UN LIVRE PAR JOUR

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   Il y a cinq ans, au moment de son arrêt soudain, cet écrivain publiait deux livres par semaine. Son lectorat s’était accoutumé à ce tempo. Certains lecteurs avaient arrêté de travailler pour se consacrer à la lecture de ses livres ; d’autres, leurs études, trouvant superflu toute autre activité que celle de lecteur de cette œuvre ; d’autres encore, parvenant difficilement à suivre le rythme tout en poursuivant une existence sociale normale firent appel aux services d’un psy à distance, car se déplacer sur les lieux de son cabinet prenait par trop sur leur temps de lecture.

  L’étonnement, pour ne pas dire l’onde de choc, fut considérable quand du jour au lendemain sa décision tomba. On déplora une vague de suicides. Seul, finalement, un lecteur désoeuvré, ayant tenu quelque temps à coups de relectures, s’était fait brûler sur un bûcher composé des livres de son écrivain fétiche.

   Durant un mois, un effet comparable à celui que de son temps avait suscité Salinger ou Pynchon fut constaté. Puis, après six semaines, plus vite qu’on ne l’aurait espéré, on oublia cet écrivain dispensable. Jusqu’à ce qu’il y a trois mois, dans une relative indifférence, il se remette discrètement à publier un livre par mois, puis deux, puis trois… On redécouvrait ainsi la somme de ses anciens livres qui faisait impression, effet de masse, de manche, d’avalanche, poussant les nouveaux sur le devant de la scène littéraire, toujours avide de phénomènes de foire. Plus que de véritables écrivains, difficiles à lire, qui faisaient avancer la littérature. Aujourd’hui, il est revenu au rythme de parutions d’avant son arrêt.

   Lors de l’interview qu’il donnée à la faveur de son improbable retour, il a déclaré n’avoir pas, il y a cinq ans, pris toute la mesure de la cadence infernale de publications qu’il s’était fixée mais que, maintenant, après avoir eu le temps de recharger ses batteries, de renouveler son stock, comme la mer recule loin pour mieux revenir, il pourrait désormais, et dans un délai fort court, parvenir au tempo tacatacatact espéré de parution d’un livre par jour. Les éditeurs se frottent les mains et la courbe de la production éditoriale est repartie à la hausse.

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