Les chemins de Janus de Pierre Coran

images?q=tbn:ANd9GcSjJ5YWaOpF3-gkt27lW5RqLgrH03EIy8S32DV2DTUEBUIUJIpBSVaYPgpar Philippe Leuckx

Lu avec beaucoup de plaisir le  109e livre de Pierre Coran , édité (et bien présenté et illustré) par les Ed. M.E.O. avec le concours d’Armand Simon.

L’illustration de couverture,  très belle, un noir et blanc épuré, très Gustave Moreau dans le graphisme enjôleur, propose des visages africains et des dentelles, disons songeuses.
« Les chemins de Janus ». Sortie le 2 novembre, 72 pages, 12 euros. Des poèmes sur un périple intérieur. Le père de Carl (Norac) s’y entend pour jouer de la langue poétique sans excès mais avec bonheur.
109 livres ? Oui, oui (depuis le 1er en 1959!). Une broutille (sic) de sansonnets (si je puis dire) à côté des 1000 livres de M. Butor et des 100000 pages de l’académicien Goncourt Rambaud (l’écrivain-fantôme lui en doit beaucoup!)!
9782930333526FS.gifLe poète fait siens des vocables peu courus (viatique, luminescence, diaprer, exsuder). Sinon, il « dédouane » la lune; il « gravit » les gravats; il se donne « des songes mensongers »; il « s’expurge des moiteurs » et, grand prince de la poésie, « il laissa à la traîne son hier, ses phalènes et ses indécisions » ou, sublime vers final « Je m’étais cru désert et j’étais habité » (p.63).
L’imparfait – celui de nos rêves, celui des tableaux traversés à la manière d’Alice, celui du temps jadis qu’on aime tant frôler de nos ailes de vivant, celui de nos voyages intérieurs et de nos métamorphoses…j’abrège – sonne ici comme le temps poétique idéal, arrêté dans la durée de l’image. Comme chez Hardellet, le magicien, comme chez Miguel, l’enfance est prise dans cette durée comme matière engluée de miel. Prison et liberté. Les poèmes n’en sortent jamais, je crois.

Périple, traverse, candela : soit les trois étapes sur un chemin d’écoute, de silence, d’éveil aux sens. Le poète hennuyer et du monde sait jusqu’où le poème peut tendre, l’espace que ce dernier creuse en chaque lecteur toujours assoiffé.

Comme chez Mathy, « la vie bat », la simplicité aussi libère une poésie d’accueil, accessible et prenante, où chaque regard du poète assigne à la lecture l’offrande d’un don. Cadou eût bien aimé ces « feux communs du monde » (p.52) ou « fredonner un air exhalé de l’enfance » (p.28).


Publicités