LIVRE COMME L’AIR

livre-banc.jpgC’est un promeneur de livres. Cela fait des années qu’il ne lit plus. Mais il continue d’acheter des bouquins, d’en emprunter en bibliothèque pour les balader. Il ne supporte pas de voir des livres prisonniers d’une étagère, serrés comme des boîtes de conserve, en proie à des quantités d’acariens sans scrupule et sans culture. Quand les trois semaines réglementaires de prêt sont écoulées, plutôt que de les ramener, il préfère les brûler puis disperser leurs cendres…

Il a fait l’acquisition d’une vieille poussette qui lui permet de charger quelques dizaines d’ouvrages. Au parc, il les étale sur un banc, il les ouvre, les feuillette, leur donne de la lumière. Le vent caresse leurs pages…

À la maison, il n’a plus de place pour personne tant il y a de livres. Des voisins étonnés de ne plus voir sa parentèle ont fini par avertir la police qui a dressé le constat suivant : il avait fait disparaître les membres de sa famille qui n’avaient plus supporté sa passion.

En prison, il s’occupe des livres, c’est le bibliothécaire des lieux. Plusieurs fois par jour, aux heures de préau, on le voit pousser sa vieille poussette (qu’on lui a autorisé d’introduire dans l’établissement). Les détenus l’encouragent de leurs cris quand il passe sous la fenêtre de leurs cellules. Il ne tourne pas la tête vers eux, il ne pense qu’aux livres, au bien qu’il leur procure.

4 commentaires sur “LIVRE COMME L’AIR

  1. Mais oui, on pourrait devenir promeneur de livres sans s’en rendre compte… les livres parfois d’ailleurs sautent des étagères, les font s’écrouler, glissent et cassent tout sur leur passage en gémissant: ouvrez-moi !

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