LES FEUX et autres poèmes

LES FEUX

 

A l’appel du miroir

Je me vois te regarder 

Venir dans le sillage

D’un reflet

 

Toute droite

Dans une forêt de cyprès

Sur l’escalier d’un tronc

Monte la sève des images.

 

L’air qui te remorque

M’accroche à ta grâce

Au cœur de la lampe

L’ampoule te dessine

 

Mes cils tournoient

Dans l’orbite de l’œil 

Tu renvoies le monde

À son être obscur et lent

 

Comme une myopie

De baleine taupe échouée

Seul ton corps encore grandit

Dans le jour déclinant

 

Qui adresse à ta peau

Et son dedans d’organes 

Des signes

Comme des éclairs

 

Allumant

Tous les feux du visible

 

fleur-nuit-f.JPG

  

UNE NUIT

 

Nul nuage

A l’entour de ta bouche

Pour couvrir

Le bruit de l’eau

 

Nul mot

Né de la phrase

Pour couper

L’ombilic du silence

 

Nulle marche

Dans l’escalier

Pour calmer

La montée du temps

 

Nulle porte

D’hôtel défunt

Pour nourrir

La langue des morts

 

Si ce n’est une nuit

Pendue à tes dents

Pour un ciel grand

Comme un ossuaire

 

laurier-rose-dans-la-nuit-a.JPG

 

VERBES EMPLOYÉS AVEC POUR

 

C’est pour découvrir

L’envers du rêve

Que des fous à lier

S’arriment à tes lèvres

 

C’est pour marquer

Ta langue de baisers

Que des pommes lourdes

Chutent des arbres

 

C’est pour narrer

L’histoire de l’hiver

Que des champs de silence

Tombent dans le temps

 

C’est pour compiler

Des bouts de cire odorante

Que des cierges roses

Flambent dans ta chair

 

C’est pour protéger

Ton corps de la sourde chaleur

Que des mains sans nombre

Déroulent ta nudité

 

des-fleurs-d-hibiscus-dans-la-nuit_4075257-L.jpg

 

EN ALLANT

 

De souffle en souffle

Ton odeur

 

De parfum en parfum

Ta lumière

 

De flamme en flamme

Ta rivière

 

De mer en mer

Ton histoire

 

De temps en temps

Ta venue

 

Pour faire comme si

Exister se pouvait

 

fleur-nuit-o.JPG

 

CINQ ACTES SANS CONSÉQUENCE

 

J’ai tiré ta prière

Vers mes mains

Quand l’aube à petits feux

Alimentait le jour

 

J’ai secoué ta fièvre

Dans mes frissons

Quand le vent fouettait

L’arbre mort de tes os

 

J’ai brisé tes cheveux

Avec le fer du vent

Quand les pierres de lune

Dans le sang du soir coulaient

 

J’ai caché tes fleurs

Dans les bulbes des clochers

Quand les bouquets vomissaient

Leurs senteurs d’encens brûlé

 

J’ai caressé tes heures

Avec le frottoir du couchant

Quand les fenêtres pour se soulager

Cassaient des lumières avec du  verre

 

fleur-dans-la-nuit-juil12a.JPG

 

LA FABRIQUE DE PARAPLUIES

 

Je ne m’autorise pas

À parler du soleil

Quand il fait brûlant

Ni de l’amour

Quand il est entre tes mains

 

Quand je cherche le bonheur

Entre tes jambes

Mes paupières sont closes

Et s’il pleut quelque part sur la terre

Je ne veux pas le savoir

 

Je l’apprendrai bientôt

Tout en restant à l’abri

En caressant ta chair

Entre les astres et les nuages

De ton ciel pleureur

 

Dans ta fabrique de parapluies

Je suis le contremaître

Chargé de vérifier

L’ouverture des baleines

À la verticale du mât

 

Tu me paies dûment, c’est vrai

En averses roses et mauves…

De ton anneau coulissant

Le long de la tige

Je suis fan, familièrement parlant

 

Mais je ne m’autorise pas

À parler du soleil

Quand il fait brûlant

Ni de l’état de ton désir

En dehors de l’entreprise

 

fleur-nuit-e.JPG

 

L’HOMME OBJET

 

Je suis l’homme objet

De toutes les inattentions

Mon corps pleure

Au lieu de s’écarter

Au lieu de s’espacer

 

Trente mille

Années-lumière au moins

Ne m’ont pas séparé

De l’astre

Enfanteur de temps

 

J’allège j’allège

Dit le conducteur de carrosse

À la reine qui ne cesse

De se dévêtir sous les coups

De badine de l’amant

 

La lune, elle, espère

Un rayon gamma

Une gamme de sphères

À la hauteur

De son la

 

Tant mieux

Si personne ne voit

Où je mets les doigts

Pour atteindre

L’atelier brûlant

De tes joies

 

Me consumer ?

Ça non, pas avant

Que j’aie pu voir

Tes lignes chanceler

Ta chair flamber

Dans le bougeoir d’un baiser

 

Je suis l’objet

De toutes les inattentions

Néanmoins quelques regards

Se tournent en clignant

Vers les cendres

Qui pâlissent mes lèvres. 

 

fleur-nuit-g.JPG

 

VU DU TRAIN

Du train je n’ai vu que

Le tunnel

Un mot par rail

Une phrase par gare

 

 

Un avion perdu

Dans un port de guerre

Une espèce de lettre

En guise de voyage

 

Une feuille de sucre

Sur la voie ferrée

Un navire de lait 

Dans un café noir

 

Un passage à niveau

Gardé par des éléphanteaux

Avec des barrières

Aux allures de trompe

 

Du train je n’ai vu que

Le tunnel

Un mot par rail

Une phrase par gare

 

Un roman entier

Qui attendait sur le quai

La locomotive d’un éditeur

Avec ses wagons de lecteurs

 

Et ma vie dressée

Au garde-à-vous

Quand l’étoile du berger

Fait bouillir le ciel

 

Et des livres de glace

Pour conserver l’été

Quand le poème est passé

De l’ombre à la lumière

 

fleurs-dans-la-nuit.jpg

 

LA FOLIE

 

La folie vient dans mes mots

Dans mes tempes

Elle écrit le livre de mes jours

 

Elle repousse l’œil

À la limite du regard

Quand la lune allume les mémoires

 

Tout s’assèche le désir

Vire au désert

Je m’amuse des mirages

 

Au soir le ciel espère

Un appel des étoiles

Mais l’air sent la mer

 

Avec mes ongles

Je racle le sol d’un soleil

J’ai du jaune dans la tête

 

Du sable plein les paupières

La raison ma folie sage

La folie ma raison sauvage

 

Elles disent mon nom

A la neige qui va fondre

A la rivière qui s’écoule

 

À la branche et au feu

A la braise et à la cendre

Au temps sec qui reste et se fendille

  

fleur-nuit-p.JPG

 

À LA MER

 

A la mer j’ai demandé le fleuve

Au fleuve j’ai demandé la rivière

A la rivière j’ai demandé la source

 

Au temps j’ai demandé la vie

A la vie j’ai demandé le rire

Au rire j’ai demandé la joie

 

A la sève j’ai demandé l’arbre

A l’arbre j’ai demandé le bois

Au bois j’ai demandé le feu


Au ciel j’ai demandé l’oiseau

A l’oiseau j’ai demandé l’aile

A l’aile j’ai demandé l’envol

 

Il suffisait de demander

  

170911_Fleur%20de%20mer.jpeg

E.A.

Publicités