Lecture de LES CORBEAUX BRÛLÉS par Thierry RIES

1couv_corbeaux.jpgToujours le corps, qui marque le début, puis la fin, puis on ne sait. Y entre le feu dont le poète sonde l’intention jusqu’ à la texture explosive de la peau. Au-delà d’elle, il semblerait que les corps, beaux ou non, ayant brûlé leurs plus petites cendres, se consumerait encore d’un désir, de l’idée d’une chair de femme. Même Icare, dans les mondes allardiens, ne pourrait être que femme. Femme piste d’envol où l’on pourrait tomber de haut, femme dont la géographie vaste s’étale des nourritures journalières aux brillances interdites, abreuve des sources qui dépassent le tangible. Femme de lave et de croyances, femme tribale, d’offrandes et de sangs non jugulés.

Voici peu, après bien des échanges virtuels sur l’écriture, je rencontrai enfin l’homme, lors d’un salon organisé en son fief carolo. Il m’accueillit, me guida et m’entoura d’une amitié vraie qui me toucha ; je parlerais même de douceur si ce terme n’était trop galvaudé. Eric Allard m’offrit un de ses recueils, Les corbeaux brûlés, au titre aussi saisissant que le dessin de couverture de Salvatore Gucciardo.

Je n’étais pas au bout de mes surprises ; dont la première, celle d’une écriture à l’opposé du personnage, ambivalence amusante, mais surtout qui suggère une abondance à creuser, une palette d’envoûtements dont Les corbeaux brûlés auraient survolé la face cachée du corps lunaire, fait de falaises, de vin noir, d’épices, de flammes, toujours, d’eau bénite et de charbons ardents, de blasphème et de chants de romarin.

Eric Allard risque la thématique de la sensualité, dont on a presque trop dit pour surprendre encore, thématique osée aux mots trop souvent éculés au gré de littératures doucereuses, malgré sa beauté intime – mystifiante – qui mérite bien mieux. Lui nous la livre sans expédient ni mièvrerie, sans vulgarité ni retenue. Et va jusqu’à dépasser la frontière peau, secouant le lecteur qui se hasarde en ces terres ranimées, tantôt salées, tantôt grouillantes. Il assigne le verbe qui perce, gicle, déferle : « Le cheval de foudre brûle ses feux dans le sillon de l’aube. Tes fesses chauffent mes nuits jusqu’au soleil »

« …Deux bras comme des ailes et le trois de ton toit pour triturer la lune à gauche. Quatre cartes pour te jouer une mélodie à cordes. Cinq cordes à linge auxquelles pendre les étoiles. Six lunes assassines…. » Et le poème de continuer jusqu’à un milliard, tant l’arithmétique le propulse jusqu’à le conduire dans une sorte de fable délirante, gamme tellement ivre qu’elle n’a d’autre choix que de revenir à l’absolu du zéro.

Le recueil d’Eric Allard ne peut à mon sens se lire sur un seul souffle. Fût-on le plus aguerri des aventuriers, qui peut revenir d’un voyage périlleux sans reprendre son souffle dans un bout de quotidienneté ?

Je ressors à la fois secoué et émerveillé des mondes parallèles d’Eric Allard, comme s’il avait redéfini les limites du corps, à la lisière de ceux des surréalistes. Il suffit d’ailleurs de lire ses titres pour réaliser que l’on n’est guère éloigné de ceux que Paul Nougé élabora pour de nombreuses œuvres de Magritte. Ailleurs, je retrouve Marcel Marien – comment ne pas évoquer ce talent multiple, chantre lui aussi du corps de la femme ? -, à la lecture des Corbeaux brûlés, notamment dans les derniers mots de Secrets de fabrication :

« Dans la confusion la plus totale, je t’enchaînai à un livre et toi à une oeuvre de chair. L’enfant que nous conçûmes fut un monstre de poésie détestable mais poli.  »  Vraiment ? Si poli que cela ? Ce serait sans compter sur l’humour décalé de ce recueil… Cependant, la malice et la bravade y sont d’élégance.

On avance en une grotte primitive, une lueur de chair à la main, tendue puis ravivée par un vent d’animalité. Invisible pour nous, avant que le poète ne l’éclaire d’une torche qui en accroît les parois d’ombres sous un festin de cris. On y débouche en une salle de corps de lumière, de femme, éternellement : « tes cuisses, ces mâchoires de cire vivante, coulent le long de cierges drôles ». on a beau traverser des arènes, des ruelles mortes, des fèves éclatées, des boues, des souterrains de syllabes, des territoires élus, toujours, partout, la femme, reine ou blessure, jamais citée, presque inaccessible à force d’être incarnée. Eros ayant lié pacte avec Hadès, sous l’aile consentante de Gaïa.

Ames trop sensibles, abstenez-vous, ou mieux, jetez-vous dans l’aventure. Eric Allard a joué ici les alchimistes. Vos organes seront mis à vif, dépecés de leur lustre sage, de leur imagerie familière. Moi-même je ne suis plus sûr de rien !

Thierry RIES

 

LIENS UTILES

Thierry RIES sur Arts et Lettres

DE LA SAMBRE à L’ESCAUT,Chemins de traverse, l’anthologie coordonnée par Thierry

La minute de l’artiste: Thierry RIES  (vidéo de présentation d’une minute)

Les CORBEAUX BRÛLES sur le site des EDITIONS DU CYGNE (recueil disponible en version numérique)

J’AI VOULU VOIR L’AMÉRIQUE + SUR LE MISSISSIPI / Denis BILLAMBOZ

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J’ai voulu voir l’Amérique

  

Je n’ai vu que quelques arpents

Suffisamment pourtant

Pour voir que tout y est grand

Même les gens sont imposants

  

Chaque ambition trouve sa place

Il y a toujours assez d’espace

Pour caser une nouvelle audace

Peu importe sa surface

  

Les voitures sont moins grosses

Les personnes sont plus grosses

Que dans mes rêves de gosse

Et beaucoup de choses sont fausses

 

L’Amérique est profonde

Comme le nombril du monde

Les campagnes sont fécondes

Ouvertes aux âmes vagabondes

 

Les villes sont trépidantes

La marchandise est abondante

Les foules sont dévorantes

L’Amérique est envoûtante

 

Mais l’Amérique ne marche plus

Elle prend voiture et bus

Elle souffre de tous les abus

Elle étouffe dans le superflu

 

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Sur le Mississipi

  

Sur les rives du Mississipi

Old man river

Vieux marin rêveur

D’un œil assoupi

Regarde les barges

Monstres rugissant

Remontant le courant

Alourdies de leur charge

  

Nostalgique il se souvient

Des majestueux steamers

Soufflant leur vapeur

Chantant leur chemin

C’était un autre temps

Où la trompette de Louis

Chatouillait les ouïes

Ouvertes à tous les vents

  

C’était un autre temps

Le jazz swinguait à bord

Natchez était le grand port

Autant en emporte le vent

 

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ESPIÈGLERIE LITTÉRAIRE

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Je les traite d’espiègles parce que je les connais, sinon je ne me le permettrais pas, ce sont avant tout des grands artistes des lettres et des mots avec lesquels ils savent jongler comme les meilleurs artistes du cirque avec les quilles et autres objets voltigeant dans leurs mains. Mais ils ne sont pas seulement des jongleurs virtuels, ils sont aussi des hommes de lettres qui, à travers les textes les plus concis possibles, savent dénoncer les travers dont notre société actuelle ne manque pas. « Pour ce que le rire est le propre de l’homme » (je ne garantis pas l’exactitude de cette citation de Rabelais mais je me souviens bien de son sens), avec eux rions pour ne pas sombrer dans la noire déprime.

 

couverture.pas.sage.a.l.acte.jpg?fx=r_550_550LE PAS SAGE A L’ACTE

André STAS (1949 – ….)

André Stas jongle avec les mots comme un Diable Rouge avec le ballon rond, il les caresse, les brosse, les détourne, les amortit, leur botte le cul, les envoie en touche, les fait chanter, … pour qu’ils prennent un sens qu’ils ne savaient même pas qu’ils pouvaient avoir. C’est une star de l’aphorisme, un tsar du bon mot qu’il nous sert à tasse débordante pour la grande joie de nos zygomatiques et le plus grand plaisir des esprits un peu tordus, ceux qui ne voient pas les choses comme les autres et qui sont toujours prêts à débusquer l’allusion cachée au creux d’une phrase apparemment banale mais savamment décochée.

Comme un joueur chevronné, il sait, à faux rythme (désolé, il m’a échappé), aborder les thèmes les plus divers sans jamais pourtant nous prendre en traître, il s’est même fendu d’un avertissement : « Les acheteurs de recueils d’aphorismes s’attendent à n’y trouver que des « bons mots ». Qu’ils s’abonnent à L’Almanach Vermot et laissent les poètes distiller leurs « mauvais » dans leur hébétude et, vu l’absence de leur entendement, leur fassent grâce de les dénigrer ». Dont acte ! Et comme il n’est pas égoïste, ni nombriliste, André Stas laisse de la place pour les autres. « Quand on en pond soi-même, parmi les aphorismes des autres, on aime particulièrement ceux qu’on aurait pu (ou bien voulu) commettre. Un peu comme parmi les femmes de nos amis et connaissances on apprécie davantage celles qu’on ne répugnerait pas trop d’honorer ».stas.jpg

L’aphorisme est un art périlleux, « Il y a beaucoup d’édité, mais peu d’élus », « Et – si j’ai bien compris -, plus question de savoir-faire : y a plus que le faire savoir ». Voilà on est désormais convaincu que Stas ne sombrera jamais dans les strass et les paillettes et qu’il saura toujours nous communiquer la recette pour conserver un esprit sain dans un corps à l’abri de la bêtise, du paraître, du snobisme et de la déprime, « On ne parle pas de vague à l’âme dans la maison d’un vieux marin » même d’eau douce.

Je dirais bien à André, si j’osais, que « Ce n’est pas un faible que j’ai pour toi, c’est un beaucoup trop fort », mais voilà je suis timide et je me retiens mais peut-être qu’un jour, à Bruxelles, dans une taverne où les surréalistes aimaient se réunir, il me dira « L’aphorisme se sent chez lui sur un carton de bière ». Et qu’il m’en prêtera deux ou trois comme celui-ci : « Attraper des morpions sur un marché aux prépuces ».

 

dyn006_original_314_500_jpeg_2654383_92d222e4a07f1b162876c943d0e20620.2.jpgPENCHANTS RETORS

Éric ALLARD (1959 – ….)

Par un dimanche pluvieux de mars, réfugiés avec quelques amis des lettres dans cette taverne bruxelloise que fréquentaient Magritte et une bande de surréalistes, « La Fleur en papier doré », Eric Allard m’a offert, en guise de cadeau de bienvenue, le premier livre qu’il a publié, en 2009, « Penchants retors ». Je viens de déguster ce recueil d‘une bonne centaine de textes courts, même parfois très courts, que les surréalistes n’auraient certainement pas reniés même si Eric exhibe plus la réalité qu’on ne veut pas voir plutôt que la réalité invisible que les amis de Magritte voulaient montrer. Dans ces textes, Il manie avec adresse et talent, le paradoxe, la dérision et l’absurdité dans un langage cru, cruel, charnel, toujours juste et ajusté, pour évoquer l’exploration des corps, les rapports conjugaux ou familiaux, les relations amoureuses et sociales mais surtout la sensualité charnelle, la perversion sexuelle à la limite du raffinement là où se niche le délice érotique.allard-300x224.jpg

Mais cette exhibition sensuelle, charnelle, érotique, à la limite de la perversité, cache mal une certaine façon de dénoncer, de stigmatiser, toutes les stupidités de notre société pervertie, la puérilité des pouvoirs, de toute nature, qui polluent notre quotidien, l’incongruité qui encombre sans cesse notre existence. Une manière de nous rappeler que nous avons certainement perdu notre innocence originelle et que nous avons sombré dans le vice et la perversion, victimes de la soif d’avoir, de posséder et de dominer.

Un joli moment de lecture, une gourmandise littéraire – « Depuis que j’ai une maîtresse en chocolat, je mange des caresses chaque fois que je la vois » – où la crudité sexuelle du langage masque bien mal la sensibilité à fleur de peau de l’auteur et un certain fantasme libertaire inavoué. Ce qui est sûr c’est que nous ne pourrons pas reprocher à Eric de s’être livré avec retenue : « Je me suis déshabillé et j’ai tout vidé : foie, pancréas, glaires et graisses ; cœur, sang, bile, colonne sans fin de l’intestin grêle ».

On n’est pas sérieux quand on a 14 ans…

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La Petite Danseuse de 14 ans, Edgar Degas (Musée d’Orsay, Paris), réalisée entre 1875 et 1880

 

14 ANS en 1974 (Éric CHARDEN: 1942-2012)

14 ANS dans les EIGHTIES (Barbara CARLOTTI, née en 1974)

14 ANS en 2014 (Ben MAZUÉ, né en 1981)

14 YEARS, par GUN’S AND ROSES (1991)

 

Le premier poème de Charles Baudelaire écrit à l’âge de 14 ans.

Le porteur de lumière

 

L’on me nomme univers et l’on me dit obscur

Mais qui vient vers moi rencontre mes étoiles,

Et qui m’envoie ses yeux comme on hisse des voiles

Connaitra du passé les rêves du futur.

    

Je sais la terre une île, infantile et enceinte,

Guettant à l’horizon un soleil différent,

Car étant l’univers je suis aussi parent,

Et je sais son désir de se retrouver sainte.


Quand vous me contemplez sachez que je vous vois

Soulever vers mes cieux vos regards pleins d’ivresse,

Et qu’à travers chacun je grandisse sans cesse

Car je serais en vous si vous croyez en moi.

      

 Qui cherche pour changer me trouve au fond de l’âme,

 L’on me nomme univers et l’on me dit sans cœur,

Et si je parais noir ainsi qu’un étrangleur

 C’est pour mieux éveiller votre désir de flamme.

        

Charles Baudelaire (1835)

 

 Julien Clerc, chantant Rimbaud-Ferré

 

IL Y A QUELQUE CHOSE DE COMPTÉ DANS L’AIR par Philippe LEUCKX

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Il y a quelque chose de compté dans l’air. Qui broie. Efface. C’est un tumulte léger au cœur. Parfois, juste un repli.
Souvent une souffrance.

 

 

 

Je connais à peine le nom de la lumière. A peine son écho au cœur.
Je sais seulement l’heure où elle m’appartient, quand les rumeurs fondent.
Elle résiste sous l’ombre qui la cueille en silence.

 

 

 

Parfois, le soir venu, s’aiguise quelque crainte égarée. L’ombre a ses rumeurs. Les rues leurs cernes et leurs lueurs.

 

 

 

La nuit couvre les murs d’épaules fugaces. Sans doute l’air lève-t-il à plus de sérénité, maintenant que les voix se sont retirées et que seul le vent nous range parmi les ombres.

 

 

 

Il manque le bleu des profondes nuits, encavées au cœur
La surprise d’un simple poème cousu de silences.
Le vœu d’une parole pour qui ne peut l’entendre.

 

 

 

Photo: « Lumière d’hiver » de Benjamine Scalvenzi

LECTURES DIVERSES, LECTURES D’HIVER

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002060587.jpgCOMMENT J’AI VIDÉ LA MAISON DE MES PARENTS (Pointsde Lydia FLEM est un essai autobiographique de première importance. Une véritable psychanalyse des lieux intimes, des poids, des regrets, des souvenirs familiaux.

Là où la suprématie des objets à ranger, à classer, à éliminer joue aussi son rôle de révélateur émotionnel, l’écrivain belge dévoile les ressorts de ces attachements qui font de toute vie un réservoir d’objets et de médailles de toutes sortes.

Une archéologie familière a donc lieu sous nos yeux et l’auteur brave tous les tabous du conservatoire d’office. De quoi pourra-t-on se séparer sans déparer le souvenir ?Lydia-Flem-Photo-HV.jpg

C’est l’occasion de rappeler passé, filières familiales et de remonter les généalogies cachées dans les recoins et les carnets.

Ce beau livre de mémoire vive s’ancre loin dans la matière intime et nous force à rameuter tant d’émotions souvent cachées sous le flot des bibelots, dans l’haleine des derniers souffles et des mots qu’on n’a pas dits.

 

 

***

 

couv61206800.gifLE FEU de Henri BARBUSSE (Folioplus) reste l’insurpassable document sur les terribles tranchées du premier conflit mondial.images1.jpg

Le mémorialiste rappelle à lui lieux, tensions, personnages pour décrire, au plus juste, l’indicible, l’horreur quotidienne, les vermines, les bouillies infectes, les blessures.

Les troupes, ballottées d’un site à l’autre, trouvent vie et ampleur dans ce livre où se croisent les destins les plus communs comme les plus extraordinaires. Chaque individu émerge avec sa langue, ses tics, ses humeurs, et la beauté terrible du livre y puise une authenticité de haut vol.

Ce livre a la force de l’histoire et l’inventivité des romans vrais. Il est à conseiller à tous ceux qui veulent autre chose que les clichés et les poncifs d’un conflit, qui est ici haussé au statut de la tragédie imparable.

LES MILIEUX ELASTIQUES

date-elastique.jpg   Quand les élastiques ont commencé à me coller, j’aurais dû m’inquiéter, prendre mes distances.

   Mais je trouvais cela sympathique. (J’ai la manie de trouver le monde sympathique.)

   Après un moment, j’étais devenu une sorte d’arbre à élastiques. Je l’ai compris le jour où dans un magasin des vendeuses sont venues s’approvisionner en fils sur moi pour faire tenir ensemble Dieu sait quoi. Ma vision était désormais conditionnée par les élastiques (je voyais la vie en asiatique) et je pesais une fois et demi mon poids. J’ai consulté un spécialiste qui m’a dit que je devais me débarrasser de cette fourmilière avec un puissant élacticide.

   Je n’oublierai jamais le jour où eut lieu l’opération. Des millions d’élastiques moururent. Mais leurs descendantes ne me le pardonnèrent pas. J’eu beau donner des conférences dans leur habitat respectif pour expliquer mon geste, un geste de survie, en somme… J’étais devenu l’ennemi numéro un, l’objet d’attaques de bandes élastiques incessantes.

   Comparée à mon épreuve, celle de BHLastic face aux assauts répétés du Gloupier fut une sinécure. D’ailleurs, ayant pris connaissance de mon supplice journalier, l’auteur de La Barbarie à visage élastique s’était fendu d’un article dans sa revue La Règle du jet, à laquelle Le Gloupier est secrètement abonné, ce qui valut un dernier entartage géant du réalisateur du Jour et l’Astic auquel cette fois il ne résista pas malgré les efforts conjugués d’Ariélastique Dombasle et d’Alain Delombre pour l’extraire d’une montagne de crème.

   Depuis, à l’instar de Salman Rushtic, je fuis les milieux élastiques et me contente d’habiter des lieux mous, sans vie et sans rebond. Je m’encahoutchoute. Au moindre mouvement suspect, je tressaute encore à l’élastique et m’effondre au plafond de mon étroit logement. On me recueille en latex. Pour tout dire, j’ai gardé par-delà toutes ces aventures une amitié inaltérable avec un rusé et rude élastique qui me donne encore assez de plaisir pour ne pas penser à m’envoyer en l’air.