Romans-promenades

Ce promoteur eut l’idée de transformer un parc d’attraction ordinaire en vaste terrain de lecture, en parcours promenade où chaque station du périple racontait dans un décor approprié le chapitre d’un livre.

Il y avait le parcours Montagne magique, le parcours Odyssée, le parcours Voyage au bout de la nuit, le parcours Recherche du temps perdu… Les lecteurs du Château croisaient les lecteurs d’Absalon Absalon, silencieusement, comme des dormeurs poussant un songe.

Pour les grands romans, une semaine était nécessaire. Mais avec la mise sur le devant de la scène de nouveaux auteurs à succès, le promoteur dut faire place aux romans des auteurs de best-sellers et c’est à ce moment-là que le tableau s’assombrit. Les lecteurs du Quatuor d’Alexandrie ou Guerre et paix s’en prirent aux lecteurs de Et si c’était vous ou Ensemble c’est tout et on dut baliser plus sérieusement les itinéraires afin que les files ne se croisent pas. Malgré tout, des noms d’oiseaux se perdaient par-dessus les clôtures. Pour les gens pressés, on organisa pendant le temps de midi des circuits poésie et même des courses de haies-ku.

Les grands auteurs furent momentanément abandonnés quand le parc perdit ses grands arbres et devint un désert, un immense terrain vague à perte de vue, dévasté, abandonné, où des lecteurs sans livres errent encore en fin de journée sur les traces d’une allée jadis aimée leur rappelant les pages d’écriture d’une anthologie disparue.     

 


La faute à la photo

J’ai une photo des Alpes et une photo d’aphte (comme une montagne) dans ma bouche (comme un gouffre).

J’ai une photo des Caraïbes et une photo de Johnny Depp.

J’ai une photo d’une idylle avec une Vanessa divine.

J’ai une photo de vache et une radio (avec des crachotements) des poumons du ruminant.

J’ai une photo de Dupond et Dupont (mais aussi de Maigret et Maigros), une photo des frères Bogdanov (mais aussi des Curie – elle irradie) et une photo pourrie des frères Dardenne (je hais les César).

J’ai une photo de gros chat et une photo de petite mouche (grossie dix fois).

J’ai une photo de moi (un peu mitée) et une photo de toit (avec des fuites).

J’ai une photo de cave et une photo d’imbécile (dans sa cave).

J’ai une photo de moi (un peu floutée) dans un cadre en toi et une photo de mon ego coupée à hauteur du nombril qui me fait hurler de rire (ça fait mâle).

J’ai une photo gauche et une photo droite (je ne photographie pas au centre).

J’ai une photo de glace (on voit à travers) et une photo de miroir (avec tes reflets).

J’ai une photo de bonhomme de neige dur et une photo de dame blanche qui coule (c’est dégueulasse).

J’ai une photo de tram (sur le flanc hors des rails) et une photo de bus (en grève au dépôt).

J’ai une photo d’auto. J’ai une photo d’auto. J’AI UNE PHOTO D’AUTO.

(Ai-je fait une faute en photographiant mon foutre?)

L’amoureuse

Dans la pièce aux lettres d’amour, l’amoureuse se glisse et dérange tous les mots à double consonne. Elle se couche sur les heures sans sommeil et rêve d’une fabrique d’armoires à chaussures. Sur un chat botté elle tire sans sommation et s’effondre car, du phare où on la voit se dévêtir pour dormir, nulle mer ne souffre de brise plus légère qu’un souffle quand, à l’aube d’une correspondance, le facteur dépose sur la vague une simple manière de dire. 

Jean-Louis Trintignant

46 ans après Un homme, une femme, Jean-Louis Trintignant à l’affiche d’une nouvelle Palme d’or: Amour de Michael Haneke

Jean-Louis Trintignant, un portrait du comédien filmé chez lui en Provence par son ami de 50 ans, Serge Korber (France 2012, 76 min). Avec les interventions de Marin Karmitz, Michael Haneke, Claude Lelouch, Costa-Gavras…

En vision sur Arte.tv:

http://videos.arte.tv/fr/videos/jean_louis_trintignant-6665736.html


Bande-annonce d’Amour 

Quelques poèmes de Boris Vian & une vidéo

Le fond de mon coeur

                                                  A moi

Je vais être sincère – une fois n’est pas coutume –

Voilà:

Je serai content quand on dira

Au téléphone – s’il y en a encore

Quand on dira

V comme Vian…

 

J’ai de la veine que mon nom ne commence pas par Q

Parce que Q comme Vian, ça me vexerait.



Qu’y a-t-il

                                                      A Jacques Prévence

Premièrement:

il y a beaucoup de mérite à épouser une femme plus jeune que soi

Il y a beaucoup de mérite à épouser une femme

Il y a beaucoup de mérite 

Sans compter les emmerdements.

Deuxièmement:

Il y a beaucoup de mérite à épouser une femme plus vieille que soi

Il y a beaucoup de mérite à épouser une femme 

Il y a beaucoup de mérite à épouser

Il y a beaucoup de mérite

Sans compter qu’il y a des emmerdements.

 

Troisièmement:

Il y a beaucoup d’emmerdements

Sans compter le mérite d’épouser une femme.

 

La vie, c’est comme une dent

La vie, c’est comme une dent

D’abord on n’y a pas pensé

On s’est contenté de mâcher

Et puis ça se gâte soudain

ça vous fait mal et on y tient

Et on la soigne et les soucis

Et pour qu’on soit vraiment guéri

Il faut vous l’arracher, la vie
 


Tout a été dit cent fois

Tout a été dit cent fois

Et beaucoup mieux que par moi

Aussi quand j’écris des vers

C’est que ça m’amuse

C’est que ça m’amuse

C’est que ça m’amuse et je vous chie au nez.

 

Je veux une vie en forme d’arête

Je veux une vie en forme d’arête

Sur une assiette bleue

Je veux une vie en forme de chose

Au fond d’un machin tout seul

Je veux une vie en forme de sable dans des mains

En forme de pain vert ou de cruche

En forme de savate molle

En forme de farifondaine

De ramoneur ou de lilas

De terre plaine de cailloux

De coiffeur sauvage ou d’édredon fou

Je veux une vie en forme de toi

Et je l’ai, mais ça ne me suffit pas encore

Je ne suis jamais content

 

Pourquoi que je vis

Pourquoi que je vis

Pourquoi que je vis

Pour la jambe jaune

D’une femme blonde

Appuyée au mur

Sous le plein soleil

Pour la voile ronde

D’un pointu du port

Pour l’ombre des stores

Le café glacé

Qu’on boit dans un tube

Pour toucher le sable

Voir le fond de l’eau

Qui devient si bleu

Qui descend si bas

Avec les poissons

Les calmes poissons

Ils paissent le fond

Volent au-dessus

Des algues cheveux

Comme zoiseaux lents

Comme zoiseaux bleus

Pourquoi que je vis

Parce que c’est joli 

 

Je voudrais pas crever (dit par Jean-Louis Trintignant) 

http://www.borisvian.org/

 

 

TROU COMMUN : L’UNIVERS AU NOIR DE DAVID BESSCHOPS

369422_1424082850_695073978_q.jpgpar Philippe LEUCKX

Noir, c’est noir. Une couverture, chez Argol, qui fait scintiller les lettres blanches du patronyme et du prénom, car pour le reste, le noir domine. Titre en rouge! Et effigie de l’auteur, comme une trace à la véronique sur un drap!(1)

De l’auteur belge, Liégeois né en 1976, quelques plaquettes à l’écriture nerveuse et originale nous avaient alerté : il y a là une voix étrange, tissée de pur langage littéraire, où les figures de style s’engendrent, constituent la seule trame du texte. Il n’y a que les mots, pourrait-on dire. Les thèmes, les tons viennent par dessus, dans un beau désordre, mais selon une logique implacable. Ainsi, avait-on pu goûter les charmes vénéneux de « Azabache »(Ed. boumboumtralala), de « Russie Passagère » (Tétras Lyre) ou encore de « Lieux Langue Folle » (Maelström, bookleg), ce dernier, par apologue, disant assez bien ce que le texte peut bien vouloir signifier pour l’auteur. La folie par dessus, et comment!

images?q=tbn:ANd9GcRoV07PjneH07EmdMRXsqJNjmPxZ5niq3WMsIsja9H9GUI12uVpLe voilà donc à la croisée des destins, puisqu’il s’agit ici d’un premier roman – après des poèmes -, étrange tissage de poésie et de noirceur, de langue crue et d’obscénités tous terrains.

Difficile de résumer ce livre, innervé en tout petits chapitres d’une page et quelque. Pourquoi? Parce que de nombreuses voix s’entrecroisent : celles des père et mère, celle des enfants, sept en tout, mais qu’il faut fouiller pour bien les identifier, car, pas de codes facilement identifiables. Besschops recrée le romanesque, le genre narratif, en lui instillant les atouts qu’il délègue au poétique. Pas de phrase naturellement claire! On est dans le trou! On voit à peine se placer le personnage qu’il laisse place à d’autres figures.

C’est un monde d’en-bas. Un trou. Une langue qui a dépecé les matières.

Quelles matières?

Une interprétation filiale, familiale, sur fond d’enfance trouée, peut donner quelques balises. Le narrateur – aussi mobile qu’une chèvre au piquet – a six ans, a des frères, a un père. Un zizi, des bandes dessinées. Il dit d’emblée : « J’aime le langage qui fait ventre ». Voilà de la littérature-calembour de bout en bout. Enfin, je me fais comprendre.

Barthes eût dit, face à ce texte-magma : « par où commencer? », comme il se posait la question pour deviner les intentions scripturales du Proust de 1909! Ici, la matière d’enfance suinte de tous côtés.

Oui, il y a des enfants, très vite « au trou des choses »…Oui, il y a une mère et ses grossesses Oui, le père et un frère « à l’enfance brindezingue ». Des hôpitaux. Des incestes.

Difficile d’y voir clair! Pourquoi, parce qu’on est en pleine langue, dans le réseau des mots, des images, dans la suie de leurs traces. Une langue très méta! Les phrases renvoient aux phrases. Les réalités naissent des figures. Et l’on n’en sort (puisqu’il faut bien sortir!) qu’avec, en l’oreille, la surprise stylistique de haut vol. Ecoutez cette langue folle de Besschops : « J’installe ma crise dans nos meubles », « Je retire les draps du lit souvent bateau », » Par le carreau je quête inlassablement un sursaut d’humanité »…

En fait d’humanité et d’humaine compréhension, on est forcément « dans le trou » : démence d’un frère, copulations multiples, comparaisons de verrats, boissons pour mâles, et j’en passe.

Le style! Voyez-vous ça! Des phrases qui se donnent un mot, deux. Qui forniquent des ellipses à n’en plus voir le bout! Qui se mangent la queue! Les narrateurs s’en donnent à foutre-joie dans cet univers déjanté, glauque, interlope, un espace d’égout, puisque le mot tombe vers la fin…

Sortir des égouts, après quoi? Après avoir appris qu’on est père, époux d’une « lionne, le père, le belge, qu’on a « serré férocement l’émoi dans l’oeuf », on peut écouter « un cochon dans (la) salle de bains ». C’est un…métaphorique. Oui, si j’ai bien lu.

Mais, il faut le dire, ces sauts de narrateur et ces sautes de style n’alignent pas forcément clarté et repères!

Les dernières pages déclinent des évidences qui nous ramèneraient bien aux premières – pour les relire de conserve – : « les mots s’arrêtent à moi » ou « J’écoute les remords suinter à ma place »…

Besschops, passé au roman comme on passe par des officines ou des chambres d’hôpital véreux, avec purges, médicaments, onguents, bouillies, pansements qui suintent, a conservé une langue folle. Voici donc le premier métaroman belge à décrypter – cet articulet vous en aura dévoilé les recoins, quant à en savoir plus, lisez et relisez ce Besschops de bazar! Ce gars-là, élevé au petit lait d’Eugène Savitzkaya – première manière, l’izoardienne, a bouffé du Choukri, débecqueté du Fassbinder, s’est trempé dans « Porcile » de PPP…Et le voilà! Un monstre! Mais ne le laissez pas traîner n’importe où! Certain(e)s ne pourraient pas…comprendre! Je parle de son livre!

Au fond « Carmen » (Le Coudrier), son premier livre, en 2006, était sage! Mais, grands dieux de la prose, où va-t-il nous mener?

Avec COTON – dans un autre registre, oh que oui!, BESSCHOPS est une grande voix de demain! Pour sûr! J’en donne mes langues aux chats que je n’ai point!

Quant à la découpe de son écriture, je ne vois qu’un exemple en littérature belge : la spécialiste du « coupé court », de l’ellipse, du langage parlé redoré du blason « Jules Renard », notre BEATRIX BECK de « La Décharge », de « Stella Corfou »…

de « La lilliputienne »…Mr Besschops, une question : avez-vous lu Madame Beck? Rien que le patronyme devrait vous aller comme un ….on…guent!

En tout cas, il a lu COUNARD (cf. « Le laitier… »)

(1) D. Besschops, Trou commun, Ed. Argol, 2010, 112 p., 18 euros.

Pour commander:

http://www.argol-editions.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=63


 

LETTRE D’UN MUSICIEN REFORMATEUR ENERVE SUR LE POINT DE RENDRE SA CARTE DE PARTI

Monsieur le Président du MMR (Mouvement Musical Réformateur),

J’ai une carte de parti et j’avoue qu’en tant que chef d’orchestre (depuis 9 ans chef d’un grand orchestre après 12 ans passés à la tête d’un orchestre de bal et 5 ans à faire l’homme-orchestre et à m’administrer moi-même en plus de mon chien qui à ses heures joue du haut-aboie), on ne voit qu’une chose : augmentation des sonotones dans le public, mauvaise qualité des cordes de violon, craquement du bois des clarinettes et réduction drastique du diamètre du pavillon (aux dimensions d’un trou de souris) des saxophones altos…

Je signale en passant que votre prédécesseur a été pendant quatre ans ministre des Fines Anches !!! Je signale encore l’augmentation des cotisations musicale de 12 à 20 % pour ceux qui n’entendent rien !!!!! Et le son du tuba qui descend toujours plus plus bas !!!!!!!!!! Je m’exclame, oui, mais restera-t-il assez de points ?!!!!!!!!!!!!!!!!!

On a certes obsevé le relèvement du taux de risques de chute sur les peaux de batterie décollées de la grosse caisse et les cordes tendues n’importe où par des violoncellistes du Front de Gauche, je reconnais là l’avancée sociale.  

Le poste qui me donne le plus de mal est le poste des percussions : augmentation de la TVA sur les cymbalums, montée des prix des lames de xylophone et poussée scandaleuse des charges sur les baguettes. Et ce, toujours avec les musiciens réformateurs au pouvoir !

Ce sont toujours les mêmes qui jouent et les autres qui se la tapotent.

Je suis musicien libéral démocrate depuis mes trois ans (avant, j’étais guitariste socialiste pop, le temps de faire toutes mes dents, et je suis né brailleur communiste comme tout le monde). Sans parler des onglets d’ukulélé qui font toujours défaut chez le vendeur d’instruments. Sans parler de l’augmentation du prix de la matière première musicale : le la(vent) à 5€ l’harmonique, et le sol(air) à 10€ !, et de la diminution du prix d’entrée dans les salles suite aux actions de grève répétées des transporteurs de son et des gardiens de l’auditorium suite à l’obligation de jouer en plein air les jours pairs du calendrier…

Régimes différents pour les chefs d’orchestre suivant qu’ils font jouer du Mozart, de l’adaptation symphonique de Moby voire l’Opéra de quat’sous.

Décès coup sur coup de grandes figures de la Musique contemporaine : Xénakis, Summer, Charden, Houston, quelques Gibb… Heureusement il nous reste Boulez, Gossip, Gaga, Stone, Farmer et 50 Cent – mais que fait-on encore aujourd’hui avec moins d’un euro ?

Je ne crois plus à Sainte Cécile depuis longtemps mais parfois je me demande si je ne vais pas remettre les pieds à l’orgue et me faire nommé chef de la Chapelle musicale Princesse Erika par Benoît Lutgen.

Faites attention, Monsieur le Président, que le mouvement de grogne ne gagne tous les domaines de l’activité musicale y compris les groupes punks revival, le DirHoopoverphonic et les musiciens du Sex Pistols Orchestra…

Je suis musical démocrate mais pas cochon joueur pour les cornets à piston de la fanfare gouvernementale, je préviens

De l’action, et la fin des notes salées, c’est ce que l’ensemble des chefs d’orchestre libéraux demandent. Si, comme je l’entends, vous voulez que la Musique et votre serviteur continuent à compter dans le décompte des bulletins de vote.

Bien musicalement à vous et à votre grande famille de mélanomes, je voulais dire de mélomanes à fleur de peau.

Eric Guitar Klaxon