TROIS POÈMES MORTELS

« Rien ne sert de mourir, il faut mourir à point » Jules Renard

  

L’anniversaire

 

je ne veux pas que tu souffres

quand j’aurai un an de plus

ou même dix ou même cent

 

je ne veux pas que tu souffles

les bougies de mon anniversaire

qu’elle soit de cire ou d’encens 

 

je veux que tu vives à ton goût

sans l’odeur d’os sous ma peau

même si au fond tu t’en fous

 

de la différence des ans

voici un revolver tout neuf

il suffira de t’en servir

 

quand tu en auras assez

de mes gémissements

je te demande seulement

 

de m’enterrer avec mon complet blanc

celui que je portais en tant que parrain

lors de ta première communion

 

 

 

Comme tu verras


je n’ai presque rien changé

j’ai juste déplacé la chaise

de la cuisine au grenier

 

j’ai même éteint la télé

qui repassait un vieux numéro

de notre feuilleton préféré

 

j’ai tapé ton nom trente fois

sur un clavier histoire

de faire fonctionner mes doigts

 

j’ai tout remis en place

pour ceux qui viendraient après

libre à eux de tout chambouler

 

j’ai bien accroché la corde

avec un clou et un marteau

j’ai bien fait mon nœud pour une fois

 

je n’ai presque touché à rien

comme tu verras juste je suis 

descendu pour t’écrire ça

 

 

L’atelier du fauve


dans l’atelier du fauve

j’ai essayé tous les félins

l’un après l’autre

 

puma jaguar lion léopard lynx

 

quand je suis arrivé au tigre

j’ai su que cette fourrure

ces yeux ces dents ces griffes

 

c’était ton cadeau pour moi

 

E.A.

 

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KING CRULE présenté par Hitchcock

« Archy Marshall, son vrai nom à l’état civil: 19 printemps fêtés le jour de sortie de ce premier album longuement attendu, une tête à écumer les pubs pourris du quartier depuis ses 14 ans et une gouaille de jeune désœuvré qui traîne sur les parkings Tesco le dimanche en jetant des cailloux sur les pare-brise des bagnoles qui passent. On ne s’étonnera pas alors d’entendre sur 6 Feet Beneath the Moon la rage blasée d’un gamin énervé par l’Angleterre 2.0, par les aléas de la postadolescence comme par sa condition de gosse dépressif. »

Ondine Benetier (Les Inrocks)

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http://kingkrule.co.uk/

FOLLE IDOLE (à propos de l’expo Warhol à Mons), par Thierry RIES

Elle s’est abattue sur la cité.  S’exhibe, placarde ses stars et starlettes , cingle ses rouges, pétarade son cocktail relevé de mauves et d’ oranges. 

Fleurs et fruits sur les faces automnales de la petite cité en chantier. Terre promise d’une langueur à suçoter.

Voici la déferlante que l’on attendait. Passionnément. A la folie. Qui oserait dire  pas du tout, se dresser contre l’aliénation collective?

 

Folle idole. War-Oil.


Nous observons les files qui battent le tarmac, un peu navré d’être noir. Comme nous il rêverait volontiers d’un lifting fluo. Après tout, pourquoi ne serait-il pas fou, lui aussi? Tout repeindre, racler l’ancien continent, le goudron qui colle à nos plumes.

L’on s’amasse. Ça ruisselle, ça inonde. La pente glisse de jeunisme. Un dieu s’impose, nouveau comme une évidence.

 Renouant avec leurs fiévreux avants, les provinciaux  replongent nostalgiques dans une époque aux promesses criardes. Jeunesse déchirée comme deux Vietnam défoliés, dans une course au pétrole raréfié, ne soufflant ici que par les dimanches sans voitures.

Serait-ce l’oubli momentané de l’Europe nouvelle? Une promesse en chasse une autre. 

On se hisse dans la cour du temple. Le spectacle est à la mesure de ma curiosité. Derrière, la foule nous pousse. Fébrile. Quelle jouvence!

Nous sommes dans le tout cytise, sautant aux nues sur des grappes ayant contracté la jaunisse, et autres psoriasis trop colorisés.

 

 Folle idole. War-Oil.

 

Elle peut encore provoquer, elle redescend les combles des septante glorieuses, pour une rééducation de l’oeil en passe d’être terni.

Du neuf, si neuf que l’art post-nouveau ne pourra plus que persuader. Récupérer.  Techniciser.

Que ne ferait-on pour devenir?

 

Au temple blanc, nous n’osons dire mot, à peine penser autrement, étonnés de la psychose collective. Rires en catimini. Il est de bon ton d’adorer l’étoile ressuscitée.

Quelque part sur le vieux continent, une génération a rejoint ses flowers powers, nouvelles fleurs de Back aux rires de mondanités d’un temps à rebours.

l’élixir est si bigarré, qu’il parviendrait presque à masquer à l’équipe jouant à quinze, ses vareuses provinciales, égarées dans la mêlée des grandes gloires.


L’artiste avait finalement vu juste, l’on n’a pu arrêter les fac similés,  la pandémie d’une armée de macro-processeurs répliqués en masses irrattrapables  par le grand télécopieur du nouveau millénaire. L’idole avait perçu les vents favorables, elle s’en est repue à  grands coups de tirages. La mort elle-même ne pourrait étrangler tout ce bleu pétant, renvoyant aux cieux d’augustes augures, chavirant dans l’ivresse du nombril la panacée organisée.

 

Folle idole. War oil.

 

Du veau d’or au vaudou,  tous vautrés. 

Nos boussoles affolées, extases argentiques, nostalgiques de lointains deltas. 

Et voici que nous gravissons à nouveau la montagne blanche,  BAMacool, vers  les évangiles de la septième décennie. Et l’oubli de nos arthrites laissées aux porte-manteaux contre quelques ivresses de plus.


On est prêt à toute débauche des sens, unifiés.
Pourvu que l’on puisse glisser dans le bain des foules, sur le pont reliant aujourd’hui à hier, dans un délire insouciant de facilités.

No sorry, So easy.


L’idole s’expose à bien des bouches bées.

Des dieux sont tombés sur la tête. Ils ont atterri, mortels immortels, cognitifs, systémiques, pavloviens.
Dans un Contre la montre hyper tendance. Contre quatre décennies du Verseau. Contre un continent outre, un contingent ivre d’airs conditionnés.

 

 Folle idole.  War-Oil.

Dans une autre salle, les vidéos s’auto congratulent; nous assistons amusés au ballet composé. Teintes atrophiées, narcisses voguant sur leurs côtes flottantes.

Un art prédigéré  aux chairs préemballées. « Subliminés « , conditionnés, entre tics et tocs, se serrant en file indienne comme les immigrants du temps d’Ellis island, les visiteurs me semblent des filets d’américain préparé. Et je ris seul, participant à la divaguation globale.

Je sors  en sueurs, retombé contre mon enfance,  je revois les écrans de feu ma folle fool, mon illusionniste Amérique.

L’on ne peut que quitter, les yeux débordent. La foule retrouve les pierres grises de la ville, autrefois griseries, maintenant grises mines.

 

War-oil. Folle idole

 

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http://www.bam.mons.be/events/andy-warhol-life-death-and-beauty 

Thierry RIES sur Arts & Lettres

http://artsrtlettres.ning.com/profile/ThierryRies

Philosophie: Proust par Mauro Carbone

Remarquable émission à propos de Proust, animée par Raphaël Enthoven, tant sur la forme (filmée en un seul plan séquence de 25 min) que sur le fond: le temps chronologique & le temps à l’état pur, la transformation d’un homme en écrivain, la contradiction entre la survivance et le néant… 
Avec l’analyse de 2 photos à la lumière de l’oeuvre proustienne: celle de Lewis Payne (relevée par Barthes dans La Chambre claire) et celle de Richard Drew, The Falling Man, sur un homme tombant d’une des « tours du 11 septembre ».

A (re)voir sur Arte.tv

http://www.arte.tv/fr/proust-mauro-carbone-est-l-invite-de-raphael-enthoven-dans-philosophie/7750094.html

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HOMMAGE AUX PASSEURS DE POÉSIE, par Philippe Leuckx


P.Leuckx.jpgHOMMAGE AUX PASSEURS DE POÉSIE

(ébauche n°3)

par Philippe LEUCKX


Pas un seul jour ne se passe pour moi en poésie sans penser à mes amis poètes qui ont tant œuvré pour la faire connaître dans les revues, les journaux, les anthologies, les éditions et les rencontres…

1. 1994-2000

Quand j’ai commencé très tardivement – à près de quarante ans – dans le petit monde de la poésie belge, j’ai eu la chance comme beaucoup d’autres d’être épaulé, soutenu, commenté par des critiques qui passaient le plus clair de leur temps dans les poèmes des autres : Roger Foulon, Marcel Hennart, Frédéric Kiesel, Renée Lemaitre, Luc Norin, Jacques-Gérard Linze, Emile Kesteman, France Bastia, Louis Sarot, Michel Voiturier, Françoise Lison (tous trois au « Courrier de l’Escaut »), qui oeuvraient dans des lieux propices à la poésie : « Le Spantole », « La Revue générale », Les apéritifs des poètes (malheureusement disparus), « Nos Lettres », « La Cité »(hélas disparue, avec les articles de G. Bergé et de L.Noullez) , « Le Journal des poètes », « Le Soir », « La Libre Belgique », « Le Mensuel poétique » (défunt), « Dixformes-Informes » (revue tenue alors à bout de bras par Philippe Brahy), « regArt » (27 numéros jusqu’à la disparition de Mimy Kinet , où lisaient Claude Donnay, Pierre Schroven, Hélène Dorion, Christophe Papon, …), « Ecrits vains » (Eric Dejaeger les mua, avec Paul Guiot, en « Microbe »), de grandes figures (Haulot, Verhesen…) transmettaient leurs ferveurs (Maison internationale de poésie, Biennales, Le Cormier…), de précieuses maisons d’éditions accueillaient de jeunes écrivains (L’arbre à paroles, Le Taillis pré, Unimuse, Tétras Lyre, Talus d’approche, L’atelier de l’agneau, Les Eperonniers et la collection FEUX – dirigée par Liliane Wouters -, les anthologies (de Joiret, Namur, Wouters chez divers éditeurs : Taillis pré…) qui s’ajoutaient à celle de 1976, copieuse, chez Jacques Antoine.
A l’Association des Ecrivains Belges, dans le Grenier d’Ombret à Amay, à l’Eden de Charleroi, au Grenier Jane Tony ( au Zavel, au Sirtaki ou ailleurs), les livres et les poètes circulent.
En voici quelques souvenirs, quelques éclats :
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Philippe Mathy, Anne Bonhomme, Gneviève Bergé, en décembre 1994 à Amay. Philippe présentait mon premier livre et Geneviève celui d’Anne, « Urbi ».
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A l’initiative des fondateurs de l’Arbre à paroles, Francis Tessa et Francis Chenot, et à celle de Monique Dorsel, nous nous sommes retrouvés, en septembre 1994, au Théâtre-Poème pour fêter le poète emblématique de « Marginales » et du « Vin noir de Cahors », Albert Ayguesparse, alors âgé de nonante-quatre ans. Jacques De Decker et Jean-Luc Wauthier se sont entretenus avec l’ancêtre notoire et chacun de nous y alla d’un petit fragment des « Œuvres poétiques ».
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L’incontournable André Romus adoubait, par ses lectures (dans « Le journal des poètes ») et ses présentations (à Amay) de jeunes écrivains : Logist, Saenen, Delaive, Donnay, Massaut…
Avec ferveur, légèreté, sans aucune naïveté et du peps!
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Mimy Kinet, « mère-poésie, faisait pareil avec d’autres, qu’elle lançait, encourageait, soutenait : Marc Dugardin, Pierre Schroven, Claude Donnay, Aki Roukas, Hubert Antoine…lui doivent beaucoup. Dommage qu’elle reçut elle-même, alors, si peu de crédit critique (et de récompenses!), à l’instar de l’admirable Falaise, pour une œuvre aigüe, hypersensible, unique.
Son « Discours du muet » (ça ne s’invente pas, en matière de négligence critique dont elle fut VICTIME) reste une œuvre parmi les plus belles de ces années-là : 1994).
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« Sources », à Namur, était un foyer très vivant, par les volumes imposants des revues, par l’équipe réunie autour d’Eric Brogniet : que de découvertes en poésie étrangère traduite!
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En Hainaut, « Remue-Méninges », animée par Pierre Schroven, Salvatore Gucciardo et Eric Allard ou l’éphémère « L’arbre à plumes » (J. Merckx).
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Alors, « La revue nouvelle » consacrait quelques pages à la poésie (notes et articles de Colette Nys, L. Noullez…)
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A Anvers, « Archipel » d’Alain Germoz, dans des numéros soignés, tissait des ponts entre poésie francophone et poètes étrangers traduits.

2. 2001-2014

Les passeurs d’aujourd’hui, nous les connaissons et le monde de la poésie a quelque peu changé, comme le monde de l’édition. De nouveaux éditeurs (Maelström, La lettre volée, Le Coudrier, Esperluète, Les Carnets du Dessert de Lune…) sont venus relayer le travail des poètes.
Tant de revues disparues, parfois après tant d’années d’aides et de services !
Mais les nouveaux médias, de jeunes figures sont apparues, avec de nouveaux atouts : les blogs, les sites, les recours aux radios, les réseaux…
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Mélanie Godin est une forcenée de l’activisme poétique. Aux commandes de plusieurs émissions radiophoniques qui donnent une nouvelle résonance, un autre écho aux productions d’aujourd’hui (sonaLitté , poésie à l’écoute sur radio panik), nouvelle recrue des « Midis de la poésie » (à la suite de Michel Ducobu), elle apporte, en outre, dans « Les carnets et les instants », ses regards critiques sur la poésie.
Sa force : ne se revendiquer d’aucune chapelle, puisque, n’étant pas auteur, ni critique associée à une maison d’édition, elle échappe aux réflexes d’ascenseur de réputation!
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David Giannoni, chez Maelström et à l’Arbre à paroles, chaussée de Wavre, au 364, a ouvert boutique de poésie et lieux d’échanges.
Ca bouillonne : prix Gros Sel, promotion de petits éditeurs rassemblés dans un étroit passage, bourré de recueils de poésies francophones et traduites, fête de poésie en mai, rencontres multiples…
Il s’est entouré de jeunes auteurs et artistes : Pottel, Wauters, Tholomé, Schroven, aptes à insuffler un nouvel air à un genre jugé parfois moribond, guère relayé par les médias, la POESIE, jugée hors du temps, hors du coup par les marchands littéraires qui préfèrent vendre des produits facilement accessibles dans toute l ‘essence du terme, calibrés…
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Le renouvellement poétique passe aussi par des démarches orales. Des poètes comme Théophile de Giraud, Vincent Tholomé ou encore Dominique Massaut privilégient le travail gestuel, oral de mise en pratique de la langue poétique, lors de performances improvisées, expressives…
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D’autres éditeurs et/ou anthologistes ne sont pas en reste : le travail de sape d’un Yves Namur pour dégotter depuis le milieu des années 90 de nouvelles figures poétiques. Au Taillis Pré, à l’Académie Royale de Littérature, à la Bourse Spes, au « Journal des poètes », dans les jurys, il met en évidence de jeunes auteurs nés au détour des années 2002/2009 : Fabien Abrassart, Otto Ganz, Antoine Wauters, et plus récemment, Maxime Coton et Eric Piette ou encore Fadhani, Pascal Leclercq.
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Le Cormier poursuit une activité née dans l’après-guerre. A Fernand Verhesen ont succédé Soucy, Jones, Leroy.
Parmi les créations poétiques de cette maison exigeante : Corinne Hoex, Hubert Antoine, Luc Dellisse, Eric Bogniet, Nunez-Tollin…

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Le Coudrier, depuis 2001, dirigé par Joëlle Billy a mis en évidence sinon révélé
de nouvelles voix : Jean-Michel Aubevert, Antoine Wauters, Ben Arès, Véronique Wautier, Anne Bonhomme, Anne-Marie Derèse, Piet Lincken, Dominique Massaut, Tristan Sautier, Claude Donnay, …
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Esperluète accorde au graphisme et à l’illustration d’ouvrages poétiques un intérêt égal à celui des textes : Christine van Acker, Pascal Leclercq, Colette Nys, Françoise Lison parmi bien d’autres…

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Jean-Louis Massot, Ardéchois et Belge, lance des éditions empreintes de recherche, d’inventive poésie : des auteurs comme Guivarch, Blondiau, Pittau,
Garnier, Autin-Grenier, e.a. ont, grâce à lui, une belle lisibilité.
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Récemment, une maison d’édition spécialisée dans la (re)découverte des littératures slaves, M.E.O., sous l’égide de Gérard Adam, s’est lancée dans la publication de poètes belg
es (Lincken, Forget, Baba, Coran, Magnès, Thomassettie…)
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L’arbre à paroles – quinquagénaire – offre aujourd’hui, à côté des collections classiques, une nouvelle piste de création, IF, sous la houlette d’Antoine Wauters, qui révèle ou redécouvre des auteurs comme Ioanid ou Logist.
Parmi les poètes : Pierre Dancot, Claude Donnay…
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Depuis 1990, Marie-Clotilde Roose anime, à Tournai, après divers lieux bruxellois, « Le Cercle de la Rotonde », qui accueille tout ce que la Belgique francophone a de poètes! A raison de deux ou trois auteurs par soirée! Plusieurs anthologies (dont l’une chez Memor) rendent compte de ce travail constant.
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Tant de revuistes, regroupés ou seuls aux commandes, dans des revues qui ont confirmé : Paul Mathieu, Patrice Breno, à « Taversées »; Claude Donnay, Gérard Paris, Agnès Doyen pour « Bleu d’encre »; Eric Allard et son blog « Les Belles Phrases »; Pierre-Yves Soucy pour la belle revue « L’Etrangère » qui a donné voix à des Belges et à des écrivains étrangers (je pense à Rannou); l’équipe du « Journal des poètes » (la plus ancienne revue) : Jean-Luc Wauthier, Marc Dugardin, Lucien Noullez, Philippe Mathy, Paul Roland, Gaspard Hons…; Joseph Bodson tient les rênes de  » Reflets/Wallonie-Bruxelles »…; « Les Elytres du Hanneton », longtemps gérés par l’insatiable de nos Lettres, Emile Kesteman…
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De jeunes revues sont nées : sous les auspices de Logist, Norac, Colaux, Delaive (Le Fram), ou de Wauters, Ben Arès et Besschops (Matière à poésie)… et hélas mortes, après de louables services.
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Parmi les nouveaux éditeurs apparus depuis 2000 : « Les Déjeuners sur l’herbe » à Merlin (Hainaut picard), sous la direction de François VanDorpe et de son épouse Pascale, avec un lieu d’échanges (dans une ferme restaurée), un site de promotion des livres d’ici et d’ailleurs (Le Saule-Tétard), des rencontres autour des livres (soignés : les maîtres de maison sont graphistes et/ou artistes et musiciens…) : Paul André, Jacky Legge, Michel Voiturier, Marianne Kirsch, Danielle Gerard…
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En Picardie aussi, « Le front aux vitres » (Philippe Mathy et Véronique Esprit) accueille poètes, peintres (expositions aux cimaises de la maison des hôtes, à Brunehaut) : Vandycke, Di Gregorio, les amis-poètes (Dugardin, Namur, Wauthier, Nys, Lison, Imberechts…)
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Passage de relais au Tétras Lyre, au riche catalogue depuis 1989 : à Marc Imberechts, Dacos et Jean-Marc Simar a succédé une équipe de très jeunes (autour du poète/cinéaste hainuyer Maxime Coton, toujours le benjamin des poètes belges de renom, né en 1986!) : toujours autant de talent pour allier recherche graphique et création poétique. Pierre Warrant, Corinne Hoex…

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Poème 2 a sans doute moins d’obédience que l’ex-Théâtre Poème, peut-être parce que la diffusion de l’organe est moins systématique que celle du « Mensuel »!
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Les Maisons connues de la poésie (Bruxelles – Amay – Namur) et les Marchés de la poésie et du livre (Namur – Tournailapage…) ont offert d’autres possibilités d’échanges et de découvertes.
Des traces.
Un souvenir? Début des années 2000, était-ce 2004? ou 2005? Nous nous sommes retrouvés à Namur, en rang d’oignons sur des sièges de fortune, pour faire fête au plus grand poète vivant, le petit Schmitz. Jacques Izoard, Karel Logist, Lucien Noullez, le grand Wauthier et moi-même…

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Un autre?
Un hommage improvisé au grand Hennart à l’occasion de l’avant-dernière publication chez Rougerie. Dans une demeure privée à Bruxelles (Madame André). Vers 2004. Lucien Noullez, Colette Nys et d’autres étaient là pour le présenter, le questionner. Et l’on avait admiré une fois de plus les ressorts comiques, humains et pétillants d’intelligence de Marcel, poète aujourd’hui bien négligé.

3. Où va la poésie?
A défendre? Dans un contexte si difficile?
Et comment?
La diffusion, l’écho, le public ont changé, certes.
Des structures éditoriales ont encore la possibilité – sur fonds propres et/ou fonds de l’ARLLFB – de publier quelques livres de poésie par an (cas du Coudrier, Tétras Lyre, Le Taillis pré, Le Cormier, Esperluète). Ou plus , mais guère , une douzaine, à l’Arbre à paroles. Les tirages restent, par rapport à la prose, confidentiels (entre 100 et 500 ex.la plupart du temps).
Le nombre restreint de revues de création et de critique poétiques ne favorise pas totalement l’éclosion et la défense de nouvelles voix :
on peut compter, après quelques disparitions récentes (Le Fram – Matière à poésie/ Langue vive – revue L’arbre à paroles), sur « L’Etrangère », « Le journal des poètes », « Bleu d’encre », « Traversées » (plus de 65 n°), Le Non-Dit, qui fête ses 25 ans d’existence, L’Inédit Nouveau…et la question de la survie de ces revues tenues à bout de talent, de générosité, d’investissement personnel par des poètes que l’âge fragilise (Paul Van Melle, Jean Dumortier…)