LE COUPEUR, LE DOUTEUR & LES GOÛTEURS DE TEXTES

Le coupeur de textes

Ses services étaient très appréciés des écrivains logorrhéiques. Ils leur prêtaient leurs textes et le coupeur les réduisait à la dimension demandée. Sans qu’il y ait rupture de ton ou de sens. Les textes diminués gardaient toute leur efficacité, la plupart du temps, même, ils gagnaient en intensité. Avec les chutes, le coupeur de textes en écrivait un autre qu’il pouvait s’attribuer sans être accusé de plagiat, c’était le deal. Il les publiait régulièrement et passait pour un écrivain prolifique à la prose kilométrique, peu lue en vérité, souvent jugée ennuyeuse par les lecteurs. C’était sa façon d’occuper le terrain littéraire, la seule qu’il pouvait se permettre étant donné son défaut d’imagination et son peu de goût pour l’écriture.   

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Le douteur de textes

Chaque fois qu’il avait écrit un texte, il doutait de lui. Son texte tiendrait-il la route, et le temps ? Serait-il édité, méprisé ? Et vendu, apprécié, étudié ? Par la critique, par les lecteurs ? Lu, surtout? Même en ligne, même à très basse voix ? Etait-il allé le chercher assez profond en lui ou pas assez en surface ? L’avait-il cueilli ou glané, déterré ou saisi au vol ? De quelle essence était fait ce texte ? Quel rapport entretiendrait-il avec les autres, leur serait-il supérieur, inférieur, leur rendrait-il service, ou bien les autres le serviraient-ils ? Etait-il dominant, soumis, sms-issif ? Se prosternerait-on devant lui ou passerait-on sur lui sans le voir ? Chaque fois qu’il avait écrit un texte, il doutait. Il le laissait en l’état, et il finissait par mourir. Il le réanimait. Ses disques durs étaient remplis de textes en attente, dans un semi-coma, dont il avait douté de l’existence, auxquels il n’avait pas cru. C’est ça, l’écriture, une question de croyance, et il était un mécréant.


 

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Les goûteurs de textes

Dans cette maison d’édition, les lecteurs étaient de fins gastronomes : ils goûtaient les textes, mélangés, suivant leurs goûts, à du café fort, de la bière espagnole, des alcools divers ou du lait écrémé, du Coca light, du vin bio… Puis, après un jour ou deux, selon la couleur, la consistance et l’odeur (3 critères) de l’étron, ils rendaient leur avis à l’éditeur qui possédait ainsi, et sans erreur possible, un jugement sûr pour décider de la publication


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Sang style

Avec son style au couteau, il mit du sang partout dans les Lettres. Les mots mal coupés écorchaient à la lecture. Ce qui rendit la critique fort mal disposée, pour ne pas dire sanguinaire, écrite au bazookail, de ses écrits vampires qui, du cou, ne réussirent jamais à sucer autre chose que le prix Nosferatu de la nouvelle transylvanienne.

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