Éric Piette: « Voz » ou la science noctambule


images?q=tbn:ANd9GcQPS8ivLg4Jbxj7Oahn0HtpD7phy4IAJ8AvHzakWnY3Q3XaHg9IRCRKiwpar Philippe LEUCKX

L’amoureux des trains (voz en serbe) qu’est Eric Piette, ce poète de moins de trente ans, publié au Taillis pré en 2011 et dont c’est le premier livre, l’est aussi des relations humaines qu’il célèbre dans la texture à la fois tendue et souple de ces poèmes d’Amour. Il le décline ici dans ses formes filiale, amicale, amoureuse, avec une rare ferveur, et une fidélité dans l’accompagnement des morts, des vivants.

Ses Amours défilent entre les gares de ses trajets intérieurs, étrangers, et le poème épouse le rythme d’un coeur qui sait battre juste.

images?q=tbn:ANd9GcRJOgNDCM2Vyv_XPVdjei9V7xcw2Bn1n4XWDUwR2MG49SUXy4m0AsqdLAAucun apprêt dans ces textes qui appellent à une sensualité joyeuse, à une fraternité de chambre glauque ou à une solidaire réunion dans la vasque défraîchie d’un hôtel miteux. Le poète se sent-il exclu qu’il se met d’emblée à héler le père perdu, à l’enjoindre de se joindre à la prochaine beuverie, en toute aménité. Au train des choses, à la rumeur des villes partagées (Liège, Belgrade, Bruxelles…), se mêle un goût très prononcé pour l’empathie, pour la sensation chaude et brute, pour le partage des bourrades et des rues. Eric a la religion de l’amitié précise , « le regard net » pour hisser l’enfance peureuse, quitte à « combler le retard » à coups de gares, d’ombres et d’échos.

Eric aime « avoir quelqu’un/ à qui causer/ d’états d’âmes imbéciles ». Aucune prévenance à son endroit et tant d’attentions à l’adresse du pote d’enfance, ce frère Sylvain, qui reçoit ici d’étranges messages chaleureux du vivant ami, dans l’odeur « des gens », qui reçoit des preuves poétiques d’une amitié dense, précieuse.

Une topographie, faite de « bidonvilles », d' »images grouillantes », de rôdeurs de gares et de voyages en grande fraternité, traverse ces pages justes, très descriptives, presque sans métaphores, comme des proses de soi, avec l’invite « d’un corps contre lequel se blottir ».

Quel désir de l’autre alors se niche, quel espace de manque se fait jour « dans l’exil du refus/ et l’existence recluse »!

Parfois sans doute brûle l’autre désir, d’une écriture qui puisse soulager « la parole brouillée » mais quel « désir/ d’être en vie/ dans l’espace d’une promesse »!

En matière de promesse, voici une voix intimiste, un brin cafardeuse, mélancolique et brute au sens de nue, avec ce goût – près des lèvres – de la perte et des errances, dans une minutieuse avancée nocturne, amère, et tout à la fois pleine, dense.

Un poète noctambule, qui livre corps et coeur, « se perd dans la ville », « boit aux fantômes ».

Et si le mot CICATRICE est presque celui de la fin, il augure d’une honnêteté, d’une vraie franchise à se dévoiler – au plus plus juste de sa vie.

Eric Piette, Voz, 2011, Le Taillis pré, 94 p.,  10€.

 

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