LES MOTS PELÉS (20): Prix littéraires et autres défections automnales

C’est la saison des prix et des livres morts.

 

 

Le prix littéraire vola longtemps, longtemps. Avant de se poser sur un livre qui n’en avait pas demandé autant. (d’après C.E. Gadda)



Il y a des écrivains qui pourrissent la vie des lecteurs. Il y en a d’autres qui nourrissent la vie des jurés de prix littéraires. C’est parfois les mêmes.



Les écrivaines de prose dure ne supportent généralement pas la légèreté des poétesses en vers. Moi, ça m’est égal du moment qu’elles donnent livres courts à mes dé-lires.



Ma mère met du temps à enregistrer les nouvelles. Ainsi elle ne sait pas que j’ai reçu le Nobel et vient seulement de me féliciter pour la réception du Prix du Premier roman.

 

 

Je ne mets jamais la photo de maman en 4ème de couverture de mes livres : « On dirait que tu as honte de ta mère ! » m’a-t-elle reproché.


 

Mon père et ma mère n’avaient que mon prénom sur leurs livres: j’ai été un enfant broché.



Ce poète périclite, il se met tout doucement à écrire des romans.

 

  

On ne tond pas les mots des romans moutons pour faire l’hiver des pull en vers.  

 

 

Ce libraire vend aussi ses livres au détail. Et pas seulement de la poésie. On peut ainsi se procurer les bonnes feuilles de Gavalda ou de Coelho, à suçoter pendant un match de foot en couleurs commenté au Black par Stéphane Pauwels, l’écoute d’un album francegallien de Jenifer ou une émission facile à chanter du Sébastien de Cyril Hanouna.

 

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A chaque rentrée de livres, ce libraire fait son Jean-Edern, il balance un bon tiers de la production par-dessus l’épaule. Pour le reste, il s’en sert comme de papier à tout faire, se contentant de vendre les classiques de l’année précédente, ceux qui ont résisté à tous ses besoins.



Au changement d’heure d’octobre, ce lecteur infatigable lit un livre de plus.

 

 

Ma mère a écrit ses mémoires dans lesquels son éditeur de fils est tourné en ridicule. Je fais actuellement pression sur mon comité de lecture afin qu’il refuse le manuscrit.



Quand il promène sa flemme, cet auteur à la traîne tient sa prose à la laisse de peur qu’elle ne coure après un vers.



Nouvelle volée de bois vert à l’Académie française : les Immortels font brûler dans un feu ouvert leurs chefs d’œuvre. Des flammes infinies s’élèvent de l’autodafé.



Ce préfacier incertain demande toujours à un autre écrivain de préfacer ses préfaces.

 

 

Cet écrivain bipolaire alterne chapitre survolté et chapitre angoissé. Il écrit des romans fous.



Bien que cet écrivain supprima toutes les virgules de son texte pour en accélérer la lecture cela n’augmenta pas d’une unité le nombre de ses paresseux lecteurs.


 

Ce romancier trop complaisant se laisse toujours dicter sa conduite de l’intrigue par ses personnages qui le conduisent toujours dans des impasses parce que ce sont des cons

 

 

Chaque jour cet écrivain prend l’avion, deux trains, un métro et un quad pour être à l’heure à l’écriture de son roman.



Exceptionnellement cette année le prix Gong cool n’a pas été attribué à un auteur de haïkus mais à un romancier de Fukushima arrêté dans son développement. 


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