Revu « Bubu » de Mauro Bolognini, par Philippe Leuckx

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images?q=tbn:ANd9GcTPUGMTtdmT1AfCMdiujNyLGpJoGzfD2xv4bGSFjITr2kdYtXOn9AFilm de 1970/1971, jamais distribué en France, tiré d’un roman de Charles-Louis Philippe, « Bubu de Montparnasse », librement adapté et transposé de Paris à une ville qui combine des décors réels de Turin, Rome, Milan, « Bubu » est l’une des oeuvres charnières de la deuxième grande époque créatrice de l’auteur qui va de 1969 à 1976, période durant laquelle il multiplia les grandes oeuvres : de « Metello » 1970 à « L’Héritage » 1976. D’un prix de Cannes à un autre prix de Cannes, pour deux de ses interprètes : Ottavio Piccolo et Dominique Sanda. En passant par « Un merveilleux automne », « Per le antiche scale », « La grande bourgeoise », « Libera mio amore ».

Dans sa première phase créatrice, Bolognini avait entre autres adapté des oeuvres de  Brancati, Moravia,  Svevo et Pasolini (auteur de plusieurs scénari) : « Les garçons », « ça s’est passé à Rome », « La viaccia », « Le bel Antonio », « Senilità », « La corruption », « Agostino »…

« Bubu » relate le parcours hyperréaliste de trois personnages dans une ville populeuse : Berta, blanchisseuse, Gino, boulanger qui deviendra maquereau et pousse sa femme à embrasser la condition de prostituée, un étudiant enfin qui tombe amoureux de Berta…Piero va tout faire pour l’extirper de ce milieu vénal. Gino Martone vole, violente Berta, se retrouve en prison…

De la scène liminaire – scène à la blanchisserie, séquence fabuleuse de justesse descriptive -,  à la fin, aux bords de la rivière, on suit de très près les protagonistes englués dans la misère, dans la crasse de taudis aux murs écaillés, dans le rejet systématique des prostituées syphillitiques, qu’on soigne en hôpital avec le mercure.

Le travail de mise en scène de Mauro Bolognini tire ses atouts d’une attention extrême aux costumes plus vrais que nature, aux décors réels ou reconstitués avec les palissades, les murs jaunes et sales…

Les couleurs rendent hommage aux toiles impressionnistes et la virée à la guinguette relaie cette atmosphère de fête juste avant la tragédie…

L’interprétation d’Ottavia Piccolo (rôle de Berta) et de Massimo Ranieri (l’étudiant), vibrante, sensible, ajoute aux qualités plastiques de l’ensemble.

Bolognini soigne ses cadrages comme de vrais tableaux et l’on ne peut oublier toutes les séquences qui mettent en valeur le dénuement de l’héroïne malade. Un naturalisme zolien anime ces scènes ainsi que celles où les prostituées cherchent le client, grimées comme au carnaval. Ce qui annonce le travail sur les masques dans « Per le antiche scale » et « L’héritage »…

L’art de Bolognini – oeil d’architecte et coeur sensible – magnifie la plastique des couleurs, des robes, des visages et des corps. La crudité des dialogues, le prosaïsme de certains personnages attisent la noirceur du constat : il ne faisait pas bon vivre dans ces miasmes de quartier, entre les assommoirs et la rue, et ces escaliers de désolation.

Au tout début du film, le spectateur est anéanti par la vision tournoyante d’un immeuble à galeries, laid à souhait, qui décrit mieux qu’un chapitre entier, les dérisoires logements populaires, un ancêtre d’achélème.

Fabuleuse réussite sociale, psychologique, « Bubu » est sans doute l’un des fleurons de l’art d’un cinéaste qu’il faut placer aux côtés de De Sica, Antonioni,Comencini,  Scola, Amelio, Pasolini, comme l’un des meilleurs imagiers (au sens le plus noble) et l’un des meilleurs moralistes d’un cinéma doué autant pour la critique sociale que pour l’émotion.

NB Si vous souhaitez en savoir plus sur l’auteur, lisez l’entretien de Jean Gilli avec Mauro Bolognini, repris dans le volume 10/18 « Le cinéma italien », n°1278, 1978, pp.78-118. En outre, une belle étude de Bruno Duval (dans La revue du cinéma – Image et Son n°317 de mai 1977) montre l’importance esthétique de l’auteur et son travail plastique

Philippe Leuckx

 

Le film complet (en V.O.)

http://www.youtube.com/watch?v=QumeusNwlMU&feature=results_video&playnext=1&list=PLA866CA27B62156BC

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