VU AU CINE DE MA RUE « HABEMUS PAPAM » de Nanni MORETTI


369422_1424082850_695073978_n.jpgpar Philippe Leuckx

Autant « Il Caimano » m’avait paru quelconque et finalement trop peu satirique dans le cadre du sujet donné (dénoncer Berlusconi et son régime) , autant sa dernière réalisation me fait renouer avec le cinéma de l’auteur de « La Chambredu fils ».

Le sujet tient en quelques lignes. Il faut élire un nouveau pape. Après quelques tours de scrutin blancs (et de fumée noire au-dessus des appartements), le cardinal Melvil est élu. Mais, catastrophe, au moment où il doit apparaître au balcon, la foule nombreuse surla Place Saint-Pierre entend un cri d’horreur.

Il faut dépêcher un psychanalyste (joué avec brio par le cinéaste lui-même)  pour « soigner » le nouveau Pape appelé à régner et qui ne veut pas de la nouvelle fonction…

La mise en scène cerne avec lenteur, humour, réalisme les préparatifs  du vote dans la Chapelle Sixtine, les déambulations et activités des cardinaux électeurs dans le palais, les mille et une surprises dans un Vatican plus vrai que nature.

Dans le rôle du nouveau pape, un Michel Piccoli magistral, lourd, à la diction étouffée par la dépression qui s’est emparée de lui, à peine le vote connu. Le comédien est admirable de bout en bout, il donne créance, poids et humanité à un Pontife dépassé par l’ampleur de la tâche.

Il ne faudrait pas  croire que l’oeuvre de Moretti ne joue que de la gravité, elle multiplie les scènes cocasses, légèrement satiriques, dévoile les facettes très quotidiennes de personnages souvent vus de loin, avec moult clichés. Ici, le cinéaste de la Sacherproduction a dégraissé les poncifs pour ne s’intéresser qu’au souverain, débordé…

On retrouve le talent de celui qui, jadis, tourna « La messe est finie », sur le destin d’un prêtre de la périphérie. Les couleurs, la sûreté de la mise en place des micro-événements, l’utilisation exemplaire des décors somptueux, couloirs, stucs, lambris, lourdes tentures, cours et jardins font de « Habemus papam » une réflexion vivante, concrète, philosophique sur une Cité souvent trop caricaturée. Même les Gardes Suisses participent de la vision nouvelle qu’en a le réalisateur à la voix de stentor!

Rome, la ville, en sort aussi grandie, par ses échappées, les escapades…nous n’en dirons pas plus, puisque, film et fiction faisant, « Habemus Papam » est aussi un suspense urbain!

A voir et à revoir!

P.L.


 

3 commentaires sur “VU AU CINE DE MA RUE « HABEMUS PAPAM » de Nanni MORETTI

  1. Je suis tout à fait d’accord, car j’ai adoré ce film… qui est amusant sans être comique, touchant sans être une sotte sensiblerie… Rien de méchant non plus, il eut été si facile de l’être avec ce sujet. Un régal! Du grand Nanni Moretti….

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  2. J’ai vu ce film. Moretti ne peut renoncer à ses démons, anticléricalisme narquois et tendre, psychologie de boulevard, narcissisme aussi. Exagération aussi dans le cocasse. Piccoli que je n’avais pas vu depuis longtemps est superbe dans toute la ligne, d’une humanité sincère, avec le coeur d’un enfant. Moretti, bien sûr, essaie de lui voler la vedette en jouant les GO avec les cardinaux.
    Je retiens aussi cette merveilleuse chanson de Mercedes Sosa

    Mais à voir assurément …

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  3. Très belle chanson, en effet. Merci à toutes les deux. Et à Philippe pour sa chronique. Comme j’ai compris, on n’a pas affaire à de l’anticléricalisme pur et dur. Le défilé de mode au Vatican dans Fellini Roma était autrement plus grinçant… J’ai bien envie de voir le film.

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