Silvia Pérez Cruz

images?q=tbn:ANd9GcQ-1mDaZRO6oeJMyJvyLULcchR9U_TmAeEd5J1bp137VYLYRp8hdSWmpgSylvia Perez Cruz est une chanteuse catalane qui a sorti son premier album en 2012, « 11 de novembre« , de « folk classieux » même si elle n’est pas une inconnue de l’autre côté des Pyrennées. 

« La moitié des chansons ont été influencées pas la mort de mon père. C’est ce qui donne l’unité au disque, et le disque m’a servi à faire le deuil. »

« J’écoute très peu de musique parce que j’en fais beaucoup. J’aime la musique, pas les styles musicaux. Mais en 2009 ou 2010, j’ai beaucoup écouté un seul disque, Five leaves left de Nick Drake. C’était comme une route à suivre. » SPC

 

Silvia Pérez Cruz sera en concert, jeudi 7 février 2013, sur la scène de l’Alhambra à Paris dans le cadre du festival Au fil des voix.

 

Publicités

Pas si bêtes

images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis Billamboz

Né au pays de Louis Pergaud, j’ai peut-être une sensibilité particulière pour les bestiaires et je trouve que la littérature en produit bien peu actuellement, aussi, je suis très heureux de pouvoir vous présenter, aujourd’hui, deux textes que j’ai lus ces dernières années : le livre de Chamoiseau, « Les neuf conscience du Malfini » qui a connu un succès suffisant pour que de nombreux lecteurs le connaissent, et un autre, beaucoup moins connu, écrit par un écrivain résidant à Moscou mais originaire d’Abkhazie, une de ces petites républiques caucasiennes qui font actuellement tellement parler d’elles. Deux textes qui se glissent dans la peau de nos amis les bêtes pour nous faire comprendre que nous n’avons pas souvent raison et que nous nous comportons souvent bien mal.

images?q=tbn:ANd9GcQiCSdcIrHUTsk-YpVIQuNtcDAqK9k-hWL-LIrKHA5n_j99ZmvsVdhyqwLes lapins et les boasimages?q=tbn:ANd9GcQTEQCNh0jknraYsJZgR4uDBNnWY_O_ndCXMHMU0IFm0TYA4eMD1j9lkw

Fazil Iskander (1929 – ….)

Renart fut peut-être le premier animal à dénoncer la perversité des tenants du pouvoir, du moins dans la littérature française, mais depuis il a eu de nombreux successeurs, en France et sous d’autres cieux. Et, dans une des petites républiques caucasiennes, si agitées actuellement, Fazil Iskander a inventé, dans un hypothétique pays africain, un royaume où les lapins et les boas cohabitent selon une bien étrange règle tacite. Les boas mangent les lapins après les avoir hypnotisés et les lapins se multiplient le plus vite possible pour perpétuer leur espèce au détriment des indigènes dont ils pillent les jardins.

Mais ce bel équilibre est chamboulé quand un lapin plus malin que les autres constate que « votre hypnose, c’est notre peur. Notre peur, c’est notre hypnose », donc, sans peur, il n’y a plus d’hypnose et les boas ne peuvent plus manger les lapins. Le lapin intelligent a grippé la belle machine et détruit le fragile équilibre qui présidait au pays des boas et des lapins.

Iskander a ainsi, lui aussi, utilisé le bestiaire pour critiquer, à visage masqué, le système politique qui gouvernait à cette époque, l’Union des républiques socialistes et soviétiques. En mettant en scène les systèmes sociaux des boas et des lapins, il a stigmatisé toutes les tares que l’on attribue habituellement à ce régime : la terreur, la délation, la flatterie, l’appât du gain, l’usage éhonté du pouvoir, la cupidité, la manipulation, etc… Mais cette satyre déborde largement le système soviétique et peut s’appliquer à la rigueur un peu aveugle de nos républiques démocratiques et même aux méthodes managériales de bien des entreprises ou autres organismes contemporains.

Toutefois, ce texte n’est pas seulement un pamphlet politique, il est, avant tout, comme c’est indiqué en sous-titre : «  un conte philosophique » qui soulève la question du pouvoir et de son exercice dans une organisation sociale quelconque. Et, il veut, surtout, débattre de la vérité et de son usage, « nous avons besoin d’un repère aussi dur que le diamant et la vérité est là ». Cependant, la vérité n’est pas toujours bonne à dire car il faut maintenir une certaine angoisse pour que les populations conservent une saine inquiétude et un bon instinct de conservation collectif. « Telle est la vie, telle est la loi du renouvellement de l’angoisse. La loi de l’autoconservation de la vie. » Si, la vérité est nécessaire, « il y a peut-être quelque chose de supérieur à la certitude, c’est l’espoir ». Et, cet espoir, il n’est pas évident qu’Iskander l’avait encore en écrivant ce livre à l’humour grinçant et au pessimisme fataliste. Les lapins, pas plus que les boas, ne sortirent de leur médiocrité et les hommes n’oublièrent, pas plus, leurs travers et leur appétit du gain et du pouvoir.

L’humanité risque de mériter encore longtemps les régimes politiques pervers qu’elle génère elle-même par sa faiblesse et son manque de courage et de volonté.

images?q=tbn:ANd9GcQ6XBjAlgapN_TvZxrHqVhiV-ZKPz_ERI6s6g8ePRgwhT4r4sFAGpISAzELes neuf consciences du Malfiniimages?q=tbn:ANd9GcTecbCi0LrBBdr1_WUuSWlWjNE8eD3nIN9xgQKJd2aTWmyuYkdEzbRVZg

Patrick Chamoiseau (1953 – ….)

Le Malfini, un grand rapace sanguinaire qui règne dans les airs du vallon de Rabuchon – à la Martinique -, s’abat un jour dans le jardin de Chamoiseau et lui raconte une drôle d’histoire. Il lui narre sa rencontre avec l’insignifiant, l’invisible, l’étincelant, le vibrionnant, le colibri qui lui fait découvrir la délicatesse, le raffinement et prendre conscience de son comportement sommaire et brutal. Ainsi, Il apprécie l’art de vivre pour vivre en délaissant l’intérêt immédiat, la fantaisie, l’enthousiasme, l’absence d’a priori, la vie vidée de ses contraintes, l’importance des choses apparemment insignifiantes, ce que l’on ne sait pas voir. « Comme nous ne cherchions rien, nous découvrions tout. »

Deux colibris frères mais très différents rivalisent dans le vallon : l’un, Colibri parfait, ordonné, organisé, respectueux des règles, l’autre Foufou imprévisible, fantasque, fantaisiste, irrespectueux  de l’ordre établi, improvisateur, explorateur, expérimentateur découvreur…, Finalement Colibri expulse Foufou que le Malfini observe avec intérêt dans ses frasques qui s’avèrent être des expériences fondamentales sur le fonctionnement de l’écosystème et de la chaîne alimentaire. Des observations qui permettront à Foufou de sauver le vallon du désastre écologique. « La proximité rend plus menaçante la différence … »

Ce roman animalier pourrait, au premier abord, évoquer « Nuée d’oiseaux bruns » de Ge Fei mais la lecture révèle vite une fable plus proche de « Les lapins et les boas » de Fazil Iskander. On y trouve de la même façon les thèmes de la différence, de la force brutale, de la ségrégation. Chamoiseau introduit cependant une dimension sociale plus politique, plus philosophique : tout ce qu’on apprend au contact des autres sans vanité, seulement pour le plaisir, seulement pour le plaisir d’élargir l’horizon de ses expériences, seulement pour explorer l’espace que les marginaux investissent pour découvrir de nouveaux horizons. L’apologie d’une société pacifique, désintéressée, respectueuse des plus faibles et de son environnement.

Mais cette lecture prend, in fine, la forme d’un manifeste écologique : l’observation de la faune et de la flore, la destruction de la nature par les « Nocifs » (les hommes), une alerte écologique, une catastrophe évitée par la seule ingéniosité de Foufou.

Ce livre, c’est aussi une écriture très personnelle, un style qui frôle la grandiloquence sans jamais y sombrer mais un texte qui s’achève pourtant dans un certain obscurantisme qui ne facilite pas la lecture du manifeste écologique que l’auteur souhaite adresser à ses lecteurs. Nous retiendrons cependant cette citation parfaitement claire en forme de conclusion : « Rien n’est vrai, juste ou bon, tout est vivant » car le vivant n’est jamais parfait, il est destructeur par essence. Alors : « Que vivent les croyances ! Que fleurissent les histoires ! Que reviennent les légendes ! Qu’elles aillent au gré de leur propre légèreté et nous laissent la beauté. »

 

Les dangers de l’édition

images?q=tbn:ANd9GcSfbUZiR-Dw1ng3jIou7uH1gejFXBxlV8v5fdwV7S902YJ6dV8o7T6xIhNrCet éditeur se baignait une fois par semaine dans le sang de ses auteurs. Après les avoir publiés, il leur prenait un peu de leur raisiné. C’était une clause à peine lisible du contrat écrite en fines lettres d’hémoglobine. Mais les jeunes écrivains se refont vite un sang d’encre. D’autre part ils devaient bien se douter qu’en publiant aux éditions Vampire, ils allaient y laisser quelques plumes.

Famille ombreuse

images?q=tbn:ANd9GcSsajyZxN5A13eY4u5g2QxK9nbvkC2euH3q02hywrSVnNkL0UKBRfXhdwMon père, depuis l’enfance, joue à tuer ses enfants. Ce qui n’était qu’un jeu au départ est vite devenu une réalité. Et, dans la famille, on a vu tout au long de notre jeunesse tomber quantité de nos frères et sœurs sous les tirs à balle réelles du paternel. Pour ne pas alerter la police et parce qu’au fond on aime notre père, on a toujours étouffé l’affaire. Aujourd’hui que les plus vieux ont dépassé la soixantaine, on évite seulement de lui rendre visite ou alors à plusieurs, en surveillant le moindre de de ses faits et gestes car il reste rusé, le bougre. On enregistre encore des décès qui sont plus des manquements à notre vigilance (on court moins vite aussi) mais à un rythme, il faut le reconnaître, moins fréquent. On espère seulement être encore une poignée pour pouvoir assister à son enterrement. 

Chevillard: Dernière livraison

lautofictif05.jpgLes écrivains savent convoquer les meilleurs et plus intenses moments de leur vie pour en nourrir leurs livres, mais l’opération inverse qui serait pourtant d’un profit supérieur n’est pas dans leurs moyens.


Frederick Exley, l’auteur du Dernier stade de la soif, ne connut pas le succès littéraire que son talent méritait et cette déconvenue acheva de ruiner une existence déjà bien attaquée par l’alcool et la mélancolie. Pourtant il écrivait en 1975, dans À l’épreuve de la faim « … nous nous extasiâmes à l’évocation de la première gorgée de bière glacée que l’on boit en rentrant d’un après-midi de pêche  ou de plage. » Si seulement il avait eu l’intuition de développer un peu cette remarque anodine – ah nom de Dieu ! –, il le tenait, son succès de librairie !

 


Guillaume Musso, Marc Levy, Katherine Pancol, Françoise Bourdin, Joël Dicker, David Foenkinos, Laurent Gounelle, Eric-Emmanuel Schmitt, Grégoire Delacourt et Amélie Nothomb sont les dix plus gros vendeurs de livres de l’année. Et on nous dit que plus personne ne lit ! On nous le répète ! Mais ce sont de doux mensonges. La vérité est plus moche.

 

Je croyais en la possibilité d’un unique amour. Je me voulais farouchement monogame. Quelle candeur ! Être l’homme d’une seule femme ! C’était manquer de réalisme. Ma compagne a changé de coiffure.


Au célibataire malgré lui, confit dans une solitude douloureuse, il suffit pourtant de commettre un meurtre atroce, si possible même une tuerie, un massacre. Six mois plus tard, ayant fait son choix parmi les prétendantes (photo souhaitée), il se marie en prison.


AGATHE – Il est comment mon dessin ?

MOI – Pas mal.

AGATHE – Mais j’ai pas envie qu’on me dise qu’il est pas mal, j’ai envie qu’on me dise qu’il est magnifique !

 


C’est quoi ça !? Bouge un peu ! Frappe, nom de Dieu ! Remue ta couenne ! N’importe quoi !Habitué à se parler à lui-même sur les courts, le tennisman conserve-t-il ensuite le réflexe de commenter à voix haute ses performances en tout domaine ?



Nul n’aurait cru possible que ce mufle mal mouché, ordurier, crasseux, nous donne un jour de si belles pages, ni le cochon crotté, morveux et grognonnant la fine tranche de jambon rose comme le miroir d’une nymphe.


(extraits de ces dix derniers jours)images?q=tbn:ANd9GcQ8-jaLSGRTsg9J137iiL5h5KU2RQQgwVy7HvlCPPEq7dTyAsaClMAuR44

—————-

Pour rappel, Eric Chevillard publie chaque jours sur son blog 3 aphorismes ou
textes courts.
Dernier livre paru: « L’autofictif croque un piment » (éd. L’esprit vengeur)

http://l-autofictif.over-blog.com/



La poésie est sur les rails…

chemin de vers

à tout moment je marche vers le poème

mais comme un train de la SNCB

il n’est pas toujours à l’heure

sans compter

les artistes qui font grève sur la ligne

pour la décollation de Fadila Laanan

des cheminots pleins de sonnets sifflants sous la casquette

et le chef de gare qui se lance dans l’édition de romans de gare

le ministre des transports qui quitte son poste

pressé de rejoindre la présidence du réseau   

les signaux qui déraillent et la neige qui gèle les voies des muses

on comprend mieux alors

ce qui me retient d’arriver à la fin de mon poème

dans les temps voulus par le règlement du Rail.


images?q=tbn:ANd9GcTvbet5D4eim4yxaDIfDLRO8I4FmDNz8JJyl_bZ-urSr2yUOPaBUgjEPdg


un mot

On ne comprend pas toujours

ce que font les souvenirs

au fond des mémoires oubliées

à moins qu’ils n’attendent 

un mot des sensations

pour revenir à l’avant-plan

du poème.


images?q=tbn:ANd9GcSdprlF3HhTAvCCbOx7YgI4PVOLKzF3fOl0W8tGW6EeVwvPvw1ndQ9GaNPo


poème avec pamplemousse

J’aurais aimé écrire un poème

avec le mot pamplemousse.

Mais à mesure que je l’écrivais

d’autres fruits se mêlèrent d’entrer

dans ma salade de mots

si bien que je me retrouvai

avec des pamploranges, des banamousses

et autres bizarretés de langage

et que jamais

je ne pus manger

le poème dont j’avais rêvé.

 

images?q=tbn:ANd9GcSrBDCRzD8F4YqSlWCACGWWhSqGvSDCqVMfdvWFb-ZbJBnHnmu_Sl4YSg