On n’est pas sérieux quand on a 14 ans…

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La Petite Danseuse de 14 ans, Edgar Degas (Musée d’Orsay, Paris), réalisée entre 1875 et 1880

 

14 ANS en 1974 (Éric CHARDEN: 1942-2012)

14 ANS dans les EIGHTIES (Barbara CARLOTTI, née en 1974)

14 ANS en 2014 (Ben MAZUÉ, né en 1981)

14 YEARS, par GUN’S AND ROSES (1991)

 

Le premier poème de Charles Baudelaire écrit à l’âge de 14 ans.

Le porteur de lumière

 

L’on me nomme univers et l’on me dit obscur

Mais qui vient vers moi rencontre mes étoiles,

Et qui m’envoie ses yeux comme on hisse des voiles

Connaitra du passé les rêves du futur.

    

Je sais la terre une île, infantile et enceinte,

Guettant à l’horizon un soleil différent,

Car étant l’univers je suis aussi parent,

Et je sais son désir de se retrouver sainte.


Quand vous me contemplez sachez que je vous vois

Soulever vers mes cieux vos regards pleins d’ivresse,

Et qu’à travers chacun je grandisse sans cesse

Car je serais en vous si vous croyez en moi.

      

 Qui cherche pour changer me trouve au fond de l’âme,

 L’on me nomme univers et l’on me dit sans cœur,

Et si je parais noir ainsi qu’un étrangleur

 C’est pour mieux éveiller votre désir de flamme.

        

Charles Baudelaire (1835)

 

 Julien Clerc, chantant Rimbaud-Ferré

 

IL Y A QUELQUE CHOSE DE COMPTÉ DANS L’AIR par Philippe LEUCKX

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Il y a quelque chose de compté dans l’air. Qui broie. Efface. C’est un tumulte léger au cœur. Parfois, juste un repli.
Souvent une souffrance.

 

 

 

Je connais à peine le nom de la lumière. A peine son écho au cœur.
Je sais seulement l’heure où elle m’appartient, quand les rumeurs fondent.
Elle résiste sous l’ombre qui la cueille en silence.

 

 

 

Parfois, le soir venu, s’aiguise quelque crainte égarée. L’ombre a ses rumeurs. Les rues leurs cernes et leurs lueurs.

 

 

 

La nuit couvre les murs d’épaules fugaces. Sans doute l’air lève-t-il à plus de sérénité, maintenant que les voix se sont retirées et que seul le vent nous range parmi les ombres.

 

 

 

Il manque le bleu des profondes nuits, encavées au cœur
La surprise d’un simple poème cousu de silences.
Le vœu d’une parole pour qui ne peut l’entendre.

 

 

 

Photo: « Lumière d’hiver » de Benjamine Scalvenzi

LECTURES DIVERSES, LECTURES D’HIVER

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002060587.jpgCOMMENT J’AI VIDÉ LA MAISON DE MES PARENTS (Pointsde Lydia FLEM est un essai autobiographique de première importance. Une véritable psychanalyse des lieux intimes, des poids, des regrets, des souvenirs familiaux.

Là où la suprématie des objets à ranger, à classer, à éliminer joue aussi son rôle de révélateur émotionnel, l’écrivain belge dévoile les ressorts de ces attachements qui font de toute vie un réservoir d’objets et de médailles de toutes sortes.

Une archéologie familière a donc lieu sous nos yeux et l’auteur brave tous les tabous du conservatoire d’office. De quoi pourra-t-on se séparer sans déparer le souvenir ?Lydia-Flem-Photo-HV.jpg

C’est l’occasion de rappeler passé, filières familiales et de remonter les généalogies cachées dans les recoins et les carnets.

Ce beau livre de mémoire vive s’ancre loin dans la matière intime et nous force à rameuter tant d’émotions souvent cachées sous le flot des bibelots, dans l’haleine des derniers souffles et des mots qu’on n’a pas dits.

 

 

***

 

couv61206800.gifLE FEU de Henri BARBUSSE (Folioplus) reste l’insurpassable document sur les terribles tranchées du premier conflit mondial.images1.jpg

Le mémorialiste rappelle à lui lieux, tensions, personnages pour décrire, au plus juste, l’indicible, l’horreur quotidienne, les vermines, les bouillies infectes, les blessures.

Les troupes, ballottées d’un site à l’autre, trouvent vie et ampleur dans ce livre où se croisent les destins les plus communs comme les plus extraordinaires. Chaque individu émerge avec sa langue, ses tics, ses humeurs, et la beauté terrible du livre y puise une authenticité de haut vol.

Ce livre a la force de l’histoire et l’inventivité des romans vrais. Il est à conseiller à tous ceux qui veulent autre chose que les clichés et les poncifs d’un conflit, qui est ici haussé au statut de la tragédie imparable.

LES MILIEUX ELASTIQUES

date-elastique.jpg   Quand les élastiques ont commencé à me coller, j’aurais dû m’inquiéter, prendre mes distances.

   Mais je trouvais cela sympathique. (J’ai la manie de trouver le monde sympathique.)

   Après un moment, j’étais devenu une sorte d’arbre à élastiques. Je l’ai compris le jour où dans un magasin des vendeuses sont venues s’approvisionner en fils sur moi pour faire tenir ensemble Dieu sait quoi. Ma vision était désormais conditionnée par les élastiques (je voyais la vie en asiatique) et je pesais une fois et demi mon poids. J’ai consulté un spécialiste qui m’a dit que je devais me débarrasser de cette fourmilière avec un puissant élacticide.

   Je n’oublierai jamais le jour où eut lieu l’opération. Des millions d’élastiques moururent. Mais leurs descendantes ne me le pardonnèrent pas. J’eu beau donner des conférences dans leur habitat respectif pour expliquer mon geste, un geste de survie, en somme… J’étais devenu l’ennemi numéro un, l’objet d’attaques de bandes élastiques incessantes.

   Comparée à mon épreuve, celle de BHLastic face aux assauts répétés du Gloupier fut une sinécure. D’ailleurs, ayant pris connaissance de mon supplice journalier, l’auteur de La Barbarie à visage élastique s’était fendu d’un article dans sa revue La Règle du jet, à laquelle Le Gloupier est secrètement abonné, ce qui valut un dernier entartage géant du réalisateur du Jour et l’Astic auquel cette fois il ne résista pas malgré les efforts conjugués d’Ariélastique Dombasle et d’Alain Delombre pour l’extraire d’une montagne de crème.

   Depuis, à l’instar de Salman Rushtic, je fuis les milieux élastiques et me contente d’habiter des lieux mous, sans vie et sans rebond. Je m’encahoutchoute. Au moindre mouvement suspect, je tressaute encore à l’élastique et m’effondre au plafond de mon étroit logement. On me recueille en latex. Pour tout dire, j’ai gardé par-delà toutes ces aventures une amitié inaltérable avec un rusé et rude élastique qui me donne encore assez de plaisir pour ne pas penser à m’envoyer en l’air.

 

Le discours de Patrick MODIANO, Prix Nobel de Littérature 2014

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  » Un romancier a souvent des rapports difficiles avec la parole… Un romancier est plus doué pour l’écrit que pour l’oral… Il a l’habitude de se taire… Il a une parole hésitante à force de raturer ses écrits… Seule la lecture de ses livres nous fait entrer dans l’intimité d’un écrivain et c’est là qu’il est au meilleur de lui-même et qu’il nous parle à voix basse sans que sa voix soit brouillée par le moindre parasite. « 


L’intégralité du discours est à lire notamment ici 

ACADIENS… CAJUNS + NEW ORLEANS par Denis BILLAMBOZ

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Acadiens…cajuns

  

Ils étaient partis Acadiens

Occupants indésirables

D’un pays par eux façonné

Pour être jetés Cadiens

Sur les terres instables

D’un marais inhospitalier

Je les ai rencontrés Cajuns

Hôtes amicaux et affables

N’ayant jamais oublié

Leurs lointains cousins

De la patrie natale

Dans la liesse retrouvés

Désormais Américains

Citoyens respectables

Ils appellent notre amitié

Sous la statue d’Evangeline

Icône inaltérable

D’un peu peuple « dérangé »

 

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New Orleans

  

Souffle gars

Souffle ta musique

Pour ceux qui sniffent

Dans les rues

 

 

Souffle gars

Souffle tes trilles

Pour ceux qui cuvent

Dans les bars

 

 

Souffle gars

Souffle tes rips

Pour ceux qui dorment

A la belle étoile

 

 

Souffle New Orleans

Souffle ton blues et ton jazz

Pour ceux qui oublient

Leur misère sous tes cieux

 

 

Souffle steamer

Souffle ta vapeur

Pour raconter aux touristes

L’histoire du Mississipi

 

 

Souffle ta musique

Souffle ta vapeur

Souffle ta brise fraîche

Pour que Katerina plus jamais ne souffle

 

 

Illustration: L’Arrivée des Acadiens en Louisiane par Robert DAFFORD

LA RÉSURRECTION DE FABIOLA et les premières conséquences politiques

fabiola_belga.jpg?maxheight=380&maxwidth=568&scale=both&format=jpgLe dimanche, elles se rendirent au château de grand matin [avec quelques autres] en apportant les gaufres de Bruxelles qu’elles avaient préparées. Elles entrèrent au château, et découvrirent que la bière avait été ouverte mais elles ne trouvèrent pas le corps de Fabiola de Mora y Aragón.  Comme elles ne savaient que penser de cela, voici que deux hommes, Mgr Leonard et Saint Nicolas, leur apparurent, habillés de vêtements resplendissants.
Saisies de frayeur, elles tenaient le visage baissé vers le sol. Les hommes leur dirent: «Pourquoi cherchez-vous parmi les mortes celle qui est vivante? Elle n’est pas ici, mais elle est ressuscitée. Souvenez-vous de ce qu’elle vous a dit, lorsqu’il était encore à Madrid: Il faut que le Femme de Baudouin soit livrée entre les mains des Bruxellois en liesse & en grève, qu’elle meurt un vendredi cinq et qu’elle ressuscite le troisième jour.»
Elles se souvinrent alors des paroles de Fabiola.
À leur retour du tombeau, elles annoncèrent tout cela à ceux du onze rue de La Loi et à tous les autres. Celles qui racontèrent cela aux ministres étaient Jacqueline Galant, Marie-Christine Maerghen et Christine Defraigne et les autres femmes qui étaient avec elles.
Mais ils prirent leurs discours pour des absurdités, ils ne crurent pas ces femmes.
Cependant, Charles se leva et courut au Château du Stuyvenberg. Il se baissa et ne vit que la bière ouverte et les gaufres de Bruxelles encore chaudes ; puis il s’en alla chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé. Il répudia Jan Jambon, Théo Vrancken et même Olivier Chastel. Charles démissionna et prit sa carte au CDH où il milite maintenant en faveur de la présidence de Benoît Lutgen à la Région Wallonne ainsi qu’à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

 

Article rédigé avec l’aide du stagiaire Luc, doué pour les Écritures.

UN DOUX LIT POUR LES INTÉGRISTES

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Au Bengladesh comme au Pakistan, les conflits locaux et les guerres de libération ont créé des conditions très favorables à l’instauration d’un intégrisme religieux très rigoureux et très vindicatif, ceux qui ont souffert sous les potentats locaux ou sous la botte des envahisseurs anglais, indiens et pakistanais notamment, veulent leur revanche et trouvent souvent le moyen de l’obtenir en ralliant les forces constituées par les ultra religieux qui promettent plus d’égalité sur terre et la rédemption dans l’au-delà. Un thème qui replonge hélas au cœur de l’actualité avec les conflits sanguinaires qui enflamment le Moyen-Orient et assassinent des innocents qui n’avaient que le tort de croire encore à certaines limites dans l’inhumanité.

 

9782264052957.JPGLA SAISON DES MANGUES INTROUVABLES

Daniyal MUEENIDDIN (1963 – ….)

Au cœur du Pakistan, entre Lahore et Islamabad, après l’indépendance et la partition, à travers une série de nouvelles, l’auteur raconte la geste de la richissime famille KK Harouni et de ses très nombreux serviteurs. Une galerie de portraits hauts en couleurs et en saveurs pour mettre en scène tous les vices qui corrompent cette société de grands féodaux qui n’a pas su gérer l’héritage britannique et qui a préparé le lit des intégristes.

La corruption est déclinée sous toutes ses formes : collusion, trafics et abus d’influence, concussion, pression de toutes sortes, et tout ce qui est nécessaire pour maintenir cette caste féodale aux pouvoirs au détriment des petites gens qui voient leur situation se dégrader de jour en jour sous l’œil parfaitement indifférent de ces barons hautains et inaccessibles. Même l’amour et les mariages ancillaires ne permettent aucunement de franchir les barrières entre les castes, l’ascenseur social est définitivement grippé. « Ma famille n’est rien, Je n’ai qu’à obéir ». Mais, le danger frappe à la porte de ses seigneurs anachroniques, les nouveaux enrichis de la filière industrielle les contestent de plus en plus sérieusement et menacent de les reléguer dans les champs de l’histoire.images?q=tbn:ANd9GcQ5zv2WkLArlkxOClnus96ajvHBHFhN6EeHx7rEtJ16Bqv2grDcrQ

On dirait que l’auteur, sujet pakistano-américain, cherche à pointer le doigt sur cette caste qui a accaparé fortune et pouvoir, sans jamais se préoccuper de son peuple, sombrant dans une décadence irréversible où même les histoires d’amour ne sont plus possibles. Roméo et Juliette n’ont pas plus de chance à Lahore ou Islamabad qu’à Vérone et Mueenuddin nous fait bien comprendre que la passion n’est qu’un état éphémère, un luxe, qu’il faut vite déguster avant que la réalité rattrape le rêve.

L’ambition et l’espoir n’appartiennent pas à ce monde, seule la résignation est envisageable, il ne faut pas vivre au-dessus de sa caste pour ne pas attirer le malheur. « Il lui avait donné de quoi vivre au-dessus de son état et de quoi espérer, trop d’ailleurs ».

 

1344001-gf.jpgUN BON MUSULMAN

Tahmina ANAM (1975 – ….)

Sohail et Maya, un frère et une sœur très proches, sont séparés une première fois quand la guerre pour l’indépendance du Bengladesh éclate, Sohail prend les armes pour libérer son pays de l’emprise pakistanaise et Maya rejoint les services sanitaires pour soigner les blessés et notamment les femmes victimes de maltraitances et de viols de la part des soldats ennemis. Elle les aide à se reconstruire et souvent à se débarrasser de l’enfant ennemi qu’elles portent et que personne ne veut, pas plus le chef charismatique de l’Etat en construction, que la société en général et que les familles en particulier.

Le roman de Tahmima Anam raconte le chemin de ce frère et de cette sœur que les événements ont séparés, ces deux routes parallèles qui se sont brusquement écartées après la fin de la guerre d’indépendance et qui se rejoignent quand la femme de Sohail décède et que Maya retrouve son frère pour l’accompagner dans son deuil. En 1977, Maya est partie brusquement pour un long périple et finalement se fixer dans un dispensaire où elle a aidé les femmes victimes de grossesses à répétition et souvent très seules au moment de l’accouchement. Elle sauve ainsi de nombreuses vies pour compenser, pense-t-elle, celles qu’elle a détruites en aidant les femmes violées par l’ennemi à avorter. Quand elle rentre à Dacca, en 1984, elle ne reconnait pas on frère qui a sombré dans un islamisme ultra rigoriste totalement contraire à leur mode de vie antérieur et fondamentalement opposé à sa lutte pour l’émancipation des femmes. Elle essaie alors de le sauver de cet enfermement dans une posture religieuse obscurantiste mais il se réfugie dans les contraintes que lui imposent sa pratique et les missions qui lui sont confiées. Maya pense pouvoir sauver la famille de l’enfermement dans la religion en prenant en charge l’éducation du fils attardé de son frère mais celui-ci l’interne dans une madrasa où il est mal traité. Le frère se réfugie dans un religion qui relègue les femmes au rang des utilités reproductrices alors que la sœur livre un véritable combat contre les hommes qui détruisent les femmes sous des prétextes les plus fallacieux. « Au début, tout va bien, mais vient un jour où leur égo se fragilise et vous devez passer le reste de votre vie à les serrer dans vos bras pour qu’ils se sentent mieux. Et là c’est votre vie à vous qui devient merdique ».

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Ce roman c’est l’histoire de la fondation du Bangladesh, un pays neuf, nouveau, révolutionnaire, qui a combattu la tutelle du Pakistan et qui s’est transformé en une dictature religieuse encore plus contraignante que l’occupant pakistanais. Cette histoire est racontée en deux temps qui se confondent souvent : au début des années 1970, après la victoire, quand les combattants sont rentrés victorieux mais beaucoup moins nombreux qu’au départ, souvent blessés et toujours très marqués dans leur être par les atrocités qu’ils ont vécues ; et vers les années 1984 et 1985 quand Maya est revenue à Dacca après le décès de l’épouse de Sohail. Tout a basculé dans la guerre, les amis ne sont plus comme avant, la ville a été transformée. Maya veut reprendre la lutte en écrivant dans un journal révolutionnaire alors que le frère digère les horreurs de la guerre dans la lecture du Coran. Toute la difficulté de construire une nation unie avec un peuple bi ethnique fortement marqué par deux religions très opposées.

Comment reconstruire un peuple soudé avec des êtres détruits par les horreurs de la guerre, stigmatisés par le poids de la culpabilité, Sohail n’a pas tué que des ennemis, Maya a participé à de nombreux avortements. Ils sont à l’image de ce peuple à la dérive que seuls la religion, la dictature, l’exil et la recherche de l’argent frivole semble pouvoir guider. Ces deux destinées, ces deux combats contraires, que tout oppose, pourront peut-être retrouver une route commune, un avenir possible quand tout ce qui a été tu sera dit, quand justice sera faite et qu’on pourra pardonner ou condamner.

Pour sûr un livre intéressant qui évoque de très belle manière, dans une construction ambitieuse, l’accouchement d’un pays nouveau à travers la destinée de ce frère et de cette sœur, seul regret, le texte qui s’égare parfois dans des péripéties qui ne concernent pas vraiment le sujet fondamental du livre et qui rendent ainsi le récit un peu lourd et un peu brouillon. L’auteure aurait gagné à rester plus strictement concentrée sur son sujet principal, la construction littéraire du texte et la forme parabolique du récit suffisaient à constituer l’originalité de ce roman sans y ajouter quelques digressions plus encombrantes qu’enrichissantes.

DES PILES DE PILULES

Chaque Français a consommé 48 boîtes de médicaments en 2010 - Le Point

 

J’ai des piles de pilules

et pas la moindre pastille

pour voir clair dans ma nuit.

 

Du cachet, c’est cher

et je suis pauvre  

en comprimés de lumière.

         

         Réduit à me médicamenter

 chez le marchand d’images,

                 le trafiquant de reflets.          

Celui qui change

la poudre aux yeux

          en cire de bougie.

 

Enfin, je me mire

tel un cierge droit

sous un feu de regards obliques.

 

Prêt à m’effondrer

comme un château de boîtes

dans le miroir de la pharmacie.