MERCI PROFESSEUR CHORON !

choron.jpg

Georges Bernier (1929-2005) est, en 1960, le cofondateur, avec François Cavanna, du journal satirique Hara Kiri. Il choisit son pseudonyme d’après le nom (la rue Choron) où étaient situés les locaux du journal. En 1988, il adapte pour la télé ses fiches bricolage qu’on peut considérer comme les ancêtres des Tutos, appréciés par la jeunesse. 


30 terribles couvertures de Hara Kiri (copier/coller le lien):

http://wall-mag.com/2012/12/14/30-terribles-couvertures-dharakiri/

TROP LOURD POUR MOI de Daniel CHARNEUX (éd. Luce Wilquin)

10403621_347001345456755_2874746128249481185_n.jpgNo satisfaction

Jean-Baptiste Taillandier, le narrateur du septième roman de Daniel Charneux, fait le récit des expériences qui ont grevé sa vie, à l’exception des épisodes familiaux qui l’ont nourri, comme s’il démêlait le lin de la laine, en transgressant ainsi un interdit parental. À mesure qu’il témoigne, qu’il se leste des souvenirs d’une vie, il allège son âme. 

Une existence commencée cinquante-huit ans plus tôt entre une mère aimante et un père un peu trop rigide qui cite constamment la Bible. Le garçon, avide de solitude, de contact avec la nature, se tient à l’écart des autres (Je n’étais pas en quête d’adhésion, écrit-il). Il découvre bientôt qu’il est affecté d’une inadaptation au plaisir physique, une anorgasmie.  Ce n’est pas par hasard si (I Cant’ Get NoSatisfaction des Stones est une de ses chansons préférées. Il est tout aussi incapable de tomber amoureux et se définit comme un « handicapé du cœur ».

Cela ne l’empêche toutefois pas, bien au contraire, de faire vocation de se consacrer aux autres et, même, il n’est « pas loin de se  prendre pour un saint »…

Il effectuera son service civil en Afrique puis entamera une carrière de psychologue en milieu scolaire. Sa mère meurt quand il n’a pas 25 ans. Suivront les décès de son père et de ses autres ascendants. Pendant le temps de ces disparitions, il trouvera des mères de substitution auprès de femmes réduites à leur fonction maternante, en évitant bien d’accéder aux désirs de ses compagnes d’avoir des enfants avec lui.

L’épisode le plus savoureux confronte Jean-Baptiste Taillandier à une petite communauté bouddhiste qu’il fréquente durant plusieurs années et de laquelle il sortira, comme de ses autres engagements, désenchanté.

Daniel Charneux décrit le trajet d’un homme de la seconde moitié du XXème siècle qui n’aura pas pu donner sa vie pour un être ou pour une cause, trop lucide sans doute ou trop à l’écoute de soi, de ses sensations (un  moment, il deviendra intolérant au bruit), incapable en tout cas de s’oublier (selon son expression) pour quelqu’un d’autre que sa mère. Le narrateur ne mettra pas fin à ses jours, il n’est pas doué pour la tragédie, il choisira une autre forme d’extinction.

Comme souvent dans ses romans, Daniel Charneux évoque avec un luxe de précision sensible, sur le mode du je me souviens, une existence reflet d’une époque, dans laquelle on se projette. Par exemple, le narrateur se souvient de nombre de slogans publicitaires qui ont émaillé sa vie et… les nôtres: Seb c’est bien, Elle a mérité la Woolmark, Les bonnes chaussettes Stem montent jusqu’au genoux…

Mais qu’est-ce qui fait qu’on se sent si proche de Taillandier, le psychologue revenu de tout, sinon de son amour filial et d’une enfance à laquelle le monde n’aura pas pu offrir un terrain où s’émanciper en dehors des structures illusoires de la famille fusionnelle, du travail émancipateur ou de la fraternité humaine seulement présente sur le modèle véhiculé par les réseaux sociaux?

Un livre qui, une fois refermé, ne cesse de nous interroger sur le sens de nos existences absurdes au sens camusien du terme.

Un épisode est représentatif du livre qui se situe au début de la confession. Le narrateur raconte l’épisode  du veau d’or, en confiant qu’il a toute sa vie durant vénéré une idole en toc. Puis, quelques pages plus loin, il date sa conversion au végétarisme (de la même façon qu’il se refusera au plaisir charnel) au moment où il s’est rendu compte qu’il avait mangé du veau qu’il avait vu naître : « On avait donc, pour me nourrir, privé une vache de son petit. » Toute sa vie durant, il aura privilégié cette relation fondamentale et n’aura pas pu adhérer à autre sorte de vie, sociale, affective ou religieuse. Lui, le psychologue qui aura consacré une partie de son temps à l’enfance, aura été un homme malade de sa propre enfance. 

Éric Allard 

————————————————-

main.php?g2_view=core.DownloadItem&g2_itemId=455170&g2_serialNumber=2Le roman sur le site des éditions Luce Wilquin:

http://www.wilquin.com/2014/08/trop-lourd-pour-moi-daniel-charneux/

La page Facebook consacrée à Daniel Charneux écrivain:

https://www.facebook.com/DanielCharneux?fref=ts 

KAREN O ~ Ô KAREN !

karen%20o.jpg

Karen Lee Orzolek, née en Corée du Sud en 1988, est la chanteuse du groupe new-yorkais Yeah Yeah Yeahs. Elle a également composé des b.o. de films. Elle a participe au premier album de David Lynch et sort son premier album solo, Crush Songs, en septembre 2014.

 2014

2011 sur l’album de David Lynch (les images sont tirées de Les amours imaginaires de Xavier Dolan)

2011 (bande-son du film Millenium de David Fincher)

2014 (bande-son du film Her de Spike Jonze)

Avec Ezra Koenig (des Vampire Week-end) à la cérémonie des Oscars  

2013

2013

 2009

 

tvsplash_small_title.png

http://www.karenomusic.com/

UN BEAU ROMAN de Françoise PIRART

P.Leuckx.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

legende-des-hauts-marais-1couvweb.jpg« LA LEGENDE DES HAUTS MARAIS » de Françoise PIRART (Ed. du Jasmin) respire l’aventure, les belles valeurs et la nature au plus près de ses sources. En quatre-vingts pages bien écrites – avec ce sens du souffle, des espaces et du suspense -, l’intrigue nous mène au coeur d’une tribu perdue dans un univers de paludes et de joncs. Le lecteur a le temps d’éprouver les divers personnages qui peuplent ce récit : les amis Armon et Taharn, les vieux de la tribu, Roch et Kerin en tête, Maïra, l’amie d’Armon… On vit au rythme de la chasse, de la nourriture, des espaces traversés, des bêtes qui effraient, de la nuit qui tombe, sans secours. On suit Armon, de l’âge initiatique à celui de l’adulte mûri, dont les valeurs sont toutes celles de la tribu: le sens du devoir, de l’amitié, la bravoure. Et le danger menace, se rapproche et il faut lutter contre ces ennemis. On en capture quelques-uns et les combats avec les autres sont assez sanglants comme toute guerre. L’issue verra peut-être une manière d’éclaircie : qui sait?

images?q=tbn:ANd9GcTJid2nQY835wB-9kCcYMeI2Iihtyo5J9K7IhnwWW8xYUQzO0otGfBkeOL3

Entre roman et mythe, Françoise Pirart a réussi un bel exemple d’histoire à partager, que les grands adolescents, que les adultes savoureront. Les atouts en sont la fraîcheur d’inspiration, le style fluide et cet humanisme âpre que la romancière ressent comme une force, une dignité. La description riche d’une nature fertile et sauvage, les ingrédients de tout récit fondé sur la lutte et l’apprentissage, la quête du sens : tout convie à une lecture aussi féconde que la matière proposée. Les belles illustrations (une douzaine) sont dues à René Follet.

TA SEULE FONTAINE EST LA MER de Thierry-Pierre CLÉMENT

images?q=tbn:ANd9GcQRP5_UmX4xjl_VU5ebmOG-iuliH_atxjb8qFj28zM5yGoEyQktErXthVkpar Philippe LEUCKX

 

 

Thierry-Pierre Clément, dont j’avais apprécié « Les fragments d’un cercle », nous revient avec un très beau recueil. Ta seule fontaine est la mer (à Bouche perdue, coll. Sépia) est une découverte saisissante des éléments, pour un poète qui sent, hume, scrute et ressent. Le ciel, l’air, la lumière passent dans ses textes comme des gages de vérité profonde. Le poète a épuré ses formes et il n’en garde que le suc, les pépites, ces vers corsetés, cette « épure du chemin » comme la célèbre une des sections du livre. Une étonnante douceur innerve ces vers : elle tient autant aux questionnements nombreux qu’aux constats de quelqu’un qui sait parler des bords, du cœur et des lointains.

cl%C3%A9ment-199x300.jpg

Il y a chez ce lyrique modéré, une soif de terres nouvelles, une géographie du frisson, une attente de l’invisible et un regard d’apôtre sur la beauté du monde. Une quête incessante de la soif de l’autre, des infinis, de la liberté.

J’aime beaucoup cette manière de rendre compte d’un réel appelé par le prénom de la grâce :

Nous nous savons mortels

et nous bénissons l’aube.

Nous ne sommes pas aveugles.

Nous voyons plus loin.

Le vent porteur, les mots de passage et de partage accompagnent ce bonheur d’écriture, où chaque mot devient signe de soi, blason de tendresse :

Cœur troué

au plus fragile,

au plus intense –

Dévoration

du feu !

num%C3%A9risation0005.jpg?itok=E5cdkgzk

Thierry-Pierre Clément, Ta seule fontaine est la mer, 2013, 96p., 15€. 

TRENTE-ET-UN PETITS PLAISIRS IMAGINAIRES mais non pas inimaginables

 pour Véronique Janzyk 

1.     Marcher sur des œufs. Et découvrir que celui qui ne casse pas contient un poussin ou un chaton noir.

2.    Rouler sur l’or des jaunes d’œufs pendant dix secondes baveuses à souhait.

3.    Féminiser son intérieur (de bureau) : un tapis de souris nathalié, une étagère tatianesque, un pot à stylo ayliné, un taille-crayon sandrastique, une corbeille à courrier christinée, un écran isabelle, un buvard laurencien, un sous-main azizasque , un presse-papier élodique…

4.    Coucher du doigt un paysage de son enfance.

5.    Saupoudrer les pierres tombales de son cimetière préféré de carrés de chocolat blancs.

6.    Marauder des mariages sur l’arbre généalogique du voisin.

7.    Soustraire à des littoraux sans pin des plages entières de parasols. 

8.    Laisser pourrir sa mémoire hors d’état de se souvenir.

9.    Ecluser son sas sans l’aval er.

10. Recouvrir de fleurs sauvages le dos nu d’une inconnue.

11.   Recouvrer la raison au seuil du sommeil pour ne pas dormir idiot, défaire un rêve (sans envergure), mansarder ses nuits.

12. Pisser chaque fois qu’on a prié (et réciproquement), plier en quatre son tapis de prières dans un coin de la chambre des tortures.

13. Emprunter, le temps d’une série de Fourier, les nombres de la numérothèque pour chiffrer ses gains à la tombola sensuelle.

14.Bondager une étoile naine avec des cordes de lumière.

15.Donner de l’aube au moulin des journaliers, du vent aux éoliennes des écoliers, de l’atome-fiction aux centrales des politicons.

16. Joconder Mona Lisa jusqu’au plaisir pictural de Leonardo.

17. Warholiser tant qu’il fait moire ses photos de stores sans créer de jalousie.

18. Se faire plus chatte qu’angora, plus sagouin que butor, plus casoar que caïman et plus girafon qu’éléphanteau.

19. Pendre son café à une cuiller le temps d’un sucre lent.

20. Gommer une gamme après l’autre sur la branche-portée de l’oiseau lyre.

21. Briser la glace sans toucher à un poil d’ours de la banquise.

22. D’un coup sobre de sabre, ôter la nuit au jour, la couverture de nuages au ciel, tout ce qui empêche les déesses de se faire entièrement voir.

23. Casser du sucre sur une montagne de sel, tourner de l’œil sur une montagne de cils.

24. Combattre une poule avec une plume d’oie blanche, un poulpe avec une patte de crabe fantôme.

25. Relever de la pluie tombée avec un manche de parapluie.

26. Faire exploser un cœur de pierre contre un mur de sable.

27. Enterrer une nature morte le jour d’un vernissage, arracher l’étoile du peintre.

28. Donner un os à ronger à la populace de ses nerfs, touiller ses gènes dans un bol de spores.

29.Trahir la peau de l’aimé(e) d’un baiser avant de l’envoyer à la caresse.

30.  Achever son œuf d’un son vibrant, mettre un terme bruyant à l’omelette de l’existence.

31. Regarder à travers un anneau de livres la ronde du monde. 

 

10570294_347672322056324_614681134875232282_n.jpg?oh=eb13e958855001298e53cbcefa56ce22&oe=545C1892&__gda__=1415487919_d9bc7393433fbee192f51a526cce7157

  Photo de Daniel Charneux

TROP LOURD POUR MOI de Daniel CHARNEUX

10533106_568596326595651_5865768233951626619_n.jpgSortie cette semaine du septième roman de Daniel CHARNEUX aux éditions Luce WILQUIN

Sméraldine
14 x 20,5 cm, 192 pages
ISBN 978-2-88253-492-7
EUR 19 €

« Si le titre Illusions perdues n’était déjà pris par un illustre romancier, il aurait pu servir à l’auteur de Trop lourd pour moi. Car Jean-Baptiste Taillandier, le protagoniste narrateur de ce récit, perdra une à une les illusions de son enfance. Né au milieu des années 50, il entre dans la vie avec la louable intention d’aider la veuve et l’orphelin. Tenté un temps par la coopération au développement, il devient finalement psychologue en milieu scolaire. Or, la satisfaction n’est au rendez-vous ni dans sa vie professionnelle, ni dans sa vie affective perturbée. Le seul havre de paix est l’enfance, où le plongent ses souvenirs heureux associés la plupart du temps à une mère aimante. Mais les êtres chers s’en vont, et Jean-Baptiste voit son univers rétrécir comme peau de chagrin. D’où la tentation de la fuite. Après avoir cherché dans le bouddhisme un refuge illusoire, il trouvera une retraite dans la solitude consentie, où il tentera de dire ce qui le ronge depuis toujours et qui était, décidément, trop lourd pour lui. »

10547452_333218380168385_571153154901863084_n.jpg?oh=e1d425bb8cb039d92aa344120e10eacd&oe=54674623&__gda__=1416181157_400491e35ac38070649a9caf095c4583La page du livre sur le site des éditions Luce Wilquin:

http://www.wilquin.com/2014/08/trop-lourd-pour-moi-daniel-charneux/

La page Facebook consacrée à Daniel Charneux, écrivain:

https://www.facebook.com/DanielCharneux