Quatre contes orientaux (II): Un plat décoré de fleurs de lotus

Un soir, Yukiko mangeait du riz préparé par son amant, le jeune Shinoda. Le gâteau de riz était formé de quantité de grains minuscules et blancs. Après en avoir avalé quelques bouchées, elle dit à Shinoda :

  – Ne trouves-tu pas qu’on dirait tous des petits orphelins, ces grains de riz ? Aucun ne ressemble aux autres quand on les examine bien.

  Tout en parlant elle ouvrit son kimono de nuit et en déposa une pincée sur la pente légère d’un sein.

  – Vois comment ils tiennent en équilibre ; on dirait qu’ils s’accrochent par crainte de tomber ! déclara-t-elle en remuant un peu le mamelon par la base pour éprouver sa stabilité.

  – Allonge-toi sur la natte, lui dit Shinoda, nous allons voir s’ils apprécient pareillement les autres régions de ton corps.

  Et Shinoda de tapisser les creux et les monts de son aimée de tout le riz contenant le plat décoré de fleurs de lotus.

  – Dis-moi à quoi je ressemble ainsi !

    Elle en avait partout ; ceux qui se faisaient le plus remarqués étaient naturellement ceux  qui ressortaient sur un fond noir.

– On dirait une invasion de petits vers blancs. Je pense qu’on aurait dû auparavant humecter ta peau avec du citron afin qu’ils adhèrent mieux…

–  Avec tout ça, je n’ai presque rien mangé, dit-elle en picorant les premiers grains déposés qui trônaient toujours sur sa poitrine.  

     Toi non plus, Shinoda tu n’as pas beaucoup mangé, commence par ceux-ci, dit-elle en désignant ceux tombés entre ses cuisses.

     « Ils ont déjà pris le bon goût de mon corps… » 

E.A.

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