DESCENTE AUX ENFERS DU CÔTÉ DE OUISTREHAM

images?q=tbn:ANd9GcQWyPxdF8H3Ma53ns9GgEbSuaRZIG4XE8h4vbUPLar9edZR2g4IWff-q5Apar Philippe Leuckx

 

 

 

 

florence-aubenas---le-quai-.jpgFlorence Aubenas, journaliste réputée, essayiste, raconte dans « Le quai de Ouistreham » une histoire aussi incroyable que celle endossée par Gunther Wallraff avec sa « Tête de Turc » : elle s’est fondue dans la masse silencieuse, muette, de sous-qualifié(e)s du Pôle Emploi de Caen pour dégotter des emplois précaires dans une zone fortement précarisée. L’expérience vécue au quotidien par elle, conservant son identité, se mouvant dans le poste et la pose de demandeuse d’emploi, prête à tout pour suivre formations, stages, sous-salaires et tout ce qui va avec en matière d’aléas, de fatigues, de temps mangé à la vie.

Le reportage, puisqu’il s’agit d’une relation au jour le jour, objective, sobre, hyperréaliste, démonte avec rigueur une société minée par les fermetures, les exclusions, les plans chômage, les précaires conditions de vie de toute une frange de la société (surtout des femmes), la pénibilité des travaux, le mépris ressenti par ces victimes économiques, l’incessant ravalement des conditions de travail jusqu’à l’absurdité de la maîtrise impossible du temps pour soi…

Rien lu d’aussi prenant socialement parlant, humainement parlant depuis le « Gomorra » de Savianio Robbé. La descente aux enfers éprouvée par Florence, dans ce changement de fonction volontaire, parle pour toutes ses collègues de travail, décrivant l’insupportable.

Sur une période assez longue (plusieurs mois), Florence a eu le temps d’expérimenter cette sous-condition de demandeurs d’emplois précaires, éprouvants, mal payés, encore plus mal considérés. Que tout cela se passe en Normandie, en 2009, fait bondir, et le coeur, et la raison. Mais le discours, on le sent, est universel : ce reportage localisé vaut pour tous les pays qui, faute à la mondialisation et à l’ultralibéralisme, considèrent l’humain comme de la piétaille bonne à prendre et à jeter. Le message humaniste, sans forcer, court le long de toutes ces pages. Les vingt chapitres structurent ce livre, le temps de poser le sujet, de relayer les expériences les plus significatives d’une sous-condition. Le beau livre aurait pu s’intituler TRAITE DE LA VIE PRECAIRE.

 

Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham, Points, 256p., 6,50€.

 

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