Benjamin PÉRET (1899 – 1959)

BenjaminPeret_small.jpg« Benjamin Péret représentait pour moi le poète surréaliste, par excellence : liberté totale d’une inspiration limpide, coulant de source, sans aucun effort culturel et recréant tout aussitôt un autre monde. En 1929, avec Dali, nous lisions à haute voix quelques poèmes du Grand jeu et parfois nous tombions par terre de rire… Péret était un surréaliste à l’état naturel, pur de toute compromission. » Luis Bunuel



CHOIX DE POÈMES

JÉSUS DISAIT A SA BELLE-SŒUR

Nous avons fait le fumier

pour les fumières

l’évangile pour le crottin

et le malin pour la mâtine

En ce temps-là

la terre avait la forme d’un sabot de cheval

et le reste était à l’avenant

Les tapis précieux

 paraient les arbres les plus nobles

 et les maisons antiques

 tourbillonnaient dans le soleil et la pluie

 Alors une dame passa

 et découvrit son ventre

 

LE LANGAGE DES SAINTS

Il est venu

il a pissé

Comme il était seul

il est parti

mais il reviendra

l’œil dans la main

l’œil dans le ventre

et sentira

l’ail les aulx

Toujours seul

il mangera les asperges bleues des cérémonies officielles

 

LES JEUNES FILLES TORTURÉES

Près d’une maison de soleil et de cheveux blancs

une forêt se découvre des facultés de tendresse

et un esprit sceptique

Où est le voyageur demande-t-elle

Le voyageur forêt se demande de quoi demain sera fait

Il est malade et nu

Il demande des pastilles et on lui apporte des herbes folles

Il est célèbre comme la mécanique

Il demande son chien

et c’est un assassin qui vient venger une offense

La main de l’un est sur l’épaule de l’autre

C’est ici qu’intervient l’angoisse une très belle femme en

manteau de vison

Est-elle nue sous son manteau

Est-elle belle sous son manteau

Est-elle voluptueuse sous son manteau

Oui oui oui et oui

Elle est tout ce que vous voudrez

elle est le plaisir tout le plaisir l’unique plaisir

celui que les enfants attendent au bord de la forêt

celui que la forêt attend auprès de la maison

 

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LES ODEURS DE L’AMOUR

 S’il est un plaisir

c’est bien celui de faire l’amour

le corps entouré de ficelles

les yeux clos par des lames de rasoir

Elle s’avance comme un lampion

Son regard la précède et prépare le terrain

Les mouches expirent comme un beau soir

Une banque fait faillite

entraînant une guerre d’ongles et de dents

Ses mains bouleversent l’omelette du ciel

foudroient le vol désespéré des chouettes

et descendent un dieu de son perchoir

Elle s’avance la bien-aimée aux seins de citron

Ses pieds s’égarent sur les toits

Quelle automobile folle

monte du fond de sa poitrine

Vire débouche et plonge

comme un monstre marin

C’est l’instant qu’ont choisi les végétaux

pour sortir de l’orbite du sol

Ils montent comme une acclamation

Les sens-tu les sens-tu

maintenant que la fraîcheur

dissout tes os et tes cheveux

Et ne sens-tu pas aussi que cette plante magique

donne à tes yeux un regard de main

sanglante

épanouie

Je sais que le soleil

lointaine poussière

éclate comme un fruit mûr

si tes reins roulent et tanguent

dans la tempête que tu désires

Mais qu’importe à nos initiales confondues

le glissement souterrain des existences imperceptibles

il est midi

 

 

LA LUMIÈRE DANS LE SOLEIL

La petite nudité s’ennuie

dans son mil bateau roux

Elle s’allonge comme la mer

comme ses cheveux

Elle demande à la pluie et au beau temps

une ramure de scies

et une corde d’évangile

avec de grandes chandelles de maisons

Elle est si jeunesse et si beauté

que la suie grande coquine

s’approche d’elle avec ses mains de cygne

nettoyées par l’alcool et les vents

Mais la pluie sourit au beau temps

qui caresse les poils des montagnes

et tous deux s’entendent pour chasser les vallées

qui vivent de feuilles et de poussière

de pierres et de bâtons

 

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MES DERNIERS MALHEURS

 À Yves Tanguy

270 Les bouleaux sont usés par les miroirs

441 Le jeune pape allume un cierge et se dévêt

905 Combien sont morts sur des charniers plus doux

1097 Les yeux du plus fort

emportés par le dernier orage

1371 Les vieux ont peut-être interdit aux jeunes

de gagner le désert

1436 Premier souvenir des femmes enceintes

1525 Le pied sommeille dans un bocal d’airain

1668 Le CŒUR dépouillé jusqu’à l’aorte

se déplace de l’est à l’ouest

1793 Une carte regarde et attend

Les dés

1800 Vernir il s’agit bien d’autre chose

1845 Caresser le menton et laver les seins

1870 Il neige dans l’estomac du diable

1900 Les enfants des invalides

ont fait tailler leur barbe

1914 Vous trouverez du pétrole qui ne sera pas pour vous

1922 On brûle le bottin place de l’Opéra

 

 26 POINTS A PRÉCISER

À André Masson

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LE CARRÉ DE L’HYPOTÉNUSE

Première fleur du marronnier qui s’élève comme un œuf

dans la tête des hommes de métal

dur comme une jetée

quand

dans la pluie d’encre qui me transperce de miroirs

tes yeux magiques comme un arbre égorgé

crient sur tous les tons

Je suis Rosa

je t’aime comme la fougère d’autrefois aime la pierre qui l’a

faite équation

je t’aime à tour de bras

je t’aime comme un poêle rouge dans une caverne

Que ta robe de fil de fer barbelé

me déchire avec un grand bruit de vaisselle tombant dans

l’escalier

je t’aime comme une oreille emportée par le vent

qui siffle Attends

Attends que le fer à repasser ait brûlé la chemise de rosée

pour y faire fleurir le reflet du cristal caché dans un tiroir

attends que la bulle de savon

après avoir crevé comme un tzar des taupes

qui ne couvriront jamais les épaules aimées

renaisse dans la poussière assassinée par le soleil devenu bleu

et que je guette par le trou de la serrure

velue

gelée

de la prison de lichens polaires où tu m’as enfermé

attends fils du sel

attends vin de falaise qui vient d’écraser un patronage

attends viscère de phosphore qui ne songe qu’aux incendies

de forêts

attends

J’attends

 


VIRGULE

Matin et soir les enfants édentés tordent la chevelure

qui les habille d’un court-circuit


Matin et soir leur mère pèle ses seins

avec un archet qui ne tourne pas dans la serrure

 

Matin et soir le père met sa moustache dans le placard

pour voir si se métamorphosent les vers à soie

 

 Matin et soir le canari sort de son plumage

et va chercher le journal pour allumer le feu

 

Mais jamais le chien ne brise la vaisselle qu’il déteste

pour appeler les pompiers occupés à tisser de grands éventails

 en barbe de soleil levant

 

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ALLO

Mon avion en flammes mon château inondé de vin du Rhin

mon ghetto d’iris noirs mon oreille de cristal

mon rocher dévalant la falaise pour écraser le garde-champêtre

mon escargot d’opale mon moustique d’air

mon édredon de paradisiers ma chevelure d’écume noire

mon tombeau éclaté ma pluie de sauterelles rouges

mon île volante mon raisin de turquoise

ma collision d’autos folles et prudentes ma plate-bande

sauvage

mon pistil de pissenlit projeté dans mon œil

mon oignon de tulipe dans le cerveau

ma gazelle égarée dans un cinéma des boulevards

ma cassette de soleil mon fruit de volcan

mon rire d’étang caché où vont se noyer les prophètes

distraits

mon inondation de cassis mon papillon de morille

ma cascade bleue comme une lame de fond qui fait le

printemps

mon revolver de corail dont la bouche m’attire comme l’œil

d’un puits

scintillant

glacé comme le miroir où tu contemples la fuite des oiseaux

mouches de ton regard

perdu dans une exposition de blanc encadrée de momies

je t’aime


Pierre Brasseur interprète Allo

http://www.benjamin-peret.org/extraits-de-loeuvre/10/31-je-sublime-1936.html


Tous les poèmes sont extraits du Grand Jeu (1928) exceptés Allo et Le carré de l’hypoténuse qui sont tirés de Je sublime (1936)


LES ROUILLES ENCAGÉES
(1928) 

« En 1928, il écrit un ouvrage à l’érotisme cru et au titre basé sur une contrepèterie, Les Rouilles encagées, qui va être saisi à plusieurs reprises et définitivement autorisé dans les années 1975. »

Lire les textes =) http://melusine.univ-paris3.fr/Peret/Les%20rouillles.htm

 

images?q=tbn:ANd9GcSEyymNp2a3AuzrdsG7U9q90lbE8fh_KSXGHTMsku8cDwcqCGUULIENS UTILES 

Les poésies complètes de Benjamin PÉRET

http://melusine.univ-paris3.fr/Peret/Peret_Poesies-completes.htm

Benjamin PÉRET sur La pierre et le sel

http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2013/09/les-po%C3%A8tes-surr%C3%A9alistes-benjamin-p%C3%A9ret.html

L’association des amis de Benjamin PÉRET

http://www.benjamin-peret.org/

André Breton lit 2 poèmes de PÉRET

http://www.benjamin-peret.org/bibliotheque-sonore/333-andre-breton-lit-deux-poemes-de-benjamin-peret.html

Benjamin PÉRET, au lendemain de la guerre, s’exprime à propos de Sartre, de la poésie de la résistance…

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