avant « Pleure, ô mon pays bien aimé », ce livre pourrait-être, lui aussi, un grand roman sur la négritude. Mais, à mon avis, c’est avant tout, et surtout, une très longue dissertation sur la condition des noirs aux USA dans les années trente.

En s’appuyant sur un fait divers réel, Wright construit une histoire qui pourrait être l’argument d’un opéra ou la trame d’une tragédie grecque, une histoire relativement simple et banale qui lui sert à démonter la mécanique de la ségrégation raciale et de l’exploitation des noirs aux Etats-Unis jusqu’à l’abolition de la séparation des races, pour ce qui concerne les apparences au moins.

Bigger Thomas, jeune noir semblable à la plupart des jeunes noirs qui rodent dans le SouthSide de Chicago pour occuper un temps qu’ils ont bien du mal à meubler sans laisser exploser la violence qu’ils accumulent quotidiennement, décide d’accepter un job de chauffeur dans une richissime famille blanche pour aider sa mère, son frère et sa sœur avec lesquels il vit dans une seule pièce infestée de rats. Cette famille cherche à aider des jeunes noirs pour leur donner une autre chance dans la vie et peut-être, aussi, pour se donner un brin de bonne conscience. Leur fille unique, jolie, adulée et idéaliste, fréquente les communistes en espérant pouvoir agir contre cette ségrégation qu’elle ne comprend pas et ne tolère pas plus.

Le premier jour où Bigger travaille à la maison, elle lui demande de l’emmener sur le campus à l’occasion d’une manifestation culturelle mais, en fait, la jeune fille veut retrouver son petit ami communiste et profiter de la présence du jeune noir pour découvrir le quartier où il habite car elle n’a jamais mis les pieds dans un ghetto noir. Après une soirée bien arrosée en compagnie de son petit ami et son chauffeur la jeune fille regagne la maison familiale mais, sous l’effet de l’alcool, ne peut pas rejoindre sa chambre par ses propres moyens. Le chauffeur la porte donc jusqu’à son lit pour ne pas alerter les parents qui ne sont pas au courant des escapades de leur progéniture. Et, c’est à ce moment que le grain de sable qui transforme une banale escapade en tragédie, se glisse dans les rouages de la machine. Surpris par l’intrusion de la mère aveugle dans la chambre, le jeune noir empêche la fille de parler avec un oreiller pour ne pas qu’elle avertisse sa mère car un noir dans la chambre d’une blanche, à la fin des années trente à Chicago, ça fait très désordre et ça peut conduire jusques sur le fauteuil électrique. Mais le fameux grain de sable grippe bien la machine et Bigger étouffe la jeune fille.

La tragédie entre alors de plain pied dans la vie du jeune noir qui improvise les pires scénarios pour échapper à la suspicion, à la police, etc… mais le problème de Wright n’est pas de raconter les aléas de cette histoire, même s’il le fait bien, son objectif est plutôt de nous expliquer pourquoi cette tragédie a pu se nouer, comment ce jeune homme n’est en fait que le produit des méthodes utilisées par les blancs pour contenir les noirs dans un espace réduit et les soumettre à la spéculation locative, pour leur interdire l’accès à une réelle instruction, pour les faire travailler pour une poignée de menues monnaies qu’ils consommeront dans les magasins qui leur sont réservés et qui ne vendent que des produits médiocres. Bref, une longue dissection à la précision chirurgicale pour expliquer que la ségrégation ne peut accoucher que de tels individus et que de tels événements sont inéluctables dans de telles conditions.

Un réquisitoire implacable contre toute forme de ségrégation sociale qui ne concerne hélas pas que les Noirs aux Etats-Unis mais aussi les Juifs en Allemagne, à cette époque, et les pauvres en Russie, avant la révolution. Ce réquisitoire est sans faille, mais il faut le lire avec une certaine prudence et ne pas l’adopter sans connaissance de tous les éléments qui ont présidé à l’élaboration de ce livre. Il faut notamment bien comprendre que Wright a passé son argumentaire au sas du léninisme et qu’il faut en tirer les conclusions qui s’imposent. Ceci simplement pour dire que les arguments avancés par Wright, s’ils sont parfaitement crédibles et justifiés, ne sont pas forcément exhaustifs et que la haine qui est l’un des principaux moteurs de cette tragédie, n’est pas née de ce côté de l’Atlantique mais qu’elle était déjà bien ancrée dans les gènes des esclaves avant qu’ils quittent l’Afrique. Ibrahima Ly l’explique tellement bien dans « Les noctuelles vivent de larmes ». L’histoire s’accommode mal des schémas préfabriqués.

Cette dissertation, même si elle est un peu technique, parfois, clinique, souvent, et sociologique, toujours, n’en comporte pas moins une forte dose d’émotion car Wright a fait le choix de mettre le lecteur dans la peau de celui qui pourrait être considéré comme le méchant en rapportant les faits tels qu’ils sont vus par celui-ci sans rien ajouter d’autre ou juste ce qui est nécessaire à la bonne compréhension de l’histoire. Le lecteur devient ainsi le principal protagoniste de l’intrigue et vit au rythme de celui-ci partageant ses états d’âme et sentiments qui sont fort complexes, la haine y occupe la place principale et nourrit un fort désir de vengeance mais n’exclut pas cependant  un filet  d’humanité et quelques élans de tendresse.

Et Wright nous laisse avec le problème entier, le blanc, même s’il est le mieux intentionné, ne comprendra jamais le noir, « … je suis un blanc et ce serait trop te demander de ne pas me haïr, alors que tous les blancs que tu vois te haïssent, toi. » Et, le noir ne pourra jamais fréquenter les blancs sans ressentir un profond sentiment de honte et de haine. « … Elle était belle, gracile, avec quelque chose dans les yeux qui lui faisait penser qu’elle n’avait pas pour lui les sentiments de haine des autres blancs. Mais, malgré tout elle était blanche et il la détestait. » Ce livre ne comporte aucune solution possible, que des constats à méditer et des pistes quelque peu prémonitoires :

– « Il avait l’impression qu’un jour un noir ferait l’union du peuple noir et que ce jour-là ils agiraient mettant un terme à la peur et à la honte. » Et, un jour l’Amérique élut un président noir !

– « Qui sait si quelque choc léger, rompant l’équilibre délicat entre l’ordre social et les aspirations déchaînées ne causera pas l’écroulement de nos gratte-ciel ? »

 

41rorEks9FL._SL500_AA300_.jpgMama Bkack Widow

Iceberg Slim (1918 – 1992)

Iceberg Slim, célèbre proxénète des quartiers noirs de Chicago qui a évité de se fondre dans la foule des truands déchus en écrivant sa biographie en prison, raconte, ici, la vie d’un travesti noir dans le ghetto de cette même ville depuis les années trente jusqu’à la fin des sixties. Hasard des lectures choisies par impulsion, j’ai lu ce livre juste après « Un enfant de ce pays » de Richard Wright qui situe son action dans les mêmes quartiers à la fin des années trente. Otis Tilson, notre travesti, aurait donc pu rencontrer Bigger Thomas dans le Southside, vers la trentième rue, mais ceci n’est que de la fiction.

Otis est arrivé à Chicago vers le milieu des années trente quand sa famille a quitté une plantation du Mississipi pour le nord où elle espérait trouver de meilleures conditions de vie mais où elle ne rencontra que la haine, la misère, la ségrégation, la répression et la violence sous toutes ses formes. Le père, véritable homme de la terre, n’a jamais pu s’adapter à la vie du ghetto et a peu à peu sombré dans l’alcoolisme, la mère, attirée par les paillettes, a, elle, su résister mais à quel prix. Véritable « veuve noire », elle a détruit tout ce qui l’entoure pour garder la tête haute et sortir de sa condition. « Comment, avec quelle grande sagesse et avec quel amour, elle a guidé ses enfants et leur Papa sur le chemin de la tombe. » Otis, victime des attentions sexuelles d’un diacre éprouve de plus en plus d’attirance pour les beaux garçons malgré sa mère qui veut le protéger mais l’étouffe et l’empêche de gagner son indépendance et sa liberté.

Ce livre est avant tout l’histoire d’une famille du sud rural égarée dans un ghetto urbain où il n’y a pas de travail mais beaucoup de misère, assez d’alcool frelaté, pas mal de drogue et tous les trafics imaginables pour survivre et s’offrir ces plaisirs éphémères sans compter la prostitution qui, sous la soie et le satin, cache de bien grandes souffrances. Un monde fragile où la faim tenaille les estomacs, où l’instruction est trop chère pour les pauvres noirs, où la haine devient une raison de vivre et un rempart contre l’autodestruction. La haine qui est le seul lien qui réunit les deux communautés, « et la triste vérité était que les parents de Frederick haïssaient les noirs tout autant que Mama détestait les blancs. »

Là où Wright a tenté de nous expliquer pourquoi la ségrégation était une des tares de notre époque, Slim se contente d’exposer les faits et de faire vivre ses personnages. Mais quels personnages, Otis le travesti, bien sûr, tenaillé entre son cœur qui le porte vers les jolies filles qui le courtisent et sa chair qui réclame les sensations procurées par les beaux mâles. Un dilemme bien difficile à vivre et qu’il ne surmontera peut-être jamais. Mais, le personnage principal est tout de même le personnage éponyme du roman, Mama, qui veut échapper à sa condition de noire, « … ce qu’on lisait dans ses yeux c’était une haine glaciale, la blessure de sa négritude qui lui empoisonnait l’âme », pour atteindre la fortune et la respectabilité que seuls les blancs obtiennent, quel qu’en soit le prix. Personnage complexe oscillant entre l’amour et la haine, la dignité et la veulerie, mais privilégiant toujours la possession des êtres et des biens.

Un sujet somme toute assez banal et largement exploré mais rarement avec une telle véracité, un tel réalisme et malgré tout une grande sensibilité. Le récit dévoile souvent la réalité la plus sordide, parfois l’horreur la plus cruelle, mais soulève aussi l’émotion la plus pathétique, la tendresse, l’amour malgré cette haine tenace qui imprègne tout le ghetto. La seule petite lumière qui sourd dans cette noirceur vient de Berlin quand Jesse Owens écrase les blancs et quand Martin Luther King se dresse pour lancer son message de paix et de respect entre tous les hommes.

Mais, voilà, l’espoir n’était pas pour Otis, « … il était noir dans un monde haineux de blancs où un noir est comme un balai de chiotte. » et de plus « … un pédé, et pour les pédés il n’y a pas de lendemain, juste aujourd’hui. »

Denis Billamboz

 

Paul Louka (1936-2011)

Ce n’est pas la faute aux poètes (1975)

Car les poètes, pareils au bois qu’on fait les croix,
S’en vont tous enrhumés.
Et les poètes jamais n’iront au Panthéon
Des saintes renommées.

Ils n’iront pas au paradis,
Pas en enfer, pas à Paris.
Si leur chanson est éphémère,
Ce n’est pas la faute aux rivières.


Ma guitare n’est plus espagnole (1976)

Ma guitare n’est plus espagnole,
Elle n’ira plus se faire bronzer.
Et merde à la Costa del Sol
Où les poètes sont étrangers !
Si ma guitare est enrhumée,
Je prendrai mon harmonica
Pour mieux jurer fidélité
à Garcia Lorca.

Mi pais esta triste
Todo muere incluso la libertad
Mi pais esta triste
Madre, viva la libertad

Linda (1975)

Le cœur sans armure,
Par-dessus le mur
Du jardin,
Je la regardais
Venir à moi dès
Le matin.

Elle s’appelait Linda.
Elle avait, oui da,
De beaux seins.
Le feu dans le corps,
Moi, j’étais encore
Un gamin.

De septembre en mai,
Nous suivions le même
chemin
Jusqu’à son lycée
Où notre odyssée
Prenait fin.

Seul et sans discours,
J’allais à mon cours
De dessin.
J’y buvais dans l’art
Toutes les couleurs
Du chagrin.


NON au littérairement correct! d’Éric Dejaeger

 

4058387335.jpgIrréflexions & listes potachères

À propos des aphorismes (de Jean-Philippe Querton), Éric Dejaeger écrit justement: « Tout comme il existe différents types de romans, on trouve aussi toute une série de types d’aphorismes. » Et, dans le même ordre d’idée, on peut dire qu’un auteur d’aphorismes a aussi ses thèmes de prédilection, et, en l’occurrence, puisque ceux-ci se classent dans la catégorie des « humoristiques calembouresques mordants » qu’aime l’auteur, ses têtes de turc.

Il s’agit des intouchables, de ceux sur lesquels on ne peut rien dire, ou qui font en sorte de présenter d’eux une image lisse, conforme. Et aujourd’hui comme hier, ce sont les mêmes : les Eglises, la famille royale, les politiciens de tous bords… Cercle qu’Éric a élargi à d’autres domaines: l’anorexie, la Star ac’, l’enseignement, les poètes… Sans omettre de préciser par ailleurs qu’il « adore écrire au subjectif imparfait ».

« Même si un politicien se lave tous les jours, il se mouille rarement. »

« Renaissance : mettre l’homme, et non le poète, au centre du poème. »

« Il n’y a qu’un illettré pour accepter de devenir une bombe. »

« Aux Seychelles, l’écrivain connaît l’angoisse de la plage blanche. »

Pour écrire cela, on devine que Dejaeger ne lâche jamais de vue la langue, ne lui permet aucun écart ou plutôt qu’il s’autorise des écarts avec le langage tel qu’il se pratique communément (le « littérairement correct » du titre) par le jeu des calembours, des contrepèteries… mais pas seulement. En travaillant (avec, sur) ses obsessions, il met au jour les travers et faux-semblants du monde. Comme ici, sur le mode de « guerre et pets », et en les reliant au mot précédent, il met en relation deux adjectifs qui ne s’étaient jamais rencontrés sur ce terrain…

« Quelle est la différence entre une guerre intestine et une guerre coloniale ? »

Dans cet autre aphorisme, on n’est pas loin du même processus. 

« Ne pissez plus n’importe où ! Faites-le contre l’église de chiantologie. »

Par les détours de ce mode de pensée, on navigue aussi bien en plaine poésie, comme ici:

« Maquillée beau teint de téléphone. »

« Je rêve d’écrire un opérap » 

« Ivre libre ! »

… Qu’en des contrées volontiers rocailleuses non dénuées de piquant et d’inventivité crue:

« A la naissance, j’ai reçu deux bourses littéraires. Depuis, j’écris avec mes couilles. »

Quand la langue dérape sous l’effet d’un conducteur de mots, ça donne forcément des têtes-à-queues… saisissants.

Comme les auteurs d’apophtegmes, Scutenaire en tête, Éric Dejaeger n’est pas avare de ses « irréflexions », comme il les appelle. Ce recueil en compte près de 250.

Sans compter les nombreux qui interviennent dans les « listes potachères » qui occupent les pages de gauche du présent recueil. André Stas nous met en garde dans sa préface sur les risques redoutables auxquels s’exposent les lecteurs de ces listes, pour tout dire, désopilantes. Lisez la « liste d’animaux pour le moins vicieux » (éléphantasme, lamasoutra…), la « liste de livres introuvables »  (« Vacances en glaise » de Giacometti, « De l’inconvénient d’être nez » de Cyrano de Bergerac…) ou encore (parmi d’autres) la « liste de personnages malheureusement absents des aventures d’un célèbre gaulois » (Samprépus, jeune romain d’origine juive ; Sarcosix, traître gaulois…).

En résumé, le livre idéal à lire l’été sur la plage (c’est le moment) ou en hiver sur le canapé (avec maman).

Les collages sont d’Emilie Alenda, la photo de Sofia Bourdon.

Lire d’autres irréflexions sur le blog de l’auteur : http://courttoujours.hautetfort.com/

E.A.

éd. Gros Textes, 8 €

http://rionsdesoleil.chez-alice.fr/GT-Editions.htm

 

Laurent de Belgique à dîner

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img_1.jpgJeudi soir, j’ai reçu Laurent à dîner. D’abord il s’est pris les pieds dans le paillasson à l’effigie d’Albert II (un cadeau de ma mère).Une faute de goût, je le reconnais. Il ne m’en a pas tenu rigueur. Au contraire, il m’a demandé pour l’emporter. Battre régulièrement la figure royale de ses semelles, quel pied ! Il n’avait plus mangé à sa faim depuis son voyage en Lybie, m’a-t-il confié. J’avais pourtant commandé un simple couscous royal. Il en était réduit à aller piquer de la nourriture pour animaux à sa fondation les jours fériés. Pauvre Prince ! Avant son départ, je lui ai donné mon reste de monnaie. Il a fait élégamment mine d’ignorer le côté face des pièces. Sur son interdiction de défilé, il est resté muet. Sur Claire, pas un mot. Sur les affaires, motus. On a finalement parlé du tour de France, il m’a dit n’avoir aucune sympathie pour les prétendants au jaune. Avant de partir, au volant de sa Porsche Cayenne, il m’a adressé un petit signe de la main, ça m’a touché. En remontant à mon appart’, j’ai croisé Guy Gilbert qui sortait de chez ma voisine de palier stylée hip hop où il avait été invité à dîner. Sans son habituel blouson noir piqué de vieux badges, sapé comme un rappeur, il était presque méconnaissable.    

SI LONGUES SECONDES de Daniel Charneux & Salvatore Gucciardo

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haiku-174x300.jpg60 haïkus

Comme l’écrit Colette Nys-Mazure dans sa préface, il est difficile voire absurde de parler des haïkus, genre fondé sur le lâcher-prise et la non intentionnalité : « Dire qu’on ne va rien dire et malgré tout tenter de mettre en lumière la puissance du mystère. »

Dans ce recueil illustré par Salvatore Gucciardo, ce sont soixante (comme le nombre de secondes, de minutes dans l’unité supérieure) haïkus qui s’offrent à voir et à lire à raison de trois par page et par dessin, réunis suivant un thème. Il y est question de vieilles et d’enfants, de soleil et de bleu, de feu et de nuage, de neige et de marée, d’arbres et d’oiseaux, d’ombre et de lumière…

Ce qui distingue les haïkus de Daniel Charneux, outre leur « perfection » (on croirait lire des haïkus d’Issa ou de Ryokan – auquel l’auteur a consacré un roman), c’est l’attention portée aux signes de vie, l’étonnement proprement joyeux d’être en vie. Mais à pointer les faits de manière si aigüe, Charneux relève le caractère éphémère de ces petites épiphanies. Rien ne dure et il n’y a rien à déplorer. Et pourtant, à la lecture de ces fragments (sans cause ni effet, isolés du temps), comme à la vue de photos un peu datées ou au souvenir des dimanches, on ne peut s’empêcher de sentir la mort au cœur de chaque micro-événement. Ainsi que l’écrit la préfacière, Daniel Charneux « essaie de maintenir ensemble les deux extrêmes, de n’être infidèle ni à la beauté ni à la misère de l’univers. »

petit feu qui meurt

tout le long de l’allumette

le bois qui se tord

 

galet solitaire

recueilli à marée basse

son poids dans ma main

 

neige       belle étrenne

dans le bois carte postale

où fond le soleil

 

A la lecture de ces instantanés, on pense volontiers à cette phrase de Léon-Paul Fargue : « L’art ne sera que là où vous saurez percevoir, et faire apercevoir, la solidarité haineuse qui lie l’être et le vivre. » Même si ici, « haineuse », est de trop.

Les dessins saisissants de Salvatore Gucciardo, à l’encre de Chine, aux motifs d’un noir profond gravent l’instant dans la durée et font chatoyer toutes les nuances de gris alentour dans une atmosphère tantôt lourde, tantôt légère, comme s’ils pointaient le tragique, sans pathos, de toute existence.

Cet ouvrage, dans lequel on aura rarement autant ressenti la communion entre un auteur et un artiste, est dû aux éditions Audace, dirigée par Pierre Bragard, dans la collection Terre d’asile « dont le but est de donner la parole à des créateurs qui ont trouvé asile chez nous ». En l’occurrence, Salvatore Gucciardo, originaire de Sicile, qui vit en Belgique depuis l’âge de 8 ans. En signalant enfin que les bénéfices générés par la vente du recueil vont à une association de lutte contre la leucémie, on aura dit l’essentiel du commentaire. Reste à chaque lecteur à embarquer pour un voyage au quotidien, yeux et sens aux aguets, en quête de ces fleurs du temps ouvertes sur un intemporel présent…   

temps figé soudain

le surplace de l’aiguille

si longues secondes

E.A.

éd. Audace, 10 €

http://enqueteparallele.wifeo.com/editions-audace.php