MES VIEUX POLARS

images?q=tbn:ANd9GcSqoFWkTnAa8xWM2oeMf3cm1vrvA2Md68WoJgygRWB5uornoHjPMVT4SQIpar Denis BILLAMBOZ

Aujourd’hui, séquence nostalgie, j’ai ressorti deux vieux polars comme j’aurais voulu en lire des piles quand j’étais adolescent mais, à cette époque, on ne nous laissait pas facilement accéder à cette littérature prétendue sulfureuse. Depuis, nous avons largement compensé cette frustration et nous avons même eu le plaisir d’apprécier les films tirés de nombre de ces romans, c’est un réel plaisir pour moi de vous proposer deux maîtres de ce genre de polar : l’Anglais James Hadley Chase et l’Américain Ed McBain. Sûr que vous serez nombreux à partager ce moment de nostalgie avec moi.

CVT_Du-gateau_8972.jpegDU GÂTEAU!

James HADLEY CHASE (1906 – 1985)

En vidant une vieille bibliothèque, j’ai exhumé ce polar ancestral qui ressemblait comme un frère à ceux qu’on ne voulait pas me laisser lire quand j’étais adolescent sous prétexte que c’était violent et immoral, sans me dire que c’était aussi peut-être un peu trop osé. Mais Dieu, combien ces qualificatifs ont vieilli aujourd’hui, une forte inflation a frappé tous ces adjectifs qui conduisaient directement ces bouquins vers l’enfer des bibliothèques et vers l’Index du Saint Office.

Ce polar paraitrait aujourd’hui bien innocent à nos enfants, et il l’est effectivement, même si on y tue un peu trop sans parfois de réelles raisons mais il faut bien des cadavres pour avoir des tueurs à rechercher. Et, dans cette histoire, il n’en manque pas, un tueur sans scrupule et glacial abat tout ce qu’il l’empêche de faire ce qu’il veut, ou doit, faire selon l’angle sous lequel on considère la situation. Il s’est notamment engagé à exfiltrer (j’abuse un peu, ce mot n’existait sans doute pas quand Chase a écrit ce livre) de prison un voleur de haut vol qui aurait commis un casse géant dix-huit ans plutôt et qui serait le seul à savoir où est planqué le magot. L’affaire est évidemment périlleuse mais le gangster devrait être à la hauteur … s’il n’était pas flanqué d’incapables. Une bonne grosse histoire qui tient à peu près debout à coup d’invraisemblances, de coïncidences, d’incohérences mais la vie n’est pas qu’un long fleuve paisible, il faut bien quelques incongruités, quelques coups de pouce du hasard et quelques bizarreries pour construire une existence crédible.

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Chase ne faillit pas à son habitude, il met en scène des paumés qui veulent sortir de leur médiocrité, ou de leur vie médiocre, en gagnant beaucoup d’argent rapidement pour vivre tranquillement ou pour flamber lamentablement. Mais la morale reste sauve car l’argent mal acquis ne profite jamais et les mal intentionnés n’arrivent pas forcément à leurs fins. Toutefois, l’auteur parvient tout de même à nous arracher un brin de pitié pour ces pauvres bougres qui n’ont pas forcément choisi le mauvais côté, ils sont peut-être tout bêtement tombés là par le plus pur des hasards ou par une satanée malchance.

Un moment de nostalgie, un retour vers le temps des gangsters qui ont fait l’actualité quand on n’était encore que des mômes et qui participaient aussi au mythe de l’Amérique qui, à cette époque, nous fascinait.

 

61637956.jpegMOURIR POUR MOURIR

Ed McBAIN (1926 – 2005)

« Deux personnes vont mourir dans cette rue, aujourd’hui ». Qui ? Alphie, ce brave garçon qu’une bande de petits voyous essayant de jouer aux durs du quartier, veut supprimer pour une raison digne de « West Side Story» pour adolescents boutonneux ? Ce pauvre matelot à la recherche d’un peu de tendresse après une nuit de bordée mal digérée ? Un de ces policiers qui cherchent à déloger le caïd du quartier retranché dans sa chambre transformée en chambre forte ? Ou peut-être tout simplement ce pitoyable voyou meurtrier et agresseur de vieilles dames ? Mais, « …. Il faut que ça reste moral, …. Le méchant ne peut pas gagner. Le crime ne paie pas. Sans ça, la censure ne laisse pas sortir le film ». Peut-être … ?

Ed tricote un bon petit suspens dans ce polar de série dont le genre a eu son heure de gloire dans les années « soixante » et qui meuble si bien, encore aujourd’hui, un voyage en train ou en avion…

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Mais, c’est aussi un peu plus qu’un polar, c’est aussi cette question lancinante sur la limite si ténue entre le bien et le mal, de quel côté de cette frontière tomberont les gamins élevés dans ces rues du 87° district ? Et, pour quelle raison ? Près de cinquante ans avant que nos banlieues s’enflamment, Ed McBain pose déjà les bonnes questions même s’il voit les choses de façon un peu manichéenne et qu’il laisse une belle place à l’espoir toujours possible.

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LUMIÈRE NOMADE de Philippe LEUCKX (éditions M.E.O.)

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Livre nomade

Le titre de ce recueil est porteur d’un beau concept qui, on le verra, touche aussi au livre.

Lumière nomade que celle qui s’a-juste à chaque rue romaine, que le poète ressent comme autant de voix aimées. Cette lumière qui, suivant les différents moments du jour, de l’aube (« cette lumière cinglante de gouache unie ») au coucher (« cette lumière qui tombe en dentelles »), conditionne l’apparition du verbe, la remémoration.  

La ville, comme souvent chez Leuckx, est aérienne, traversée de rues et de rumeurs; elle assure le lien entre ciel et terre, entre passé et présent.

L’espace de la ville est mis en concordance avec le temps.

Surtout les murs, linéaires, « qu’on longe comme sa vie », se prêtent aux métaphores temporelles. 

« Ce petit pan de mur aux groseilles qui m’ouvre en deux le passé… »

« Les murs anciens où grimpent les souvenirs »

Les murs n’ont pas seulement des oreilles ; « Les murs se parlent ». C’est le lieu poétique du chemin et de la parole.

Le temps leuckxien est un temps lié, parcouru d’ombres, d’ondes de souvenirs, qu’il s’agit de recueillir par le biais des mots en liaison avec une lumière propre, providentielle et hasardeuse.

« Sache tenir au souvenir comme à une souche. » lit-on. Et à la lumière comme à une source, est-on en droit d’ajouter.

Si on se perd dans un endroit, on se perd dans le temps, dans les « plis de l’espace », là où « nos années dérivent »…

leuckx-photo.jpgLa tâche poétique va consister, « au gré des mots, de la parole », à convertir  ces pertes de temps en « perles de temps ». Le poème dont « on ne sait presque rien » sinon qu’« on naît presque avec lui » désenfouira les souvenirs blottis dans le sable des jours.

Tâche incertaine, mais qu’on ressent comme nécessaire, soumise au gré des parfois, à laquelle s’attelle le « traceur d’aube, traqueur d’ombre », toujours intranquille,  donc pessoien, qu’on peut sans risque d’erreur identifier au poète voire à l’homme.  Car sa « langue n’en aura jamais fini avec le temps.»

Autrement mieux dit : « Les mots sont toujours cette patience ajournée, une lumière qui troue certains doutes, quand le noir descend à plus d’encre encore. »

C’est à Rome que le poète rêve d’un livre nomade qui « accueillerait toutes les rencontres, la canicule, les hauts murs, la muraille, les parcs, les ruelles oubliées, les quartiers désertés, le soleil sur la périphérie, les places, les églises. »

Ce livre envisagé fait penser au projet de Livre de Mallarmé mais comme confiné aux aventures du soleil et d’une ville qui aurait les dimensions d’une existence.

Et l’humain dans tout cela ? Autant d’ombres et d’énigmes à déchiffrer, « des silhouettes qui se déplacent comme des calligraphies » derrière les fenêtres ou par les rues, qu’on « aimera déjà (…) d’avoir perdu », et dont « on ne saura presque rien »…

Le recueil glisse, d’une page à l’autre, de la prose, certes poétique, au poème en vers, à moins qu’il ne s’agisse encore de phrases. C’est dire si Leuckx interroge aussi la forme et l’histoire du poème, qu’il adapte subtilement à son propos.

Dans Mythologies, Barthes écrit (à propos du visage de Garbo) :

 « Le masque n’est qu’addition de lignes, le visage, lui, est avant tout rappel thématique des unes et des autres. »

Dans me même ordre d’idées, on peut dire que Philippe Leuckx a écrit un livre-visage, où, d’un poème à l’autre, des thèmes se répondent, convoquant tous les sens, en un brassage mélodique de quarante-sept textes. Lumière nomade est, pour le dire simplement, un beau livre sincère et secourable à lire à relire comme un visage aimé, « si proche, si lointain », dans  « l’air et les parfums du soir », « avec ce peu de vent / et d’espace ouvert » sur les pages d’une vie.

Éric ALLARD

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LUMIERE NOMADE, préfacé par Monique Thomassettie, 54 pages, 12€ a obtenu le Prix Robert Goffin. 

Le recueil sur le site des éditions M.E.O (extraits, ce qu’on en dit, présentation de l’auteur…):

http://www.meo-edition.eu/lumiere-nomade.html (copier/coller le lien)

Philippe Leuckx lors de la présentation de son recueil au Marché de la Poésie de Namur le dimanche 22 juin 2014. 


JOURNAUX D’ÉCRIVAINS: Annie ERNAUX et Éric FAYE

images?q=tbn:ANd9GcQPGLLKGReAB0Jyz6WKZn2Xf9rdvLc3itc4x56rZ10CBwCpt5HGZYnywFwpar Philippe LEUCKX

 

 

 

annie-ernaux-regarde-les-lumic3a8res.gifAnnie Ernaux, que « La Place », « Journal du dehors » ou autres « Les Années » ont rendue célèbre, et à juste titre, tant on adhère à cet univers aigu, entre remémoration familiale, acuité sociologique pour percevoir l’autre et écriture splendide de densité vraie, publie au Seuil son journal d’Auchan.

Le temps d’une année, à raison d’une visite tous les 4 ou 6 jours, l’écrivaine a pris l’hypermarché comme lieu, thème et écriture d’une exploration sociologique. Décrivant au plus près les décors, les intervenants (clients, caissières), les comportements, retranscrivant dialogues et faits divers, Annie Ernaux poursuit son travail d’ethnographie du quotidien.

C’est Cergy, son lieu de vie, bien sûr, c’est Trois-Fontaines, c’est Auchan, avec ses verrières reflétant d’un côté les nuages, et de l’autre son aspect funèbre et désolant.

Rien n’échappe à l’acuité foncière de celle, qui depuis « La place », n’a cessé de penser à la sienne, face aux autres, parallèlement aux autres, dans la vie des autres. En cela, faire paraître ce volume mince mais si essentiel dans la collection « Raconter la vie » prend sens et légitimité. Qui d’autre qu’Annie – à la tristesse insigne qui vous prend à la gorge, que j’ai vue à Bruxelles, lors d’une Foire du livre, si belle et si mélancolique, dont la beauté des livres se lit sur son visage, cœur dévasté, empreint d’une dignité exemplaire et forcément partageable – pouvait parler de ces vies communes, quotidiennes, banales dans un hypermarché qui réglemente les vies, les contraint, les révèle à leur extrême pauvreté ?

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 Pour Ernaux, l’hypermarché, autant que l’école, cloisonne, sépare, tout en livrant une part de découverte. On ne lit pas Ernaux impunément, comme on lirait un roman – allons, ne soyons pas méchant, disons de cette romancière Nothomb -, on lit la vie sous le style unique – phrases courtes, incisives, qui n’enjolivent jamais, mais décodent sans cesse les réalités multiples -, avec un regard de photographe sensible. En 64 pages, elle réussit l’exploit de photographier au plus juste les structures d’une grande surface, par paliers, blocs, étages, en rappelant les règles d’une société basée sur le profit, le consumérisme galopant, les invectives, les interdictions : Auchan ne cède en rien ni sur le matraquage à la consommation ni sur la portion congrue réservée à la presse de qualité ni sur le régime imposé aux travailleurs. Annie débusque au plus vrai ce à quoi sert ce grand commerce sous verrière : à contenir tous les désirs, à les voir prospérer en étalages, en montagnes de produits.

Mais, au-delà du profil économique dressé, c’est l’humain qui prime chez elle : dire le peu vécu par les gens du peu économique, dire la souffrance de ce qui n’est pas possédé, évoquer ce croisement impossible de certaines tranches de la population au sein de l’hyper, donner à voir l’ordinaire de nos vies, ramassées sur des attentes, des manques, des envies, des gestes. Jamais, l’auteur ne juge. Elle décrit, observe, cite des chiffres, se réfère à la presse, analyse, rappelle, rameute le passé pour éveiller à la connaissance du présent, saisit les données d’apparition, d’émergence des grandes surfaces et de leur impact sur la vie des Français dans un lieu circonscrit, connu, longtemps fréquenté.

Les anecdotes sont si prégnantes qu’Ernaux les élève au statut de scènes inoubliables. Miracle d’une écriture qui ne banalise jamais mais fait écho de sens et de cœur avec les personnes rencontrées d’un côté ou de l’autre des caddies. On retient la caissière craintive de perdre son emploi pour un contrôle ou le caissier tout content d’échapper à la corvée fatigante des mises en rayons ou l’anonyme perdu avec son cabas de désolation ou les fameuses caisses automatiques qui donnent l’impression d’être sans cesse surveillés…

Au-delà des petits faits, on n’est pas loin de la dénonciation d’Aubenas (à propos des boulots précaires), on assiste à « l’extension de mon univers intime » d’un auteur qui prend place et corps et cœur dans l’univers dématérialisé et si matérialiste d’Auchan. Les enfants, les mères, les femmes, comme chez Aubenas, trouvent ici une place de choix. A leur éviction, à leur misère, à leur rôle trop souvent dicté par le passéisme, Annie Ernaux répond d’une salve de réflexions sur le sort, sur leur dignité à recueillir au sein du réel, et, les mots-clés de son univers romanesque trouvent ici une forte justification : les origines, la mère, l’enfant, la place, le rassemblement , la vie « qui se déroule », la terrible « humiliation infligée par les marchandises » aux plus indigents (qui doivent sans cesse calculer le moindre euro pour survivre) éclairent le parcours remarquable d’un écrivain qui n’écrit pas pour faire commerce ni une littérature facile mais pour révérer la vraie vie des autres.

 *

Malgr%C3%A9%20Fukushima.%20Eric%20Faye.jpg?1393413247« Malgré Fukushima », sous-titré « Journal japonais », qu’Eric Faye (1963) donne à lire chez Corti, résonne très fort aussi du poids de l’expérience intime et voyageuse. Le voyage, au Japon, répétitif, attendu, vénéré, offre à l’auteur les occasions rêvées d’évoquer lieux, climats, rencontres, découvertes géographiques, senteurs, atmosphères et humeurs, quatre mois durant, le temps d’un séjour à la Villa Kujoyama, à Kyoto.

Sa fascination pour la culture japonaise, déclinée en théâtre, cinéma (ah ! Ozu), littérature romanesque et poétique (de Bashô à Oseki, en passant par Mori Ogai et les contemporains…), marionnettes, masques, vignettes visuelles, îles et ports, donne matière et densité à ce journal des périples et des rencontres. Les longues et lentes distances parcourues d’une grande île à l’autre, les moyens de transports, le quotidien des passages et des transhumances, la vérité des scènes (comme cet hôtel privilégié réservé pour une somme modique ; l’agacement devant les pertes de temps ; les craintes de voir une amie de la Villa perdre son travail…) : on frôle sans cesse les nœuds d’une expérience qui se veut tout à la fois originale, précise, précieuse, unique : il faut, qu’à l’image d’un Bouvier ou de tout grand voyageur, Lacarrière, par exemple, l’auteur puisse tirer un profit exemplaire de ses nombreux déplacements dans un pays où il faut sans cesse décoder les atouts ( on n’est pas loin de Barthes ni de son Empire des signes).

Le petit livre, profondément, chapitre après chapitre, au fil des saisons, s’insinue dans notre propre expérience qu’il nourrit : on retrouve avec adoration cette figure du cinéaste Ozu et la place qu’occupe « Voyage à Tokyo » dans l’histoire du cinéma et des spécialistes comme les 358 filmologues interrogés par Sight&Sound pour établir la liste des dix meilleurs films de tous les temps (à ce propos, une petite erreur de Faye :le film d’Ozu n’est pas classé premier mais troisième lors du classement de 2012).

On découvre aussi l’intérêt de certains grands traducteurs, comme Yoshikawa, qui s’est attelé à la traduction de toute « La Recherche ».

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C’est avec mélancolie que l’on quitte ce beau témoignage des voyages intérieurs d’un écrivain doué pour signaler la vie insolite à quelques milliers de kilomètres de son Limousin natal.

Le livre est si riche de références, de parcours, de vignettes photographiques (qui accompagnent le lecteur et le guident), de descriptions du réel japonais, que le lecteur prendra plaisir à le relire.

Une intime sensation des quatre éléments traverse la lecture et avec Eric Faye on traverse sous la pluie un pays enchanteur, parfois rugueux, parfois ancré dans une géographie des beautés orientales, parfois si éloigné d’une modernité dispensée en images d’Epinal.

Le grand voyageur parle très bien des us, des coutumes, des ports brumeux, du Bunraku d’Osaka, des fêtes, des lieux pour cinéphiles (hommage à « L’île nue » de Shindo…), de la solitude du voyageur, et parfois, de son inexpérience et des séquelles de tout voyage mal organisé. En quoi, lucidité et expérience tissent ici une matière d’apprendre et de retourner aux essentiels : la vie, l’autre et l’intense désir du voyage.

 

* Annie Ernaux, « Regarde les lumières mon amour », Seuil, 80 p., 2014, 5,90€.

* Eric Faye, « Malgré Fukushima », Corti, 160p., 2014, 19€.

POURQUOI PAS? de Marcelle PÂQUES (éd. Chloé des Lys)

119291015.jpgPoèmes de l’espérance

On retrouve la simplicité, au bon sens du terme, et la justesse du premier recueil (Bientôt les jonquilles) de Marcelle Pâques qui pratique une poésie au service d’un art de vivre.

Encadrés par les citations de Shaw et de Char, les poèmes de Pourquoi pas ? composent une ode à l’espérance.

Une espérance ancrée dans la conscience de la caducité des choses soumises aux blessures du temps, attentive aux leçons de la mémoire comme à la « larme de lumière », forcément dorée, qui éclaire les « fruits de l’été », « les graines de confiance semées à la volée ».  

 Poésie de la joie et de l’espérance de vivre donc, mais non à la façon du bourgeois ou du con, qu’elle raille avec humour.

Ce n’est bien sûr pas l’acquiescement béat à ce qui arrive, à ce qu’on nous soumet, il s’agit d’un esprit de révolte à l’air du temps et au conformisme qui fige et emprisonne.

Dans cette quête, la solitude et le silence se révèlent des alliés indispensables et non des adversaires.

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 Il s’agit d’une poésie qui a la saveur des choses appréciées, constituées en « richesse intérieure » pour « délivrer des vanités », pour saisir l’instant d’une rencontre, la vision apaisante d’un « chat heureux sous le soleil » ou encore pour « égayer d’une écharpe légère / le temps gris d’aujourd’hui».

Comme Georges-Bernard Shaw dans sa citation, comme Marcelle Pâques tout au long de son recueil, on se dit que rêver de l’impossible est concevable, et même exigé. 

Eric Allard

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Le blog de Marcelle Pâques (copier/coller le lien):

http://marcellepaques.skynetblogs.be/

CONFIDENCES ET SOLITUDES de plus en plus courtes / Thierry RADIÈRE (éd. Jacques Flament)

confidences-et-solitudes-de-plus-en-plus-courtes.jpgDes nouvelles qui font du bien

Huit nouvelles (d’une quinzaine de pages pour la première à quatre feuillets pour la dernière) qui nous plongent au cœur d’une situation conflictuelle productrice d’une parole, d’un questionnement.

Un jeune père… Un homme marié harcelé par des images… Un otage qui débute une grève de la faim… Une jeune enseignante invitée par ses élèves à une fête estudiantine… Un écrivain occupé à réparer sa bicyclette apprend qu’il a le Nobel… Un viei homme qui va mourir relit les lettres d’amour de son épouse… un SDF écrivain fantôme… Un homme qui prend une tasse de thé en Angleterre…

Entre folie et raison, silence et souci de dire au mieux ce qu’ils ressentent, des êtres s’interrogent, des voix s’élèvent et on se surprend à penser comme eux, à coller à leurs tourments, leurs interrogations. 

 « Au fond, je n’éprouve aucun plaisir à communiquer avec mon entourage. »

« J’aurai toujours le sentiment de dire des choses sans importance ; de mal verbaliser ma pensée ; de raconter des banalités ; de manquer d’aisance…  » 

« Je contrôle tout sous peine de ne plus répondre de moi, en cas de difficulté imprévue. »

« On s’offusque, on se plaint du niveau des élèves, mais qu’en est-il du nôtre, à nous, enseignants ? »

De lire cela et d’autres confidences, en écho à ce qu’on ressent au plus profond de soi, rassure et réconforte. Fait du bien.

On peut penser que ce sont là des réflexions propres à l’auteur ou qu’il a éprouvées en les écrivant ainsi que son personnage d’écrivain (dans Le cambouis) qui cherche « les vrais sentiments  (…) dans ses personnages ».

Avec un minimum d’effets, un maximum d’efficacité narrative, Thierry Radière nous accroche à une problématique, et la fait nôtre. Nul doute que cet art du récit, en prise directe avec le lecteur, est nourri des divers genres littéraires que pratique l’auteur avec tact, avec bonheur.

Éric Allard

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Le site de l’éditeur (copier/coller le lien):

http://www.jacquesflament-editions.com/107-confidences-et-solitudes-de-plus-en-plus-courtes.html

confidences-et-solitudes-de-plus-en-plus-courtes.jpgOutre des nouvelles dans des revues jusque-là, Thierry Radière publiera en octobre 2014:

« Si je reviens sans cesse » ( recueil de poèmes), éditions Jacques Flament, collection paroles de poète.
 « Rivages intimes » ( récit poétique accompagné de photographies en noir et blanc de son ami photographe Marc Decros), éditions Jacques Flament, collection Images et mots.

La page Facebook consacrée à la parution de RIVAGES INTIMES:

https://www.facebook.com/events/262476963940720/?fref=ts (copier/coller le lien)

Flo + Oh Marie si tu savais, de Denis Billamboz

Flo 

 

 

Elle est en blond

Elle est en bleu

 

Elle est sourire

Elle est clin d’œil

  

Cheveux ondulant au vent

Yeux pétillant au soleil

  

Elle est insaisissable

Comme truite en torrent

  

Elle est éphémère

Comme rêve nocturne

  

Elle n’est que l’ombre de mes songes

Elle n’est qu’une brise embaumée

  

Egérie trop jeune

D’un poète trop vieux

 

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Oh Marie si tu savais

 

 

Oh Marie si tu savais

Tout le rhum que j’ai bu

Tout le lot de mes abus

  

Oh Marie si tu savais

J’ai marché sur l’eau

J’ai sombré dans les rouleaux

  

Oh Marie si tu savais

J’ai déchiré la nuit

J’ai explosé en grand bruit

  

Oh Marie si tu savais

J’ai recherché l’amour

J’ai manqué mon tour

  

Oh Marie si tu savais

J’ai chanté avec Johnny

J’ai hurlé des couplets infinis

  

Mais petite Marie tu savais

Je n’étais que crécelle

Je n’étais ni Johnny ni Cabrel