HERVE BOUGEL – TRAVAILS suivi de ARRACHE-LES-CARREAUX

images?q=tbn:ANd9GcTYeIh_40eQ3e8tELt15eqoVFgVmbu_6gtmnNmzQGe9_DBBSkgxIQpar Philippe LEUCKX

 

Douzième ouvrage du poète-éditeur du pré # carré , « Travails » propose seize longs poèmes aux vers très brefs et dont la verticalité tente d’épuiser la lente, longue, épuisante pesanteur des mondes du travail.

Bougel, qui a donné le très beau « Petites fadaises à la fenêtre » (La Chambre d’échos, 2004), aime assurément tirer parti de ses expériences en phénoménologue du quotidien, dit non poétique, pour en tresser de longues laisses forcément poétiques, par le choix et des matériaux et des matières thématiques.

1464_472_1816241-2475746.jpgIl y a donc, sous la plume d’Hervé Bougel, toute une volonté de cataloguer les divers métiers, qu’il ne veut guère appeler TRAVAUX, puisque sans doute ce terme s’emprisonne de sens trop limités, comme l’expression des panneaux « ATTENTION TRAVAUX ». Son « TRAVAILS », néologisme singulier d’un pluriel consenti obsède et donne droit à de très longues explorations, datées, des petits emplois occupés des années soixante-dix aux années quatre-vingt-dix.

TRAVAILS de garçon de café, de postier, d’éducateur-accompagnateur, de bûcheron, d’aide-cuisinier etc.  sans oublier ceux de l’usine avec ses bruits récurrents.

Le tableau souligne autant la précarité, le désir d’amitié, la mélancolique réminiscence d’années perdues que la description quasi entomologique d’une chaîne de travail avec ses « clang, bing, dang, beng »,  onomatopées de la bruyante machinerie et ses « boîtes /De fer étamé ».

L’occasion nous est donnée de plonger en arrière, avec ses codes, ses refrains, ses allusions (Place de ma mob), comme pour partager une vision unanimiste d’un réel qui soit à la fois source de soi, autobiographie poétique, et injonction douce à revenir à ces temps-là, décidément bien éloignés, décidément si proches de notre perception.

La poésie de Bougel (cinéaste aussi à ses heures pour capturer le réel des gens du réel) nous oblige à regarder de plus près, à nous souvenir des modes, des guerres, des pertes :

« Visage

Agité de mille tics

Lubies fantasmes

Zozotant

De toutes ses dents »

tel portrait d’insupportable « petit chef », ou

émotion pure de l’ami disparu (et qu’un Nucera eût beaucoup aimé pour la sobriété et l’incisive netteté du regard porté) :

« Lui tel mon frère

Bien plus fort

que moi le maigre

L’osseux

Et appuie et manie

Si fort son outil

Que sa quille

Eclate

Et aille à la mer

Et le voici

Qui vole

Désailé

Et sans rebond

S’écrase le dos

La colonne vertébrale

Et toute la structure

Sur une poutre au sol

Placée

Tandis que je demeure

Ignorant »

La singularité saute à chaque vers et rameute l’essentiel.

Un beau livre.

 

Hervé BOUGEL, Travails suivi de Arrache-les-Carreaux, Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 80 p., 2013, 11€.

 

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