TROPIQUE DU SURICATE de Pierre TRÉFOIS

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Un tour du monde en 80 et quelques pages

Les tropiques sont les régions du monde où le climat est le plus soumis à des perturbations. En plaçant ses aphorèmes sous le signe du Tropique du Suricate, animal assimilé à la civette, comme nous le signale en 4ème de couverture une reproduction de l’entrée d’un vieux dico, Pierre Tréfois semble vouloir dire qu’il reste sensible aux bouleversements du monde, dont il fut partie prenante, mais qui désormais ne le concernent plus de la même manière, comme s’il en avait pris la juste mesure et les appréhendait avec le recul d’un sage non encore toutefois revenu de tout et de toutes.

Une des sections du livre s’intitule précis de réel, et c’est bien ce qu’est ce recueil dans lequel l’auteur décompose ses vanités comme ses faux-semblants qui font férocement écho aux nôtres. Il fait feu de tout bois comme de tout moi dans cette quête nonchalante mais pointilleuse qui s’assimile à un voyage en 80 et quelques pages autour de la Terre telle qu’elle tourne aujourd’hui. Quand le périple  s’achève comme il s’était ouvert sur un autoportrait désabusé mais allègre, on est déçu comme à l’atterrissage d’un vol qu’on a aimé. On eût voulu poursuivre l’aventure au fil des bons mots délivrés par l’auteur à l’esprit duquel on s’était vite acclimaté. Nul doute qu’il nous reviendra bientôt sous une forme littéraire ou une autre.

Notons que Pierre Tréfois est un de nos meilleurs auteurs d’aphorismes et de poésie brève. La preuve, avec ces quelques phrases

Faire des ricochets avec ses propres pierres aux reins  (A maso, maso et demi)

 

Les femmes de ma vie : drames, dreams (anagramme sentimentale)

 

Comme l’encre se passe de plumes, la poésie se passe très bien des poètes (Un principe premier)

 

En dehors des lieux communs il n’avait pas de domicile fixe (Villa mon rêve)

 

Cunnilinctus, fellatio : et on prétend que le latin est une langue morte.

 

Il y a des livres épuisés.

Je me contente de ne pas me fatiguer

à en écrire des harassants.

Je dessine comme je suffoque ; j’écris comme je respire.

Après les noces d’or : les os durs.

Tout homme en érection est un jusqu’au boutiste.


L’écriture ? C’est encore ce qu’on fait de moins acrobatique avec un stylo.

 

Le manque perpétuel

Si je tombe à court

de poésie,

je contemple

ma femme,

mon chat

ou mon jardin.

Le manque se mue

alors en plénitude,

vu que ma femme

s’est taillée

en emportant

le chat

et le jardin.

 

A signaler le remarquable quantité-qualité-prix pratiqué par les éditions Gros Textes (90 pp, 7€). Le collage de couverture est signé Thierry Tillier. 

On peut commander l’ouvrage via Yves Artufel et le blog de Gros Textes:

http://grostextes.over-blog.com/

Relire l’interview Livres & vous de Pierre Tréfois sur ce blog:

http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2011/09/29/interview-livres-vous-pierre-trefois.html