MARTIAL SAL de LUTGEN-LA-NEUVE N’A JAMAIS ÉCRIT DE SA VIE !

auclairdelalune.gifMartial Sal, 37 ans, n’écrit pas, il n’a jamais écrit de sa vie. Nous l’avons rencontré chez lui.

 – Nous sommes à Lutgen-la-Neuve en compagnie de Martial ce 15 octobre 2029 dans la périphérie nord de la ville en pleine canicule automnale.

Martial Sal, c’est un pseudonyme, je présume. 

 – Tout à fait. Je ne tiens pas à décliner ma véritable identité, c’est trop difficile à assumer au quotidien.

 – On vous comprend. Depuis quand n’écrivez-vous plus? 

– Je n’ai jamais écrit !

– Jamais ? Pas même une publication ?

  Aucune ! Pas le moindre aphorisme, le moindre haïku.

–  Nous ne pensions pas que c’était si grave. Votre cas n’en est que plus intéressant. Vous êtes suivi?

– Oui, médicalement et psychologiquement depuis qu’on s’est aperçu que je n’écrirais jamais.

–   Une épreuve pour vos parents? 

–    Oui, terrible. Maman est rentrée au couvent quand elle l’a appris, la veille de la parution de son cent quarante-troisième ouvrage.

– Et votre père?

– Papa avait écrit le premier tome de son autobiographie qui s’arrête à l’âge de ses quinze ans. Il n’a plus pu continuer, il n’imaginait pas relater ma naissance, le traumatisme de mon anomalie… Et il n’était pas doué pour la fiction, ou l’affliction, si vous voulez. Puis il n’a plus écrit que des préfaces : deux mille trois cent quarante-huit. Et une postface malheureuse. De son propre aveu, il n’était pas fait pour l’écriture de postface. De plus, il a tenu à ce que les titres des ouvrages préfacés figurent tous sur sa pierre tombale. Je ne vous dis pas le nombre de pierres tombales qu’il a fallu graver. Toute une allée.

– Des frères et des sœurs?

– Oui, tous poursuivent une brillante carrière littéraire commencée très jeune par des romans bébé. Un d’eux est pressenti pour le Nobelge. Ils ne veulent plus me voir.

– On les comprend. Bien que vos parents n’étaient déjà plus une exception durant votre enfance, ne pensez-vous pas que le fait qu’ils écrivaient a pu vous éloigner de l’Écriture, de l’Art en général ?

– Non, c’est congénital. Une grave maladie. La plupart des cas diagnostiqués dans le monde ont pu être soigné par des Résidences d’écriture au Grand Temple de la Poésie de Mandchourie ou sur la Côte Littérale Sud de Madagascar, des séances d’Atelier d’écriture intensifs avec les animateurs les plus réputés de la planète. J’ai reçu des éditeurs du monde entier qui m’offraient des ponts d’or. J’ai même été en Résidence d’écriture sur la Lune…

– Et? 

 Même au clair de la Terre, pas le moindre mot au bout de ma plume.

– Pour tous nos lecteurs écrivains, pouvez-vous nous raconter la journée-type d’un non écrivain ?

– Je me lève tous les jours à six heures. Je me douche à l’eau Google. Je prends mes deux cafés Clooneysso avec un toast à la gelée d’insectes. Je glisse dans mon bureau où, de 7 heures à 12 heures exactement, je n’écris pas. Les bons jours, après ma sieste, je recommence à ne pas écrire de 15 h à 17 heures. Et parfois, le soir, je n’écris pas aussi.

– Fabuleux!

– Et, de plus, vous n’êtes ni peintre, ni musicien, ni comédien ?

– Non, rien de tout cela. Je n’en tire aucune fierté. C’est ainsi.

– Certains ont pensé que vous étiez au service d’une puissance extra-terrestre, que vous communiquiez avec elle par des moyens supranumériques. Vous avez plusieurs fois été accusé de haute trahison à l’Etat Wallon par Fadila Laanan, la Présidente à vie ?

– Oui, j’ai fait douze ans d’internement en camp de redressement poétique.

– Cela vous a fait du bien?

–  Je passais mes journées à recopier les quatre mille sept cent cinquante-trois opuscules de la Grande Fadila.

 Qui ne vous ont pas guéri…

– Pas du tout.

– Les livres de La Grande Fadila ne sont pas écrits par elle, vous saviez , mais par des écrivains qu’elle soutient par des subventions à l’écriture massives… Au fond, elle est comme moi.

– On ne veut rien savoir!

– À une époque, c’étaient les anticonformistes, les rebelles qui écrivaient… Vous pensez que ce n’est plus le cas?

– Ce n’est plus le cas depuis longtemps. Aujourd’hui, ce sont ceux qui n’écrivent pas, les insoumis.

– Ce propos n’engage que vous. Nous nous désolidarisons d’un pareil propos, vous le comprendrez aisément. Parlons d’autre chose, de vos loisirs… Pendant la période des prix littéraires, que faites-vous ?

– Je pars en vacances.

– Vous êtes autorisé à quitter le territoire réel?

– Oui, j’ai un passe-droit depuis que je suis allé sur la Lune. Entre nous, les autorités favorisent la méthode douce en espérant encore… Moi non !

– Vous avez pensé mettre fin à vos jours ?

– Bien des fois.

– Qu’est-ce qui vous a arrêté ?

– L’amour…

–  L’amour  d’un Transgenre, d’un Animal de compagnie, de la Terre-qui-se-meurt, de la Lutte-anti-Soda, de la culture bibliologique ?

– Seulement l’amour de la non-écriture. 

 

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SQUELETTES AU HARAS de Jean-Philippe QUERTON (Cactus Inébranlable éditions)

squelettes-couverture-26082014.jpg?fx=r_550_550Piquant-fondant

Des aphorismes aux petits oignons qui m’ont fait penser à certains mets qui mêlent les saveurs et les valeurs, le croquant au moelleux… On parlera plutôt ici de piquant-fondant, de cru et de cuite.

De tendresse sous une couche de mordant.

La première partie du livre s’intitule Top chef et on n’oublie pas que Jean-Philippe Querton est l’auteur par ailleurs des Trésors de la cuisine du Hainaut mais aussi de quelques romans au titres alléchants comme Mortelle Praline ou Le poulet aux olives.

Il écrit : En matière de cuisine asiatique, je suis riz thaï et je le reste.

ou

L’amnésique ne mange que des légumes oubliés.

Avec un titre qui donne le ton, et des dessins de squelettes spirituellement légendés, on trouvera forcément du trépas dans ce recueil mais de la mort narguée, considérée plus en partenaire de vie qu’en adversaire.

Je n’ai pas envie de mourir mais cela ne me déplairait pas de crever.

Et des calembours joliment appelés variations homophoniques :

On ne parle pas assez de l’embarras de l’anchois.

Se faire cracher dessus, une déclaration de glaire ?

Sans compter les sections Livrés à domicile, Pipeule ou le Tour du monde en 80 mots qui régaleront  les amateurs d’onomastique:

Steve Jobs est mort. Mauvaise nouvelle pour les chômeurs.

Si l’Empire ottoman, en qui peut-on avoir confiance ?

La réflexion, le sens du monde comme il va infiltrent l’ensemble du bouquin, avec des coups de patte aux politiques et des signes de la main aux réprimés, aux laissés-pour-compte. De façon décalée, car nul pensum ici.

Mais on peut par exemple méditer longtemps sur : Un pauvre, c’est forcément quelqu’un qui a été volé.SDC10029.jpg

Ou sur :

 La faim dans le monde, c’est vraiment un problème de satiété.

Squelette au haras comprend (c’est son côté Scarlett) sa part de sexe mais de sexe habile.  :

En panne décence elle se balade nue.

Quand elle dit qu’elle a des problèmes de pointe, ne jamais regarder ses seins.

Des moments de tendresse aussi, comme des arrêts de suspension des hostilités : J’aimerais pouvoir consoler les saules pleureurs.

Et un lot d’aphorismes désopilants, notamment ceux sur le gille de Binche ou le Mur des Lamentations…  

J’ai aussi apprécié les neuf(s) Contes à la con (qui m’ont fait penser à certains textes de Raymond Roussel) amenant dans un fauteuil des phrases du genre : la traversée de la mangue à la nage, cinquante nuances de craie ou (mon préféré) l’amant d’Arine Napoléon.

Ceux qui pensaient que l’auteur était en retrait derrière l’éditeur (du Cactus Inébranlable) en seront pour leurs frais. Beaucoup de délicatesse dans ce recueil, et des choix assumés : Le cactus pique et ne s’excuse pas.

Pour terminer, il y a cette page touchante de remerciements aux personnes (une cinquantaine) qui feront l’honneur de festoyer le jour de ses funérailles… s’ils sont encore là, précise-t-il. Allez, promis, Jean-Philippe, on se fera semblant. 

Éric Allard 

 90 pages, 7€

Pour en savoir plus sur  ce titre, la collection des P’tits Cactus et les Cactus Inébranlable éditions (copier/coller le lien):  http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/pages/acheter-nos-livres/catalogue/squelettes-au-haras.html

GRAND CRU BIEN COTÉ d’Éric DEJAEGER (Cactus Inébranlable éditions)

grand-cru-couverture-1.jpg?fx=r_550_550Le Dejaeger nouveau est arrivé!

Le Dejaeger nouveau est arrivé. Et c’est un Grand cru bien coté.

Entre mauvais esprit assumé, autodérision (la contrepèterie du titre, par exemple) et coups de griffe salvateurs contre ce qui, pour résumer, (s’)est institutionnalisé, nécrosé, on se dit que l’auteur porte bien et haut ses thèmes de prédilection ainsi que ses irréflexions – comme il les appelle.

C’est lapidaire, rageur mais justifié.

Et on rit souvent, pour ainsi dire une fois par page.  

On applaudit aussi, des deux mains. Et ce n’est pas bien car ça ralentit notre lecture, il faut sortir de ce mauvais pas car on voudrait tourner la page, s’esclaffer à nouveau.

Jugez plutôt.

Hyperactif : fouteur de rien.

Du neuf chez les SM : le fist de pute.

Zoophilie : une bossue amoureuse d’un dromadaire.

Plus j’avance en âge, plus je suis soul âgé.

Oui, j’ai cinquante balais. Ca va encore plus vite pour faire le ménage.

Une page sur deux est consacrée à des listes, qualifiées par ailleurs de potachères. Et j’ai trouvé que dans ce recueil touffu (80 pages bien fournies), couillu mais aussi pointu, Éric prolongeait par ces listes l’art de l’aphorisme.

Les cycloperies (« le cyclope insomniaque ne ferme vraiment pas l’œil de la nuit ») et les animaux-valises valent le détour mais ce sont surtout ses listes de suffixes et préfixes (qu’on devrait faire lire à l’école) qui poussent la langue dans ses retranchements, dans ce qui la sous-tend peut-être, dans ses pulsions, dirait-on si on parlait un peu le Freud ou le Lacan.

Dans ce qu’elle ne peut pas dire et qu’Eric révèle.
Il y a des subtilités, des rémanences d’une liste à l’autre, elles assurent le liant, telles ces particules élémentaires qu’on retrouve avec plaisir d’une liste à l’autre : le nécron (particule disparue avant d’avoir existé), le théon (particule têtue qui tente de se créer sans jamais y parvenir), le cacon (particule irrécupérable), le le procton (particule découverte par un trouduc) et j’en passe.

Quelques exemples d’autres trouvailles:image.jpg?w=620

Fast fucking : coït éclair.

Nécrotte : fèce devenue poussière.

Hydramaturge : auteur de drames à l’eau de rose.

Cacocola : soda imbuvable.

Proctuor : ensemble de huit musiciens pétomanes.

Enfin, une liste à ne pas manquer pour étudiants pressés, la liste de résumés de dix grands classiques de la littérature.

ULYSSE de James Joyce: l’histoire d’un gars qui essaie de rentrer chez lui sans GPS.

DON QUICHOTTE de Miguel de Cervantès: l’histoire d’un gars allergique à la farine.
Il y a aussi MOBY DICK, L’ETRANGER, LES CHANTS DE MALDOROR…

Allez, on essaie avec GRAND CRU BIEN COTÉ d’Éric Dejaeger : l’histoire d’un gars qui ne prend pas au sérieux la vie qu’on veut lui faire croire.

Éric Allard

90 pages, 7€

En savoir plus sur le site des éditions du Cactus Inébranlable (copier/coller le lien):http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

 

KYOTO + 3 SOEURS, par Denis BILLAMBOZ

Kyôto

  

Cerisiers en fleurs

Jeune fille en fleur

Kawabata bonheur

  

Tradition bafouée

Artisanat boudé

Yasunari désabusé

  

Temples rutilants

Forêts luxuriantes

Kawabata exubérant

  

Touristes pressés

Production banalisée

Yasunari excédé

  

Fêtes rituelles

Kimono traditionnel

Kawabata solennel

  

Kyôto est à Kawabata

Kawabata est à Kyôto

Pour l’éternité

 

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Trois soeurs

  

Trois sœurs

Trois cœurs

Trois destins

Trois chagrins

Trois sœurs

Trois malheurs

  

 Trois sirènes

Trois écrivaines

Trois talents

Qui hurlent dans le vent

Trois misères

Pour Jeanne Eyre

 

Trois jeunes fées

Trois proies épiées

Par la mort vorace

Sans pitié pour leur grâce

Trois statues de grès

Pour Agnès Grey

  

Charlotte, Emily, Anne

Divines Brontë

 

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NOUVELLES LATINOS

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

A travers cette publication, je voudrais mettre en valeur deux auteurs latino-américains trop peu connus en Europe malgré toute l’étendue de leur talent. J’avais eu, avant la lecture de ces deux nouvelles, l’opportunité de lire un roman de chacun d’eux et j’avais apprécié la qualité de leur plume. Je voudrais aussi mettre en évidence un genre littéraire, la nouvelle, que je présente trop rarement, c’est un genre qui a ses exigences et un réel intérêt pour les lecteurs. Enfin, je voudrais saluer le travail de cette petite maison d’édition lyonnaise, Zinnia Editions, qui publie ces nouvelles dans des petits formats agréables à lire et faciles à transporter même dans la plus petite des poches. Des tout petits formats pour découvrir de grands auteurs.

 

Image.ashx?imageID=-AHgVUAYI0Smlt9k4SAAuwBALLES PERDUES

Alberto BARRERA-TYZKA (1960 – ….)

Une petite maison d’édition lyonnaise, Zinnia Editions, a remarqué l’un de mes commentaires sur un livre d’Alberto Barrera Tyszka et m’a proposé la lecture de deux nouvelles de cet auteur. « Balles perdues » est la première de ces deux nouvelles, elle évoque la disparition d’un brave citoyen vénézuélien sans histoire lors d’une manifestation contre le pouvoir. C’est dans le journal télévisé que sa famille le voit tomber sous les balles de la police mais ne peut le retrouver ni à la morgue, ni dans les hôpitaux de la ville, il est introuvable malgré toutes les recherches qui sont entreprises. La télévision s’intéresse bientôt à cette disparition tant pour dénoncer les violences policières que pour accabler les contestataires qui manipulent son épouse pour discréditer le pouvoir.Alberto-Barrera.jpg

Instrumentalisée par les médias, la famille implose, certains membres rallient la cause des insurgés, d’autres restent fidèles aux gouvernants mais quand les télévisons étrangères se manifestent avec des contrats fort lucratifs, les opposés se rejoignent. Alberto Barrera Tyszka nous montre, à travers le jeu pervers des médias, la faiblesse des êtres ayant acquis rapidement une grande notoriété, capables de se faire de l’argent sur le dos d’un des membres de leur famille dont on ignore s’il est mort ou disparu, son corps n’a jamais été retrouvé, il pourrait même être toujours en vie quelque part où personne ne serait aller le chercher. Une nouvelle comme une leçon de morale qui dénonce la faiblesse des hommes toujours prêts à marcher sur des cadavres pour accéder à une certaine reconnaissance, à un certain pouvoir, et les médias artisans de toutes les manipulations qui peuvent servir la cause de ceux qui les possèdent ou les financent.

Une belle édition, une bonne idée, ces petits formats faciles à lire et à transporter dans une poche pour découvrir rapidement des auteurs inconnus et en l’occurrence des auteurs d’Amérique latine dont cette maison s’est fait la spécialité.

 

taxi.jpgTAXI DRIVER SANS ROBERT DE NIRO

Fernando AMPUERO (1954 – ….)

Dans le joli catalogue de Zinnia Editions, j’ai trouvé cette nouvelle de Fernando Ampuero, l’auteur péruvien dont j’ai lu il y a déjà bien des années un roman que j’avais apprécié, « Caramel vert », elle raconte la vie d’un chauffeur de taxi qui est obligé de travailler de très longues heures pour payer les soins nécessaires pour son fils atteint d’une maladie invalidante. En maraude la nuit dans les rues de Lima, il rencontre un collègue qui lui propose une combine immorale pour gagner beaucoup plus d’argent sans faire beaucoup d’efforts. Son éthique lui interdit de telles pratiques mais nécessité fait loi, alors, pensant à son gamin handicapé, il plonge dans l’arnaque et gagne rapidement un peu plus d’argent qu’auparavant. Rongé par le remord et assailli par les scrupules, il décide d’abandonner cette combine bien peu recommandable mais la chance ne lui est pas favorable, son ami surgit à l’instant où il allait laisser filer une affaire trop facile à réaliser et le convainc qu’il est particulièrement doué pour ce genre d’embrouilles. fernando.jpg

Ampuero est actuellement une des grandes voix de l’Amérique latine, avec cette nouvelle il montre une image des grandes villes latino-américaines, peut-être moins violente que celle de New-York exposée dans « Taxi Driver », il dénonce plutôt toute la misère de ce continent livré à la débrouillardise pour faire face à la maladie et à la misère en général. Et quand nécessité fait loi, l’immoralité et le cynisme prennent vite rang de valeurs.

http://www.zinniaeditions.com/

NOTRE VIE et autres poèmes à effacer

La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste.

Victor Hugo

 

Notre vie

 

Notre vie ne vaut pas les cent mille crayons

qu’il a fallu tailler pour faire tenir sur sa pointe

le capitalisme

 

Je te gomme tu me ratures la banque efface

toutes les traces

 de notre plèbe

 

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L’inspiration

 

L’inspiration descend du train

on l’attend sur le quai

avec des pelles et des marteaux

 

pour lui faire oublier

tous les retards

de construction

 

si elle avait su elle n’aurait jamais quitté

son chantier

mais il se peut toujours

 

que sans crier gare

on la ramène à la frontière 

de la mélancolie 

 

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La place des amours

 

Ma mère sait bien où je cache mes amours

derrière la porte du grenier par beau temps

devant la cave à vin quand il pleut

 

Mais jamais je ne dirai

dans quel passé ma mère a remisé

le souvenir de mon père

 

 

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On n’écoute pas

 

On n’écoute pas aux portes de l’affluence

le bruit que fait la joie sourde

en sautant sur une mine de solitude

 

On repeuple la terre

de présences passagères

qui feront de l’amour

  

un mode embarrassant du silence

 

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L’escalier 

 

la pie plie les pages

le chien en fait des boules

qu’il donne aux fourmis

 

de la haute maison

 

pendant que les mots roulent

du grenier à la cave

en faisant de chaque phrase

 

un escalier en colimaçon

 

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Le porte-manteau

 

on n’accroche pas une femme

au porte-manteau du désir

sans l’avoir portée

au moins une nuit

 

il se peut qu’un étranger

l’ayant entendue parler bas

dépose sur toute sa chair

l’étendue de son cri

 

 

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Mes trous de nez

 

Profitant du temps sec

je me suis enfoncé

dans mes trous de nez

 

Deux trous de nez

c’est grand bien plus grand

qu’on ne le pense

 

Je suis là depuis longtemps

j’observe les allées et venues

des uns et des autres

 

J’attends maintenant

avec une nasale impatience

de m’éternuer

 

 

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Mon corps

 

mon corps me plonge

dans le désarroi

 

aucune reine en magasin

pour exposer en vitrine

 

mes morceaux de chair

en couronne mortuaire

 

aucune cliente pour se défaire 

de l’idée de moi

 

 

 

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Le beau travail

 

le marteau frappe l’eau

le clou enfonce la mer

 

tant que dure 

la ligne de l’horizon

 

ensuite seulement l’ouvrier peut  

se reposer sur son travail

 

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Le départ

 

Mon père marche sur la pointe des pieds

de ma mère

 

pour rejoindre en silence

la chambre aux souvenirs

 

où ils se remémorent à grands rires 

l’instant précis d’où je suis parti

 

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avant d’écrire

 

avant d’écrire

arrose ta prose

et vérifie tes vers:

on n’est jamais

assez prudent!

  

avant d’écrire

prends l’air

et rends le vent

léger

 comme la plume:

on n’est jamais 

assez effacé!

 

 

 

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LES POÈMES de SUDPRESSE

51VgJ3cN2NL._SY300_.jpgDans Structure du langage poétique (Flammarion, 1966), Jean Cohen montre que mettre en vers libre un entrefilet de journal, cela ne suffit pas pour faire de la poésie.

Hier, sur la Nationale sept 
Une automobile 
Roulant à cent à l’heure s’est jetée 
Sur un platane 
Ses quatre occupants ont été 
Tués. 

Il s’en explique comme suit:

« Evidemment, ce n’est pas de la poésie. Ce qui montre bien que le procédé à lui tout seul, sans le secours des autres figures, est incapable d’en fabriquer. Mais, affirmons le, ce n’est déjà plus de la prose. Les mots s’animent, le courant passe, comme si la phrase, par la seule vertu de son découpage aberrant, était près de se réveiller de son sommeil prosaïque. » 

Il faut reconnaître que cela y ressemble et, même, ne diffère que très peu, sinon d’une certaine poésie, de certains poèmes cherchant à brouiller la frontière entre prose et poésie.

Nous ne procéderons pas cette fois à l’exercice inverse qui consisterait à mettre en poésie de la prose au risque de constater la disparition de toute poésie.

Les article sont tirés d’un site de SudPresse et couvre la période de ce début d’été 2014. Aucune modification autre que la mise en vers et en strophes (ou parfois l’introduction du marqueur poétique & en place du « et » d’origine) n’a été opérée au sein des articles. 

E.A.

 

MISE EN VERS D’ARTICLES

de 

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POÈME 1

 

Vendredi vers 1h30 du matin,

Ginny Griffith 

a décidé d’en finir

avec une araignée  

 

Prenant son briquet,

cette habitante de Hutchinson (Kansas)

met le feu à des serviettes de toilette

et balance le tout

dans la tanière de la bête.

La méthode a été radicale

puisqu’un incendie s’est déclaré

dans l’habitation.

 

Il a fallu cinq camions de pompiers

pour le maîtriser.

Les pompiers ont prévenu la police

qu’il y avait eu plusieurs départs de feu

et donc

qu’il pouvait s’agir d’un incendie criminel.

 

 

*****************

 POÈME 2

 

Vendredi,

une professeur de l’école libre

du Touquet,

dans l’implantation de la Marlière,

a décidé,

sans l’aval de sa direction,

 

soulignons-le,

 

de coller,

sur le pull d’enfants âgés de 4 à 5 ans,

un papier

sur lequel était spécifié

que les parents avaient encore

des factures impayées.

 

 

****************

POÈME 3

 

Le drame s’est joué à Motta Visconti près de Milan (Italie)

samedi soir.

Carlo Lissi a fait des galipettes

avec son épouse sur le canapé familial

tandis que les enfants dormaient

dans la chambre.

Puis il a pris un couteau dans la cuisine

&

a poignardé

à de nombreuses reprises,

finissant par l’égorger.

Ensuite, il s’est rendu

auprès de ses enfants

&

les a tués.

 

Le père de famille s’est lavé

& changé,

puis il a rejoint

un café

pour assister

au match Italie-Angleterre à la Coupe du Monde.

En rentrant, il a appelé la police,

expliquant qu’il venait

de découvrir

les trois cadavres.

 

 

****************

 POÈME 4

 

Dimanche

peu avant 11 heures du matin,

Trois hommes encagoulés

 & munis d’armes de poing

ont fait irruption

dans le commerce

en présence d’une soixantaine de clients.

 

Les auteurs n’ont pas hésité

à tirer un coup de feu en l’air

& à faire coucher les victimes

au sol

afin de se faire remettre

le contenu de la première caisse.

 

Les truands ont pris la fuite

à bord d’une Opel Astra

conduite par un quatrième complice

qui les attendait

à l’extérieur du magasin.

 

 

************************

 POÈME 5

 

La scène se déroule

dimanche dernier.

Alors qu’il se balade dans les rues d’Omaha,

dans le Nebraska (Etats-Unis),

en début de soirée, Tom White découvre sur le banc

 deux célébrités.

 

À droite, le chanteur des Beatles Paul McCartney,

en représentation dans la région ;

à gauche, Warren Buffett,

un homme d’affaires américain de la région

& quatrième plus grosse fortune du monde.

 

En tout, les deux hommes forment

une fortune de plus de 60 milliards de dollars…

Tom ne s’est donc pas privé d’immortaliser le moment

en prenant un selfie devant le banc

où les deux hommes étaient assis. 

 

 

********************

 POÈME 6

 

En rentrant du travail hier,

vers 18 heures,

l’homme avait déjà bu

quelques verres.

 

Il se dispute avec son épouse

à cause d’une machine à coudre

& d’un tas de linge

qui traîne au rez-de-chaussée.

 

Plus tard dans la soirée,

l’homme part avec ses filles

pour faire un tour de voiture.

En revenant, vers 23 heures,

il monte dans la chambre et trouve sa femme

 

«  tranquillement installée au lit

 en train de lire un bouquin  »

alors qu’elle ne lui a toujours pas préparé ses tartines

pour le lendemain.

Ni une ni deux, l’homme attrape

son épouse par les cheveux

et la projette contre le mur.

 

Il s’empare ensuite de son ordinateur portable

& lui lance à la figure.

L’épouse reste inconsciente

jusqu’à minuit et, à son réveil, le menace

de porter plainte.

 

****************

 POÈME 7

 

Ashik Gaval, un Indien de 17 ans,

avait depuis plus d’un an et demi

des douleurs dans la bouche.

L’adolescent avait tellement mal

qu’il s’est décidé à quitter son village

pour rejoindre la métropole la plus proche, Mumbai,

en espérant trouver un médecin

lui permettant de trouver la cause de son problème.

 

Les médecins à l’hôpital JJ de Mumbai

ont alors découvert une étonnante malformation :

il souffrait en fait d’un « odontome complexe »,

qui a causé la formation de multiples dents

à partir d’une seule gencive.

 

L’adolescent a donc dû être opéré

et au moment où la gencive a été coupée,

toutes les dents sont tombées

les unes après les autres…

Les dentistes en ont retrouvé 232 !

Les médecins pensent même

qu’il s’agit d’un record du monde…

 

 

****************

 POÈME 8

 

Le certificat médical

a donné la puce à l’oreille

aux gardiens de prison.

Selon ce document,

André Silva de Jesus (35 ans)

ne pouvait pas être passé

aux rayons X

car il est porteur d’un pacemaker.

 

Ils l’ont donc fouillé

avant de le laisser

entrer dans l’établissement.

 

Ils ont découvert dans son anus :

deux téléphones portables,

deux batteries,

une pince,

cinq clous,

huit lames de scie,

cinq clous et quelques autres babioles.

 

Les gardiens de la prison de Ribeiro das Neves

 ont appelé

 leurs collègues de la police militaire

 pour immortaliser ce record.

 

On ignore

à quel détenu était destiné

cette boîte à outils.

 

 

**********************

POÈME 9

 

Dans la nuit du 21 au 22 mai dernier,

le corps massacré d’un homme

de 82 ans

a été retrouvé dans son salon,

avenue du Maréchal Foch à Longwy.

 

Son épouse,

Gezala, âgée de 71 ans

errait, hagarde, devant la maison,

couverte de sang et de lambeaux de peau.

 

Gezala aurait assommé son mari à l’aide

d’un pilon à épices,

avant de lui arracher le cœur,

le nez

et les parties génitales.

 

Comble de l’horreur :

elle a cuisiné

l’ensemble des restes de son mari

avant de les jeter aux ordures.

Elle ne les aurait toutefois

pas consommé.

 

  

**********************

 POÈME 10

 

Lundi dernier

Cet ouvrier de 54 ans

affecté au magasin

– il chargeait et déchargeait les camions –

a pris son service

le plus normalement

du monde.

 

Il était 6h30 lundi

lorsqu’il est arrivé sur le site Browning

appartenant à la FN.

Là, il a déposé son sac

avec son repas de midi

à son poste,

puis il s’est changé

pour endosser

sa tenue de travail.

 

Comme chaque matin,

il a échangé quelques mots

avec ses collègues

avant de se diriger vers le magasin

où il a pris une arme de chasse

et les munitions qui vont avec.

 

Il est ensuite sorti de l’atelier

en passant par le volet du quai de chargement.

 

Un itinéraire qui a intrigué

une de collègues.

Cette dernière se dirigeait vers le volet pour vérifier

que tout allait bien

lorsqu’une détonation a retenti.

Le quinquagénaire venait de mettre un terme

à ses jours

sur le parking réservé aux camions.

 

 

********************

 POÈME 11

 

Devan Serpa (29 ans)

qui rêve de faire carrière

comme modèle et comme comédienne


a été arrêtée par la police de Morgan City.

 

Elle est suspectée

d’avoir tiré à plusieurs reprises

dans les rues de cette ville de Louisiane

 le 27 juin dernier.

 

Deux véhicules avaient été endommagés.

Une balle avait pénétré

dans une maison,

mais sans faire de victime.

 

Alors qu’elle est au poste

pour la prise d’empreinte,

la photo d’identité judiciaire et la consultation de ses antécédents,

Devan Serpa a dévoilé ses parties intimes

au policier présent.

 

Il l’a donc arrêtée à nouveau,

pour obscénité cette fois.

Depuis lors, elle croupit en prison. 

et va pouvoir enrichir

son book avec une nouvelle photo…

celle de l’identité judiciaire.

 

 

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 POÈME 12

 

Anne Doubler (30 ans)

a été surprise en fâcheuse posture

par son mari,

rentré plus tôt

avec leur fils âgé de 4 ans.

La mère de famille a été arrêtée

pour des faits présumés

de pédophilie.

 

En arrivant chez lui,

cet habitant de Sioux Falls (Dakota du Sud)

a découvert sa femme

complètement nue…

avec trois jeunes garçons dans la même tenue.

Deux sont âgés de sept ans

& le troisième

a dix ans.

 

Le mari a immédiatement

prévenu la police.

 

 

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 POÈME 13

 

La technologie

était en test

lors de la dernière Coupe des Confédérations :

elle est encore balbutiante

pour cette Coupe du monde

mais les douze stades du Mondial 2014 au Brésil

 

seront équipés

 

de la technologie vidéo Goal-Control 4-D,

qui doit permettre

de savoir en temps réel

si un ballon

a franchi ou pas

la ligne de but.

 

 

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 POÈME 14

 

Lundi dernier,

alors qu’il rejoignait

son domicile,

 

Anthony,

un Bizétois de 21 ans

s’est fait aborder par deux jeunes

 

à vélo

qui lui ont demandé

une cigarette.

 

Le jeune homme

n’avait même pas

encore eu le temps de répondre

 

quand 6 autres jeunes

ont approché de lui

pour l’agresser sans raison.

 

 

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 POÈME 15

 

Cette nuit vers 3h du matin,

un camion a heurté la berme centrale

de la E19,

 

à hauteur de Nivelles (direction Bruxelles),

renversant sur la route

 

une importante quantité

du gravier

qu’il transportait.

 

Le trafic est ce matin

fortement perturbé :

plus de 2 heures perdues

 

dans des bouchons

d’une vingtaine de kilomètres.

 

 

********************

 POÈME 16

 

« Envoyez-nous au septième ciel ! »,

c’est le message

que David et Laurent

ont voulu transmettre

à nos Diables

rouges.

 

Et on peut dire

qu’ils y ont mis les formes :

les deux Liégeois membres

du Skydive de Spa

ont sauté dans le vide

à 4.200 mètres d’altitude

 

pour déployer

un drapeau de la Belgique

dans les airs !

 

 

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 POÈME 17

Su Liyu  était en train

de travailler  dans un champ.

Lorsqu’une branche d’arbre

gêne son passage,

elle la repousse mais

celle-ci vient s’enfoncer

dans sa nuque.

 

À 70 ans,

elle marche

10km

jusqu’à l’hôpital

avec une branche d’arbre

enfoncée

dans la nuque.

 

 

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 POÈME 18

 

Le meurtrier cannibale

était venu rendre visite

à son ex-compagne

et lui avait donné

de l’argent

pour qu’elle sorte 

s’acheter de l’alcool

 

A son retour,

elle a hurlé

en découvrant son nouveau compagnon,

Mbuyiselo Manona, 62 ans,

baignant dans son sang

et son «ex» attablé en train

de découper le cœur de la victime.

 

Ce sont des voisins

au comble de l’affolement et de l’horreur

qui ont donné l’alerte et prévenu les policiers.

 «Sur place, ils ont trouvé le suspect,

un Zimbabwéen, occupé

à manger un cœur humain

avec un couteau et une fourchette»

 

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D’ILS ET D’AILES de Pascal FEYAERTS

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Titre : D’ILS ET D’AILES
Auteur : FEYAERTS Pascal 
Illustrations : Derry TURLA
Préface : Eric ALLARD
Format : 14 x 20 cm
Nombres de Pages : 59 pages 
4 illustrations couleur sur papier Canson 160 gr
Prix TTC : 16 euros
ISBN : 978-2-930498-50-8 
Parution : septembre 2014

 

 

DEUX EXTRAITS

C’est une petite femme dans une robe trop grande avec des manches trop courtes et des rêves qui dépassent par endroits.  Seul le sable la devine. Elle porte en elle le poids des fenêtres qui l’habitent. Tout ce qui luit n’est pas dehors, elle ne le sait que trop. Elle nous regarde de l’intérieur de peur de nous rencontrer. Elle fuit le présent contigu et le futur imparfait, et craint la lumière comme le feu couvant une passion non assez instruite. Elle aime au ralenti car la lenteur la rassure.

(L’inquiète)

Je connais un ange qui a égaré ses ailes, et je sais l’oiseau dont le chant s’est rompu.  C’était un jour où le ciel en outrage de mille éclairs criait sa rage comme un homme hurle à l’amer. Si d’aventure vous rencontriez cet ange, dites-lui que j’ai retrouvé ses ailes et le chant de l’oiseau, qu’ils cohabitent comme on s’aime dans l’attente de cieux plus cléments.

(L’Ange)

 

Comment porter un « verbe de lumière » au-dedans de soi pour faire voir ce que l’on voit, et faire entendre notre voix ?
Car, comme l’écrit Porchia, « personne n’est lumière de soi-même ». 
À la limite, faible lueur…

Les personnages que Pascal Feyaerts présente sont en attente d’un don de temps. Ils sont dans une antécédence d’être, prêts à (re)naître sous le regard d’autrui — ou de quelque chose.

Ce qui fait le sel et la grâce de ces textes, c’est aussi leur écriture, avec les écarts apportés au déroulement attendu de la phrase, les infléchissements de son cours comme si les mots, par un effet de clinamen, rompaient l’ordre de la prose pour produire des étincelles de poésie. Sous l’écorce verbale affleure la sève des images.

Pascal Feyaerts est un « homme de songe », selon la belle expression de Bachelard, un rêveur qui ausculte le monde depuis son intérieur percé d’ouvertures multiples. 
Il porte ses regards loin et haut par l’embrasure des fenêtres pour mieux éployer ses paysages de mots.

Ses petits poèmes en prose surprennent à chaque lecture, appelant à des revisites nombreuses. Comme des papillons, ils captent notre attention par l’un ou l’autre détail, une tournure de phrase ou de pensée, un charme indéfinissable. On tente alors de les saisir mais ils traversent nos filets aux mailles trop lâches.

Ne reste de leur passage qu’un subtil frémissement d’ailes, comme un haussement de ton du réel, une augmentation d’être, un persistant éclat, une échappée hors des voix coutumières de l’Archipel Poésie…

Extrait de la préface d’Éric ALLARD

 

93bbc2_13b217bcf11f5a3fa479c6d1b2902e29.jpg_srz_195_270_85_22_0.50_1.20_0.00_jpg_srzPrésentation de l’auteur par Derry Turla

L’auteur écrit pour diverses revues littéraires, et a publié un recueil de poèmes en prose en 2001.

Il aime à fréquenter les cercles littéraires, et a notamment été membre du « Grenier Jane Tony » et du « Cercle de la Rotonde ».

Pascal a été repris dans l’anthologie « La nouvelle poésie française de Belgique » en 2009 (Le Taillis Pré). 2010 le voit finaliser un spectacle musico-poétique avec la violoniste et compositrice Marielle Vancamp : « Sur un nuage ».

En 2012 sort conjointement «L’amour en Lettre Capitale» et «Nouvelles en quête d'(h)auteur». Pascal Feyaerts est membre de l’Atelier ACG-ART, groupement artistique fontainois, et expose parfois ses dessins, essentiellement au fusain et à la craie.

Toujours fidèle à son univers intimiste, complexe et ample, proche de la biographie, où la femme est portée ou transportée dans ses rêves selon ses propres critères, Pascal nous entraîne vers un questionnement de l’existence, sans conclusion aucune.

 

185522_orig.jpgLIENS UTILES (copier/coller les liens)

Le livre sur le site des éditions LE COUDRIER:

http://lecoudrier.weebly.com/ils-et-dailes-d.html

Un article de SudPresse:

 http://pascalfeyaerts.blogspot.be/

Le blog de Pascal Feyaerts

http://pascalfeyaerts.blogspot.be/

Le blog de Derry Turla

http://derry-turla.blogspot.be/

TROIS UNIVERS – PASOLINI – MALMSTEN – FAUCER

leuckx-photo.jpgPar Philippe LEUCKX 

(à paraître dans FRANCOPHONIE VIVANTE,

trimestriel – mars 2015)

 

 

 

9782757836163.jpgPasolini, qu’on ne présente plus – PPP : Pier Paolo Pasolini – né en 1922, assassiné en novembre 1975, a trouvé, au-delà de sa mort restée en large part inexpliquée, des thuriféraires de premier ordre : Laura Betti et Marco Tullio Giordana, en Italie, René de Ceccatty, en France. De Ceccatty a souvent traduit et/ou présenté l’œuvre de Pasolini. En outre, il lui a consacré, il y a quelques années, une biographie fameuse, dans la collection dirigée chez Gallimard par Gérard de Cortanze. Le voilà de nouveau au travail – précis, méticuleux, soucieux de l’original – de traduction d’inédits, tirés, nombreux de l’œuvre immense du poète. Selon René, la poésie de PPP est sûrement la branche maîtresse d’une production multiple en cinématographie, essai et critique, par ailleurs remarquable.

Adulte ? Jamais rassemble, en 368 pages d’une présentation juxtalinéaire italien/français, de larges fragments d’onze recueils qui s’échelonnent de 1941 à 1953. Les poèmes traduits s’accompagnent d’une préface éclairante, qui resitue les enjeux de la poésie dans le contexte pasolinien, d’une belle photo-portrait de couverture (datant du festival de Venise en septembre 1962), enfin d’annexes chronologiques, bien utiles dans cette vie italienne bien remplie.

La qualité du regard pasolinien, qu’il soit poète frioulan ou italien, est tissée d’observation du monde de l’humain, d’acuité, d’intelligence hypersensible, de cœur, sans jamais verser dans le pathos ni dans l’emphase ni dans le forcé. La voix est douce, généreuse, mais tout autant décapante sur un réel à restituer au plus juste. L’engagement est total : la prise de risque signifie pour lui perception vraie d’un monde, accueil et description, et analyse. L’émotion n’enlève rien aux atouts critiques, ethnographiques et esthétiques. Cette quadruple approche du monde romain, de l’enfance en terre frioulane, des populations laissées-pour-compte, dans l’univers impitoyable des borgate (lumpen-prolétariat que le poète découvre dès son arrivée à Rome en 1950, chassé de Ramuscello pour une affaire de mœurs) nous vaut de beaux poèmes, d’une inspiration « touchée par la grâce ». Jamais rien de pesant dans ces vers qui murmurent ou enchantent l’amour, dans ces textes qui relatent l’autobiographique sans le plomber, dans cette langue qui du journal intime tire les plus beaux accents de vérité.

Et le titre de l’ensemble s’éclaire :

Adulte ? Jamais. Jamais : comme l’existence

Qui ne mûrit pas, reste toujours verte,

De jour splendide en jour splendide.

Je ne peux que rester fidèle

À la merveilleuse monotonie du mystère.

Voilà pourquoi, dans le bonheur,

Je ne suis jamais abandonné. Voilà

Pourquoi dans l’angoisse de mes fautes

Je n’ai jamais atteint un remords véritable.

Égal, toujours égal à l’inexprimé,

À l’origine de ce que je suis. (p.257)

« Talus plus âpres », « cheveux peignés au son des cloches », « dans un cœur tendre que j’arrache au rêve », autant d’images qui révèlent une âme, apte à saisir les lumières qui pleurent, qui blessent, qui peuplent les confins (l’un des titres de recueils).

Évidemment, René a raison de hausser cet univers poétique au statut essentiel de l’opus incontournable. Le lyrisme est lucide, avec des éclats de pure beauté, d’ardeur décrite sans jugement moral, sans doute dans le même esprit d’accueil des réalités du monde d’un Saba, qui ne voyait aucune hiérarchie dans nos actes, nos comportements, dans nos jugements, comme si toutes les matières du réel, les plus « nobles », les plus familières, les plus triviales, les plus vitales, les plus secrètes étaient à égalité.

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Le poète décline ses amours, ses solitudes, ses fêtes, les exclusions dont il fut victime, ses proches (ses croix : la mort du frère, véritable crucifié d’une trahison des communistes), ses regards : que de poèmes sur cette exploration préci(eu)se des Choses (autre titre) !

« L’ombre heureuse des fêtes » plane sur ce beau recueil, qui résonne loin, qui ne s’épuise pas, qui favorise de multiples approches : sensitives, intellectuelles, paysannes, autobiographiques, esthétiques, éthiques… Ce qui ne nous étonne guère d’un auteur complexe, érudit, lyrique, imagier et moraliste (au meilleur sens du terme, c’est-à-dire, qui nous grandit), fidèle à la vérité à dire.

 

 

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Electre_978-2-87505-167-7_9782875051677?wid=210&hei=230&align=0,-1%0ALes « frictions » que Rodrigo M. Malmsten publie chez Maelström sous le titre Auguste ou Jenny la Rouge sont une forme de théâtre renouvelé, hardi, ardent, d’une violence sans cesse au cœur des deux personnages, facettes complémentaires d’un être promis à un destin tragique.

Deux figures qui se connaissent de longtemps (trente années de coexistence plus ou moins pacifique) et qui prennent le temps de se redécouvrir, portés au-delà d’eux-mêmes, pour inciser un réel décidément mal connu, mal torché. Se connaît-on jamais ? Peut-on décemment voir de l’autre autre chose qu’une vision déformée, déformante ?

Le risque est là : la connaissance des âmes, des corps, des sexes n’échappe pas à certaines frontières, ces lisières où le plaisir, la chair et leurs contraires s’échangent, s’annihilent.

Les dialogues mordent le réel, laissent au lecteur de noires « impressions » comme des taches d’existence.

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Un vrai regard, certes. Celui d’un poète, d’un metteur en scène, d’un comédien, né en Argentine, habile à tresser, dans cet univers théâtral, les fluides essentiels de nos contradictions : quête et répulsion, amour et déchirement. Bergman, Ionesco ne sont pas loin : entre cris, absurdité et sens du tragique.

 

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476550_1.jpegGaëtan Faucer (1975-) est essentiellement un dramaturge, mais il écrit aussi des scénarios et des poèmes.

Plusieurs titres, « Off », « Divines soirées » ont été évoqués. Plusieurs éditeurs (Chloé des Lys, Novelas) ont accueilli ce théâtre assez noir, dont j’ai déjà dit tout l’intérêt, dans le juste fil d’une dramaturgie existentialiste sartrienne. « Huis-clos » a de toute manière influencé durablement le jeune auteur. Parmi la trentaine de pièces, quelques-unes ont connu de belles représentations à Bruxelles, et « Notre Saint-Valentin » reprend cette année la route des planches, après le beau succès de 2013 (Péniche Fulmar, e.a.).

 On ne connaissait pas le nouvelliste.

Le noctambule suivi de Bandeau noir, un petit livre soigné , propose deux récits, que l’on verrait bien aussi adaptés au théâtre, tant les décors ont cette frappe scénographique. La première nouvelle nous mène dans un cimetière d’étoiles ou de tombes. Le narrateur s’y débat comme un poisson dans l’eau. Sa solitude trouve là un véritable dérivatif à de mornes moments. Ici, au milieu des tombes, il se sent vivre, revivre.

AVT_Gaetan-Faucer_1900.jpeg

L’autre texte explore lui aussi un milieu marginal, pour tout dire interlope. Un comédien d’ImageX se retourne vers un son passé, sans doute guère glorieux de comédien X, mais quelle métamorphose s’annoncerait-elle ? Change-t-on de peau ? De corps ? Le passé serait-il un tag éprouvant, dont on ne peut se délester. À l’occasion d’une embauche, nouveau point de départ, l’antihéros se répand en réflexions amères…quoique l’espoir pointe aussi une nouvelle voie…Sait-on jamais ?

Les deux nouvelles, en dépit de leur brièveté, consignent, une fois de plus, les mêmes préoccupations existentielles d’un auteur happé, entre beauté et noirceur, par les prestiges de la solitude et de la communauté espérée comme un baume.

Bientôt un roman ?

 

Pier Paolo Pasolini, Adulte ? Jamais, Points, 2013, 368 p., 11,20€.

Rodrigo M. Malmsten, Auguste ou Jenny la Rouge, Maelström, compact 31, 2013, 56p., 6,00€.

Gaëtan Faucer, Le noctambule suivi de Bandeau noir, Edilivre, 2014, 34p., 9,00€.

400 000 VISITES

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WIKIPEDIA nous apprend que les 400 000 articles ont été atteints avec « Neuropathie » le 27 novembre 2006 à 11 h 12. 

Le Monde du 5 décembre 2013 nous dit que de l’ADN humain vieux de 400 000 ans a été reconstitué sur un os découvert sur le site préhistorique espagnol d’Atapuerca… 

Sur LES BELLES PHRASES, les 400 000 visites ont été atteintes hier soir sur le texte SOS SOSIES.

2550 billets divers pour 2070 jours de fonctionnement.

MERCI au Visiteur Inconnu du blog (et surtout à son coach en communication et à son psychiatre) venu en moyenne 200 x PAR JOUR depuis la création du blog il y a 69 mois.

Autrement dit, une fois environ toutes les 8 minutes. Quelle abnégation!

Foin de chiffres, MERCI plus sérieusement aux auteurs invités, morts ou bien vivants – en espérant qu’ils le restent longtemps.

Ainsi qu’aux fidèles CHRONIQUEURS LITTÉRAIRES DU SAMEDI, Denis BILLAMBOZ et Philippe LEUCKX qui récidivent chaque semaine et à tour de rôle depuis bientôt cinq ans. Ensemble, ils totalisent plus de 240 chroniques. 

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