BUK YOU

 

1378680_226067677568819_1980792326_n.jpg

333798162.jpgUn hommage à BUKOWSKI 

par des écrivains fans

du romancier et poète américains.

Avec un poème-préface

de Dan Fante

Traduction des auteurs anglo-saxons

par Éric Dejaeger

160 pages- 14 €

Le blog de GROS TEXTES

(avec les nouvelles parutions): 

http://grostextes.over-blog.com/

 

De DONEGAL à BÉTHUNE: 2 textes de Denis BILLAMBOZ

Dona de Donegal

Souvenir d’une soirée magique dans un tout petit pub de Donegal en Irlande où un trio chantait de magnifiques ballades irlandaises.

 

C’était déjà soir

Un soir presque noir

Le vent fouettait

L’averse cinglait

Je repoussai l’huis

Entrai dans le bruit

Dans un océan

De brouillard gluant

Odeur amère

De la bière

 

Feu dans les cheveux

Soleil dans les yeux

La pinte en main

D’une voix d’airain

Du pub la diva

Elle chantait Dona

Un refrain d’Eire

Un hymne fier

De la légende

Du pays d’Irlande

 

Sous l’œil affamé

Du martyr aimé

Bénie par le Saint

Patron  de l’Erin

Chante la fille

Que ta voix brille

Dans les étoiles

Lève le voile

Sur la légende

Qui court la lande

 

Oh kiss me Dona

 

Dona de Don’gal


 



Histoire en béton

 

Elle est en béton mon histoire, en béton et en bitume, c’était un riche gars de Béthune qui se vantait d’avoir fait fortune dans le béton mais personne n’aurait osé prétendre que Madame aurait trouvé bonne fortune sur le bitume. Ca non ! Jamais ! Certes ce n’était pas un grand amour tout juste l’alliance de la bonté et du béton mais surtout pas l’union du béton et du bitume, fût-il de Béthune, quoique ce n’était peut-être que la rencontre du bitume et de la bonté de Béthune. Les histoires d’amour en béton ça n’existe pas même à Béthune, pas plus sur le bitume que dans le béton.


 

008Bethune2011.jpg

Salvatore GUCCIARDO expose à Charleroi

1.55.jpgDu 24 OCTOBRE au 15 NOVEMBRE 2013, de 8h30 à 16h30 (entrée gratuite) la MAISON POUR ASSOCIATIONS de MARCHIENNE-AU-PONT (Route de Mons, 80) vous propose de découvrir les créations de Salvatore GUCCIARDO, peintre et poète sans frontière, autour d’une exposition intitulée FERVEUR ASTRALE.

Le peintre expose une quarantaine de toiles récentes, agréablement mises en valeur dans un lieu habité par les luttes sociales passées et actuelles.

L’exposition est parrainée par l’Amicale des Mineurs des Charbonnages de Wallonie, présidée par Monsieur Sergio Aliboni.

LIENS UTILES

L’article paru dans L’Avenir:

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20131028_00381328

Sur le blog de Derry Turla:

http://fontaine-leveque.blogs.sudinfo.be/archive/2013/10/25/salvatore-gucciardo-a-la-mpa-84905.html

Ferveur Astrale sur le site de la MPA

http://www.mpa80.be/Ferveur-astrale-une-exposition-de.html

i77952093._szw270h3500_.jpg

Toutes les photos du vernissage

https://www.facebook.com/salvatore.gucciardo.940/media_set?set=a.10202046015053298.1274242783&type=3

PID_$860497$_76df8590-3f06-11e3-8ac8-a1b96f0cb43c_original.jpg.h170.jpg

Le site de Salvatore Gucciardo 

http://www.salvatoregucciardo.be/

Extraits de LUMIÈRE NOMADE de Philippe LEUCKX

41

Si l’on déroge à la nuit, juste pour se sentir en écho de souffle, si l’on pose sa pauvreté et ses mots, si l’on demeure ainsi
assis dans l’air qui tombe,
on est là mains qui frôlent le temps et sa matière,
on respire l’espace autour de soi
comme un cœur délivré
délesté de ses peurs.

 

 

42

On tourne autour du vent avec une âme d’enfant et un lasso de regards.
Mais rien n’y fait, rien pour notre prise.
Les pieds sont trop lourds et l’oiseau en nous manque d’ailes.
On se replie sur un pli d’espace et l’on attend.

 

 

43

Je frôle la nuit comme on frôle la vie. La rue m’impose ses rites.
Qui s’habille de noir sait jusqu’où s’épuise l’ombre.
Je vais sous les portes et je me mêle aux suiveurs de fleuve.
Les roses fanées, les rumeurs, les airs fauves, tout s’évente sous un ciel de vasque.
Mais l’envie est plus forte et le destin devant.

 

 

44

Toutes les rues poussent leurs lampes.
On espère voir quelques alvéoles de répit.
On se serre sur des mots de hasard.
Et la nuit vient déjà sur une phrase à peine nourrie de nous.

 

 

 

45

Il te faudra parler une langue du soir, ébruiter tes attaches, seriner quelques mots comme l’on s’adresse au passant attardé qui sème ses chemins.
Il te faudra couvrir l’ombre et te satisfaire du peu, juste un peu de baume sur les terres désolées.

 

 

46

Mais parfois l’âme des blés me convoque
m’intime les mots d’enfance et de grange
me somme de revenir à plus de densité
à l’heure où le lait chaud tombe
dans les cruches
et le fumet des fermes presse l’air des soirs.

 

 

47

On a beau rassembler les années en brassées et se les offrir en rappels sur des rides et des cheveux tout blancs, on est là sur le pas du temps
à mordre l’impossible et à ranger l’imparable.

 

 

4576970-champ-de-ble-dans-le-vent-avec-un-ciel-bleu.jpg

 

Leuckxok.jpgPhilippe LEUCKX est un écrivain et critique belge né à Havay.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Leuckx

Dernières parutions:

  • D’enfances, 2012, Le Coudrier.
  • Métissage, (en collaboration), 2012, L’arbre à paroles.
  • Un piéton à Barcelone, 2012, Encres Vives (F).
  • Au plus près, 2012, Ed. du Cygne (F).
  • Déambulations romaines,(en collaboration), 2012, Ed. Didier Devillez.
  • Quelques mains de poèmes, 2012, L’arbre à paroles.
  • Dix fragments de terre commune, 2013, La Porte (F).
  • Momento nudo, (en collaboration), 2013, L’arbre à paroles.

LES ASIATIQUES AU FAR WEST

billamboz.jpegpar Denis BILLAMBOZ

Deux livres récents qui parlent tous les deux de l’implantation des communautés asiatiques en Amérique, l’un de Julie Otsuka qui raconte l’aventure des Japonaises qui sont venues rejoindre des maris qu’elles ne connaissaient pas encore sur la côte ouest des USA et l’autre de Brian Leung qui évoque la difficile implantation de la communauté chinoise qui a rejoint le Wyoming pour travailler dans les mines. Deux flots migratoires de l’Asie vers l’Amérique, deux épopées particulièrement douloureuses qui ont cependant donné naissance à deux communautés faisant désormais partie intégrante de la grande nation américaine.

 

Julie-Otsuka-Certaines-navaient-jamais-vu-la-mer.pngCertaines n’avaient jamais vu la mer

Julie Otsuka (1962 – ….)

 

L’éditeur nous présente ce livre comme un roman mais, plus sérieusement, on pourrait parler d’un documentaire qui échappe cependant au genre grâce à l’adresse de l’auteur qui a su en utilisant la première personne du pluriel rassembler dans un même « nous » un ensemble d’expériences individuelles qui peut ainsi constituer la chronique, la vie, d’une communauté sans faire un catalogue fastidieux de ses heurs et malheurs. Ce mode narratif a aussi l’avantage de donner au texte une plus grande densité en évitant d’atomiser les émotions et les sentiments dans des histoires éparpillées.

Ces histoires ainsi regroupées forment, malgré la grande diversité des cas, l’épopée, devenue légende, de la naissance d’une communauté nipponne aux Etats-Unis, une légende inscrite selon le cycle : émigration, accueil viril, accouplement brutal, grossesses aléatoires, naissances sans hygiène, mortalité infantile, élevage des enfants parce qu’il ne peut pas être question d’éducation dans de telles conditions. Les dénominateurs les plus communs de toutes les expériences sont la souffrance et l’humiliation avec parfois un oasis de quiétude et même de bonheur pour certaines.

4697187-julie-otsuka-prix-femina-etranger.jpg

Au début du XX° siècle ces jeunes Japonaises, mariées à des concitoyens émigrés aux Etats-Unis qu’elles ne connaissent pas encore, prennent le bateau pour la première fois. Elles sont pour la plupart vierges et ne savent rien de la vie qu’elles ont passée jusqu’alors auprès de leurs parents. Sur le bateau, elles ont déjà la nostalgie de ce qu’elles fuient et l’appréhension de découvrir les maris qu’elles ont choisis sur dossier. Les rencontres avec ces époux inconnu sont souvent brutales, rarement tendres et presque toujours violentes. Les maris dont elles attendaient une vie « à l’américaine » ne sont souvent que des journaliers qui suivent le rythme des travaux agricoles dans les plaines et vallées de la Californie en suivant la route qui conduit vers une autre ferme, un autre chantier, une autre galère. Certaines échappent aux travaux de la terre mais effectuent toujours des métiers peu nobles, difficiles, pénibles, ardus, épuisants, que les blanches ne veulent pas faire. Elles découvrent aussi les blancs, les patrons, les propriétaires, maîtres incontestés des terres, qu’elles doivent obéir sans contradiction et même parfois subir jusque dans leur chair.

Stigmatisées, ces populations étrangères sont repoussées, humiliées, elles s’établissent dans des fermes perdues ou dans des quartiers miséreux, se regroupant en communautés embryons des quartiers japonais qui poussent rapidement sur la Côte Ouest. Et quand, après avoir dépensé des trésors de résignation, d’acceptation, de pugnacité, de persévérance, de souffrance et de douleurs, la communauté commence à assurer ses bases, ses fondations, un mode de vie acceptable, survient la guerre contre le mère-patrie qui génère une réaction brutale, une poussée de racisme, la suspicion, l’inquisition, la déportation, de nouvelles humiliations, de nouvelles souffrances, de nouveaux malheurs…

Un hommage à cette communauté d’origine nipponne devenue américaine dans la souffrance et l’humiliation.

 


20130601_171907.jpgSeuls le ciel et la terre

Brian Leung ( ? – ….)

 

Ce livre qui ressemble à un western, est avant tout, à mon avis, un grand livre d’amour qui est beaucoup trop pudique pour l’avouer, c’est l’histoire rituelle de l’amour impossible entre deux personnes issues de communautés différentes : la fille pionnière du Far West et le Chinois exilé loin de ses terres natales. Deux clans qui s’opposent de plus en plus violemment car les Blancs exploités revendiquant un meilleur salaire, la compagnie a fait venir, à leur grand dam et à leur colère, des Chinois prêts à travailler pour presque rien. Inéluctablement l’hostilité entre les deux communautés n’a fait que croître, les Blancs accusant les Asiatiques de leur voler leur emploi.

1927, un peu plus de quarante ans après les émeutes de Rock Springs dans le Wyoming, Addie rentre à Dire Draw qu’elle a fui  en septembre 1885, après avoir essuyé un coup de feu dans le ventre de la part de l’un des insurgés blancs qu’elle n’a jamais pu identifier même si, au fond d’elle-même, elle sait qui c’est. Dans l’ancien camp des mineurs, elle est considérée comme une héroïne car elle a sauvé deux hommes lors de l’effondrement d’une galerie mais aussi avec circonspection à cause de sa relation avec les Chinois à l’époque du soulèvement. Elle, elle voudrait surtout rencontrer son mari qu’elle a abandonné après les émeutes, pour régler certain compte, et des Chinois survivants des insurrections pour évoquer ses amis disparus.

Elle vivait dans le Kentucky avec un père alcoolique qu’elle n’a pas pu abandonner quand sa mère est partie et quand son frère a dû lui aussi prendre la route de l’ouest. Mais, après le décès de ce père incapable de les nourrir correctement, elle a accepté de rejoindre son frère sur une concession qu’il avait acquise dans le Wyoming mais ce bout de terrain était totalement inculte et ne pouvait pas faire vivre son propriétaire. C’est ainsi que son frère a rejoint la mine à Rock Springs et qu’elle est devenue, avec la complicité d’un Chinois, Wing, chasseur de gibier pour les mineurs.

La vie qu’elle avait organisée avec son frère était bien misérable, elle leur permettait cependant de subsister dans une relative quiétude sur leur lopin inculte. Mais les événements allaient à nouveau lui être contraire, l’hostilité entre les mineurs blancs et chinois prenant de plus en plus d’acuité jusqu’à ce que l’émeute éclate et que les Blancs rasent le camp des Chinois, faisant de nombreuses victimes. Addie se trouva alors entre le fer et l’enclume car la relation amicale qu’elle avait développée avec son complice de chasse, prenait une forme de plus en plus sentimentale qui émouvait la communauté blanche et surtout le mari que son frère lui avait désigné et qu’elle avait épousé uniquement pour ne pas rester seule sur ce territoire hostile.

ECH20242032_1.jpgCe texte dont les chapitres s’assemblent progressivement au cours de la lecture, reconstitue la vie d’Addie qui pourrait symboliser le peuple de pionniers qui a donné naissance à ce nouveau territoire : l’histoire du peuplement du Wyoming, l’odyssée des pionniers qui ont mené une vie de misère et de souffrance pour arracher leur survie à cette terre peu généreuse et l’aventure méconnue de la communauté chinoise qui a, à sa façon, participé, dans la douleur elle aussi, au peuplement de ce territoire. Mais, c’est avant tout, un grand livre sur la tolérance, le respect d’autrui et de la différence, Addie apparaissant toujours comme la médiatrice entre les deux clans qui s’affrontent, malgré l’impossibilité qui semble s’opposer à un rapprochement entre ces deux peuplades.

 Ainsi Brian Leung qui pourrait être un descendant de cette Addie et de l’un de ses amis chinois qu’il met en scène dans ce roman, nous propose un texte très romanesque, une sorte de Roméo et Juliette déguisés en pionnier du Far West, tout droit sortis des pages d’Harrison, de McGuane ou de n’importe quel autre auteur figurant parmi la cohorte des écrivains américains qu’on classe habituellement parmi « les écrivains des grands espaces » ou «  les écrivains du Montana ». Une liste sur laquelle il pourra désormais figurer sans risquer de souffrir la comparaison avec ceux qui y sont actuellement inscrits, tant il maitrise le souffle des grandes plaines dans les pages de son texte. 

Les mots pelés (19): Tombes d’écrivains et autres mouroirs littéraires…

Cet éditeur ne publiait qu’un seul ouvrage de ses différents auteurs. Chaque sortie désolait toujours une poignée de lecteurs.

 

 

Ce libraire prenait soin de délimiter le rayon poésie de sa boutique par des panneaux de danger. Plusieurs fois des lecteurs imprudents avaient été pris d’effroi en constatant l’endroit où ils avaient malencontreusement abouti et leur prise en charge avaient nécessité les soins d’un psychologue spécialisé dans les traumas littéraires. 

 

 

Ma mère ne peut pas me voir en couverture d’un livre. C’est pourquoi je publie si peu ou alors sous des pseudonymes.

 

 

Lors d’un atelier d’écriture particulièrement fécond, cet écrivain produisit deux milles textes sans la moindre importance.

 


Afin d’échapper au harcèlement littéraire dont il est toujours l’objet à l’occasion des lectures qui ont lieu sur sa tombe, le squelette de Rimbaud aurait quitté le cimetière de Charleville pour une fosse commune au Harar. 

 

images?q=tbn:ANd9GcQjUXeITieb5rrWV9qXpSDV2m6E0J-0u6D-_b59OgH281HjjTxYWw

 

Un critique d’air a chroniqué férocement un texte de haute montagne. 

 

 

Certaines personnes deviennent écrivain sur un coup de texte.

 

 

Cet écrivain harcelé par son lectorat demanda l’asile à un organisateur de prix littéraires.

 

 

Cet éditeur avait lancé, uniquement dans les pays avant-gardistes, une collection de livres ennuyeux à mourir à destination des candidats à l’euthanasie.


 

Sur sa tombe, cet écrivain fit graver tout son roman. Faute d’avoir trouvé un éditeur de son vivant.

 

images?q=tbn:ANd9GcTPxKch4xs4-V6MLNbNEs2T3-cvnmZwXW1QzboD1D6nB-Ji89h8Ew

 

Cet animateur en burn-out, au cours d’un atelier d’écriture particulièrement meurtrier, tua trente-six non écrivains avant de se suicider. 



Cet éditeur ne vendait que son catalogue et offrait les livres de ses auteurs.



Ma mère ne supporte pas de me voir écrire. Alors, pour lui éviter cette peine, je me cache pendant toute l’année. Pour le Nouvel An, j’évite même de lui adresser mes vœux.



Chaque fois que je sors un livre, je vais en déposer un sur la tombe du premier éditeur qui m’a refusé un manuscrit. 

 

 

Ma sœur ne lit que les livres coloriés de mon petit frère. D’autre part, à cinq ans, on ne peut pas encore lire les grands livres de littérature pour ados que j’écris entre deux livres pour ma grand-mère.  

 

images?q=tbn:ANd9GcRwnU4QfrxLiDMcexnSJ1UTmQBojxg_mEX2lLywbqTW2M6qk7vlYg

Cet auteur d’aphorismes à succès n’aspirait qu’à écrire des bons mots.



Cet auteur de littérature Jeunesse ne fit pas de vieux livres.


Les narines des poètes inspirés sont pleines de miasmes de muses.

 

 

Chaque jour depuis mes cinq ans je recopie le livre de mon père sans jamais me résoudre à mettre le point final.


C’est lors des lectures marathon qu’on regrette le plus les écrivains sans œuvre.

 

 

J’aime les poétesses toutes lues qui m’offrent un dernier vers.

images?q=tbn:ANd9GcQuRBfR6l--ThXz_x4xJ4bv-_KuVpwtBmp8AtngM0p-wEqL1I3wJA

 

PENCHANTS RETORS, la lecture de Carine-Laure DESGUIN

Christopher-et-Eric-Allard-002.JPGLa lecture de mes Penchants retors assortie d’un dialogue imaginaire, par Carine-Laure DESGUIN.

EXTRAIT:

(…)

« Penchants retors », une centaine de textes tous plus décalés les uns que les autres. Lorsque vous aurez ingurgité quelques unes de ces friandises, vous connaîtrez l’histoire de la majorette et du policier albinos, celle de ce paletot sur lequel sont cousues deux belles mains féminines, celle de ce peintre de narine….Et des dizaines d’autres histoires toutes aussi loufoques et décalées les unes que les autres.

Eric Allard, avec ces historiettes de major, toutes dépoilées, mais cousues d’un humour cynique et d’un surréalisme constant, photographie les scènes de la vie dans un angle. ..comment dire….hypergéométrique à textes variables !

(…)

« Penchants retors », un livre que je vous conseille si vous sentez les stéréotypes de la vie vous envahir ! Soignez-vous, prenez quelques « éricallardises » !

A découvrir dans son entièreté sur le blog de Carine-Laure:

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-118-pour-vous-j-ai-lu-et-commente-penchants-retors-de-eric-allard-120729450.html

La ville des psy

Dans cette ville uniquement composée de psychologues et de psychiatres, le maire est un patient. Un malade mental, si vous voulez, tellement couru des psy qu’ils ont tous voté pour lui aux dernières élections. Le malade règne sur ses concitoyens psy, il se fait un plaisir de les faire lanterner dans la salle d’attente aux dimensions de la ville. Ils patientent au parc Jung, le long du fleuve Reich, au sommet de la tour Winnicott, au pied du monument consacré à Freud, sur la place Lacan.

Enfin, le maire les reçoit dans le cabinet privé de sa résidence personnelle, il occupe le divan comme un trône. Quand il parle, les psy n’osent le déranger, se contentant d’opiner en prenant, au mieux, quelques notes dans un grand calepin relié de cuir. À la fin de la séance, ils lui confirment qu’il est bien le plus grand malade de la ville (même si beaucoup, en leur for intérieur, savent que tel ou tel collègue voire eux-mêmes sont beaucoup plus atteints). Le maire se réjouit toujours d’entendre leurs conclusions qui lui confirment son statut de psychotique profond, donc d’incurable. Il regagne d’un bon pas son bureau de maire à l’hôtel de Ville, après avoir salué sur la route quantité de thérapeutes aimables comme personne ne l’avait été avec lui avant son entrée en politique.

Des psy qui l’appellent entre eux Schreber, du nom du célèbre patient président de Freud. Alors que, comme tout le monde, il s’appelle Miller.

513px-Rue_Sigmund-Freud%2C_Paris_19_%281%29.jpg

Jésus sur le divan

Jésus sur le divan du psychanalyste change le trauma en mots.

– Miracle, s’écrie le psy.

– Attendez, dit Jésus, je n’ai pas terminé.

– Mon Dieu, vous allez faire quoi ?

– Changer la croyance en raison…

– Et encore ?

Jésus se lève et va décrocher le portrait de Freud qui orne le cabinet.

Il lui tend à la place une photo d’Onfray.

Jésus observe le thérapeute alarmé, puis abattu et, bientôt, en larmes.

– Moi aussi, j’ai vécu ça chez moi, dit Jésus, c’est très difficile à vivre…

Pourquoi pensez-vous que je suis venu vous consulter ?

 

psy_divan.jpg

UNE CERISE POUR LA VEUVE MARIGOT de Claire MATHY (éd. Memory)

Le gâteau de la vie

Deux femmes aux deux extrémités du chemin de la vie, Cerise et Marie-Madeleine Marigot, se rencontrent aux Trois Soleils, un lieu transgénérationnel voué à la rétrospective comme à la reconstruction de soi. L’enfant, à la veille de ses six ans, ravive à l’occasion d’une noyade de laquelle elle échappe des souvenirs douloureux chez la femme âgée de septante ans et victime d’un récent AVC. Au début du récit, Marie-Marguerite s’exprime au moyen de nics-nacs alors que l’enfant orpheline peine, elle, à se nourrir. La veuve va peu à peu s’employer à la préserver des aléas de la vie.

Gravitent autour d’eux des pensionnaires comme des membres du personnel soignant du complexe médical, les uns marqués d’un handicap, les autres de particularités pittoresques. Pour la plupart, des inadaptés de la vie et qui ont comme surnom des noms de personnages de conte ou de fiction : Geppetto, Quichotte, Pimprenelle… A leur façon ils vont nourrir le récit qui va conduire aux confidences de la septuagénaire.

Repository?IDR=4410&IDQ=20Claire Mathy joue du contraste entre des teintes semblables assimilables, si on n’y regarde pas bien, à l’uniformité. Elle pointe le singulier dans ce qui a vocation à être confondu, à aller par deux ou plusieurs. Voir à ce sujet l’intervention des triplés du roman qui font la leçon aux fielleuses jumelles sur la nécessité à ne pas vivre en vase clos même si on est issu du même placenta.

L’auteure a le sens de la fratrie et, par conséquent, celui de l’individualité. Au niveau de l’écriture, cela se marque par la précision du vocabulaire et la distinction des métaphores. Par l’onomastique aussi, qui donne des clés et des chemins de lecture. Et des phrases uniques, qu’elle soigne, comme pour leur donner toutes les chances de se débrouiller, de durer dans le maelström de la littérature.

Les personnages sont peu ou prou des victimes de l’illusion d’innocence dont ils se sont un jour bercés. Pour leur subsistance, ils doivent recoller au réel, quitte à devoir employer les armes (le persiflage, la cruauté) de l’ennemi, de l’ogre et se défaire d’un indéfectible sentiment de culpabilité qui les rend responsables de leur propre malheur ou de celui de leurs proches.

Comme dans la course des escargots initiée par Cerise, narrée dans un chapitre, Marie Madeleine s’éloigne peu d’une ligne tracée dès l’enfance. L’enfance, rappelée ou invoquée souvent à l’aube de la vieillesse, est le territoire par excellence où la libido se développe face aux interdits, au risque d’être refoulée à jamais par un surmoi trop puissant ou une bonne conscience coercitive.

Le feu s’oppose à l’eau, synonyme de danger ultime pour les fillettes du récit, et c’est comme si l’eau, pourtant libératrice et régénératrice comme dans la scène ou Cerise et Marie s’ébrouent sous la pluie devait, au final et suivant la belle formule employée par l’auteure, toujours noyer le feu.

 Comme chez Jean de La Fontaine, cité régulièrement par une pensionnaire du home, on retrouve dans la prose de Mathy cette concision du langage, cette densité narrative qui réclame l’extrême attention du lecteur. Hormis dans les lettres de la veuve, où la langue se fait moins ténue, plus déliée…

La narratrice, ergothérapeute, s’appelle Aurore Beauréel et sa fonction sera purement structurelle, celle de modérer et d’organiser les interventions des différents intervenants de l’histoire. Celle aussi d’accoucher une parole qui va donner le récit-miroir tendu au lecteur

Claire Mathy a passé haut la main l’épreuve, souvent périlleuse, du second roman. En faisant (davantage que dans son premier livre) œuvre de fiction, en distribuant savamment les éléments de ce qui constitue déjà un univers romanesque, elle s’affirme comme écrivain et conteuse d’histoires. 

Éric Allard

book359.jpg

Pour commander:

http://www.memory-press.be/index.php/books/show/359