Le souffleur de sens

Dans la lune qui vient sur le seuil de la nuit ou sur le jour qui tombe dans l’eau plus sombre qu’un ciel d’orage, le souffleur de sens affûte ses silences.

Il cloue au mur les mots.

Il sonne les cloches aux chapelles vides.

Il énonce des déchirures sans lambeaux.

Il ne change rien à la façon de dire.

Il saute d’un arbre transparent à son reflet de branches mortes.

Il donne la terre des riches au soleil des pauvres.

Il caresse un cyprès et deux ou trois filles aux jambes d’olivier.

Il plonge avec le plongeur dans le bassin du songe.

Il dure moins qu’une femme aux aguets sur les poumons de son amant en apnée dans le désir.

Il rougit le poisson.

Il met dans la bouche d’un sexe la queue d’une otarie.

Il ne marie pas les enfants de la marée avec le cri des mouettes.

Il déjeune d’un manchot et d’une simple raie.

Il reste en équilibre sur sa faim.

Il ne plie pas le coude pour faire ployer le bras de mer.

Il s’instruit du froid quand le froid le déstabilise.

Il se défenestre pour ne pas crouler sous le poids d’un murmure.

Il prolonge au-delà du ruban le devenir du nœud.

Il s’émeut d’une algue libérée, d’un éclat de miroir dans la chair d’une image.

Il montre la voie de la feuille à l’araignée d’eau.

Il ne change rien à la façon de dire.

Il dure tant que l’aube monte des terres endormies.

Puis il s’arrange avec les voix du dedans pour s’orienter dans l’existence indéfinie.

 

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