Par humour du Roi

images?q=tbn:ANd9GcSK9Ih8b5DAj2yuIZNcwRs5g3l4SMMTnVd3J8GNC9LB01o-SvodWbdjhJngChaque fois que je rencontre le Roi, me sachant bon public, il fait en sorte de me faire rire. Il s’allonge sur les tables et lève un pied qu’il fait tournoyer, il se fabrique une trompe d’éléphant avec les deux poings serrés levés vers le ciel, il cligne des yeux en cadence, il se fait des cornes, il s’aplatit le nez, il fait mille pitreries qui nuisent grandement à sa réputation. Comprenant le tort que je lui faisais, je me suis éclipsé. Mais quand il ne me voyait pas de deux jours, il réclamait ma présence. Si bien qu’il a ordonné que je l’accompagne dans ses voyages officiels. Dans tous les pays du monde, mon roi a fait le clown, le rigolo de service, rien que pour mon plaisir (il est vrai qu’il me fait rire comme personne).

Sachant combien cette situation affectait son honneur – certains l’appelaient déjà le bouffon de la nation – et, partant, sa carrière, j’ai choisi cette fois de m’exiler, de faire mon deuil du rire royal avant que le pire survienne.

Comme ses services de renseignement lui ont appris que, sur mon lieu de résidence, je dispose d’une antenne satellite, chacune de ses apparitions télévisées est désormais l’occasion d’un récital de pitreries, d’un concert de bons mots, d’un sketch humoristique. Des rumeurs d’abdication courent selon lesquelles le monarque abandonnerait le trône au profit d’un fils sérieux comme un pape.


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in Penchants retors,

Éric Allard

(Gros Textes, 2009)


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