RIVAGES INTIMES de Thierry RADIÈRE & Marc DECROS (éd. Jacques Flament)

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Traité de savoir-écrire à l’usage de ceux qui doutent

Les textes de ce livre parlent d’écriture en train de se faire, d’une communication tissée entre deux êtres qui s’aiment et se servent des mots comme de caresses. (« Mots après mots, nous nous caressons. »)

On n’évite rarement, entre amis, entre amants, cette jalousie qui porte sur les productions artistiques, ce déni face, en l’occurrence, à l’écrit d’autrui qui traduit une part de son invisibilité. Il n’est pas question de ça ici.

« J’ignorais, avant que cela ne m’arrive, que l’on puisse être autant attaché au manuscrit de la femme que l’on aime. »

Et de donner une possible explication à ce sentiment:

« Je crois qu’il était lié au plaisir de lire enfin la prose de tes gestes et paroles. »

 

Le premier texte qui naît, qui lève sous nos yeux, à la faveur d’un printemps, est dirigé vers l’autre, dans une attention de tout instant à autrui qui aboutira, plus tard dans l’année, au texte voulu, rêvé, comme fabriqué ensemble, tel un enfant de papier.

« Il faut que tu écrives toi aussi un livre sur tout ce que tu me dis… » 

Double mouvement de l’écriture qui protège (« en écrivant on se sent moins piétiné ») et fragilise quand  « on sait que l’on va être lu ». Mais on écrit pour « faire de ses émotions des totems à toute épreuve. », pour se rendre moins vulnérable.Même si la partie n’est jamais finie, toujours à recommencer…


Phrase après phrase, un premier texte avance (« À petits pas, nous avançons »), en soutien de la progression de l’autre, comme si la réussite totale ne pouvait être que mutuelle, conjointe. 

« J’essaie de te redonner du courage en m’emboîtant dans ton désespoir. »

Il faut plusieurs fois tomber à deux pour arriver à bon port dans une embarcation commune.

 

Radi%C3%A8re-Thierry-e1406018153430.jpgTraité de savoir-écrire à l’usage de ceux qui doutent, de ceux qui luttent contre le doute, ce livre peut se lire comme un poème en prose, un journal d’écriture, un art poétique.

Le narrateur incite sa compagne à ne pas se poser la question du style, « cette obsession bien française » qui peut rebuter le débutant, mais à poursuivre dans sa voie avec le seul but de l’honnêteté en point de mire.

Ce livre au format carré fait se répondre sur des doubles pages texte et image. Des angles droits pour fixer le cadre où vont se rejoindre dans l’espace du texte mouvements intérieurs et agressions extérieures. Thierry Radière écrit de longues phrases qu’on imagine soumises au tumulte du monde. Elles vont jusqu’au bout de leur respiration contre vents et matières.

 

J’ai fait l’expérience. Après lecture linéaire de l’ouvrage, je suis revenu picorer phrases (à gauche) et image (à droite). Les possibilités de combinaison et de réflexion sont infinies. Ils sont rares, les ouvrages de ce genre, à ménager de tels parcours entre rigueur et escapade.

Les photos, parlons-en, en noir et blanc de rivages prises sur Decros-Marc.jpgdifférentes côtes européennes par Marc Decros sont magnifiques. Elles font, mais subtilement, écho au texte en regard. Mais qu’on les voie avant, pendant ou après la lecture des textes, elles les creusent dans le sens de la rêverie. Elles présentent souvent, dans une nature sauvage, un élément signalant un passage ou une présence vivante, mais non identifiable. Le photographe n’attente pas à l’intimité des personnes qu’il photographie. Comme si les images nous rappelaient, ce qui n’est jamais absent du récit qu’on est en train de lire, à la permanence des choses de la nature dont se nourrit le couple d’écrivains à l’œuvre.

 

« Ecrire, et tu le sens déjà, c’est se rapprocher d’autrui dans une autre dimension que celle où vivre ne suffit pas. »

C’est en ces termes que s’achève ce recueil singulier au titre convenant parfaitement aux deux formes d’expression rassemblées ici, pour un voyage intérieur qui emporte le lecteur dans son périple d’images et de phrases.

Vers la fin, le narrateur note à l’intention de sa compagne: « Tu as écrit un texte atypique et c’est dans ce genre que tu excelles. »

Et on pense que ce qu’on vient de lire, comme les autres écrits de Thierry Radière, est justement cela : atypique. Sans référence aux influences subies, forcément nombreuses, tellement l’auteur a malaxé la langue avec son intérieur pour produire une matière unique. Celle qui fait la marque des écrivains honnêtes au style propre.

Éric Allard

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Thierry Radière sur la page des éditions Jacques Flament (copier/coller le lien):

http://www.jacquesflamenteditions.com/thierry-radiere/

L’ENFER DE L’APHORISME

enfer-1.jpgMa femme a menacé de me quitter si je n’arrêtais pas d’écrire des aphorismes. Sa vie, notre vie était, selon ses propres dires, devenue un enfer. Je lisais des aphorismes à mes enfants pour les endormir. J’en lisais à mon pharmacien, ma boulangère, à mon coiffeur, au facteur, à mes collègues de travail qui en étaient venus à m’éviter.

À la maison, à tout moment, je me ruais dans mon bureau pour noter une idée en cherchant mes Post-Styx, mon carnet noir. Je déconstruisais chaque vocable, chaque propos lu ou entendu. J’avais la tête pleine de mots en attente d’être accouplés, insérés dans une formule verbale dans le but d’un effet plaisant, surprenant, inédit. Je ne dormais plus.

Quand ma femme a décidé de partir avec un jeune romancier vu dans un jeu de télé-réalité littéraire, j’ai promis d’arrêter, je me suis mis à l’écriture d’un roman, péniblement, longuement… Au bout d’un an, j’avais écrit une nouvelle de deux pages et, dans les marges, au moins deux mille pensées.

Elle a mis sa menace à exécution. Depuis, elle vit avec son romancier qui lit à mes enfants ses écrits. Du coup, mes gosses mettent une éternité à s’endormir. Au matin, ils ont la tête pleine d’histoires…

Je fréquente d’autres anciens auteurs d’aphorismes dans le même état pitoyable réunis dans un collectif. On se raconte nos manques, nos victoires sur le manque. Je revois ma femme depuis peu qui en a marre du roman et m’a avoué que parfois, très raroman, presque jamais, parfois, elle se remémore avec tendresse un de mes aphorismes…

L’AMOUR DES LIVRES ET LE GOÛT DE MA LISEUSE

Le Premier Prix d’Automne de la littérature-entre-deux-portes sera remis un matin de novembre sur un Seuil venteux, dans un tourbillon de Lettres Mortes.

 

 

On songe éternuement à m’attribuer le Prix Gros Poivre.

 

 

Il se tousse que certains jurés du Prix Craché seraient tuberculeux. 

 

 

Il n’y pas d’exemple de Prix de l’Evasion remis à un poète détenu. 

 

 

Le Prix Dimanche est-il remis en semaine?

 

 

Les jurés du Prix du Meilleur 100ème roman ont peu de livres à lire. 

 

 

Lors des grands deuils littéraires, j’observe toujours une minute de science. 

  

 

Régulièrement cet homme recouvre de ses textes le corps d’une femme avant de le découper en morceaux et de l’envoyer à différents éditeurs de polar. 

 

 

Cet écrivain couru, en vacances d’hiver, écrivait en skiant des phrases bien calligraphiées qu’on pouvait lire des cabines téléphériques remplies d’éditeurs armés d’appareils photographiques à zoom puissant.

 

 

J’ai rêvé d’un écrivain en place qui accepterait en première partie de ses livres des nouvelles de jeunes auteurs et qui, en cas de prix, partagerait avec lui. (Littérature fiction) 

 

 

En parcourant la Foire du livre en tous sens, je ne retrouvai jamais le sens de la lecture.

 

 

 Je retrouve le goût de la lecture quand j’ai bien léché la peau d’écran de ma liseuse.

 

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Tu t’es vu(e) quand t’as lu ! 

 

 

 

J’aime mon libraire avec ses qualités et ses dépôts.

 

 

Mon éditeur aime ma femme plus que mon livre et j’aime mon éditeur plus que ma femme… 

 

 

Quand la maîtresse de l’éditeur est la femme de l’écrivain qui porte la maison, il y a péril en la demeure.

 

 

Ma muse me trompe avec le facteur qui lui apporte ses lettres.

 

 

Pour  faire publier  mon œuvre dramatique, j’ai demandé une aide à l’écriture d’une seule pièce. 

 

 

Le Fonds des Lettres est troué, il laisse échapper les écrivains subsidiés. 

 

 

Les vraies poétesses ne prennent jamais la prose.

 

 

Certains écrivains passent à la postérité sans se soucier du feu vert de l’Académie. 

 

 

Du seul livre publié par un écrivain, doit-on parler d’aubuscule ou de crépuscopuscule?

 

 

Les vers ne sont pas des phrases toutes blettes.

 

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Mon pharmacien est devenu éditeur, il publiera des recueils d’ordonnances. Mon boulanger continuera d’écrire sur la croûte du pain ses aphorismes enfarinés. 

 

 

Certains  auteurs de brûlots ne devraient pas s’étonner d’être descendus au lance-flammes par la critique.

 

 

Un préfacier qui accepte d’écrire une postface plutôt qu’un avant-propos se déconsidère-t-il ?

 

 

C’est le propre de l’écrivain bidon de faire beaucoup de bruit. 

 

 

Et dire que si Tzara avait autrement ouvert son dictionnaire, on parlerait de cacaïsme ou de babaïsme, mouvements qui, soit dit en passant, ont été inventés depuis. 

 

 

On fait tout un fromage avec les films de Jean-Luc Gouda.

Alain Tomme-Grillet a bien tourné L’Edam et après

 

 

Cet écrivain torche à la vitesse de la lumière ses romans étoiles filantes.

 

 

L’écrivain qui prend la mouche de l’édition papier pousse son éditeur dans la toile. 

 

 

Les rats de bibliothèque ont-ils peur des chats pitres?

 

 

L’écrivaine qui prend la bouche de son éditeur est assurée d’un livre-baiser.

 

 

La compagnie des livres l’excitait. Plus il y avait de livres, plus il bandait. À coup sûr, son passage dans une bibliothèque ou une librairie se soldait par une éjaculation féroce.

 

 

Cet auteur marron ne publie que ses chutes de feuilles. 

 

 

Cette Ministre de la culture avait fait intituler avec humour son site de Promotion des Lettres : jehaislesécrivainsvivants.com en pastichant le titre de livre d’un écrivain bien vivant. Ce fut diversement apprécié.

 E.A.

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QUAND MÈRE LUT + ROUGEUR DU SOIR, par Denis BILLAMBOZ

Quand mère lut

  

Quand mère lut

Que « Mona lisait »

Le marchand livrait

Tous les livres

En bonne lectrice

Elle acheta une lettre triste

Comme le Bateau ivre

Une lettre qu’on délivre

Sous l’emprise du délire

A ceux qui n’aiment pas lire

A ceux qui ne lisent

Que des sottises

Leur carte d’électrice

Ou leur facture d’électricité

 

Elle adressa cette lettre

Avec une odelette

A son amie Odette

Qui ne lisait que des recettes

 

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Rougeur du soir

 

C’était un soir

Accoudée au comptoir

Elle buvait un petit noir

Son regard noir

Disant ses déboires

 

Son désespoir

Faisait peine à voir

Je l’invitai à s’asseoir

Pour avec moi boire

A un nouvel espoir

 

Rouge prête à choir

Elle osa me croire

Elle était en mon pouvoir

 

Rougeur du soir

Espoir !

 

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LES OUBLIÉS

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

À l’occasion de la sortie du livre de Georges Magnane et de la relecture du recueil de nouvelles de Louis Pergaud, j’ai eu envie de mettre à l’honneur tous ces grands écrivains qui ont participé eux aussi à la construction du patrimoine littéraire français et qui sont désormais enfouis dans les oubliettes de l’histoire. Et pourtant, du talent ils en avaient beaucoup plus que certains qui vendent aujourd’hui des montagnes de livres, n’oublions pas que le recueil que je présente ci-dessous valu le Goncourt à Pergaud en 1910 et que Georges Magnane a été lui aussi sélectionné pour ce prix dans les années quarante quand les critères de sélection n’étaient dictés que par la qualité littéraire des textes.

 

9782253163701-T.jpgDe GOUPIL A MARGOT

Louis PERGAUD (1882 – 1915)

J’ai exhumé ce recueil de nouvelles animalières, ce petit bestiaire, des rayons d’une étagère où il dormait depuis de longues années, j’aime lire la prose de Pergaud et comme il fait partie de la longue liste des écrivains fauchés par l’imbécile boucherie de la Grande Guerre, je voulais, en cette année commémorative, le remettre un peu à l’honneur car il est tombé dans les oubliettes de l’histoire littéraire depuis un bon nombre d’années malgré l’acharnement que certains réalisateurs mettent à massacrer périodiquement ses Gibus et autres garnements.220px-Louis_Pergaud.jpg

Si Hugo nous a fait l’honneur de naître à Besançon et Colette d’y écrire quelques ouvrages, Pergaud est le véritable écrivain comtois de référence, avec ce recueil il a obtenu le Prix Goncourt 1910. Il doit être bien rare que ce prix honore un recueil de nouvelles. Dans celles-ci, l’auteur met en scène les petits animaux de la campagne, ceux qui sont rarement mis à l’honneur dans la littérature, excepté l’incontournable renard, taupe, fouine, écureuil, lièvre, grenouille… les représentants de la faune des plus faibles, ceux qui sont à la merci de nombreux prédateurs. Dans un langage riche, nourri de mots qui a l’époque étaient aussi rares qu’aujourd’hui et de vocables aujourd’hui disparus ou presque, il dépeint le petit monde de la forêt et des taillis qu’il a bien connu quand il était enfant dans un petit village du Haut-Doubs. Il décrit sans complaisance, mais sans concession non plus, la violence de la vie dans la nature, la suprématie inéluctable du fort sur le faible. Il n’y a ni morale, ni sentiment, dans ces récits, il n’y a que l’incontournable loi de la prédation qui régit le monde animal depuis l’origine du monde. Seul l’homme perturbe cet équilibre millénaire en introduisant dans ce monde bien hiérarchisé la cruauté qui semble être sa caractéristique principale.

Quand il a écrit ses lignes, Louis Pergaud ne se doutait pas qu’il serait un jour un de ces petits êtres sans défense à la merci de la cruauté humaine, pris au piège comme Margot, Goupil, Fuseline ou Rana, victime innocente de l’imbécillité humaine.

 

9782842637996.jpgLES HOMMES FORTS

Georges MAGNANE (1909 – 1985)

Belle idée qu’a eue Le Dilettante de réveiller cet auteur profondément endormi dans le cimetière des écrivains oubliés, aujourd’hui, tout le monde ou presque ignore qui était Georges Magnane, un homme de lettres prolifique, un traducteur de romanciers anglophones, un sportif accompli et éclectique, un chercheur au CNRS, un ami des grands intellectuels de son époque. Il a notamment écrit ce roman publié pendant les jours les plus sombres de l’occupation, en 1942, qui raconte la vie parallèle de deux amis qui ont un profil assez semblable au sien : brillant athlète et fin lettré.

Le narrateur qui pourrait-être l’auteur tant il lui ressemble, rencontre au cours des joutes sportives scolaires un rival brillant, fort et beau comme un dieu grec, qui lui fait de l’ombre mais qui finit par devenir son ami. La vie les sépare, la vie les rapproche, chaque fois les retrouvailles se font dans la joie mais cette joie s’altère un peu plus à chaque rencontre depuis que son ami vit avec une jeune et belle femme qui ne laisse pas le narrateur indifférent. Un jour, alors que le huit était en passe de remporter un important championnat national d’aviron, le bel athlète craque et fait perdre son embarcation. Depuis ce jour, à chaque nouvelle rencontre, les deux hommes s’éloignent inéluctablement l’un de l’autre, le narrateur ressentant avec de plus en plus de gêne les signes de faiblesse de son ami qui confinent progressivement à de la lâcheté.AVT_Georges-Magnane_1442.jpeg

Ce récit est un grand roman d’amour impossible, le narrateur ne peut décemment pas courtiser la belle qui le fait fondre car il ne veut pas trahir son ami et, quand la belle comprend que son mari n’est qu’un lâche qui la trompe sans vergogne, il ne peut pas se résoudre à n’être que la roue de secours de celui qu’il a tellement admiré avant de le décevoir à tout jamais. Un roman d’amour sous fond de pratique sportive, une vraie ode aux valeurs sportives à la mode à l’époque où l’hébertisme recommandait de fabriquer des hommes forts, utiles à la patrie. Georges Magnane était lui-même un sportif accompli et le regrettera en mourant dans la douleur d’un corps peut-être trop sollicité. On pourrait aussi se demander quel serait le regard de cet auteur qui a commis un ouvrage de référence sur la sociologie du sport, devant le spectacle offert aujourd’hui par les sportifs professionnels. Lui qui dresse le portrait du sportif humble pratiquant le sport pour le plaisir et la compétition saine en opposition à celui du champion infatué, imbu de sa personne et convaincu de sa prétendue supériorité.

Pour publier en 1942, on se doute bien que l’auteur a dû slalomer entre les chicanes de la censure, il évite donc toutes les questions qui pourraient donner prétexte aux autorités pour rejeter son texte ou même pour lui chercher quelques noises. Toutefois, j’aurais tendance à croire que l’ami couard est un peu à l’image de tous ceux qui se sont couchés devant l’occupant, allant même jusqu’à l’accepter servilement. Quercy, le lâche, pourrait ainsi être la parabole du collabo trouillard caché sous le masque d’un flambeur courtisant les jeunes femmes.

EMILY HOYOS se fait attacher sur les rails pour arrêter un train

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Il était 17 h 32 ce jeudi 23 octobre quand le train Bruxelles-Anvers démarra de la Gare du Nord avec des passagers heureux de rentrer chez eux à l’heure, pour la première fois depuis vingt-sept ans.

C’était sans compter sur la dernière action des Écolos venus sensibiliser les usagers aux économies qui vont toucher la SNCB. La coprésidente était ligotée sur les rails et bloqua la voie pendant une heure et cinquante-deux minutes.

Olivier Deleuze, qui s’était occupé d’attacher sa collègue, demeurait introuvable et les liens résistaient aux pinces coupantes. Les policiers en grève ne voulaient pas intervenir et des heurts survinrent entre passagers pro-Hoyos et passagers pro-mpts à lui rouler dessus.

Finalement, Olivier Deleuze, contacté par GSM, consentit à libérer la captive si on l’assurait du poste de bourgmestre à vie de Watermael-Boitsfort, ce qui lui fut accordé, étant donné la situation qui empirait, par le ministre de l’Intérieur Jan Jambon qui, en uniforme d’officier nazi, s’apprêtait à rejoindre le souper de l’Amicale des Anciens Kapos de Breendonck.

Bart de Wever, interrogé dans la soirée sur cet incident, reparla de « foutaises francophones ».    

LIVRE COMME L’AIR

livre-banc.jpgC’est un promeneur de livres. Cela fait des années qu’il ne lit plus. Mais il continue d’acheter des bouquins, d’en emprunter en bibliothèque pour les balader. Il ne supporte pas de voir des livres prisonniers d’une étagère, serrés comme des boîtes de conserve, en proie à des quantités d’acariens sans scrupule et sans culture. Quand les trois semaines réglementaires de prêt sont écoulées, plutôt que de les ramener, il préfère les brûler puis disperser leurs cendres…

Il a fait l’acquisition d’une vieille poussette qui lui permet de charger quelques dizaines d’ouvrages. Au parc, il les étale sur un banc, il les ouvre, les feuillette, leur donne de la lumière. Le vent caresse leurs pages…

À la maison, il n’a plus de place pour personne tant il y a de livres. Des voisins étonnés de ne plus voir sa parentèle ont fini par avertir la police qui a dressé le constat suivant : il avait fait disparaître les membres de sa famille qui n’avaient plus supporté sa passion.

En prison, il s’occupe des livres, c’est le bibliothécaire des lieux. Plusieurs fois par jour, aux heures de préau, on le voit pousser sa vieille poussette (qu’on lui a autorisé d’introduire dans l’établissement). Les détenus l’encouragent de leurs cris quand il passe sous la fenêtre de leurs cellules. Il ne tourne pas la tête vers eux, il ne pense qu’aux livres, au bien qu’il leur procure.