Quatre contes orientaux (IV): Une histoire d’infini

Ibtissame s’avança, hardie, au devant de la cage qui enfermait l’Infini. Mais l’Infini n’avait pas dormi tout son soûl et n’était pas rassasié de songes. L’Infini, qui est très grand, la toisa, et lui demanda ce qu’elle avait à offrir en matière de rêves.

   – Ma nudité toute simple, fit-elle en ouvrant la cape qui la couvrait entièrement.

   L’Infini fut saisi de stupeur. Tant de beauté ramassée en si peu d’espace le saisissait plus que les splendeurs de l’univers dont il était coutumier. Et l’Infini lui ouvrit la cage où elle s’engouffra derechef, tout heureuse d’être admise dans le Saint des Saints. Mais à peine avait-elle pénétré le vénéré enclos que l’Infini lui faussa compagnie, sortit et ferma la porte de la cage en emportant la clé.

–         Hé hé hé, croyais-tu, pauvre créature, que j’allais te contempler et sacrifier ma chère liberté pour ta pâle beauté ?

  Et l’Infini de filer, et Ibtissame de verser toutes les larmes de son  corps attristé aux délicates teintes orangées relevées encore par l’éclat de la pleine lune. Mais l’Infini avait menti, il n’avait pensé qu’à aller se dégourdir les jambes immenses dans les pâtures de la Voie lactée ou d’une autre galaxie illuminée telle une galerie marchande sans fin.

   Chaque nuit il venait admirer Ibtissame dormant à poings fermés drapée de sa seule nudité. Pendant les longues journées passées aux confins de l’univers connu et inconnu, il respirait l’odeur de la douce jeune fille demeurée vivante dans la cape qu’elle avait laissée au-devant de la cage refermée en vain. Une nuit, n’y tenant plus, l’Infini vint se coucher aux côtés de la jeune fille. Au matin, Ibtissame, découvrant son rêve endormi dans sa couche, prit, pour se l’attacher durablement, la sage mais ferme décision d’enfermer l’Infini plus sûrement dans une vaste intégrale aux bornes savamment fermées à double tour.

E.A.

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