PUISQUE L’AUBE EST DÉFAITE d’Aurélien DONY (éditions M.E.O.)

puisque-l-aube-est-defaite-aurelien-dony-9782930702896.gifLe saltimbanque des feuilles mortes

« L’aube est morte ce matin », écrit Aurélien Dony.

Mais encore : « Et si le jour s’efforce au matin sur la plaine

D’accoucher d’un soleil, ça n’en vaut pas la peine. » 

Faut-il déplorer de devoir vivre dans une nuit perpétuelle ou s’en réjouir ? Le poète de Puisque l’aube est défaite en tire joie.   

D’autres textes de ce jeune poète, de vingt ans au moment de la rédaction du recueil et qui habite Dinant (sur la route de Charleville…), cultive cet art des ténèbres, des plaisirs du soleil à jamais éteint.

On pourrait penser que c’est faute de n’avoir pas encore vécu ce dont il brûle par ailleurs de connaître (la passion amoureuse, toutes les ivresses comme toutes les gloires) que le poète aspire à un monde sans lumière naturelle. Pour qu’éclosent d’autres lumières, ses propres illuminations après sa saison en enfer ? (« À l’aube de mes nuits j’attendrai mes aurores »). Parce qu’il ressent la nécessité de vivre beaucoup pour apprendre à mourir (« Mourir n’est pas grand-chose pour l’homme qui a vu ») ? Mais non, en tant que poète déjà affirmé, fort de ses pressentiments littéraires, il ne fera jamais qu’imposer sa fiction à son expérience, comme le fait dire Roth à l’un des personnages de Tromperie.

L’univers poétique de Dony, « saltimbanque des feuilles mortes » et « portier des râteaux » m’a fait penser à ces vers d’une chanson de Brel : « Je sais déjà  à l’entrée de la fête / la feuille morte que sera le petit jour ». Brel qui disait qu’à 16-17 ans déjà, « on a eu tous ses rêves »…

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Ce recueil bienvenu est témoin qu’ Aurélien Dony maîtrise toutes les formes d’écriture poétique, dont il devra toutefois se délivrer pour trouver les siennes propres. Car ce livre fourmille de formulations heureuses, de notations sensibles ou pénétrantes.

C’est toujours émouvant de lire une jeune poésie qui contient déjà en germe tout ce qu’elle donnera sous des formes inventées, dans des aventures livresques futures, mais en restant fidèle à sa terre d’élection verbale, ses obsessions natives comme ses désespérances folles.

Éric Allard

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Le recueil sur le site des éditions M.E.O. (copier/coller le lien)

http://www.meo-edition.eu/aube-defaite.html

Aurélien Dony à La Maison de la Poésie de Namur lors de la présentation de son recueil le 22 juin 2014.