RACKETS DU TEMPS de RIO DI MARIA (éd. L’Arbre à Paroles)

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

dimaria-rackets.gifLa violente métaphore du titre qui nous happe, après l’avoir fait de son auteur – poète belge, né en Sicile en 1946, arrivé en Belgique en 1957, auteur de sept recueils poétiques depuis 1973…- , est à coup sûr l’emblème d’une poésie lyrique, riche d’images, qui attaque en force cette érosion terrible par le temps de toutes les forces vives, jusqu’à éreinter les souvenirs et les figures parentales.dimariario.jpg

Et pourtant, derrière les coups de poing, de colère, que de douceur aussi, et de tendresse, dans ces vers groupés, enchâssés, comme tenus en laisses par la bonté du poète ! Distiques, tercets, quatrains, quintils, sizains, quitte à voir toutes ces formes rassemblées dans certaines pages (30/31..) !

Quatre sections ordonnent le livre copieux (Rackets du temps / Simuler-Dissimuler / Joue contre jour / Instants géniteurs).

De « l’affolante solitude de Maman » à « une passante…dans la lumière », le poète dresse le portrait de nombre de visages, brossés à renfort d’images, de métaphores et d’adjectifs qui puissent en laisser tomber quelque incidente.

Le temps, ce grand dévoreur, ne laisse rien en paix. Il érode lui-même ces images jaunies, ces coups de lumière sur des espaces et des périodes enf(o)uis.

Mais l’écriture veille, l’écriture résiste :

Comment traverser l’émouvante ligne

qui distingue tout ce qui nous sépare

Le chant que l’exil instille dans les textes est d’une vérité vibrante ; un « autre regard » s’est imposé à l’enfant, à celui qui signe, longtemps après, ces poèmes désenchantés et tout à la fois porteurs d’espérances.

Peut-être que les chemins blessés

les ont perdus !

Le père, la mère : hautes figures tutélaires, à la fois cernés dans leur « solitude », et dotés « du vin libre des mystères et du pain dur » ; la misère est passée par là, résiduelle dans ces poèmes d’aujourd’hui.

La langue signifiante porte trace des origines blessées : « briques malades », fenêtre d’où émigrent / graines d’îles à corriger la surface de la mer » et je pourrais souligner la lecture incessante des espaces insulaires : belle Sicile d’hier , traces de toute une vie où « les valises sont prêtes la maison soldée / ici plus rien ne m’appartient », ou « Toute vie possible est restée derrière la fenêtre ». Déchirants fragments d’un départ et sources, beaucoup plus tard, d’une renaissance, au bleu de l’écriture, au clavier : « naissance dans l’autre », dit le poète justement, puisqu’il s’agit de trouver des raisons d’espérer, dans ces champs de l’exil.

Parfois, la réminiscence prend peau proustienne :

J’ai appris à lire

entre machine à coudre lettres interdites

et enclume résistant à tous les coups

de promesses abritées dans la déchirure des lèvres

des livres jamais lus

On comprend dès lors que Au bout des doigts déchirés / foisonnent les frissons de l’enfance / Les fleurs du secret…

L’écriture allitérante assure à ces textes puisés au puits de l’enfance de n’être pas seulement des poinçons du passé mais surtout un chant fluide, apaisant, retissant sans cesse pour nous lecteurs d’anciens usages du temps, quand aujourd’hui résonnent au ventre, au cœur du

poète « le temps / dans le pays qui se disloque » ou « les dernières limites de l’indicible ».

Et puis, « tant de doutes habitent les lèvres » et « tout près de la main s’abat la fête des doigts fêlés » : langue nue s’il en est, déchirante.

Un beau livre de mémoire.

RACKETS DU TEMPS de RIO DI MARIA (L’Arbre à paroles, 2014, 128p., 12€.)

Le recueil sur le site de L’Arbre à Paroles

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DES MILLES FAçONS DE MOURIR suivi de TOURNE LA ROUE, par Denis BILLAMBOZ

Des mille façons de mourir

 

Courir à sa perte

                                      Une autre façon de mourir

Pourrir de l’intérieur

                                     Une autre façon de mourir

Partir pour toujours

                                        Une autre façon de mourir

Sortir de la route

                                     Une autre façon de mourir

Ecrire son testament

                                    Une autre façon de mourir

Fourbir le couteau de l’assassin

                                   Une autre façon de mourir

Sourire kabyle

                                  Une autre façon de mourir

Pétrir une fesse défendue

                                  Une autre façon de mourir

Revêtir un linceul

                                  Une autre façon de mourir

Souffrir mille morts

                                Une autre façon de mourir

Subir un sort fatal

                             Une autre façon de mourir

Mourir pour mourir

                              Une autre façon de mourir

 

Mourir de rire

                            La plus belle façon de mourir

                 Les Mousquetaires de Charlie

                                Vous m’avez fait mourir de rire

 

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Tourne la roue

  

Tourne la roue

La roue de mes jours

La roue de la vie

La roue de la mort

La roue de mon sort

  

Elle dira ma vie

Elle dira ma mort

Ma vie sans lendemain

Ma mort un jour lointain

Ma fin peut-être demain

 

Tourne la roue

La roue de la vie

La roue de la mort

La roue de mes jours

De mes jours comptés

 

J’ai été

Je suis encore

Je serai peut-être

J’aurai été

Je serai à jamais

 

Tourne la roue

 

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« Y A L’CUL ! »

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

N’en déplaise à « tous les trouble-fête, tous les « agélastes » et autres « caphards », « cagots » et « malagots » de profession » (Rabelais), la littérature n’est pas seulement tragédie, comédie, histoire et autres récits pontifiants et trop sérieux, ce n’est pas le taulier du site qui me contredira, elle est aussi plaisir, rigolade et même un brin perversité, comme dirait Maigros : « Pas oublier l’picole ! Et l’cul ! Sans l’cul, y a… », on le saura jamais, il ne l’a pas dit. En attendant, moi j’ai pioché chez Cactus inébranlable ces deux textes qui ne vous laisseront pas de marbre ou alors je suis très inquiet pour votre santé biliaire. Ne boudez pas votre plaisir, laissez-vous emporter par cette bande de flibustiers des lettres et des mœurs.

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LA SAGA MAIGROS 

Éric DEJAEGER (1958 – ….)

Jarnidieu ! Quelle épopée ! Cette saga des temps modernes qui raconte la geste de l’inspecteur Maigros, flic à Charleroi plus par défauts que par qualités (« engager là où les cons sont facilement acceptés : la police »), et de son escouade de pochtrons qui s’évertuent de ne rien résoudre, se contentant seulement de ramasser un peu de monnaie en pactisant habilement, chaque fois que c’est possible, avec tous les malfaisants qui hantent la ville. L’arrivée d’une nouvelle commissaire divisionnaire carrossée comme Claudia Schiffer, rousse et baraquée comme un deuxième ligne du XV du Trèfle, pochtronne comme un bataillon de sapeur polonais, aussi prude que la majorité de la population des bouges de Pigalle et dotée d’un tarin fleuri des stigmates générés pas ses abus de boisson, va donner une nouvelle dimension à cette épopée « rabelo-bérurénne ».

A travers cent chapitres bien formatés, comme les cent épisodes de la publication numérique qui a servi de base à ce roman, « Lauteur » raconte la geste paillarde et gaillarde de ce commissariat carolorégien qui a établi son PC opérationnel au « Lolotes’s bar » ainsi baptisé en l’honneur de l’antédiluvienne patronne et de ses bons et loyaux services rendus à la police locale. La méthode Maigros a fait ses preuves, elle est étudiée, l’inspection peut conclure : « si je comprends bien, dans votre service, c’est le tabac qui vous permet de fonctionner au mieux … – Ca et l’picole. Pas oublier l’picole ! Et l’cul ! Sans l’cul, y a… » (« Lauteur » ne dit pas la suite).

Il n’est pas nécessaire de lire plus de quelques pages pour comprendre que « Lauteur » n’a pas écrit ce roman en hommage aux vertus de la police locale, ça sent le règlement de compte et l’intolérance congénitale à plein nez. Cette saga s’inscrit plutôt dans la droite ligne des œuvres des grands maîtres que furent François Rabelais, Frédéric Dard et Jean Marc Reiser, Maigros nargue le pouvoir comme Gargantua ou Pantagruel, Baffre et picole comme Bérurier et est aussi cradingue que le Gros Dégueulasse de Reiser. Mais même si ses bougres sont alcolos, dragueurs comme des « verrats en rut (verruts) », cradingues, fourbes et corrompus jusqu’au trognon, ils n’en dégagent pas moins une certaine tendresse, ils symbolisent la classe la plus délaissée, par l’argent et la culture, de la population d’une ville qui a pris la crise du charbon en plein dans la tronche. On sent bien que, malgré tout ça, « Lauteur » aime viscéralement son pays et ses habitants même si ce ne sont que des provinciaux attardés, snobés par les gens de la capitale.

J’ai plongé dans cette saga, comme je m’immergeais jadis dans San Antonio ou Harakiri, je me suis bidonné comme « Lauteur » a dû se tordre en écrivant certains épisodes sur l’écran blanc de ses

nuits blanches mais bien sûr tout le monde n’aimera pas, certains trouveront ça gras, sale, pornographique, libidineux, scandaleux, pervers, etc… Je ne vais pas vous infliger toute la liste des adjectifs qu’ils seraient capables d’accorder à ce texte, je me contenterai de pratiquer comme Rabelais « tellement désireux,…, de sauvegarder l’harmonie et la bienveillante complicité des « buveurs » qu’il a parallèlement exclu tous les trouble-fête, tous les « agelastes » et autres « caphards », « cagots » et « malagots » de profession ». Ainsi entre gens de bonne société nous pourrons rire et ripailler jusqu’à plus soif !

jpeg.ac.cover.21-11-2013.jpg?fx=r_550_550ASSORTIMENT DE CRUDITÉS

Collectif belgo-français

Jean Philippe Querton maître éditeur mais aussi maître queux réputé a réuni une pléiade d’écrivains belges et français, tous plus polissons de la plume les uns que les autres, pour préparer ce bel assortiment de crudités. Il a mis quelques feuilles de salade, de Larouge, mais aussi de la Roquet, des Bourgeois de sapins, une belle tranche d’Allard, un Buisson de crevettes et un Stas d’autres trucs tous plus succulents les uns que les autres, avec un grand Siaudeau car tremper la plume donne soif paraît-il. Il en résulte un met goûteux à souhait, c’est coquin, libertin, salace, dégueulasse, gaillard, paillard, gouailleur, ripailleur, poétique, romantique, touchant, émouvant, vulgaire quand il le faut, trivial juste pour que ce soit crédible mais jamais grossier. Le tout largement assaisonné d’une bonne dose d’humour blanc et noir et même de couleur, d’un zeste de dérision, d’une pincée de cruauté et d’une pointe de finesse, séduit le lecteur le moins gourmand et ne lui laisse que l’envie d’en redemander une ration supplémentaire.

Il faut féliciter tous ceux qui se sont réunis autour du piano pour concocter ce mets délicat, ils n’ont jamais été pudibonds, seulement un peu pudiques même s’ils n’ont jamais hésité à appeler une chatte une chatte ou un cul un cul. Avec eux, on est en bonne compagnie, entre adultes vaccinés qui savent se tenir à table sans jamais biaiser, sans rougir ni même rosir.

Je laisserai ma conclusion à l’une des participantes, Hélène Dessavray, « l’amour est littérature, le sexe est poésie ». Et, comme elle, « j’aime les textes qui vont droit au but, je ne lis pas les avertissements au lecteur et je déteste les préfaces ». Il y a parfois de belles surprises bien crues pas recuites comme on nous en sert trop souvent.

Le site de CACTUS INÉBRANLABLE Éditions

La page Facebook consacrée à l’ASSORTIMENT DE CRUDITÉS (avec de nombreuses photos) 

BERNARD MARIS économiste humaniste

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Bernard Maris, économiste reconnu, universitaire, écrivain, essayiste, journaliste, a été assassiné le 7 janvier avec plusieurs de ses amis de Charlie Hebdo. Il a été une personnalité marquante de la pensée économique contemporaine ; ses choix iconoclastes l’ont conduit à pourfendre inlassablement l’économie standard et à dénoncer ses impostures.

Acteur et penseur de son temps, dans une société soumise à des évolutions très puissantes depuis les années 1980 et à une crise sans précédent depuis le milieu de la dernière décennie, il s’est attaché, sans relâche à participer à la tâche indispensable de l’examen des idées, des institutions, des pratiques, des discours. Son esprit critique s’accompagnait toujours de propositions fortes. »

 

La suite de l’article Bernard Maris, un humaniste, un penseur critique de l’idéologie dominante sur Le Monde.fr

 

« Si quelques économistes ont grâce à ses yeux (Keynes, Sapir, Stiglitz, Méda, Krugman, ou encore Sen), Maris était plus qu’exaspéré par l’obsession des économistes pour le quantifiable et par leur fascination pour les équations. Il écrivait : «les équations lestent la raison raisonnante», et fulminait contre ces économistes-physiciens (Walras, Jevons, Pareto, Edgeworth, Fisher) qui ont donné naissance à l’économie classique en proposant une économie «positive» faite de «lois» et d’équilibres naturels. Bernard Maris oppose trois arguments majeurs à l’utilisation des mathématiques en économie : d’abord, l’économie est dominée par des phénomènes subjectifs, psychologiques, politiques et anthropologiques qui n’ont pas la permanence des phénomènes naturels ; ensuite, les mathématiques formalisent un discours logique dont le contenu, sous couvert de complexité et de technicité, est trop souvent un délire total ou une simple tautologie ; enfin, l’abus de mathématiques inutilement difficiles permet aux économistes de clôturer leur champ, de faire plus sérieux, et d’affirmer leur supériorité sur les «littéraires». «Qui n’a pas compris le côté ludique de l’économie mathématique n’a rien compris à l’économie», a écrit Maris. «Comme les échecs, l’économie «théorique» ne sert à rien, sinon à jouer». Ou encore, moins léger : «Le réel est sale. Il sent le bidonville et la souffrance. La pauvreté, pour tout dire. Les équations permettent de se boucher le nez». Tant pis si nous autres avons parfois besoin d’écrire quelques équations quand on cherche à comprendre où on veut et peut aller… Après tout, est-il légitime que les équations occupent une place énorme et captent notre attention au point d’en perdre le sens de la question elle-même ? Bernard Maris nous oblige donc à une grande discipline dans l’utilisation du formalisme, pour le meilleur ! »

L’intégralité de l’article d’Elise Huilery: Petite promenade dans la pensée vivifiante de Bernard Maris est sur le site de Libération.fr

  

 Bernard Maris il y a quelques mois au micro de Jean Cornil au sujet de la laïcité, Freud, Keynes, la Première Guerre Mondiale, Houellebecq, les djihadistes…

 

 

Une interview datant de trois mois dans laquelle Bernard Maris présente Houellebecq économiste (Flammarion) en précisant que « faire de Houellebecq un économiste, c’est aussi honteux que d’assimiler Balzac à un psycho-comportementaliste. »

 

JE SUIS CRAMIQUE

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  Depuis quelques jours, un fanatique du craquelin n’ayant pas supporté l’image de son pain préféré en vitrine de plusieurs commerces s’en prend à des pâtisseries. De nombreux éclairs et religieuses ont été écrasés. Une fournée de cramiques a été explosée, un Mont-Blanc s’est affaissé. En sortant d’un négoce, l’exalté s’en est pris à un homme avec une baguette et lui a fait une tronche de cake. L’unité de la baguette est définitivement rompue. Une chaîne de supermarchés a demandé en urgence l’appui de l’armée pour surveiller l’entrée de ses magasins. Le photographe de ces clichés discutables s’est mis à photographier des femmes nues avec des grosses  miches dont les photos génèrent, elles, beaucoup plus de likes sur Facebook.

   Les bouffeurs de cramique sont sur les dents. Les fabricants ont publié un communiqué: Jamais il n’a été question d’inclure des pépites de sucre dans la pâte du cramique, nous n’avons rien à voir avec ces regrettables incidents.

Le président des boulangers du royaume a déclaré que la responsabilité de ce qui s’était passé était collective: Chacun doit se remettre en cause et bouffer des croissants ou de la brioche.

   L’origine de ces maux, a écrit l’éditorialiste du Journal du Pain, remonte à l’origine du blé. Un romancier célèbre a prétendu que la cause de ces drames découlait de la naissance du feu. Un quidam, ni écrivain ni journaliste, au risque de se prendre des beignets, a affirmé haut et fort que c’était la faute au Big Bang. Les milieux proches des Amis du Big Bang sont en émoi. On craint des détournements au profit du Big Crunch, des atteintes à la théorie de l’Atome primitif. Grichka et Igor Bogdanov ont menacé d’apparaître sous leur vrai visage (ce qui ne pourrait pas être pire, il faut en convenir).

   Plus grave, un journal populiste a préconisé à sa une que les détenus devraient être définitivement interdits de profiteroles. Aussitôt des associations de défense des droits d’ingurgiter n’importe quoi ont distribué des biscuits militaires aux visiteurs de prison. 

L’image d’un cramique légendée Je suis cramique est en train de se répandre sur les réseaux de mie. Des puristes de la langue ont fait observer qu’il manquait l’article et que le relâchement des mœurs auquel on assiste de nos jours est dû à un retour nauséabond à la latinisation du français.

   Les spectateurs du Meilleur pâtissier sont dans tous leurs états, à tel point qu’ils ont cessé de regarder Cyril Lignac, ce colporteur de recettes haineuses. Ils grignotent plutôt des madeleines en réécoutant Joe Dassin chanter Les Petits Pains au Chocolat. Une grande marche boulangère est prévue pour dimanche prochain. J’ai personnellement arrêté de mâchouiller des oreilles de porc en écoutant mon chanteur mort préféré pour me prémunir des attentats dans ce secteur alimentaire sensible.

 

Gilles BRULET

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                                                                   à mon frère Cabu

 

Les monstres ont trouvé 

l’homme fondamental

la tête du poème:

 

le roi-enfant de la fourmillière

 

Ils l’ont trouvé par hasard

car les monstres sont ignorants

 

– que le hasard soit maudit – 

 

le roi-enfant ne se cachait pas

il était sûr de sa lumière

il dessinait comme personne

sur le toit de son coeur

 

aimé de la neige

et de la liberté

 

les monstres l’ont trouvé

et ont fait gicler son sang

comme celui d’un moustique

sans savoir que c’était le roi-enfant

 

et maintenant

nous et les monstres

sommes en grand danger de mort

 

car la fourmillière

 

c’est l’humanité toute entière

 

 

Le site de Gilles Brulet

 

IL Y A DE L’INNOCENCE DANS L’AIR de DOMINIQUE SORRENTE

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 par Philippe LEUCKX

 

 

 

cover_sorrente100.jpgSous ce titre léger, comme l’écriture de son auteur, se voient rassemblés des poèmes de résidences (celle d’Amay et d’autres lieux), liés aux voyages (le Tibet et ailleurs) et aux impressions qu’ils laissent, traces et lieux.

Sensible aux atmosphères, garant des gens qu’il croise, le poète a le don de recueillir la poudre du réel, « la grammaire des brodeuses », à coup d’encre « sympathique », lui qui « lèche la paroi comme pour prendre langue ».

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Il tutoie le silence, « se souvient », qu’il « neige sur Bruxelles », qu’il suive « cette rive imprononçable », il sait qu’un « vent oublié soudain revient vers moi et me demande :

qui dira/ où poussent les théiers sauvages ? »

Empruntant le style des notes de voyage, l’auteur délivre à la fois la brièveté des vues et la vérité des paysages perçus, sans lourdeur, sans effets d’écriture :

Rien de bien visible dans l’air. Il semble que tous les plis ont été défaits.

Apprendre aux mains à dormir, au regard à projeter son ombre, à la bouche à parler dans un trou d’eau.

Je touche plus près que le plus près

et plisse les yeux pour donner à la vue un autre usage.

Sans doute percevra-t-on dans ces beaux textes une vertu ethnographique, celle de saisir au-delà des apparences « des formes en résonance », « ces gestes entendus », « calligrammes de vent ».

Dominique SORRENTE, Il y a de l’innocence dans l’air, L’arbre à paroles, coll. Résidences, 2014, 118p., 10€.

Le recueil sur le site de la Maison de la Poésie d’Amay