LE COW-BOY DE MALAKOFF de Thierry ROQUET (éd. Le Pédalo ivre, collection Poésie)

1325655420.jpgWestern moderne

Thierry Roquet applique à son quotidien la grille du western de nos enfances. S’il y en a moins qu’avant sur nos écrans, la vie moderne en reste un, c’est indéniable. Il suffit de bien regarder pour voir près de chez soi un saloon, une squaw, un ranch, un fusil du général Custer, des indiens, le cul d’une vache ou même la démarche chaloupée de John Wayne et la dégaine de Robert Mitchum.

Et c’est tantôt hilarant, comme la recherche d’une improbable boulangerie située à l’écart de tout, tantôt touchant quand on perçoit, derrière l’apparente nonchalance des mots et la fantaisie des situations, une réalité de ville fantôme, battue par les vents.

C’est très bien vu et raconté par l’auteur, avec des rires et presque des larmes, selon la technique de la pluie de mots, chère entre autres à Brautigan. Ces mots qui tombent du haut de la page emportent notre émotion, sans qu’on puisse les retenir. Aucun point d’arrêt. Ils tombent à la vitesse des vers courts, et c’est fulgurant comme une averse de printemps. Pour filer la métaphore liquide, on pourrait aussi dire que les poèmes se lisent comme on boit un verre quand on a soif, de poésie bien sûr. Et de tendresse, car il en est question dans ces pages à l’ouest de nulle part, denrée rare dans la littérature et même la poésie.

J’en ai voulu un moment à Thierry, et à son éditeur, Frédérick Houdaer, de n’avoir pas fourni un marque-page personnalisé. Puis j’ai pensé à couper la tranche de l’enveloppe brune (aux couleurs de la superbe couverture imitation papier kraft), qui contenait l’ouvrage, avec les coordonnées postales de l’auteur – qui habite une avenue au nom d’un créateur de dictionnaire. Et c’était le signet idoine. Je me suis aussi dit que ça, c’était une idée à la Roquet et qu’il était fortiche de filer à distance des idées pareilles.

Finalement, je n’ai pas eu besoin du signet même si je le garderai précieusement dans le bouquin car, dès qu’on commence à lire ce gringo-là, on ne peut plus s’arrêter. C’est la « technique » du poème étendue au recueil. Et, cerise sur le gâteau, quand on a terminé la lecture, on n’a qu’une envie : prendre la plume (d’une coiffe d’indien, forcément) pour communiquer d’une façon ou d’une autre le trop-plein d’émotions que ce livre-là a instillé dans votre vie de cow-boy ordinaire, même pas de Malakoff. 

Éric Allard

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Un commentaire sur “LE COW-BOY DE MALAKOFF de Thierry ROQUET (éd. Le Pédalo ivre, collection Poésie)

  1. Ta note de lecture me comble, Eric. Vraiment un superbe cadeau, avec tes mots, ton ressenti, ton appréciation. Un énorme merci !

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