Microbe: « La revue si petite et si légère qu’elle pourrait un jour décoller »

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Entre plage et pluie, un numéro de saison qui réchauffe autant qu’il secoue.

Des aphorismes piquants, se jouant des mots et des pensées toutes faites, de Dr. Lichic (« En hiver j’ai des céphalées. Moralité: Hiémal  à la tête ») et de Georges Elliautou (« Dès la fin de la messe, on s’empresse de faire une transfusion sanguine au Christ qui n’arrête pas de donner son sang.« )

Des poèmes en vers de Pedini, Garcia, Maine, Vidal, Ellyton, Couvé, Riet, Sanfilippo, Birnbaum et du Canadien anglophone Jason Heroux comme des chansons perverties dont on aurait tordu les sons et le sens.  Deux petites fictions blasphématoires de Louis Mathoux  

Un texte touchant, entre imaginaire et réalité, de Raymond Penblanc autour d’une noyade. Et, pour finir, la confrontation entre un chat à moitié sauvage et un lecteur qui ressemble fort à Éric Dejaeger…

Sans oublier trois collages forcément iconoclastes d’André Stas.

E.A.

Au sommaire du Microbe n° 77, on retrouve donc :

Daniel Birnbaum – Jean-Marc Couvé – Éric Dejaeger – Georges Elliautou – John F. Ellyton – Cathy Garcia – Jason Heroux – Dr.Lichic – Antoine Maine – Louis Mathoux – Jean-Baptiste Pedini – Raymond Penblanc – Morgan Riet – Salvatore Sanfilippo – Philippe Vidal

Les collages sont signés André Stas.

10 # + 5 Mi(ni)crobes pour 17 € (en Belgique) et 22 € pour l’Europe.
Sans les mi(ni)crobes, c’est 5 € moins cher.  

 Si vous êtes intéressé(e), contactez Éric Dejaeger via son blog:

http://courttoujours.hautetfort.com/

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LOIN DU MONDE de Sébastien AYREAULT (éd. Au Diable Vauvert)

images?q=tbn:ANd9GcQ-EVc8b4MYTqx83QFpb1hs0-Lpqk0j9I3arvSCjZnyaGNj5uSEPasbJiEL’adieu à l’enfance

Loin du monde de son enfance, Sébastien Ayreault (qui vit à Atlanta) signe un premier roman papier* très remarqué par les médias, et non des moindres. Il raconte les dix ans de David Serre à Cholet dans un milieu modeste, entre un père démonstratif et une mère plus avare de sa tendresse.

« On habitait loin du monde. Tellement loin, me semble-t-il, que le monde lui-même ne savait pas qu’on existait. Sûr qu’on n’allait pas devenir grand-chose en restant là, mais sûr aussi qu’on s’en foutait. »

Lui aime Tintin ; son père, Johnny. Il dépeint un milieu social, une région de France et un âge de passage qui, à plus d’un titre, va être particulièrement marquant.  Entre petite sœur à venir et père sur le départ pour la ville en quête d’un nouvel emploi, il découvre en vrac et avec la violence des premières fois la brutalité des copains, l’obsession des filles, que le Père Noël n’existe pas… Cela pourrait être convenu et nous rester étranger si Ayreault ne nous donnait pas à vivre sa vie ou, à tout le moins des éléments, comme étant la nôtre, les nôtres. D’emblée on suit les personnages sans se demander quels rapports véritables ils entretiennent avec l’auteur. Il nous plonge au plus près des émotions, qui vont du rire aux larmes en passant par les frayeurs propres à cette période de l’existence, au moyen d’une écriture souple faite de phrases concises, qui font mouche.

Le roman se termine par un coup d’arrêt brutal. Comme l’enfance quand elle cesse pour chacun d’être vécue comme telle et s’inscrit dans un temps mental qui prendra,  pour certains, la forme d’une nostalgie plombante, pour d’autres, la forme d’une énergie vitale féconde. La fin du récit appelle une suite. Ce sera le cas, apprend-on.  Ce premier roman est donc le volet d’une trilogie qui normalement retracera la vie de David Serre, calquée sur celle d’Ayreault, à intervalles de dix années, et qui paraîtra chez le même éditeur, Au Diable Vauvert. À suivre, donc.

Eric Allard

Quelques liens (parmi de nombreux) vers des critiques du roman:

http://www.lexpress.fr/culture/livre/loin-du-monde_1205501.html

http://www.lefigaro.fr/livres/2013/01/09/03005-20130109ARTFIG00675–loin-du-monde-de-sebastien-ayreault.php

http://blog.epagine.fr/index.php/2013/02/la-voix-de-sebastien-ayreault-loin-du-monde-au-diable-vauvert/

Sébastien Ayreault chez StoryLab:

http://www.storylab.fr/Auteurs/Sebastien-Ayreault


Sébastien est aussi auteur-compositeur et interprète.

Voir son blog =) http://ayreault.blogspot.be/

Il y a leçon des hauts murs / Philippe Leuckx

I

La maison menacée

L’on a détruit le porche et l’âme

Le cœur pend aux plafonds

Comme des entrailles éventrées

L’escalier meurt

Entre des barreaux

Et je plonge vers les fonds



II

Leçon des hauts murs

Un peu bravaches tout de même

Nos gestes qui courent la lumière

Comme on poudrerait

Le visage d’un mort

Et ce vin d’ombre

Sous le cœur



III

 Je m’efface

C’est le soir

Il reste un peu de nous aux façades

D’écaille

Je consens à l’obscur

Qui nous perdra

Là où se perd l’étoile


 

IV

Et l’air a l’argile

D’une rumeur éparse

On vient coller

Aux portes

Un cœur bien trop grand


 

V

On revient des lisières

Des abris

Des sentes claires

Que n’a-t-on espéré dans le coin

Métissé d’ombres ?

On allait à contre-sang

Noyer nos nœuds et nos chagrins

Et les mots

Cortège à notre doute

 

VI

Avec le soir avance l’espèce de patience

Qui s’ose dès vent tombé à l’heure de la louve

Avec l’herbe encore chaude sous la main

Et le corps placé entre jour et nuit

Dans la caresse des roses

Dans l’instance des pertes

 

 

VII

Il y avait vent et temps au milieu de la sente

On avançait à rebours de l’enfance

Les fleurs au cœur

Mas rien n’épuise autant que le regard qui fouille

On est parfois en retard sur soi

On vit d’ombre



VIII

L’air trempe un bout de chiffon vers le ciel

On n’a rien vu du reste

L’enfance a de claires allées

Qui jardine pousse le vent

Les murs de la ville ont d’étonnants parages

Et les mots ont pour eux l’ombre des arbres



IX

Le bleu dépasse le vert les branches le soir

Décante ce qu’il reste d’air

Les promeneurs ont l’espace devant

L’on sait peu de chose l’on fait peu de cas

De ce qui tombe entre les pans les murs

La vie cède ses ombres à l’heure qui mène


P.L.

(inédits 2013)

Derniers titres de Philippe Leuckx

  • Au plus près, 2012, Ed. du Cygne (F).
  • Déambulations romaines,(en collaboration), 2012, Ed. Didier Devillez.
  • Quelques mains de poèmes, 2012, L’arbre à paroles.
  • Dix fragments de terre commune, 2013, La Porte (F), à paraître.

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XXIème Cabaret poétique au Périscope à Lyon

306014_10151274135253872_447538968_a.jpgA l’initiative de Frédérick Houdaer (ci-contre), CE DIMANCHE 19 MAI, à 17h, au PÉRISCOPE (13 rue Delandine 69002 LYON, métro Perrache, entre les deux prisons vides ou ce qu’il en reste !), le XXIème Cabaret poétique réunira Éric DEJAEGER (ci-dessous), Michaël GLUCK, Claire RENGADE & Anna de SANDRE.

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Entrée GRATUITE (sous réserve d’une inscription pour l’année au Périscope de 2 €, si vous ne l’avez pas déjà souscrite).


Des photos des Cabarets précédents :
http://houdaer.hautetfort.com/animateur-du-cabaret-poetique/


Quatre articles consacrés au Cabaret Poétique :
http://laurentcachard.hautetfort.com/archive/2012/01/08/etude-anthropoetique.html
http://houdaer.hautetfort.com/archive/2010/12/13/un-article-consacre-au-cabaret-poetique.html
http://houdaer.hautetfort.com/archive/2011/05/23/la-scene-et-le-cabaret-poetiques.html
http://paulinecatherinot.kazeo.com/external/http://encephalogrammeduspectateur.wordpress.com/

Pour participer à l’évènement sur Facebook:

https://www.facebook.com/events/182897651865861/

La bise au pied

images?q=tbn:ANd9GcSCYlqPiv72SJn2YylBNrrHfwrGqMlvdTEVnCbq5KSMMfUhofnM46ogfNzxCette collègue a de si beaux pieds que, lorsque je la vois, je ne lui fais pas la bise, je lui empoigne les orteils et, si elle veut me serrer la main, je tiens à baiser le dessus de son pied. Ainsi, j’alterne les plaisirs. Cela la fait rire. Sans parler, pour répondre à mon salut amical, de l’excitation à la voir se déchausser bien qu’elle soit toujours légèrement chaussée, même en hiver.

L’embêtant, c’est que ça va vite, très vite. Je ronge mon frein le reste de la journée, à ressasser mon action du matin. Je suis comme un loup en cage jusqu’à ce que je la revoie. Parfois, elle est pressée et, comme à tout le monde, elle me tend une joue distraite. J’enrage. Mais j’ai pris à son insu une courte vidéo de son pied avec mon portable. Onze secondes de pur bonheur, que je me repasse tous les soirs en cachette et qui me porte, vous vous en doutez, aux nues.

Les photos tirées de la vidéo ornent les murs de mon bureau. Habilement exposées parmi celles, nombreuses, des pieds de ma femme qui n’y voit que du feu parmi tous ces clichés, bien semblables pour une profane, quand elle vient me présenter ses nouveaux talons aiguilles. Mais les pieds de ma moitié ne sont plus ce qu’ils étaient. À force d’opérations esthétiques, ses pieds trop tendus ont perdu toute expression. On dirait les pieds d’une statue. Le soir, je ne leur rends plus hommage avec autant d’empressement que jadis. 

Foot fetish

images?q=tbn:ANd9GcS422wGYcFXoqijmwTfRx8Pj3j_iUojCRcueY0cp54TmgOH_GfN5HQ_5wMa femme pratique le striptease du pied dans une boîte pour monomanes, retraités de la marche, vieux amateurs de Sandie Show. Elle a commencé par travailler chez Bata Shoes: à force de voir les pieds des autres, cela lui a donné l’envie d’exhiber les siens et elle ne s’est plus arrêtée. Mais pas question de lui voir un orteil dès qu’elle est rentrée, elle traîne dans des paires de chaussettes de laine ficelées aux mollets… même quand on fait l’amour. 

Un jour, n’y tenant plus, le menton orné d’une barbe postiche, et chaussé d’une paire de lunettes noires, je me suis rendu sur son lieu de travail. J’ai apprécié son art de l’effeuillage, qui met autant de temps à dévoiler l’objet des convoitises que si elle enlevait tout ; une experte, pour sûr !

Je suis rentré avec une trique du feu de Dieu et, lors de son retour, ça n’a pas manqué, j’ai à toute force voulu voir son pied nu. Elle m’a traité d’obsédé, m’a dit qu’elle ne voulait pas qu’on lui rappelle le boulot à la maison et m’a envoyé me faire voir. Pendant la nuit, j’ai franchi le pas, j’ai déchiré sa chaussette et violé son peton droit. Depuis, elle est en incapacité de travail pour trois mois et me fait une tête de voûte plantaire. M’en fiche, j’ai pris quantité de clichés de son pied sous toutes les coutures avant de passer à l’acte.

Extrait de Penchants retors, Éric Allard, éd. Gros Textes

http://rionsdesoleil.chez-alice.fr/GT-Editions2009.htm