Entourloupe au Turette (un épisode de La saga Maigros)

Épisode 71 — ENTOURLOUPE AU TURETTE

 

Dans les années 1970, Charleroi comptait trois cinémas pornographiques, tous situés dans le même quartier, dans de petites rues donnant sur le boulevard Jacques Bertrand, la gloire poético-musicale carolorégienne. Bien qu’il n’eût pas encore l’âge de fréquenter ces endroits – à l’époque, il fallait en théorie avoir vingt-et-un ans pour voir ce genre de films – le jeune Maigros s’y rendait régulièrement avec parrain Prosper : l’homme avait ses entrées dans tous les endroits interlopes de la ville. C’est ainsi que dès ses quinze ans, quand il quitta la puberté, il put admirer des chefs-d’œuvre comme Chattes au vallon, La coccinelle a monté Carlos, Carmina bourre Anna, Il était une fois dans ma vulve, Les grandes vadrouilles, Les Titans niquent et bien d’autres joyeusetés pornolubriques. C’est dans ces salles obscures, fréquentées par des hommes autant que par des couples libidineux, qu’il a découvert tout une série de positions, qu’il a perfectionné ses techniques de « p’lotâche » et de « doigtâche » quand Prosper venait avec deux amies et qu’il a joué à celui qui envoyait son sperme le plus loin, finissant par battre son oncle à son propre jeu.

 

Trente ans plus tard, un seul de ces cinémas subsiste encore : Le Turette, dans la rue du même nom. Maigros y a toujours ses habitudes. Il s’y rend une ou deux fois par mois, à l’œil, seul ou flanqué de l’acolyte qui patrouille avec lui. Ce jour-là, il tourne avec Poireau.

 

— On s’frait b’en une ’tète toile, ma grosse. Ça pourrait t’inspirer pour tes powésies…

 

— Pourquoi pas ?

 

Il se gare en double file rue Turette, juste en face du cinéma, rendant le passage fort délicat pour les autres automobilistes. Il prend la précaution d’allumer ses feux de détresse.

 

— Salut, Bèlal. Y a du monde, aujourd’hui ?

 

— Bonjour, Inspecteur. Bof, c’est pas la joie. Une dizaine de personnes.

 

— Des femmes ?

 

— J’sais pas trop, avec tout c’qui roule maint’nant !

 

— On va voir ça. Aboule ta graisse, Poireau !

 

Maigros jette un œil à « l’affiche » qui propose deux films en boucle : Bienvenue chez les chtouilles et Bitman erre aux bains. Les deux roussins pénètrent dans la salle. Le temps de laisser leurs yeux s’habituer à la pénombre, ils gagnent la rangée du haut et s’installent. Les sièges sont légèrement poisseux mais Maigros n’en a cure : il se sent un peu comme chez lui. L’odeur – ça pue le renfermé et la vieille sécrétion – ne le dérange pas non plus. Trois rangées plus bas, juste devant eux, un couple se tripatouille sans un regard pour l’écran. Lors d’une scène en extérieur jour, alors que la pénombre dans la salle est moins profonde, ils peuvent voir que la femme, qui paraît jeune, s’est dénudée jusqu’à la taille.

 

— J’parie qu’d’ici, j’peux lui envoyer ma purée su’ l’dos, souffle Maigros à Poireau.

 

— D’ac. Vingt-z-euro.

 

L’inspecteur commence à s’astiquer. Au moment où il se sent prêt, il se lève, comme au bon vieux temps avec parrain Prosper. Tel un mortier de 35 milimètres, son sexe pointe vers le dos de la femelle en chaleur. Ça va partir quand soudain la salle se trouve plongée dans l’obscurité. Quelques cris d’étonnement se font entendre. Le projecteur vient de tomber en panne. Trois secondes et les lampes s’allument. Maigros a le réflexe de se rasseoir, sabre au clair. La jeune femme se tourne vers lui, imitée par son tripoteur.

 

— Eh ! C’est Kevin Crayat, Chef ! crie Poireau. Le parricide ! Vite ! POLICE !

 

Immédiatement, Kevin est debout. Il bouscule la blondasse et fonce vers la sortie.

 

— Vite, Chef, on peut l’avoir ! reprend Poireau qui démarre à la suite du jeune homme.

 

— T’OCCUPE, POIREAU ! R’VIENS ICI ! J’peux pas cavaler à s’cul la quette à l’air. Y m’faut deux minutes avant d’pouvoir rempaqu’ter. En attendant – Bougez pas, Madame ! Police ! – va examiner l’dos d’cette pétasse : ma bite à couper qu’tu m’dois vingt-z-euros !

Épisode extrait de LA SAGA MAIGROS (Cactus Inébranlable éditions)

Éric Dejaeger

 

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Polar & co, rue de la Coupe 36 à Mons (Belgique)

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Le blog d’Éric Dejaeger:

http://courttoujours.hautetfort.com/

 

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