Dis, petite salope, raconte-moi tout… / Olivier BAILLY

Enfer & Paradis

Ce roman est-il un drame de la jalousie quand elle devient obsessionnelle, rapport d’un dérèglement mental ou métaphore d’un monde où la femme érigée en statue de fiel, en mangeuse d’hommes, met le mâle à ses pieds, en position de n’être jamais rassasié par elle ? Même et forcément si le mâle est gros, affecté d’un féroce appétit de vivre, d’en découdre avec l’existence, avec tout ce qu’elle offre – notamment en termes de rêves via la publicité et ses modes de consommation. Inévitablement on pense au Swann de Proust, à L’Enfer de Chabrol d’après un scénario de Henri-Georges Clouzot. Mais sur fond d’un monde déboussolé, abreuvé d’idées toutes faites.

Ce gros-là, jamais nommé, ne fait pas régime, il ingère tout, plus dans la vitesse que dans la profusion. S’il s’est piqué dès l’adolescence d’une femme enfant (le prénom à lui seul, Vanessa, est tout un programme lolitesque, avec références à Gainsbourg – dans le titre et l’épigraphe – et Paradis), elle va ensuite mordre à l’hameçon, au-delà de ses espérances, donner tout d’elle, jusqu’à un enfant, mais ce ne sera pas assez, il ne voudra jamais le croire, croire en son étoile, car il est programmé pour le malheur (le bonheur est trop commun, trop partagé), d’où sa dépendance à elle comme objet transitionnel (le livre montre que la relation à ses parents n’a pas été satisfaisante), voué à disparaître. Et cette addiction est au-delà du sexuel, du textuel, et bien loin de l’amour, du moins tel qu’on nous le rabâche, idéal et altruiste, tourné vers l’autre, le bien être de l’autre…  

Sur le chemin impossible entre lui et Vanessa, il y aura une fillette qui ne pourra jamais combler l’espace pris par sa mère dans le mental de son père et qui devra dégager. Pour qu’il aille au bout de son délire, de sa propre histoire. D’où l’idée qui ressort qu’on se choisirait très tôt un scénario de vie à tourner, à dérouler et que le fou serait le réalisateur tyrannique qu’aucun aléa de tournage ne ferait dévier de son projet.

Ce qu’il sait faire de mieux, notre homme c’est vendre, des histoires pour « refiler une quelconque camelote », que ce soit par téléphone ou de vive voix, se servant de tous les éléments susceptibles de favoriser l’opération, et sans état d’âme.

Dis, petite salope…, c’est une image fixe de femme prise à l’adolescence, innocente et salope en puissance, qui phagocyte toutes les histoires, les fait proliférer tel un cancer dans un organisme qui n’a plus d’autre raison d’être. Vanessa, elle, est privée de parole, tout ce qu’elle dit est tourné en mensonge, nié dans sa vérité par le film que se fait son mari.

C’est aussi, on l’aura compris, une métaphore du romancier. Qui, sur l’objet sacré de la littérature, produit des histoires sans fin. Qui ne valent que pour son amour des mots et qui ne demandent qu’à être jugées sur leur style, sur leur façon de raconter. Si le lecteur adhère, c’est vendu-gagné.

Tout alimente la parano du gars, et cela donne lieu à des scènes tragicomiques autant qu’épouvantables, auquel s’adresse un narrateur froid, distancié qui débiterait un acte d’accusation. Le lecteur, pris à parti au même titre est happé dans la chute de l’asocial. Les faits sont relatés sans répit, tout nous est donné à lire : les produits et les marques, les opinions comme les actions des personnages, tout va vite chez cet homme pressé d’en finir. Quand tout a été dit-perdu, quand on est à la rue avec l’inconscient, sans toit, sans toi, sans tu à qui s’adresser, on peut à nouveau parier sur un chiffre, une idée fixe. Tant qu’il y a de la vie, du verbe, de la folie.

 « Qu´on soit béni ou qu´on soit maudit, on ira

Toutes les bonnes sœurs et tous les voleurs
Toutes les brebis et tous les bandits
On ira tous au paradis, même moi »

Éric Allard

cover-complete-1.jpg?fx=r_550_550















http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

Le tube du roman

images?q=tbn:ANd9GcSEKKsFCkKYMN1k-_r4hCr8anlSninhYJ4Jjel2W6VNtAYjVLPqFk-EJSlgCet auteur, disciple de Bruce Nauman et Joseph Kosuth, avait publié à compte d’électricien le premier roman en lettres de néon avec interrupteur. Son blurb: ça flashe ou ça casse! C’était nul à chier comme un tube de roman, comme de la littératube, et proprement illisible, avec les caractères qui vous tapaient dans l’œil. Seul avantage, vu la luminosité de l’oeuvre, cela permettait de lire la nuit des vieux romans encore écrits et imprimés sur papier. Puis de laisser tomber.

Rachat de la maison Jean Echenoz par le groupe Marc Lévy

images?q=tbn:ANd9GcTymvXuOZDl_Z2qSzRfdD_EmNeoLXK4vI_1iGLIagYkzV3LqJKry8xLfegOn se rappelle que le groupe Marc Lévy s’est
illustré en ce début d’année par le rachat du consortium Dostoïevski qui avait ému le monde littéraire. Dans sa lutte qui l’oppose au géant des Lettres Guillaume Musso, il s’est ensuite adjoint l’entreprise familiale Jardin & fils ainsi que l’usine en difficulté Morgan Sportès sans avoir eu à procéder à quelque restructuration que ce soit. Après sa tentative d’OPA manquée sur le groupe de luxe Modiano, il vient d’acquérir la maison Echenoz réputée pour ses produits hauts de gamme. Le groupe procédera à un réajustement de la production, une refonte des phrases avec dégagement et élagage maximum ainsi qu’un resserrement de l’intrigue des romans et un effacement pur et simple de tout signe de subtilité.

Jean Echenoz s’est expliqué sur ce qui apparaît pour certains qui ne font pas le lien entre édition et commerce comme un renoncement à ses valeurs: « Je ne pouvais plus continuer comme cela jusqu’à un improbable Nobel. J’ai des histoires à nourrir et une descendance littéraire à assurer. C’est finalement bien que ce soit Marc Lévy qui rachète ma société, j’avais appris à apprécier ces phrases toutes simples, qu’il m’arrivait de relire plusieurs fois pour comprendre comment il avait été possible de les écrire. Je suis content d’être enfin lu par le plus grand nombre et d’être bientôt adapté par ces cinéastes pour grands enfants que sont Spielste Venberg ou Buc Lesson».

Peu après ces paroles sages, on a appris que l’écrivain s’était suicidé. Il éprouvait, d’après son entourage, de gros problèmes de conscience depuis la signature du contrat de vente.


Voici, en exclusivité, la nouvelle bibliographie de feu Jean Échenoz

Si c’était à refaire, nous trois

Je m’en vais, et si c’était vrai 

Mes amis, mes amours au piano

L’équipée malaise le premier jour

Courir la prochaine fois

Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites sous le Méridien de Greenwich

Vous revoir, Cherokee

Le voleur de grandes blondes

Un an et sept jours pour l’éternité

L’étrange voyage de Ravel

Où es-tu, Lac !

Les enfants de Jérôme Liberté 

Des éclairs la première nuit

 

 

Un concert complet des Stones

ROLLING STONES A BIGGEST BANG (2006)

1. You Got Me Rocking 2. Let’s Spend The Night Together 3. She’s So Cold 4. Oh No Not You Again 5. Sway 6. Bob Wills Is Still The King 7. Streets of Love 8. Ain’t Too Proud To Beg 9. Bitch 10. Tumbling Dice 11. Learning The Game 12. Little T & A 13. Under My Thumb 14. Get Off My Cloud 15. Start Me Up 16. Honky Tonk Women 17. Sympathy For The Devil 18. Jumpin’ Jack Flash 19. (I Can’t Get No) Satisfaction 20. Brown Sugar


Les chemins de Janus de Pierre Coran

images?q=tbn:ANd9GcSjJ5YWaOpF3-gkt27lW5RqLgrH03EIy8S32DV2DTUEBUIUJIpBSVaYPgpar Philippe Leuckx

Lu avec beaucoup de plaisir le  109e livre de Pierre Coran , édité (et bien présenté et illustré) par les Ed. M.E.O. avec le concours d’Armand Simon.

L’illustration de couverture,  très belle, un noir et blanc épuré, très Gustave Moreau dans le graphisme enjôleur, propose des visages africains et des dentelles, disons songeuses.
« Les chemins de Janus ». Sortie le 2 novembre, 72 pages, 12 euros. Des poèmes sur un périple intérieur. Le père de Carl (Norac) s’y entend pour jouer de la langue poétique sans excès mais avec bonheur.
109 livres ? Oui, oui (depuis le 1er en 1959!). Une broutille (sic) de sansonnets (si je puis dire) à côté des 1000 livres de M. Butor et des 100000 pages de l’académicien Goncourt Rambaud (l’écrivain-fantôme lui en doit beaucoup!)!
9782930333526FS.gifLe poète fait siens des vocables peu courus (viatique, luminescence, diaprer, exsuder). Sinon, il « dédouane » la lune; il « gravit » les gravats; il se donne « des songes mensongers »; il « s’expurge des moiteurs » et, grand prince de la poésie, « il laissa à la traîne son hier, ses phalènes et ses indécisions » ou, sublime vers final « Je m’étais cru désert et j’étais habité » (p.63).
L’imparfait – celui de nos rêves, celui des tableaux traversés à la manière d’Alice, celui du temps jadis qu’on aime tant frôler de nos ailes de vivant, celui de nos voyages intérieurs et de nos métamorphoses…j’abrège – sonne ici comme le temps poétique idéal, arrêté dans la durée de l’image. Comme chez Hardellet, le magicien, comme chez Miguel, l’enfance est prise dans cette durée comme matière engluée de miel. Prison et liberté. Les poèmes n’en sortent jamais, je crois.

Périple, traverse, candela : soit les trois étapes sur un chemin d’écoute, de silence, d’éveil aux sens. Le poète hennuyer et du monde sait jusqu’où le poème peut tendre, l’espace que ce dernier creuse en chaque lecteur toujours assoiffé.

Comme chez Mathy, « la vie bat », la simplicité aussi libère une poésie d’accueil, accessible et prenante, où chaque regard du poète assigne à la lecture l’offrande d’un don. Cadou eût bien aimé ces « feux communs du monde » (p.52) ou « fredonner un air exhalé de l’enfance » (p.28).


Pascal Feyaerts

22282_4778587746298_393144721_n.jpg

Mes amoureuses ont parfois un visage d’encre. J’aime la grammaire compliquée de leur cœur qui se refuse à la syntaxe du futile. Et s’il m’arrive de les rencontrer, c’est que, malignes, tout comme moi elles savent que le désir est le seul sentiment qui vaille d’être écrit avec les lèvres.

(mes amoureuses, extrait de « L’amour en Lettre capitale », éd. du Coudrier)


Ses cheveux sont une estampe qu’on visite les jours de pluie. Elle se mire au vent à défaut de prétendre au soleil. On l’aime pour son grain de peau à l’arôme si sensible et ses cris qui sont si rauques quand le jouir se fait rage : plaisir ou douleur, allez savoir ?

(« L’amour en Lettre Capitale »,  Portraits à l’Encre Sympathique)


Les frontières sont là et les mots existent pour ne pas les dépasser. Un mot reste un mot. Ainsi le mot rasoir n’a jamais fait tomber aucune barbe et il est impossible de s’asseoir sur le mot chaise. Quant au mot sang, il n’est pas non plus exsangue de tout reproche. S’il ne s’était pas tant associé au mot guerre, on n’en serait pas aujourd’hui à discuter son exclusion du dictionnaire.

(Claustrophobie ou les Rues de pandémonium, Frontières, éd. de l’Acanthe)

 

Marielle Vancamp chante Pascal Feyaerts

http://pascalfeyaerts.blogspot.be/