Les petites incivilités (liste non exhaustive)

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casser une patte à un connard

tordre le clou à un marteau

pisser dans l’œil du cyclone

faire le poirier sur un fraisier

attaquer une petite bielle avec un vilebrequin

se faire prendre en Laurette (en plein congrès du PS)

faire l’aumône dans la nue (et ne récolter que des nuages)

marcher à quatre potes en filles indiennes

rire des endimanchés un lundi aux mains gantées

marquer un but dans sa propre cause

loucher avant d’être marié (avec un(e) opticien(ne))

écraser un moustique de couleur

faire un oeuf coulant avec le blanc cou d’une autruche

manger l’herbe haute d’une girafe

croquer un homme politique sans goût ni tête

craquer une amulette

donner un titre vain à un noble vide

détricoter l’ancien pull marine d’Isabelle Adjani, la lainer

chanter du Léo Ferré avec la voix de Mireille Mathieu, l’aliéner

danser du Jean-Louis Murat avec le déhanché de Christophe Maé, le mater

couper l’auréole à une sainte

copier l’aréole d’un sein 

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femeniser son torse nu d’inscriptions tripales

huiler les mains de son fesseur (et ses doigts au cas où)

solariser les enfants des lointaines galaxies

masquer son plaisir de bien ranger sous des ahanements d’arrangeur bêta.

réunir dans l’évier les instruments d’une sédition contre le lave-vaisselle

peindre avec les pieds le portrait d’un réflexologue plantaire

estomaquer une esthéticienne avec Les Anges de la réalité

aveugler son voyant avec un avenir électrique

augmenter le volume de sa radio des poumons jusqu’à la tumeur

mélenchoniser son auditoire

laisser vallser le PSG sur les Champs Elysées

laisser barjoter les dernières frigides

échanger un livre pour rire du roi de Deborsu contre une météo pourrie de Trullemans

faire le don d’un organe en chocolat à un futur transplanté du foie  

cracher dans la soupe des relations bouillonnes

s’inciviliser sans s’isoler

magnettiser les syndicats

écha(faud)uder l’atmosphère

poétiser dans le désert (culturel)

achever un installateur de panneaux solaires tombé dans le panneau des certificats verts

garder un rire sous le coude pour taper du poing sur le sable avant de rendre la mer responsable de l’absence de goût de l’eau potable

… 

 

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DIX PETITS POÈMES

la poésie

parfois la poésie coule de source

loin des fleuves du dire

dans les bocaux de la littérature

les poissons des mots flottent

entre deux phrases

 

parfois la poésie se couvre de prose

c’est qu’il va pleuvoir

toutes sortes de choses

c’est qu’il va falloir

rentrer sa muse

 

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c’est une maladie

c’est une maladie qui se refile

de père en fils

comme une épidémie

 

aucun médecin

aucun traitement

ne peut la contenir

 

sinon la mère

avec le sirop de ses seins

et le lait de sa folie

 

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dans les musées

dans les musées

les visiteurs

ne posent pas de questions

aux femmes explosées

en petits morceaux

de peinture

 

ils lèchent la peau

écaillée

en découvrant

toutes les réponses

que pose la nudité

à la beauté ensanglantée

 

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la piste

le ciel s’allonge dans mon lit

en déposant ses nuages 

sur l’oreiller

 

parfois

des avions légers

atterrissent au milieu de la nuit

 

je ne me lève pas

pour évacuer la piste

des rêves


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la traversée

d’une seule envolée

traverser l’azur

 

puis tomber amoureux

d’une terre sans espace

 

où la vue seule

aurait la vie sauve

 

tandis que court à sa perte

la ligne d’horizon

 

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les égalités

l’homme ne vaut pas le rat

la femme ne vaut pas la souris

à quoi bon alors

toutes ces histoires d’égalité

entre rongeurs ?

 

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ne pas jouir

pour ne pas

sortir

de la volupté

par la petite porte

du plaisir

 

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essais & terreurs

j’ai bien essayé de manger

mon père et ma mère

mais ce sont des légumes

et je suis un indéfectible carnassier

 

j’ai bien essayé de manger

un fantôme

mais c’est bien inconsistant

à part les draps, c’est du vent

 

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à l’enterrement

à l’enterrement

du soleil

 

pas un chat

à la ronde

 

pas une queue

de radis

 

pas une goutte

de pluie

 

on aurait dit

la fin du monde

 

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avant d’écrire

ne te prononce pas

tire au jugé

tue s’il le faut

pousse au crime

en silence

masque ton envie

de commettre un massacre


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JUNIP: 2 titres

images?q=tbn:ANd9GcSxe1WjdMQ22lKFvHcJwGmpg0Slc4cUXDzZWboA00GD13CJiE7aDLagr0DCnAJunip est le groupe du Suédois José González. Le groupe vient de sortir son second album.

 « (…) C’est probablement là que réside la force de Junip, dans cette façon de sauter avec une cohérence inouïe du baggy au kraut, du folk aride à la pop en arc-enciel. Quand il ne s’agit pas de proposer tout ça à la fois sur un même titre, comme sur l’inaugural et majestueux Line of Fire, qui n’a pas déchaîné les réseaux sociaux pour rien. “Le songwriting reste très frustrant pour moi, conclut González. Il y a toujours un moment dans la chanson où je ne parviens pas à faire ce que je voudrais. Je ne suis jamais pleinement satisfait.” Johanna Seban (Les Inrocks)

http://www.junip.net/

Un homme et une femme, soirée poétique à Cook And book

  • 27158_10200789730801190_1498072712_n.jpgUne soirée rien que pour vous avec des femmes auteures qui assument et assurent leur plume. Carine Geerts, Silvana Minchella et Murielle Lona en mode sensuelle, romantique, révolutionnaire. 

  • Elles seront  accompagnées d’hommes : des poètes Gaëtan Faucer et Éric Allard et des chanteurs : Epolo et Angelo. Cette fois, présence d’une lectrice: Tatiana Marinof. 

  • Soirée à thème, gratuite dans la bonne humeur et les belles rencontres. 

  • « Après nous partageons un verre, nous mangeons ensemble si vous le souhaitez. Nous espèrons de tout coeur vous voir et vous revoir .  » Silvana, Carine & Murielle. 

  •  Où? Dans l’espace SERRE, Cook and Book – Avenue Paul Huysmans, 251 – 1200 Bruxelles (Woluwé-Saint-Lambert)

  • Quand? Le mercredi 15 mai à 19 heures.

  • http://www.cookandbook.com/

Histoires d’eau noires

images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis BILLAMBOZ

Deux auteurs depuis longtemps disparus, deux auteurs presque contemporains mais qui n’avaient rien en commun, sauf peut-être ces deux courts textes qui évoquent des histoires d’eau, des histoires de mer souvent déchaînée, hostile à la gent humaine. Un milieu idéal pour le romancier qui voudrait regarder l’homme aux limites de l’humanité quand presque plus rien ne le relie à ses contemporains, quand son esprit commence à divaguer sous l’effet de la solitude, de l’éloignement, du confinement au milieu d’une étendue sans frontières apparentes.



9782909589022_1_75.jpgLa vague de l’océan

Ambrose Bierce (1842 – 1913)

Ambrose Bierce c’est l’écrivain éponyme qui a donné son titre, « Le vieux gringo », au livre que Carlos Fuentes lui a consacré pour essayer de raconter la vie qu’il aurait pu avoir après avoir disparu en voulant rejoindre les guérilleros mexicains de Pancho Villa. Et j’ai lu ce petit recueil de quatre nouvelles, « La vague de l’océan », juste pour lever un coin du voile recouvrant encore, en ce qui me concerne, la vie et l’œuvre de cet écrivain aventurier qui a participé à la Guerre de Sécession.

Quatre nouvelles, quatre récits de mer, quatre fables loufoques mêlant l’humour le plus noir aux scènes burlesques et macabres : un capitaine jette ses passagers par-dessus bord pour alléger son bateau en train de couler, un équipage tire au sort celui qui empêchera les autres de mourir de faim, … mais trois textes seulement reliés par un personnage récurrent, le Capitaine Abersouth, gros lecteur devant l’éternel privilégiant toujours ses livres aux  navires qu’il fait naviguer entre les pages de ce recueil.

Un texte évidemment daté, fluide et pétillant, empreint de verve, des phrases qui coulent allègrement comme d’amples vagues apaisées qui viennent mourir mollement sur la plage. Des récits qui pourraient trouver leur place dans la correspondance échangée par Louis Sepulveda et Mario Delgado Amparain dans « Les pires contes des frères Grim » ou au voisinage immédiat de l’histoire de phare racontée par Rachilde dans «La tour d’amour ».

Ce recueil est peut-être aussi un aperçu, un raccourci, de la vie qu’Ambrose Bierce a menée, une vie pleine d’aléas ou le hasard gouvernait souvent le sort, où ceux qui décidaient des combats, des guerres, à conduire, du sort des hommes n’étaient pas souvent les plus capables, où finalement le vent de l’aventure poussait inéluctablement le voyageur au gré de son souffle comme il l’a toujours fait et le fera toujours.

 

Rachilde.jpgLa Tour d’amour

Rachilde (1860 – 1953)

« Ho ! Hisse ! Hisse en haut ! » Jean le Maleux est très fier et très heureux, il a été choisi pour seconder le gardien du phare d’Ar-Men, là-bas tout au bout de la Chaussée de Sein, au bout du monde, là où les éléments liquides luttent avec férocité contre les reliquats de roche qui encombrent encore le passage des flots déchaînés. Là où les bateaux viennent se fracasser les nuits d’orage, semant leur cortège de cadavres dans le dédale des récifs.

Et, là, Jean le Maleux découvre son patron, son seul compagnon, un reliquat d’humanité qui se fossilise dans le phare sans jamais retourner à terre, reclus sur ce bout de roc où des bâtisseurs acharnés ont réussi à dresser une tour, ayant rompu a jamais avec les hommes, ayant même perdu son alphabet. Et, Jean, au contact de cet être fruste, découvre la solitude, celle qui peut rendre fou quand le vent chante et hurle dans la lanterne. Même le retour à terre n‘apporte aucune joie, les filles sont trop volages et l’alcool rend malade et fait perdre la tête. Alors, l’homme se retrouve seul face à lui-même et perd progressivement son humanité dans cet univers de violence où les éléments tiennent le sort des vivants dans leur souffle infernal.

« C’est la tour d’amour » qui ne connut jamais les femmes, bien qu’un secret semble peser sur le passé de ce phare ajoutant l’angoisse de l’inconnu à la douloureuse frustration causée par le manque de tendresse et d’amour. « On ne pense plus au péché. On ne songe plus au plaisir. » On ne connaît plus les limites, les mœurs peuvent se déchaîner comme les éléments, de toute façon personne jamais ne saura …

Rachilde nous offre, dans ce court roman, une grande page sur la solitude, la frustration, la limite de l’homme perdu aux confins de l’humanité là où les éléments ont vaincu toute vindicte humaine dans un infernal déluge de vent et d’eau, dans une langue envoutante qui se déchaîne au rythme des éléments, qui chante comme le poète quand la mer se calme et qui jargonne comme un vieux marin un soir de cuite quand il faut évoquer ce reliquat d’humanité qui toujours résiste face aux éléments.