Melancholia de Lars von Trier, par Géraldine Muller

Un excellent film que Melancholia de Lars Von Trier.

Melancholia est le nom de cette planète qui s’approche dangereusement de la terre. Melancholia caractérise ainsi ce dénouement apocalyptique qui est annoncé dès le début du film.

Melancholia, c’est aussi une profonde mélancolie, présente chez les deux héroïnes, Justine et Claire. La structure de ce film repose sur un dyptique: deux épisodes, le premier correspondant aux noces de Justine (et à sa dépression) et le second,  à l’impuissance de Claire devant la chronique d’une fin annoncée -dyptique sous-tendu donc par la confrontation de deux « planètes » intérieures, celle de chaque soeur.

Dans l’épisode correspondant au mariage de Justine, la vanité des hommes est à mon sens très bien décrite: quête de pouvoir, d’argent, domination, difficultés des relations humaines… Mais on sent que tout cela va disparaître comme un feu de paille car les choses changent, insidieusement: on ne voit plus certaines étoiles dans le ciel; la nuit est  singulièrement bleue comme cette planète Melancholia qui est désormais aussi visible dans le ciel que la lune.

Les paroles et les rires sonnent faux… Tout n’est que masque social durant ce mariage et en une seule soirée, la promesse de bonheur est consommée. Justine perd tout, son mari et sa carrière de directrice artistique qu’elle avait conquise en épousant Michaël.

Le caractère dépressif de Justine s’accentue, non pas parce qu’elle perd l’apparence sociale du bonheur (d’une certaine manière, il s’agit pour elle d’une délivrance), mais parce qu’elle éprouve la nostalgie d’un bonheur, d’un paradis qu’elle ne peut trouver justement sur la terre. Comme elle dit à son mari, juste avant la nuit de noces qui n’aura pas lieu, « j’ai besoin d’un moment »: un moment pour faire un tour dans le jardin, s’agenouiller dans l’herbe, regarder le ciel, rencontrer quelqu’un d’autre, un moment pour être libre, loin des conventions du couple et des relations…

Le second épisode correspond aux lendemains de la fête: de la foule des invités, on passe à des scènes intimistes où le quotidien se vit entre Justine et Claire, le mari et le fils de cette dernière.

La planète Melancholia s’approche de plus en plus de la terre. Au début, on ne veut pas y croire; on essaie de se convaincre au téléscope qu’elle s’éloigne.

Mais il faut bien s’y résoudre: les chevaux hennissent, les insectes s’affolent dans l’herbe, les feuillages s’agitent, il tombe des gouttes de neige et de pluie par grand soleil.

Et pourtant, les choses les plus simples du quotidien, demeurent, elles, imperturbables: les fauteuils, la nappe du petit-déjeuner, les tranches de pain blond, les fruits dans la corbeille attendent sur la terrasse… Claire veut vivre comme si tout était normal; prolonger le désir de vivre, jusqu’au bout.  Mais lorqu’elle est confrontée à la cruelle réalité et qu’à nouveau le voile des illusions tombe, elle qui semblait si forte et si « normale » (par rapport à sa soeur) est à son tour traversée par l’angoisse du Néant et de la Solitude. La mélancolie de Claire consistera à vouloir éloigner encore un peu la Mort en buvant un verre de vin rouge sur la terrasse et en écoutant la 9ème Symphonie de Beethoven, avec les siens.

En revanche, sa soeur Justine n’éprouve plus aucune crainte lorsque la planète bleue est sur le point de heurter la terre car elle a expérimenté, avec sa lucidité de mortelle, toute la solitude et la fragilité de la condition humaine. Elle contemple ce jour nouveau, devenu bleu avant l’ultime obscurité… Elle écoute le silence… Et elle aide son neveu à construire la cabane magique qui le protègera de toute peur…

Ce film peut sembler très pessimiste; il l’est, mais il est aussi optimiste car profondément humaniste: cette tragédie de la disparition, qui concerne le Vivant, est vécue de manière intime. Elle nous enseigne comment regarder le Destin, et quelle attitude -la plus sage pour nous- il nous convient d’adopter quand des événements ne dépendant pas de notre volonté surviennent.  Préparer son petit déjeuner le matin même de la collision entre la Terre et Mélancholia, puis fuir au village pour parler à d’autres tout aussi impuissants du funèbre phénomène, ou s’allonger parmi les fougères, les fleurs d’eau et se laisser bercer par ce qui est, dans l’instant?  Laisser venir le Destin et composer un cercle humain d’acceptation dans la cabane magique.

Un très beau film, donc sur le plan à la fois esthétique et mystique.

Géraldine Muller

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