Le vieillissement

Grâce à un logiciel de retouche d’image, il vieillit sa face de dix, de vingt, de trente ans… Quand il atteignit l’âge de quatre-vingts ans, un bug survint. Impossible de visualiser ses traits d’octogénaire. Comprenant qu’il avait cerné l’âge de sa mort, il fit une crise cardiaque et mourut à l’instant avec son visage de vingt ans. 

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Le trajet

Pendant son trajet, il croisa des véhicules avec au volant successivement sa femme, un voisin, un collègue, son père, sa mère, son premier employeur, son directeur de thèse, un professeur du lycée, sa grand-mère, un ami d’enfance, son institutrice d’école gardienne, sa nounou, Léopold III… Quand au bout d’une heure et demie de route, il croisa Napoléon, il comprit qu’il avait s’était trompé de taxi et n’était pas monté dans celui pour le futur. Mais il n’était plus possible à cette étape de son voyage de faire machine avant. 

Portrait d’auteurs

Cet éditeur avait un violon d’Ingres, la peinture. Il aimait à portraiturer ses auteurs, à les immobiliser longtemps devant son chevalet pour en tirer des portraits graves ou cocasses, carrément farfelus ou consternants, selon son humeur. À ceux qui osaient se plaindre de ses trop longues séances de pose, l’éditeur leur rétorquait que c’était un moment propice à la réflexion, au surgissement d’idées nouvelles. La muse assurément, leur disait-il, flottait durant ce temps au-dessus de la toile. Proust, Joyce, Kafka, Céline ne s’étaient-ils pas infligé de pareilles séances pour l’avancement de leur œuvre ? Non, bien sûr. Mais la plupart des auteurs qui ignoraient tout de l’histoire littéraire, croyant sur image leur éditeur, opinaient à l’idée d’un grand auteur portraituré pour la gloire. Beaucoup prirent ensuite plaisir à poser ici et là, chez des acteurs ou des banquiers se mêlant de la chose artistique, si bien qu’ils devinrent modèle professionnel et ne donnèrent plus aucun livre de qualité (mais en avaient-ils jamais donnés ?). Peu importe, l’éditeur finit par publier un livre de peinture, livre qui connut un succès certain et, qui, même, lança définitivement sa carrière de peintre d’auteurs. 

VU AU CINE DE MA RUE « HABEMUS PAPAM » de Nanni MORETTI


369422_1424082850_695073978_n.jpgpar Philippe Leuckx

Autant « Il Caimano » m’avait paru quelconque et finalement trop peu satirique dans le cadre du sujet donné (dénoncer Berlusconi et son régime) , autant sa dernière réalisation me fait renouer avec le cinéma de l’auteur de « La Chambredu fils ».

Le sujet tient en quelques lignes. Il faut élire un nouveau pape. Après quelques tours de scrutin blancs (et de fumée noire au-dessus des appartements), le cardinal Melvil est élu. Mais, catastrophe, au moment où il doit apparaître au balcon, la foule nombreuse surla Place Saint-Pierre entend un cri d’horreur.

Il faut dépêcher un psychanalyste (joué avec brio par le cinéaste lui-même)  pour « soigner » le nouveau Pape appelé à régner et qui ne veut pas de la nouvelle fonction…

La mise en scène cerne avec lenteur, humour, réalisme les préparatifs  du vote dans la Chapelle Sixtine, les déambulations et activités des cardinaux électeurs dans le palais, les mille et une surprises dans un Vatican plus vrai que nature.

Dans le rôle du nouveau pape, un Michel Piccoli magistral, lourd, à la diction étouffée par la dépression qui s’est emparée de lui, à peine le vote connu. Le comédien est admirable de bout en bout, il donne créance, poids et humanité à un Pontife dépassé par l’ampleur de la tâche.

Il ne faudrait pas  croire que l’oeuvre de Moretti ne joue que de la gravité, elle multiplie les scènes cocasses, légèrement satiriques, dévoile les facettes très quotidiennes de personnages souvent vus de loin, avec moult clichés. Ici, le cinéaste de la Sacherproduction a dégraissé les poncifs pour ne s’intéresser qu’au souverain, débordé…

On retrouve le talent de celui qui, jadis, tourna « La messe est finie », sur le destin d’un prêtre de la périphérie. Les couleurs, la sûreté de la mise en place des micro-événements, l’utilisation exemplaire des décors somptueux, couloirs, stucs, lambris, lourdes tentures, cours et jardins font de « Habemus papam » une réflexion vivante, concrète, philosophique sur une Cité souvent trop caricaturée. Même les Gardes Suisses participent de la vision nouvelle qu’en a le réalisateur à la voix de stentor!

Rome, la ville, en sort aussi grandie, par ses échappées, les escapades…nous n’en dirons pas plus, puisque, film et fiction faisant, « Habemus Papam » est aussi un suspense urbain!

A voir et à revoir!

P.L.


 

La vérité sur Jean-Philippe Toussaint

100px-Br%C3%A9sil-Fairelamour-2005.jpgJean-Philippe Toussaint qui sortira deux nouveaux livres en mars et aura carte100px-Pays-Bas-Fairel'amou-2004.jpg blanche au Louvre (du 8 mars au 11 juin) possède un nouveau site axé autour de sa trilogie japonaise: Faire l’amour, Fuir, La vérité sur Marie.

On y trouve divers états des textes, des plans, brouillons, revues de presse, vidéos, couvertures de ses livres traduits…

http://www.jptoussaint.com/index.html

 

J.-P. Toussaint parle de son prochain livre, L’urgence et la patience, à paraître en mars chez Minuit