Mes avis

votreavis3.jpgSollicité pour donner mon avis, je le donnai avec l’espèce de désinvolture qui me caractérise et qui, je veux le croire, est la qualité qui a motivé mon recrutement. À mesure que j’en délivrais, maintenant dans un cadre professionnel, mes avis se sont étoffés en s’appuyant sur des critères d’ordre scientifique. On ne les écoutait plus comme avant, on leur prêtait désormais une oreille attentive, scrupuleuse et non plus amusée. A tel point qu’ils furent reçus avec de plus en plus de solennité, et je pesais alors chaque mot de mon argumentaire, devenant en quelque sorte, le temps de mon examen, un expert de l’objet à critiquer.

Peu à peu, je compris que mes avis ne se distinguaient plus des autres avis et qu’ils avaient perdu la spontanéité qui, aux yeux de mes employeurs, avaient fait leur singularité. Je fus poliment remercié, autrement dit licencié.

Désormais je ne donne plus mes avis sur rien. Je me contente de m’aviser en secret, en mon for intérieur, de quantité de sujets sans importance, sans jamais dépasser mon domaine de compétence, fort restreint comme on le sait désormais, en me demandant toutefois si je ne le fais pas trop haut, trop fort, car je ne demande pas à retrouver un emploi de sitôt.     

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