PRODUCTEURS DE MICROBE

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Il fallait bien que je réunisse un jour les deux fondateurs de « Microbe », la plus petite revue littéraire francophone, par la taille mais bien évidemment pas par les talents qu’elle rassemble à chaque parution. Cette chronique est une forme d’hommage à ces deux artistes qui jouent du mot comme d’autre jouent avec les cartes dans une multiplicité de jeux. C’est aussi l’occasion d’évoquer tous ceux qui se consacrent à la culture de textes courts sous toutes les formes, ceux qu’on rencontre régulièrement dans les mini pages de la mini revue fondée par Paul et Eric. Je vous propose ci-dessous deux échantillons de ce qu’ils produisent habituellement et publient pas seulement dans leur revue fétiche.

ces-palabres-qui-cachent-l-aphorisme-cover-1-.jpg?fx=r_550_550CES PALABRES QUI CACHENT L’APHORISME

Paul GUIOT (1962 – ….)

Si vous n’avez pas de houx pour fêter l’an neuf, vous pouvez toujours prendre un cactus, un « P’tits Cactus », le dernier vient juste de sortir, il est aussi piquant qu’un buisson de houx, il est de la plume de Paul Guiot grand producteur d’aphorismes dont il asperge régulièrement les pages des réseaux sociaux. Paul est un grand amoureux des mots, il les goûte, les déguste, avant de les comparer pour les assembler, les détourner, les confronter, les faire jongler. Comme il est aussi poète et musicien, il prend les mots en otage et les fait chanter sur sa guitare. L’aphorisme est son pain quotidien dont il nous livre de belles tranches, le poème étant plutôt sa brioche hebdomadaire.

Ce petit recueil commence, évidemment, par des allusions à la musique, non sans avoir laissé l’exergue à un aphorisme que j’aime particulièrement, pour moi, il évoque tellement bien la musique, la poésie, la littérature : « Enfermée dans sa bouche, une voyelle attendait impatiemment qu’on sonne ». Tout semble dit dans ces quelques mots qui racontent la genèse du langage et son envie de partir, sur une douce musique, à la conquête des esprits au risque de quelques dérapages magistraux qui font le bonheur de tous les amoureux des farces et attrapes littéraires.calm_500.jpg

Grâce à une culture encyclopédique qu’il a construite à la lecture des meilleurs : Baudelaire, Apollinaire et Verlaine, …, puis Norge, Brassens, Ferrat, Aragon et enfin Vian, Lapointe, Gainsbourg… un chemin glorieux parsemé de textes fabuleux, il peut se permettre toutes les audaces. Nourri par ces pères, Paul peut chanter, faire rimer, narguer, titiller, tourner en dérision … Il est maintenant lui aussi un maître en son art. Il aime la musique, « Ma gratitude infinie pour la gratte attitude de Jimi Hendrix », la peinture, « que serai-je sans toile ? », la littérature, évidemment, « Zazie dans le métro est une histoire sans trame » mais il n’aime pas les bondieuseries, les politiciens fauteurs de guerre « Les champs de bataille sont perclus de trous de mémoire ». Et tout un tas d’autres choses que vous découvrirez dans ce recueil de gourmandises, « J’en vois qui pansent trop », attention à l’hyperdilatation de la rate.

Paul pourrait nous laisser sur cette boutade à la fois optimiste et fataliste qui démontre toute la finesse de sa plume : « Mourir peut vous prendre toute une vie », nous ne sommes pas pressés !

grand-cru-couverture-1.jpg?fx=r_550_550GRAND CRU BIEN COTÉ

Eric DEJAEGER (1958 – ….)

« J’allume / un cigarillo / parce que chez moi / on peut encore fumer. / Je décapsule / une Chimay bleue / parce que chez moi / on peut encore boire de l’alcool. / J’ouvre un recueil de nouvelles parce que chez moi / on peut encore lire. / Il me vient une idée pour un texte / parce que chez moi / on peut encore penser. »

Voilà, le poète est installé, il peut penser, créer, et quand il voit, à la télé, « une femme à gros seins qui court le marathon », il ne pense pas, comme la majorité de la population mâle, à Pamela Anderson qui cavale sur la plage ensoleillée de Malibu, non il pense à un beau texte, une belle poésie, qu’il va offrir, à ses amis. Une poésie contemporaine, percutante, sans contrainte de forme ou de rime, libre comme il a toujours été, fraîche comme il pense rester longtemps, militante comme tous ses amis et surtout impertinente et iconoclaste comme une personne libre. Mais Eric est aussi un tendre, un sentimental, un cœur d’échalote généreux qui n’oublie jamais la part des anges, celle qui s’évapore on ne sait où … quoique ! Et toujours, en empruntant les chemins détournés de l’aphorisme, de l’allusion et de toutes les formes de bons mots, Il défend avec conviction la nature comme les droits de l’homme.AVT_Eric-Dejaeger_7384.jpeg

« Ces vieux démons

tapis au fond de toi

ne dorment pas

aussi profondément

que tu le penses »

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