Des cheveux sur la langue

images?q=tbn:ANd9GcT3ClgdduNUHWXdb3OPrD5KMLXTO03EuRHcxMzE3KSR5tMefFHds87Jm3gemgDes cheveux voyageaient sur la langue, tailladant des pages de littérature, coupant en morceaux les ouvrages, mettant les auteurs dans l’incapacité d’assurer la jonction entre divers pans de leur œuvre ou au prix d’une taxe de passage avoisinant leurs droits d’auteur. Cela prenait des proportions telles que l’AIGA, l’ Association Internationale des Grands Auteurs, s’avisa de solutionner le problème.

Une équipe d’explorateurs chauves fut envoyée là où les méfaits se commettaient. Au terme d’une enquête longue et pénible, les rapports furent remis. Les cheveux appartenaient tous à un même et seul homme : moi. Sans qu’un seul instant je pus m’être douté que les cheveux que je perdais abondamment allaient se nicher dans les livres. Depuis, je porte quand je lis un bonnet hygiénique qui me donne l’aspect d’un prince en visite officielle dans les cuisines d’un restaurant du cœur. Mais j’en connais bien qui enfilent une combinaison d’homme-grenouille pour aller consulter les incunables  des premiers auteurs de salle de bain aux pages pleines d’algues d’un vilain vert dans les fonds de l’Aquarium jouxtant la Bibliothèque Nationale. 

Continuité des parcs / Julio Cortazar

Il avait commencé à lire le roman quelques jours auparavant. Il l’abandonna à cause d’affaires urgentes et l’ouvrit de nouveau dans le train, en retournant à sa propriété. Il se laissait lentement intéresser par l’intrigue et le caractère des personnages. Ce soir-là, après avoir écrit une lettre à son fondé de pouvoir et discuté avec l’intendant une question de métayage, il reprit sa lecture dans la tranquillité du studio, d’où la vue s’étendait sur le parc planté de chênes. Installé dans son fauteuil favori, le dos à la porte pour ne pas être gêné par une irritante possibilité de dérangements divers, il laissait sa main gauche caresser de temps en temps le velours vert. Il se mit à lire les derniers chapitres. Sa mémoire retenait sans effort les noms et l’apparence des héros. L’illusion romanesque le prit presque aussitôt. Il jouissait du plaisir presque pervers de s’éloigner petit à petit, ligne après ligne, de ce qui l’entourait, tout en demeurant conscient que sa tête reposait commodément sur le velours du dossier élevé, que les cigarettes restaient à portée de sa main et qu’au -delà des grandes fenêtres le souffle du crépuscule semblait danser sous les chênes.

 

Phrase après phrase, absorbé par la sordide alternative où se débattaient les protagonistes, il se laissait prendre aux images qui s’organisaient et acquéraient progressivement couleur et vie. Il fut ainsi témoin de la dernière rencontre dans la cabane parmi la broussaille. La femme entra la première, méfiante. Puis vint l’homme le visage griffé par les épines d’une branche. Admirablement, elle étanchait de ses baisers le sang des égratignures. Lui, se dérobait aux caresses. Il n’était pas venu pour répéter le cérémonial d’une passion clandestine protégée par un monde de feuilles sèches et de sentiers furtifs. Le poignard devenait tiède au contact de sa poitrine. Dessous, au rythme du coeur, battait la liberté convoitée. Un dialogue haletant se déroulait au long des pages comme un fleuve de reptiles, et l’on sentait que tout était décidé depuis toujours. Jusqu’à ces caresses qui enveloppaient le corps de l’amant comme pour le retenir et le dissuader, dessinaient abominablement les contours de l’autre corps, qu’il était nécessaire d’abattre. Rien n’avait été oublié : alibis, hasards, erreurs possibles. À partir de cette heure, chaque instant avait son usage minutieusement calculé. La double et implacable répétition était à peine interrompue le temps qu’une main frôle une joue. Il commençait à faire nuit. 

 

Sans se regarder, étroitement liés à la tâche qui les attendait, ils se séparèrent à la porte de la cabane. Elle devait suivre le sentier qui allait vers le nord. Sur le sentier opposé, il se retourna un instant pour la voir courir, les cheveux dénoués. À son tour, il se mit à courir, se courbant sous les arbres et les haies. À la fin, il distingua dans la brume mauve du crépuscule l’allée qui conduisait à la maison. Les chiens ne devaient pas aboyer et ils n’aboyèrent pas. À cette heure, l’intendant ne devait pas être là et il n’était pas là. Il monta les trois marches du perron et entra. À travers le sang qui bourdonnait dans ses oreilles, lui parvenaient encore les paroles de la femme. D’abord une salle bleue, puis un corridor, puis un escalier avec un tapis. En haut, deux portes. Personne dans la première pièce, personne dans la seconde. La porte du salon, et alors, le poignard en main, les lumières des grandes baies, le dossier élevé du fauteuil de velours vert et, dépassant le fauteuil, la tête de l’homme en train de lire un roman.

 

Julio Cortazar, « Continuidad de los Parques », Fin d’un jeu (1956), traduit de l’espagnol par C. et R. Caillois, Gallimard, 1963.


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Omar Prego: Dans Continuité des parcs – une nouvelle que j’ai toujours trouvée admirable -, on a l’impression que dès le premier mot le narrateur sait exactement où il va, qu’il prévoit la fin. Est-ce vrai ou non?

 

Julio Cortazar: Je vais te décevoir, mon cher Omar, mais je ne me souviens plus comment j’ai bâti cette nouvelle. Je ne sais plus si, quand j’ai commencé à l’écrire, la fin était déjà prévue. Je pense que oui car la mécanique de la nouvelle et le fait que celle-ci est la plus courte que j’aie écrite – et peut-être une des plus courtes qu’on ait jamais écrites, car c’est une nouvelle bien qu’elle ne comporte qu’un minimum de mots, à ce point de vue c’est une mini-nouvelle, peuvent faire penser que tout était planifié au départ. Mais je ne me souviens plus si j’ai vu la chose en bloc, c’est-à-dire si au moment où j’ai imaginé l’individu qui revient et se met à lire le roman j’avais déjà imaginé la fin. Elle n’est pas non plus née d’un rêve, je ne sais d’où l’idée m’en est venue. Je ne peux pas te donner une réponse satisfaisante à propos de cette nouvelle. (1982)

 


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MISÈRE À LUANDA


images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis Billamboz

J’ai choisi ces deux textes car ils démontrent que dans le plus grand des chaos, après une guerre effroyablement destructrice, il est toujours possible de créer, de faire vivre une littérature sur des lambeaux de sociétés. José Eduardo Agualusa et José Luandino Vieira, tous deux Angolais, empruntent des chemins de traverse, composent avec la langue, avec l’histoire, pour ne pas ressasser encore une fois de plus ce qui a été horrible, ce qui a été raconté de multiples fois. Ils veulent encore sourire à la vie sans jamais oublier ce qu’ils ont vu et subi et croire que l’Angola et son peuple ont encore un avenir moins sinistre que leur récent passé.

 

marchand-de-passes.jpgLe marchand de passéimages?q=tbn:ANd9GcR8s8_BlIUNHpa6QRyELt6fb3KL_QYCp7RbskDKjR6th5Y8EttoTeVUc2Y

José Eduardo Agualusa (1960 – ….)

Accroché au plafond, caché sur l’armoire, un gecko tigre raconte l’histoire de celui qui l’héberge, à Luanda là-bas en Angola, Félix, l’albinos, « … un homme qui trafiquait les souvenirs, qui vendait le passé, secrètement, comme d’autres font de la contrebande de cocaïne. » Il trafique, notamment, quelque peu l’arbre généalogique de ceux qui ont assuré leur avenir pendant et après la guerre civile afin qu’ils puissent garantir cet avenir par un passé solide et convaincant. « Ce qu’il manque à ces gens, c’est un bon passé, des ancêtres illustres, des parchemins. »

Mais, un jour, Félix accueille un reporter photographe qui lui demande une nouvelle identité et il doit faire le choix de devenir un véritable faussaire et non pas un simple maquilleur de passé. Ce reporter qui a couvert tous les conflits de la planète et photographié la partie la plus ténébreuse de l’humanité va rencontrer l’amie photographe du marchand de passé qui, elle, photographie les nuages, la plus belle partie de l’univers. Et cette rencontre va provoquer l’irruption du passé dans le présent et hypothéquer l’avenir de chacun.

Dans ce superbe petit livre, un peu labyrinthique, où le gecko alterne la narration de l’intrigue avec le récit de ses rêves, Agualusa évoque le problème de l’identité sous toutes ses formes : identification, usurpation, imposture, sosie, double, mais aussi le vrai, le faux, la vérité, le mensonge, la vie, l’apparence de la vie, la vie après la vie. Mais le mensonge n’est-il pas plus sincère que la vérité, et l’apparence plus crédible  que la réalité ? « Je vous donne une vérité impossible, vous me donnez un mensonge banal et convaincant. »

Cette dissertation sur le vrai et le faux se déroule sur fond d’Angola après la guerre civile qui n’est jamais évoquée explicitement par l’auteur mais dont les stigmates apparaissent pourtant clairement car ce livre est rempli de symboles : le héros principal est un nègre blanc qui peut évoquer le racisme mais qui surtout insinue le doute sur l’identité, la réincarnation du gecko peut aussi symboliser la transformation de l’Angola après la guerre, la métamorphose des espoirs révolutionnaires en réalité moins idylliques, l’intervention du gecko peut-être aussi une allusion à la spiritualité animiste, une façon aussi de voir la vie après la vie et que dans cette autre vie on se souvient de celle d ‘avant.

Une façon peut-être aussi d’éluder les atrocités de la guerre en se disant que la réalité n’est peut-être pas la vérité et que le rêve est peut-être plus réel. « Dieu nous a donné les rêves pour que nous puissions jeter un coup d’œil de l’autre côté… Pour que nous parlions avec nos ancêtres. » Et, qu’ainsi la continuité soit assurée, que la guerre ne soit pas un point final et que le bonheur soit encore possible. « Le bonheur est presque une irresponsabilité. Nous sommes heureux pendant les brefs instants où nous fermons les yeux. » Pour rêver encore la vie qu’on aurait voulue ?

Métaillé poche, 144 pages, 7 €


images?q=tbn:ANd9GcStPyGpvkWF3JFY4WaU6fvxVTickycKSU3uVIJoPzzWBmR7jjsYMqJzBY8Joäo Vêncio, ses amoursimages?q=tbn:ANd9GcSPFW7GuxxAsxOw7KtTHdp8TQouzb1PugXguc_Sl7JWWgpqmOb8ij-hbg

José Luandino Vieira (1935 – ….)

En prison à Luanda, João Vêncio raconte à un auditeur inconnu et mystérieux ses trois amours, les trois amours qu’il avait quand il avait huit ans : Maristella la petite Capverdienne qui s’est prostituée à douze ans, Tila la belle femme du « diplômé » qui l’a repoussé violemment quand il lui a avoué qu’il voulait l’épouser après avoir tué son mari, et Mimi, le petit blondinet frisé qui était son véritable amour et qui est mort bien trop vite. Une étoile à trois branches avec en son centre Florinha, la prostituée qui déniaisait ces gamins plus par désespoir que par vice. Pour João, l’amour n’est pas exclusif, il est inclusif, il peut accueillir plusieurs membres.

Avec Maristella, il a appris à attraper les oiseaux par amour pour cette fille,  elle  leur crevait les yeux pour qu’ils chantent mieux ; avec la femme du « diplômé », il n’avait envie que de tuer celui-ci pour posséder son épouse et avec Mimi c’était l’amour, l’amitié, « l’amouritié » que personne ne pouvait comprendre et qui fut fatal au blondinet. « Mon ami, Mimi le seul pour qui rien que de dire « ami », mon cœur gambade, avec lui on pouvait trouver l’innocence du paradis – et Dieu voulait pas, nos quéquettes se cognaient, zennemies ». L’innocence, les blessures, les frustrations, les lésions, les envies, les rêves de l’enfance qui  sont tués par l’intolérance, les croyances, la morale, les intérêts qui conditionnent la vie des adultes. Tuer par amour, être tué à cause de l’amour, João explique qu’il a trouvé un chimpanzé blanc dans le lit de sa femme adorée  et qu’il a voulu laver la souillure.

Un texte original constitué de phrases courtes, proches du langage parlé des quartiers pauvres de Luanda, les « mounèques ». Un ragoût, un « mouamba », de langues, idiomes et autres formes d’expression, allant du portugais au latin d’église en passant par le quimbundo et le capverdien et encore quelques autres parlers du  «  mounèques » de João. Une mixture de mots inventés,  de mots savants, de mot métis, de mots traditionnels, de mots musique, des mots sucrerie, des mots qui racontent, expliquent, gémissent mais jamais ne se lamentent. Un texte à l’image de ce peuple mêlé, cosmopolite, anarchique, désorganisé, déstructuré et pourtant plein d’amour et de poésie.

Un Peuple de misère, noirs, noirs-noirs, petits-blancs, blancs-noirs, …, peuple d’en-bas qui n’est jamais invité aux fêtes du quartier d’en-haut, dont la seule préoccupation est, chaque jour, de trouver de quoi manger pour vivre encore demain. João, comme les autres, cherche sa pitance quotidienne mais ne s’abaisse pas à travailler pour un patron, « je ne remplis pas les ventres des autres avec la sueur de mon front ». La fatalité, conjuguée à la misère, qui fauche, sans pitié ni discernement, la jeunesse, est acceptée avec dignité et résignation. Mais, dans ce syncrétisme fondant rites païens issus de la tradition africaine et religion importée par les colons blancs, la notion de culpabilité affecte João, ancien séminariste, qui ne peut plus se contenter de la vie au jour le jour et doit penser à son avenir dans l’au-delà. 

 « La vie est très incomplète. Si je pouvais, ce serait une croisade : à chaque jour sa voie, à chaque vie sa loi. » 

Gallimard, 98 pages, 12 €

Chanson dans le sang / Jacques Prévert

images?q=tbn:ANd9GcS2pNgTvFPwTExZqa3_cmY7hE02UoDGw3MM-bHJ2UffaYlLqFztz5oVR23IIl y a de grandes flaques de sang sur le monde
où s’en va-t-il tout ce sang répandu
Est-ce la terre qui le boit et qui se saoule
drôle de saoulographie alors
si sage… si monotone…
Non la terre ne se saoule pas
la terre ne tourne pas de travers
elle pousse régulièrement sa petite voiture ses quatre saisons
la pluie… la neige…
le grêle… le beau temps…
jamais elle n’est ivre
c’est à peine si elle se permet de temps en temps
un malheureux petit volcan
Elle tourne la terre
elle tourne avec ses arbres… ses jardins… ses maisons…
elle tourne avec ses grandes flaques de sang
et toutes les choses vivantes tournent avec elle et saignent…
Elle elle s’en fout
la terre
elle tourne et toutes les choses vivantes se mettent à hurler
elle s’en fout
elle tourne
elle n’arrête pas de tourner
et le sang n’arrête pas de couler…
Où s’en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des meurtres… le sang des guerres…
le sang de la misère…
et le sang des hommes torturés dans les prisons…
le sang des enfants torturés tranquillement par leur papa et leur maman…
et le sang des hommes qui saignent de la tête
dans les cabanons…
et le sang du couvreur
quand le couvreur glisse et tombe du toit
Et le sang qui arrive et qui coule à grands flots
avec le nouveau-né… avec l’enfant nouveau…
la mère qui crie… l’enfant pleure…
le sang coule… la terre tourne
la terre n’arrête pas de tourner
le sang n’arrête pas de couler
Où s’en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des matraqués… des humiliés…
des suicidés… des fusillés… des condamnés…
et le sang de ceux qui meurent comme ça… par accident.
Dans la rue passe un vivant
avec tout son sang dedans
soudain le voilà mort
et tout son sang est dehors
et les autres vivants font disparaître le sang
ils emportent le corps
mais il est têtu le sang
et là où était le mort
beaucoup plus tard tout noir
un peu de sang s’étale encore…
sang coagulé
rouille de la vie rouille des corps
sang caillé comme le lait
comme le lait quand il tourne
quand il tourne comme la terre
comme la terre qui tourne
avec son lait… avec ses vaches…
avec ses vivants… avec ses morts…
la terre qui tourne avec ses arbres… ses vivants… ses maisons…
la terre qui tourne avec les mariages…
les enterrements…
les coquillages…
les régiments…
la terre qui tourne et qui tourne et qui tourne
avec ses grands ruisseaux de sang.

(Jacques Prévert, Paroles, 1946)

 
Dit par Prévert

LE COUPEUR, LE DOUTEUR & LES GOÛTEURS DE TEXTES

Le coupeur de textes

Ses services étaient très appréciés des écrivains logorrhéiques. Ils leur prêtaient leurs textes et le coupeur les réduisait à la dimension demandée. Sans qu’il y ait rupture de ton ou de sens. Les textes diminués gardaient toute leur efficacité, la plupart du temps, même, ils gagnaient en intensité. Avec les chutes, le coupeur de textes en écrivait un autre qu’il pouvait s’attribuer sans être accusé de plagiat, c’était le deal. Il les publiait régulièrement et passait pour un écrivain prolifique à la prose kilométrique, peu lue en vérité, souvent jugée ennuyeuse par les lecteurs. C’était sa façon d’occuper le terrain littéraire, la seule qu’il pouvait se permettre étant donné son défaut d’imagination et son peu de goût pour l’écriture.   

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Le douteur de textes

Chaque fois qu’il avait écrit un texte, il doutait de lui. Son texte tiendrait-il la route, et le temps ? Serait-il édité, méprisé ? Et vendu, apprécié, étudié ? Par la critique, par les lecteurs ? Lu, surtout? Même en ligne, même à très basse voix ? Etait-il allé le chercher assez profond en lui ou pas assez en surface ? L’avait-il cueilli ou glané, déterré ou saisi au vol ? De quelle essence était fait ce texte ? Quel rapport entretiendrait-il avec les autres, leur serait-il supérieur, inférieur, leur rendrait-il service, ou bien les autres le serviraient-ils ? Etait-il dominant, soumis, sms-issif ? Se prosternerait-on devant lui ou passerait-on sur lui sans le voir ? Chaque fois qu’il avait écrit un texte, il doutait. Il le laissait en l’état, et il finissait par mourir. Il le réanimait. Ses disques durs étaient remplis de textes en attente, dans un semi-coma, dont il avait douté de l’existence, auxquels il n’avait pas cru. C’est ça, l’écriture, une question de croyance, et il était un mécréant.


 

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Les goûteurs de textes

Dans cette maison d’édition, les lecteurs étaient de fins gastronomes : ils goûtaient les textes, mélangés, suivant leurs goûts, à du café fort, de la bière espagnole, des alcools divers ou du lait écrémé, du Coca light, du vin bio… Puis, après un jour ou deux, selon la couleur, la consistance et l’odeur (3 critères) de l’étron, ils rendaient leur avis à l’éditeur qui possédait ainsi, et sans erreur possible, un jugement sûr pour décider de la publication


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Sang style

Avec son style au couteau, il mit du sang partout dans les Lettres. Les mots mal coupés écorchaient à la lecture. Ce qui rendit la critique fort mal disposée, pour ne pas dire sanguinaire, écrite au bazookail, de ses écrits vampires qui, du cou, ne réussirent jamais à sucer autre chose que le prix Nosferatu de la nouvelle transylvanienne.

PISSEN(LIT) & LOVE: 5 poèmes fleur jaune

pissenlits

mes prières débordent des églises

l’espace se nourrit de mains tendues

avec les doigts Dieu fait des asperges

avec les ongles des griffes crochues

 

les larmes ne servent à rien

qui glissent des yeux aux lèvres

comme des pluies sans fin

dans le lit des missels

 

sur les seins des nonnes

poussent des pissenlits

qu’on arrache à la fin de l’office

au son des cloches qui sonnent

 

dans un chant d’herbes folles


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mon sport

ma mère ne sait pas où je vais

quand je sors de mon sport

pour faire de l’alouette

ou de l’épervier

parfois du héron

dans la salle aux oiseaux

avec les ailes de l’amour

 

les autres mères mammifères non plus

 

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ma peau

 

ma peau s’étend

 

elle peut suivant le sens du sang

 

rejoindre la source de l’enfance

 

ou l’embouchure de la mort

  

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La route

 

si je quitte la route

c’est pour te rejoindre

dans le champ de fleurs

 

là où l’oiseau mâle

pour s’échapper

te dévore les ailes

 

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36 

 

il y a trente-six façons de renverser la vapeur

il y a trente-six façons de faire chanter la rue

il y a trente-six façons de poser un lendemain

il y a trente-six façons d’ouvrir un parapluie

il y a trente-six façons de se fermer à l’autre

il y  a trente-six façons de s’éloigner de soi

il y a trente-six façons de faire son important

il y a trente-six façons (pas moins) de se mettre à écrire

  

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