1911, par Philippe Leuckx: « Se souvient-on des prix d’il y a juste cent ans? »

Monsieur-Des-Lourdines-Monsieur-Des-Lourdines-Livre-ancien-697781184_ML.jpgSe souviendra-t-on, en 2111,  des prix littéraires d’automne, décernés en 2011?

Se souvient-on des prix d’il y a juste cent ans?

Et que se passait-il cette année-là en littérature française?

Ne sont pas encore décernés le Prix du roman de l’Académie française (il faudra attendre 1915) ni le Renaudot (1926) ni l’Interallié (1930) ni le Médicis (1958).

Pour l’heure, deux seuls prix : le Fémina attribué à Louis de Robert pour « Le roman du malade » et le Goncourt (depuis 1903) à Alphonse de Châteaubriant pour « Monsieur des Lourdines ».

Quels sont les « grands » écrivains du temps? Les quatre B : Barrès, Bazin, Bordeaux, Bourget.Ajoutez-y Pierre Loti, Anatole France…Les « grands critiques » se nomment Lemaitre, Faguet, Doumic, Lanson et leurs avis sont péremptoires et suivis par les bonnes opinions.

Proust n’a publié que deux livres (Les Plaisirs et les jours/ Pastiches et Mélanges) et la Recherche, entamée dès 1909 (le « ça prend » selon Roland Barthes), est loin d’être publiée…(il faudra patienter jusqu’en 1913 pour voir édité le premier tome – Du côté de chez Swann).

Claudel, Paul, est en poste diplomatique à Frankfort. Gide, Rivière mettent au point la NRF.

On joue Feydeau. Les lectrices font leurs délices de GYP, pseudonyme d’une marquise, ou des romans de Paul Adam – disons pour simplifier les Levy et Nothomb de ce temps-là! Et l’index pointe les oeuvres à ne pas mettre entre toutes les mains, celles à proscrire etc. Zola est à l’index, même Daudet, pas Léon, Alphonse, pour certains romans jugés « lestes »!

Des talents qui vont illuminer la littérature des années 20/30/40, on ne sait quasi rien : Apollinaire, Max Jacob, Mauriac, Jarry, Colette, Carco, Proust, Larbaud, Fargue….Cette année-là, naissait le 13 février MONSIEUR ANDRE HARDELLET. Aragon avait quatorze ans et Arland douze. Cocteau 22.

On était à mille lieues de ces noms et de leurs préoccupations… Les mondaines se rendaient aux cours de Monsieur Bergson ou dans l’un des salons du faubourg Saint-Germain (chez Madame Lemaire, chez l’une ou l’autre « Verdurin » de service bourgeois ou aristocratique…)…Proust, en observateur insigne des modes et des usages langagiers, puisera à pleines louches dans ses fréquentations mondaines (dès la fin du XIXe chez Madame de Caillavet ou autre princesse de Caraman-Chimay, quand ce n’est pas chez la princesse Mathilde Bonaparte).

La question de la postérité est souvent sévère. De cette époque d’avant-Proust, d’avant-Gide, d’avant-Apollinaire, ne subsiste peut-être qu’un nom, celui d’un mémorialiste qui mettra presque quarante ans à se faire connaître (grâce à la radio et à Robert Mallet, lors d’entretiens en 1950!) : Paul Léautaud (1872-1956), qui consigna, 63 années durant (de 1893, début de son JOURNAL LITTERAIRE, jusqu’en 1956), les faits et gestes, les humeurs du temps, les fausses gloires, les antres de la littérature, les salles de rédaction des revues et éditions (le fameux « Mercure de France » dont il fut pendant près de trente ans secrétaire)…

Allez, deux ou trois : si l’on pense à Henri de Régnier, poète, reçu cette année-là à l’Académie française par un comte de Mun déchaîné et violent à son égard…si l’on pense à Francis Jammes, poète converti quelques années plus tôt.

Lit-on même encore Barrès? Vous allez me dire : on continue à jouer du Feydeau…

Quant aux autres – et je ne parle même pas de noms complètement passés à la trappe : les deux prix précités),

Adam, Gyp, René Bazin, Bourget…?!

ATTENDEZ : 1911? IL Y A UN AUTRE NOM, UN PRIX NOBEL : MAETERLINCK!

En 2111 : quels noms de la littérature francophone de 2011 conservera-t-on?

A vos pronostics! A votre préscience critique!

Philippe Leuckx

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3 commentaires sur “1911, par Philippe Leuckx: « Se souvient-on des prix d’il y a juste cent ans? »

  1. Je n’ai lu moi aussi que très peu de prix Goncourt, quelques uns seulement, et des anciens. D’abord parce que je n’aime pas lire ce qu’on veut nous faire lire et ensuite parce que je préfère les talents confirmés par l’histoire, pas par les ventes, même, comme dit Philippe, s’ils ne sont pas beaucoup lus. Je suis assez satisfait de constater que parmi les auteurs qu’il cite, j’en ai lus un certain nombre tout de même.
    Je voudrais signaler au passage, concernant le tout début des vingt, un livre du poète américain Ezra Pound, « Lettres de Paris » qui regroupe les chronique que celui-ci envoyait à son journal quand il était à Paris. Une mine de renseignements intéressants sur la culture française, notamment la littérature, à cette époque.

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