LES PETITES FABLES de CARLO EMILIO GADDA

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Le dinosaure, échappé du Musée, rencontra le lézard qui n’y habitait pas encore. Et il lui dit : « Aujourd’hui c’est mon tour, demain ce sera le tien ! »

 

 

Et les bœufs dirent aux abeilles : «  Allons ! ce n’est pas pour vous que vous faites du miel, ô ouvrières ! » Et les abeilles répondirent : «  Allons ! ce n’est pas pour vous que vous tirez la charrue, ô bœufs de labour ! »

 

Voyez les lèvres de l’auteur, les paroles sacrées  s’en échappent. Voyez le cœur de l’auteur, les choses sacrées s’y arrêtent.


 

Bref, bref, mes chers amis.

 

Carlo Emilio Gadda : Affreuse embrouille - Ép. 2/4 - De grands ...

 

Un comte ; à la bataille du Mincio, ne fit rien, pas un seul mouvement. Il avait reçu l’ordre de rester sur place : ne pas bouger

Fable qui dit de ne pas se décourager, car le mal n’est que passager.


 

Le Pôle Sud, à peine eut-il aperçu l’amiral Byrd, lui demanda des nouvelles du Pôle Nord. Fable nous apprenant qu’il nous arrive de nous souvenir de nos frères.

 

 

Dans la cohue d’une quinte ou d’une quarte, la dame de cœur fut accusée par le roi de pique d’avoir été vue en compagnie du valet de trèfle. « Pense aux cornes de ta propre couleur », lui dit à voix basse la belle.

 

Carlo Emilio Gadda | Scrittori, Letteratura, Autori

 

La plume dit au panache : « A quoi es-tu bon, fanfaron ? » Et le panache répondit : « A te faire écrire mes louanges. »

 

 

Le crocodile était d’avis qu’on l’avait appelé ainsi pour lui reprocher de croquer. Petite fable pour dire que quand on est susceptible on raisonne faiblement.


 

L’aigle vola longtemps, longtemps. Avant de se percher sur le casque du Kaiser.

 

 

Le canari, voulant se lancer dans la critique, commença par se faire le bec sur un os de seiche.

 

 

La poule, avant même d’apercevoir l’œil de la vipère (dans sa tête couleur café), la foudroya d’un coup de bec. Cette fable en est la preuve : l’indignation, c’est foudroyant.

 

 

Ces Italiens, des frimeurs de soupirs.

 

 

Les dragées, c’est très bon pour les maux d’estomac, lit-on chez Dioscoride ; à condition qu’ils ne soient pas de plomb, ajouta en marge Cisalpino.

 


Un quidam, répondant au nom de La Fava, demanda à l’auteur d’écouter un poème que lui, ledit Le Fava, avait écrit sur la liberté.

« Je préfère l’esclavage », lui répondit l’auteur.

 

 

Un romancier présenta à l’auteur un de ses romans interminables.
« Je le lirai avec le plus grand intérêt », dit l’auteur.

« Merci », répondit le romancier.

 

 

Quand vint la guerre, le lapin se mit à dire: « En avant, les gars ! Allons-y, les gars ! » En l’absence de documents écrits, on ne peut en conclure vers quel chou il voulait aller. (1939)

 

 

Un cadavre de chien, pris dans un tourbillon, vit arriver un cadavre d’âne, qui se mit à tournoyer avec lui.

Et il s’exclama : « Quelle puanteur ! »

 

 

Comme le soir tombait, le moustique se réveilla ; et il entreprit de faire de l’esprit. Vers quatre heures du matin ce n’était plus un moustique, vu qu’une savate l’avait transformé en tache sur le mur.

Petite fable destinée aux beaux esprits à la petite taille ; à chacun d’eux on voudrait murmurer : « Patience ! »

 

La langue « brouillée » de Carlo Emilio Gadda - En attendant Nadeau

 

Elle passait, la patiente caravane, au long de la piste sans fin.
Fable concernant les chameaux, les Arabes, les mulets, les chasseurs alpins et les fourmis encore en vie.

 

 

Un critique, ayant vu se coiffer une blonde, sollicita d’elle un cheveu.

« Pour quoi faire ? » lui demanda la belle d’un ton langoureux.

« Pour le couper en quatre », répondit le critique.

 

 

Le prince favorisa les arts : et les arts furent florissants. Mais le prince qui l’avait précédé avait lui aussi favorisé les arts, et les arts avaient été florissants. Alors ?

Une telle fable en témoigne : pour que les arts fleurissent sous le règne des princes, on n’en est pas à une bêtise près.

 

 

La vache milanaise, plus on la trait, mieux elle se porte.

 

 

Le puant, variété d’âne qui se dresse sur ses pattes de derrière au podium, étant parvenu à l’acmé de ses âneries et, par la faveur de Vénus, jusqu’à l’orgasme, on raconte qu’il éclaboussa de son amour de la patrie la foule abusée.

Cette petite fable nous le propose : du podium il faut se tenir aux antipodes.

 

 

Les habitants de Vit-la-Pointe, dans le canton de La Vulvée, vivent en paix.

 

Traduit de l’italien par Jean Pastureau 

C.E. Gadda (1893-1973)

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Un commentaire sur “LES PETITES FABLES de CARLO EMILIO GADDA

  1. Un expression piémontaise pour exprimer le courage est bogia nen (ne bouge pas) Ca vient en effet de la réponse du commandant piémontais, le comte Giovanni Battista Cacherano di Bricherasio, qui fit dire à l’Etat major qui voulait l’autorisation de se retirer dans des endroits plus favorables « Dite a Turin che da sì nojàutri bogioma nen » (Dites à Turin que d’ici, nous autres ne bougerons pas). Guerre de succession d’Autriche en 1747 🙂

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